{"id":955,"date":"2021-01-29T11:33:52","date_gmt":"2021-01-29T11:33:52","guid":{"rendered":"http:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/?page_id=955"},"modified":"2022-02-08T16:38:15","modified_gmt":"2022-02-08T16:38:15","slug":"chapitre-7","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/la-bataille-darmaguedon\/chapitre-7\/","title":{"rendered":"Chapitre 7"},"content":{"rendered":"<p>(P 269)<\/p>\n<p>ETUDE VII<\/p>\n<p>LES NATIONS ASSEMBLEES ET LA PREPARATION<br \/>\nDES ELEMENTS POUR LE GRAND FEU<br \/>\nDE L&#8217;INDIGNATION DE DIEU<\/p>\n<p>Comment et pourquoi les nations sont assembl\u00e9es. \u2014 Les \u00e9l\u00e9ments sociaux se pr\u00e9parent pour le feu. \u2014 L&#8217;accumulation des richesses. \u2014 L&#8217;accroissement de la pauvret\u00e9. \u2014 La friction sociale approche la combustion. \u2014 Une d\u00e9claration du Pr\u00e9sident de la F\u00e9d\u00e9ration am\u00e9ricaine du travail. \u2014 Les riches sont parfois condamn\u00e9s trop s\u00e9v\u00e8rement. \u2014 L&#8217;\u00e9go\u00efsme associ\u00e9 \u00e0 la libert\u00e9. \u2014 L&#8217;ind\u00e9\u00adpendance vue par les riches et par les pauvres. \u00adPourquoi les conditions actuelles ne peuvent continuer. \u2014 Le machinisme est un important facteur dans la pr\u00e9paration du grand feu. \u2014 Concurrence f\u00e9minine. \u00adComment le Travail envisage la situation : vue raison\u00adnable et d\u00e9raisonnable. \u2014 La loi de l&#8217;offre et de la demande, inexorable pour tous. \u2014 Perspective terri\u00adfiante de la concurrence industrielle \u00e9trang\u00e8re. \u2014 Les craintes de M. Justin Mc Carthy pour l&#8217;Angleterre. \u2014 Kier Hardie, M.P., sur la perspective du Travail en Angleterre. \u2014 Les paroles proph\u00e9tiques de l&#8217;Hon. Jos. Chamberlain aux travailleurs britanniques. \u2014 L&#8217;attitude agressive nationale en rapport avec les int\u00e9r\u00eats indus\u00adtriels. \u2014 Herr Liebknecht \u00e0 propos de la guerre sociale et industrielle en Allemagne. \u2014 R\u00e9solutions du Congr\u00e8s international des syndicats ouvriers. \u2014 Les g\u00e9ants de notre \u00e9poque. \u2014 Liste des trusts et des groupements. \u2014 L&#8217;esclavage barbare et la servitude civilis\u00e9e. \u2014 Les masses entre la meule sup\u00e9rieure et la meule inf\u00e9rieure (du moulin). \u2014 Aucune puissance humaine n&#8217;est capable de r\u00e9gler les conditions sociales universelles.<\/p>\n<p>C\u2019est pourquoi, attendez-moi, dit l&#8217;Eternel, pour le jour o\u00f9 je me l\u00e8verai pour le butin. Car ma d\u00e9termination, c&#8217;est de rassembler les nations, de r\u00e9unir les royaumes pour verser sur eux mon indignation, toute l&#8217;ardeur de ma col\u00e8re ; car toute la terre sera d\u00e9vor\u00e9e par le feu de ma jalousie [col\u00e8re]. Car alors, je changerai la langue des peuples en une langue purifi\u00e9e, pour qu&#8217;ils invoquent tous le nom de l&#8217;Eternel pour le servir d&#8217;un seul c\u0153ur \u00bb. \u2014 Soph. 3 : 8, 9.<\/p>\n<p>(P 270)<\/p>\n<p>Le rassemblement des nations, dans ces derniers jours, en accomplissement de la proph\u00e9tie de Sophonie, est tr\u00e8s manifeste. Les d\u00e9couvertes et les inventions modernes ont vraiment rapproch\u00e9 les lieux les plus \u00e9loign\u00e9s les uns des autres. Les voyages, les facilit\u00e9s du courrier postal, le t\u00e9l\u00e9graphe, le t\u00e9l\u00e9phone, le commerce, la multiplication des livres et des journaux, etc., ont amen\u00e9 dans une mesure consid\u00e9rable le monde entier en une communaut\u00e9 de pens\u00e9e et d&#8217;action inconnue jusqu&#8217;ici. Cet \u00e9tat de choses a d\u00e9j\u00e0 rendu n\u00e9cessaire la promulgation de lois et de r\u00e8gles internationales que chacune des nations doit respecter. Leurs repr\u00e9sentants se r\u00e9unissent en Conseils, et chaque nation a, dans chaque autre nation, ses minis\u00adtres ou repr\u00e9sentants. Des expositions internationales ont \u00e9galement \u00e9t\u00e9 organis\u00e9es \u00e0 cause de ce rapprochement des nations. Une nation n&#8217;a plus la possibilit\u00e9 de faire bande \u00e0 part et d&#8217;interdire aux autres l&#8217;entr\u00e9e de ses ports. Les portes de tous les pays doivent n\u00e9cessairement s&#8217;ouvrir et rester ouvertes ; m\u00eame les barri\u00e8res des langues diverses sont ais\u00e9ment surmont\u00e9es.<\/p>\n<p>Les peuples civilis\u00e9s ne sont plus ces \u00e9trangers dans quelque partie du monde que ce soit. Leurs splendides vaisseaux transportent, dans les r\u00e9gions les plus \u00e9loign\u00e9es, leurs repr\u00e9sentants commerciaux, leurs envoy\u00e9s politiques et leurs nationaux en qu\u00eate de plaisir et \u00e9pris de curiosit\u00e9, dans les meilleures conditions de confort. Des trains de luxe les introduisent \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur des pays d&#8217;o\u00f9 ils rentrent charg\u00e9s de nouvelles connaissances, de nouvelles id\u00e9es qui leur serviront ensuite de projets pour de nouvelles entreprises. M\u00eame les pa\u00efens les plus arri\u00e9r\u00e9s se r\u00e9veillent de leur r\u00eaverie s\u00e9culaire et regardent avec \u00e9tonnement et admiration leurs visiteurs \u00e9trangers et s&#8217;initient \u00e0 leurs \u0153uvres merveilleuses. A leur tour, ils envoient maintenant leurs repr\u00e9sentants chez les peuples \u00e9trangers afin de profiter de leurs nouvelles relations.<\/p>\n<p>Au temps de Salomon, on pensait que la reine de Sheba avait accompli une chose merveilleuse lorsqu&#8217;elle vint entendre la sagesse et admirer la grandeur de<\/p>\n<p>(P 271) Salomon, et que pour ce faire elle parcourut une distance de huit cents kilom\u00e8tres environ. De nos jours, nombreux sont les voyageurs sans titre nobiliaire qui parcourent le monde entier (dont une grande partie \u00e9tait inconnue autrefois) pour voir ses richesses accumul\u00e9es et pour prendre note de ses progr\u00e8s. Actuellement, le tour du monde peut s&#8217;effectuer avec confort et m\u00eame avec luxe en moins de quatre-vingts jours.<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, les nations sont \u00ab assembl\u00e9es \u00bb d&#8217;une mani\u00e8re inattendue, et ceci de la seule mani\u00e8re possible, c&#8217;est-\u00e0-dire par une activit\u00e9 et des int\u00e9r\u00eats communs. Ce n&#8217;est pourtant pas, h\u00e9las ! l&#8217;amour fraternel, mais l&#8217;\u00e9go\u00efsme qui marque chaque \u00e9tape de ce progr\u00e8s. L&#8217;esprit d&#8217;entre\u00adprise dont l&#8217;\u00e9go\u00efsme est le pouvoir moteur, a pouss\u00e9 les hommes \u00e0 construire des chemins de fer, des bateaux \u00e0 vapeur, des t\u00e9l\u00e9graphes, des c\u00e2bles, des t\u00e9l\u00e9phones. L&#8217;\u00e9go\u00efsme dirige le commerce et les relations interna\u00adtionales ainsi que toute autre \u00e9nergie et entreprise, sauf la pr\u00e9dication de l&#8217;Evangile et l&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;institu\u00adtions de bienfaisance ; m\u00eame dans ce dernier cas, il est \u00e0 craindre que beaucoup de ces \u0153uvres ne soient inspir\u00e9es par d&#8217;autres mobiles que l&#8217;amour pur de Dieu et pour l&#8217;humanit\u00e9. L&#8217;\u00e9go\u00efsme a rassembl\u00e9 les nations et les pr\u00e9pare d&#8217;une mani\u00e8re s\u00fbre \u00e0 la r\u00e9tribution pr\u00e9dite \u00adl&#8217;anarchie \u2014 qui s&#8217;approche \u00e0 grands pas, et qui est si bien d\u00e9crite par le proph\u00e8te comme le \u00ab feu de la jalousie fou col\u00e8re) de Dieu \u00bb qui va consumer totalement l&#8217;ordre social actuel, le pr\u00e9sent monde (2 Pi. 3 : 7). Cependant, ceci n&#8217;est dit que du point de vue humain seulement, car le proph\u00e8te attribue ce rassemblement des nations \u00e0 Dieu. Toutefois, les deux points de vue sont exacts, car s&#8217;il est permis \u00e0 l&#8217;homme d&#8217;exercer son libre arbitre, Dieu, par son autorit\u00e9 providentielle, dirige les affaires humaines pour l&#8217;accomplissement de ses desseins personnels et sages. Ainsi, tandis que les hommes, leurs \u0153uvres et leurs m\u00e9thodes sont les agents et les moyens, Dieu est le Commandant supr\u00eame qui r\u00e9unit les nations et rassemble les Royaumes d&#8217;une extr\u00e9mit\u00e9 de la terre \u00e0 l&#8217;autre, pour pr\u00e9parer le transfert du pouvoir de la terre \u00e0 celui \u00ab qui en poss\u00e8de le droit \u00bb, Emmanuel.<\/p>\n<p>(P 272)<\/p>\n<p>Le proph\u00e8te nous dit pourquoi l&#8217;Eternel rassemble ainsi les nations \u00ab Pour verser sur eux mon indignation, toute l&#8217;ardeur de ma col\u00e8re ; car toute la terre [le syst\u00e8me social tout entier] sera d\u00e9vor\u00e9e par le feu de ma jalousie \u00bb. Ce mes\u00adsage ne nous apporterait que chagrin et angoisse si nous n&#8217;avions pas l&#8217;assurance que les r\u00e9sultats travailleront au bien du monde, en renversant le r\u00e8gne de l&#8217;\u00e9go\u00efsme et en \u00e9tablissant, par le moyen du Royaume mill\u00e9naire de Christ, le r\u00e8gne de la droiture auquel fait allusion le pro\u00adph\u00e8te, en ces termes : \u00ab Car alors, je changerai la langue des peuples en une langue purifi\u00e9e [leurs rapports ne seront plus \u00e9go\u00efstes, mais purs, vrais et pleins d&#8217;amour], pour qu&#8217;ils invoquent tous le nom de l&#8217;Eternel pour le servir d&#8217;un seul c\u0153ur \u00bb.<\/p>\n<p>Le \u00ab rassemblement des nations \u00bb ne (contribuera pas seulement \u00e0 rendre le jugement rigoureux, mais il rendra \u00e9galement impossible \u00e0 quiconque d&#8217;y \u00e9chapper ; ainsi fera-t-il que la grande tribulation soit un conflit de courte dur\u00e9e mais d\u00e9cisif, comme il est \u00e9crit : \u00ab Le Sei\u00adgneur fera une \u0153uvre abr\u00e9g\u00e9e sur la terre \u00bb. \u2014 Rom. 9 : 28 ; Esa\u00efe 28 : 22.<\/p>\n<p>LES \u00c9L\u00c9MENTS SOCIAUX SE PR\u00c9PARENT POUR LE FEU<\/p>\n<p>En regardant autour de nous, nous voyons les \u00ab \u00e9l\u00e9\u00adments \u00bb qui se pr\u00e9parent pour le feu de ce jour, le feu de la col\u00e8re de Dieu. L&#8217;\u00e9go\u00efsme, la connaissance, la fortune, l&#8217;ambition, l&#8217;esp\u00e9rance, le m\u00e9contentement, la crainte et le d\u00e9sespoir sont les \u00e9l\u00e9ments dont la friction enflammera sous peu les passions exasp\u00e9r\u00e9es du monde:, c&#8217;est alors que ses divers \u00ab \u00e9l\u00e9ments \u00bb sociaux se fondront, Se dissou\u00addront dans la chaleur intense de ce\u00a0 jour. En consid\u00e9rant ce qui se passe dans le monde, on constate que des changements sont intervenus touchant ces passions au cours du si\u00e8cle dernier, et particuli\u00e8rement durant les quarante ann\u00e9es pass\u00e9es. La satisfaction, le contentement du pass\u00e9 a disparu de toutes les classes de la soci\u00e9t\u00e9 : riches, pauvres, hommes, femmes, gens instruits ou ignorants. Tous sont m\u00e9contents.<\/p>\n<p>(P 273) Tous cherchent \u00e9go\u00efstement et de plus en plus \u00e0 obtenir des \u00ab droits \u00bb ou se lamentent des \u00ab torts \u00bb qui leur sont faits. Il est vrai qu&#8217;il y a des injustices, de graves injustices \u00e0 r\u00e9parer, et des droits qui devraient \u00eatre satisfaits et respect\u00e9s ; mais la tendance \u00e0 notre \u00e9poque, avec l&#8217;augmentation de connaissance et d&#8217;ind\u00e9pendance, est de ne consid\u00e9rer seulement que le c\u00f4t\u00e9 des questions qui touche \u00e0 ses int\u00e9r\u00eats personnels et de ne pas chercher \u00e0 appr\u00e9cier le c\u00f4t\u00e9 oppos\u00e9. L&#8217;effet, pr\u00e9dit par les proph\u00e8tes sera, en fin de compte, d&#8217;amener tout homme \u00e0 lever la main contre son prochain, ce qui sera la cause imm\u00e9diate de la grande catastrophe finale. La Parole et la providence de Dieu, ainsi que les ensei\u00adgnements du pass\u00e9 sont oubli\u00e9s sous les fortes convictions des droits personnels, etc. C&#8217;est ce qui emp\u00eache les gens de toutes les classes de choisir la voie la plus sage, la plus mod\u00e9r\u00e9e, qu&#8217;ils ne peuvent m\u00eame pas discerner, parce que l&#8217;\u00e9go\u00efsme les aveugle sur tout ce qui n&#8217;est pas en accord avec leurs pr\u00e9jug\u00e9s personnels. Chaque classe manque de consid\u00e9rer avec impartialit\u00e9 le bien-\u00eatre et les droits des autres. La r\u00e8gle d&#8217;or est d&#8217;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale ignor\u00e9e ; le manque de sagesse aussi bien que l&#8217;injustice de cette conduite seront bient\u00f4t rendus mani\u00adfestes \u00e0 toutes les classes ; car toutes souffriront terrible\u00adment dans cette d\u00e9tresse. Mais, nous informent les Ecri\u00adtures, les riches souffriront davantage.<\/p>\n<p>Tandis que les riches se h\u00e2tent d&#8217;amasser des fortunes fabuleuses pour ces derniers jours, qu&#8217;ils abattent leurs greniers et en b\u00e2tissent de plus grands, se disant en eux-m\u00eames et disant \u00e0 leur post\u00e9rit\u00e9 : \u00ab Mon \u00e2me, tu as beaucoup de biens assembl\u00e9s pour beaucoup d&#8217;ann\u00e9es ; repose-toi, mange, bois, fais grande ch\u00e8re \u00bb, Dieu, par la bouche des proph\u00e8tes, dit : \u00ab Insens\u00e9 ! cette nuit m\u00eame, ton \u00e2me te sera redemand\u00e9e. Et ces choses que tu as pr\u00e9par\u00e9es, \u00e0 qui seront-elles ? \u00bb. \u2014 Luc 12 : 15-20.<\/p>\n<p>Oui, la sombre nuit pr\u00e9dite (Esa\u00efe 21 : 12 ; 28 : 12, 13, 21, 22 ; Jean 9 : 4) approche rapidement, et comme un pi\u00e8ge, surprendra le monde entier. Alors, en effet, \u00e0 qui seront ces tr\u00e9sors amass\u00e9s quand, dans la d\u00e9tresse de l&#8217;heure, \u00ab ils jetteront leur argent dans les rues, et [que]<\/p>\n<p>(P 274) leur or sera rejet\u00e9 comme une impuret\u00e9 ? \u00bb. \u00ab Leur argent et leur or ne pourront les d\u00e9livrer au jour de la fureur de l&#8217;Eternel&#8230; car c&#8217;est ce qui a \u00e9t\u00e9 la pierre d&#8217;achoppement de leur iniquit\u00e9 \u00bb. \u2014 Ez\u00e9ch. 7 : 19.<\/p>\n<p>L&#8217;ACCUMULATION DES RICHESSES<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident que nous vivons en \/un temps qui d\u00e9passe tous les autres quant \u00e0 l&#8217;accumulation des richesses, et aux extravagances de toute nature de la part des riches (Jacques 5 : 3, 5). Ecoutons le t\u00e9moignage de la litt\u00e9rature contemporaine. Si ce que nous avan\u00e7ons est prouv\u00e9 d&#8217;une mani\u00e8re concluante, nous aurons l\u00e0 une autre preuve que nous sommes dans les \u00ab derniers jours \u00bb de la dispensation actuelle, et que nous approchons de la grande d\u00e9tresse qui causera \u00e9ventuellement la destruction du pr\u00e9sent ordre de choses du monde et introduira l&#8217;humanit\u00e9 dans le nouvel ordre de choses, sous le Royaume de Dieu.<\/p>\n<p>L&#8217;Hon. Wm. E. Gladstone, dans un discours qui fut largement diffus\u00e9, d\u00e9clara, apr\u00e8s avoir fait allusion au temps actuel comme un \u00ab \u00e2ge producteur de richesses \u00bb :<\/p>\n<p>\u00ab Il y a devant moi des messieurs qui ont \u00e9t\u00e9 les t\u00e9moins d&#8217;une plus grande accumulation de richesses durant leur vie que dans tous les temps ant\u00e9rieurs depuis l&#8217;\u00e9poque de Jules C\u00e9sar \u00bb.<\/p>\n<p>Remarquez cette d\u00e9claration faite par l&#8217;un &#8216;des hommes les mieux inform\u00e9s du monde. Ainsi, dans les cinquante ann\u00e9es pass\u00e9es, il y a eu plus de richesses produites et accumul\u00e9es que dans les dix-neuf si\u00e8cles pr\u00e9c\u00e9dents. Ce fait, qu&#8217;il nous est si difficile de comprendre, est n\u00e9anmoins montr\u00e9 par des statistiques comme une estimation tr\u00e8s mod\u00e9r\u00e9e, et les nouvelles conditions ainsi cr\u00e9\u00e9es sont destin\u00e9es \u00e0 jouer un r\u00f4le important dans le rajustement imminent de l&#8217;ordre social du monde.<\/p>\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es, The Boston Globe, donna le compte rendu suivant \u00e0 propos de quelques-uns des hommes riches des Etats-Unis :<\/p>\n<p>\u00ab Les vingt et un magnats du chemin de fer qui se r\u00e9unirent \u00e0 New York, le lundi, pour discuter la question de concurrence des chemins de fer,<\/p>\n<p>(P 275) repr\u00e9sentaient un capital de 3 milliards de dollars. Des hommes toujours vivants peuvent se souvenir du temps o\u00f9 il n&#8217;y avait pas une demi-douzaine de millionnaires dans le pays. Ils sont maintenant 4 600 et l&#8217;on dit que plusieurs d&#8217;entre eux ont un revenu annuel de plus d&#8217;un million.<\/p>\n<p>\u00ab Il y a dans la Cit\u00e9 de New York, selon une estimation mod\u00e9r\u00e9e, le nombre surprenant de 1 157 propri\u00e9t\u00e9s indi\u00adviduelles et collectives valant chacune 1 million de dollars. A Brooklyn, il y a 162 propri\u00e9t\u00e9s individuelles et collectives valant chacune au moins 1 million de dollars. Dans ces deux villes, il y a ensuite 1 319 millionnaires, mais beau\u00adcoup d&#8217;entre eux poss\u00e8dent beaucoup plus qu&#8217;un million de dollars : ils sont multimillionnaires, et la nature de ces fortunes est diff\u00e9rente ; aussi rapportent-elles des revenus diff\u00e9rents. Les taux d&#8217;int\u00e9r\u00eat auxquels les fortunes les plus connues sont plac\u00e9es, sont en chiffres ronds les suivants : pour John D. Rockefeller : 6 % ; William Wal\u00addorf Astor : 7 % ; la propri\u00e9t\u00e9 de Jay Gould, plac\u00e9e dans des soci\u00e9t\u00e9s et pratiquement indivisible : 4 % ; Cornelius Vanderbilt : 5 % ; et William K. Vanderbilt : 5 %.<\/p>\n<p>\u00ab En calculant aux taux pr\u00e9c\u00e9dents et en int\u00e9r\u00eats compos\u00e9s semi-annuellement afin de permettre des r\u00e9inves\u00adtissements, voici les revenus annuels et journaliers des quatre fortunes individuelles et collectives indiqu\u00e9es plus haut :<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"193\"><\/td>\n<td width=\"90\">par<\/p>\n<p>$<\/p>\n<p>an<\/td>\n<td width=\"94\">$<\/p>\n<p>par jour<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"193\">William Waldorf Astor<\/td>\n<td width=\"90\">8\u00a0900 000<\/td>\n<td width=\"94\">23 277<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"193\">John D. Rockefeller<\/td>\n<td width=\"90\">7\u00a0611 250<\/td>\n<td width=\"94\">20 853<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"193\">Jay Gould (propri\u00e9t\u00e9s)<\/td>\n<td width=\"90\">4\u00a0040 000<\/td>\n<td width=\"94\">11 068<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"193\">Cornelius Vanderbilt<\/td>\n<td width=\"90\">4\u00a0048 000<\/td>\n<td width=\"94\">11 090<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"193\">William K. Vanderbilt<\/td>\n<td width=\"90\">3\u00a0795 000<\/td>\n<td width=\"94\">10 397<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Cela constitue \u00e9videmment une estimation mod\u00e9r\u00e9e, car il y a encore six ans, on remarquait que le dividende trimestriel de M. Rockefeller sur les valeurs de la Standard Oil Company dont il est l&#8217;un des principaux actionnaires, \u00e9tait repr\u00e9sent\u00e9 par un ch\u00e8que de quatre millions de dollars ; aujourd&#8217;hui, les m\u00eames valeurs rapportent un bien plus grand revenu.<\/p>\n<p>Longtemps avant la fin du pr\u00e9sent si\u00e8cle, The Niagara Falls Review proclamait la note d&#8217;avertissement suivante :<\/p>\n<p>(P 276)<\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;un des plus grands dangers qui menacent \u00e0 pr\u00e9sent la stabilit\u00e9 des institutions am\u00e9ricaines est l&#8217;augmentation des millionnaires individuels, et la concentration qui s&#8217;en\u00adsuit des propri\u00e9t\u00e9s et de l&#8217;argent dans les mains de particuliers. Un article r\u00e9cent, paru dans un important journal de New York, donne des chiffres qui doivent servir \u00e0 attirer l&#8217;attention g\u00e9n\u00e9rale sur l&#8217;\u00e9volution de cette difficult\u00e9. Voici, y d\u00e9clare-t-on, les neuf plus grandes fortunes des Etats-Unis :<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"277\"><\/td>\n<td width=\"101\">$<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"277\">William Waldorf Astor<\/td>\n<td width=\"101\">150\u00a0000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"277\">Jay Gould<\/td>\n<td width=\"101\">100\u00a0000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"277\">John D. Rockefeller<\/td>\n<td width=\"101\">90\u00a0000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"277\">Cornelius Vanderbilt<\/td>\n<td width=\"101\">90\u00a0000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"277\">William K. Vanderbilt<\/td>\n<td width=\"101\">80\u00a0000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"277\">Henry M. Flager<\/td>\n<td width=\"101\">60\u00a0000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"277\">John L. Blair<\/td>\n<td width=\"101\">50\u00a0000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"277\">Russel Sage<\/td>\n<td width=\"101\">50\u00a0000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"277\">Collis P. Huntington<\/td>\n<td width=\"101\">50\u00a0000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"277\">Total<\/td>\n<td width=\"101\">720\u00a0000 000<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>\u00ab En estimant le rendement de ces sommes immenses d&#8217;apr\u00e8s l&#8217;int\u00e9r\u00eat moyen obtenu par d&#8217;autres investissements analogues, voici quels seraient les revenus :<\/p>\n<p>309<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"237\"><\/td>\n<td width=\"235\">$ par an<\/td>\n<td width=\"235\">$ par jour<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"237\">Astor<\/td>\n<td width=\"235\">9\u00a0135 000<\/td>\n<td width=\"235\">25 027<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"237\">Rockefeller<\/td>\n<td width=\"235\">5\u00a0481 000<\/td>\n<td width=\"235\">16 003<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"237\">Gould<\/td>\n<td width=\"235\">4\u00a0040 000<\/td>\n<td width=\"235\">11 068<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"237\">Vanderbilt, C.<\/td>\n<td width=\"235\">4\u00a0554 000<\/td>\n<td width=\"235\">12 477<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"237\">Vanderbilt W.K<\/td>\n<td width=\"235\">4\u00a0048 000<\/td>\n<td width=\"235\">11 090<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"237\">Flager<\/td>\n<td width=\"235\">3\u00a0036 000<\/td>\n<td width=\"235\">8 318<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"237\">Blair<\/td>\n<td width=\"235\">3\u00a0045 000<\/td>\n<td width=\"235\">8 342<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"237\">Sage<\/td>\n<td width=\"235\">3\u00a0045 000<\/td>\n<td width=\"235\">8 342<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"237\">Huntington<\/td>\n<td width=\"235\">1\u00a0510 000<\/td>\n<td width=\"235\">4 137<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab Presque tous ces hommes ont un train de vie comparativement simple, et il leur est \u00e9videmment impossible de d\u00e9penser plus qu&#8217;une partie de leurs immenses revenus journaliers et annuels. En cons\u00e9quence, le surplus devient un capital et aide \u00e0 augmenter consid\u00e9rablement les fortunes de ces individus. A pr\u00e9sent, la famille Vanderbilt poss\u00e8de les sommes immenses suivantes (les quelques ann\u00e9es \u00e9coul\u00e9es ont augment\u00e9 grandement certains de ces chiffres)<\/p>\n<p>(P 277)<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"354\">Cornelius Vanderbilt<\/td>\n<td width=\"353\">90 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">William K. Vanderbilt<\/td>\n<td width=\"353\">80 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Frederick W. Vanderbilt<\/td>\n<td width=\"353\">17 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">George W. Vanderbilt<\/td>\n<td width=\"353\">15 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Mme Elliott F. Sheppard<\/td>\n<td width=\"353\">13 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Mme William D. Sloane<\/td>\n<td width=\"353\">13 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Mme Hamilton McK Twombly<\/td>\n<td width=\"353\">13 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Mme W. Seward Webb<\/td>\n<td width=\"353\">13 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Total<\/td>\n<td width=\"353\">254 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab Plus prodigieuses encore sont les accumulations faites gr\u00e2ce au grand Trust Standard Oil qui vient juste d&#8217;\u00eatre dissous, pour \u00eatre remplac\u00e9 par la Compagnie Standard 011. Voici quelles en \u00e9taient les fortunes :<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"354\"><\/td>\n<td width=\"353\">$<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">John D. Rockefeller<\/td>\n<td width=\"353\">90 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Henry M. Flager<\/td>\n<td width=\"353\">60 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">William Rockefeller<\/td>\n<td width=\"353\">40 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Benjamin Brewster<\/td>\n<td width=\"353\">25 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Henry H. Rogers<\/td>\n<td width=\"353\">25 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Oliver H. Payne (Cleveland)<\/td>\n<td width=\"353\">25 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Wm. G. Warden (Philadelphie)<\/td>\n<td width=\"353\">25 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Chas. Pratt estate (Brooklyn)<\/td>\n<td width=\"353\">25 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">John D. Archbold<\/td>\n<td width=\"353\">10 000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Total<\/td>\n<td width=\"353\">325\u00a0000 000<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il n&#8217;a fallu que vingt ans pour concentrer cette richesse entre les mains de huit ou neuf hommes. C&#8217;est donc ici le danger. Les grands chemins de fer des \u00c9tats-Unis se trouvent entre les mains de Gould,\u00a0des Vanderbilts et de Huntington. Les grands immeubles du territoire de New York qui augmentent constamment de valeur, sont la possession de Sage, des Astors et d&#8217;autres. R\u00e9unies et augment\u00e9es normalement, les fortunes de ces neuf familles s&#8217;\u00e9l\u00e8veraient en vingt-cinq ans \u00e0 2 754 000 000 de dollars. William Waldorf Astor lui-m\u00eame, en accumulant simplement ses revenus, poss\u00e9dera probablement un milliard de dollars avant de mourir, et cet argent, comme celui des Vanderbilts, se transmettra dans sa famille comme dans d&#8217;autres, et cr\u00e9era une aristocratie de riches extr\u00eamement dangereuse pour la communaut\u00e9, constituant un commentaire singulier au sujet de cette aristocratie de naissance ou de talent que les Am\u00e9ricains consid\u00e8rent comme \u00e9tant si offensante en Grande-Bretagne.<\/p>\n<p>(P 278)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0D&#8217;autres grandes fortunes existent ou font leur apparition ; nous ne pouvons en indiquer que quelques-unes d&#8217;entre elles\u00a0:<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"354\"><\/td>\n<td width=\"353\">$<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">William Astor<\/td>\n<td width=\"353\">40 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Leland Stanford<\/td>\n<td width=\"353\">30 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Mme Hetty Green<\/td>\n<td width=\"353\">30 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Philip D. Armour<\/td>\n<td width=\"353\">30 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Edward F. Searles<\/td>\n<td width=\"353\">25 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">J. Pierpont Morgan<\/td>\n<td width=\"353\">25 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Charles Crocker (propri\u00e9t\u00e9)<\/td>\n<td width=\"353\">25 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Darius O. Mills<\/td>\n<td width=\"353\">25 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Andrew Carnegie<\/td>\n<td width=\"353\">25 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">E. S. Higgins (propri\u00e9t\u00e9)<\/td>\n<td width=\"353\">20 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">George M. Pullman<\/td>\n<td width=\"353\">20 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"354\">Total<\/td>\n<td width=\"353\">295 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>\u00ab Ainsi voyons-nous un capital d&#8217;un montant presque inconcevable entre les mains d&#8217;un petit nombre et n\u00e9ces\u00adsairement soustrait aux possibilit\u00e9s [d&#8217;acc\u00e8s] du plus grand nombre. Aucun pouvoir humain ne saurait r\u00e9soudre \u00e0 l&#8217;amiable cette question angoissante. Cet \u00e9tat de choses ira de mal en pis \u00bb.<\/p>\n<p>QUELQUES MILLIONNAIRES AM\u00c9RICAINS &#8211; COMMENT<br \/>\nILS ONT ACQUIS LEURS MILLIONS<\/p>\n<p>Le R\u00e9dacteur en Chef de Review of Reviews donne ce qu&#8217;il appelle \u00ab quelques extraits d&#8217;un journal tr\u00e8s instructif et divertissant, dont la seule faute est d&#8217;avoir une vue optimiste de la pieuvre ploutocratique \u00bb :<\/p>\n<p>\u00ab Un Am\u00e9ricain qui \u00e9crit d&#8217;apr\u00e8s sa connaissance personnelle, mais pr\u00e9f\u00e8re rester anonyme, raconte dans Cornhill Magazine avec beaucoup de sympathie l&#8217;histoire de plusieurs des millionnaires de la gigantesque R\u00e9publique. Il pr\u00e9tend que m\u00eame si les quatre mille millionnaires poss\u00e8dent entre eux quarante milliards sur les soixante-dix milliards qui constituent la richesse nationale totale, ce qui en reste laisse encore \u00e0 chaque citoyen 500 $ par t\u00eate contre 330 $ par t\u00eate il y a quarante-cinq ans. Il soutient que les millionnaires ont prosp\u00e9r\u00e9 en enrichissant d&#8217;autres classes et non en les appauvrissant. \u00bb<\/p>\n<p>(P 279)<\/p>\n<p>Le \u00ab Commodore \u00bb Vanderbilt, qui fut le premier millionnaire de cette famille, naquit il y a juste un si\u00e8cle. Son capital consistait \u00e0 \u00eatre le traditionnel va-nu-pieds, \u00e0 avoir les poches vides et \u00e0 croire \u00e0 sa chance (base de tant de fortunes am\u00e9ricaines). Un dur labeur, de l&#8217;\u00e2ge de six \u00e0 seize ans, lui fournit un second capital plus tangible, savoir, cent dollars. Il investit cet argent dans un petit bateau ; avec ce bateau, il entreprit un commerce \u00e0 son compte, le transport de l\u00e9gumes \u00e0 New York. A l&#8217;\u00e2ge de vingt ans il se maria, et l&#8217;homme et la femme mirent leur c\u0153ur \u00e0 gagner de l&#8217;argent. Lui s&#8217;occupait du bateau, elle tint un h\u00f4tel. Trois ans plus tard, il poss\u00e9dait dix mille dollars. Puis sa fortune se multiplia rapidement, si rapidement que lorsqu&#8217;\u00e9clata la guerre civile, le gar\u00e7on qui avait commenc\u00e9 avec un seul bateau d&#8217;une valeur de cent dollars, put offrir \u00e0 la nation un de ses bateaux d&#8217;une valeur de huit cent mille dollars. Malgr\u00e9 cela, il se trouvait encore \u00e0 l&#8217;aise et pouvait continuer son commerce maritime. A soixante-dix ans, il \u00e9tait \u00e0 la t\u00eate d&#8217;une fortune de soixante-dix millions.<\/p>\n<p>\u00ab La fortune de la famille Astor est due au cerveau d&#8217;un seul homme et \u00e0 la croissance naturelle d&#8217;une grande nation, John Jacob Astor \u00e9tant le seul homme qui, sur quatre g\u00e9n\u00e9rations, sut gagner de l&#8217;argent. L&#8217;argent qu&#8217;il gagna, car il le gagna, fut plac\u00e9 sur des terrains \u00e0 New York. L&#8217;ensemble de ces terrains est limit\u00e9 du fait que la ville se tient sur une \u00eele. C&#8217;est pourquoi, la croissance de la ville de New York, qui \u00e9tait due \u00e0 celle de la R\u00e9publique, fit de cette petite fortune du dix-huiti\u00e8me si\u00e8cle la plus grande fortune am\u00e9ricaine du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle. Le premier et dernier Astor digne d&#8217;\u00eatre retenu comme ma\u00eetre dans l&#8217;art d&#8217;acqu\u00e9rir des millions fut donc. John Jacob Astor. Fatigu\u00e9 de seconder son p\u00e8re, dans sa boucherie \u00e0 Waldorf, J.J. Astor s&#8217;en alla il y a environ cent-dix ans pour tenter sa chance au Nouveau monde. C&#8217;est, dans un sens, sur le bateau qu&#8217;il fit r\u00e9ellement sa fortune enti\u00e8re. Il y rencontra un vieux marchand de fourrures qui le mit au courant de toutes les ficelles du commerce de fourrures avec les Indiens. Il entreprit donc ce commerce et gagna de l&#8217;argent. Puis il \u00e9pousa Sarah Todd qui \u00e9tait une jeune femme fine et \u00e9nergique. Sarah et John Jacob finirent par passer toutes leurs soir\u00e9es dans leur boutique \u00e0 trier des fourrures&#8230; En quinze ans, John Jacob et Sarah avaient amass\u00e9 2 500 000 $&#8230;<\/p>\n<p>(P 280) Une heureuse sp\u00e9culation dans des obligations des Etats-Unis, \u00e0 un moment o\u00f9 les cours \u00e9taient tr\u00e8s bas, doubla la fortune de John Jacob. Cette fortune fut tout enti\u00e8re plac\u00e9e dans des biens fonciers o\u00f9 elle est rest\u00e9e depuis.<\/p>\n<p>\u00ab Leland Standford, Charles Crocker, Mark Hopkins et Collis P. Huntington vinrent en Californie au moment de la fi\u00e8vre de l&#8217;or en 1849. Lorsqu&#8217;on agita la question du chemin de fer transcontinental, ces quatre hommes \u00ab y virent des millions \u00e0 gagner \u00bb et entreprirent la construction de l&#8217;Union Pacifie. Les quatre hommes, sans le sou en 1850, poss\u00e8dent maintenant ensemble une for\u00adtune s&#8217;\u00e9levant \u00e0 200 000 000 de dollars.<\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;un d&#8217;eux, Leland Stanford, s&#8217;\u00e9tait propos\u00e9 de fonder une famille, mais il y a dix ans, son fils unique mourut. Il d\u00e9cida alors de cr\u00e9er une universit\u00e9 en m\u00e9moire de ce fils, et il le fit d&#8217;une mani\u00e8re princi\u00e8re. De son vivant d\u00e9j\u00e0, il confia, dans ce but, \u00e0 \u2022des administrateurs fond\u00e9s de pouvoir, trois fermes d&#8217;une superficie de 86 000 acres [34 801 ha environ] valant \u00e0 cause de leurs superbes vignobles, 6 000 000 de dollars. A ceci, il ajouta 14 000 000 de dollars en titres, et \u00e0 sa mort, il l\u00e9gua \u00e0 l&#8217;universit\u00e9 2 500 000 $. Cet homme donna donc \u00e0 lui seul et \u00e0 une seule institution d&#8217;\u00e9tudes la somme totale de 22 500 000 $, ce qui est, dit-on, un record mondial. Sa femme a annonc\u00e9 son intention de laisser sa fortune, soit quelque 10 000 000 de dollars, \u00e0 l&#8217;universit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;exemple le plus remarquable de la formation d&#8217;une fortune dans l&#8217;histoire des millions am\u00e9ricains, est celui que fournit le trust de la Standard Oil :<\/p>\n<p>\u00ab Il y a trente ans, cinq jeunes gens, dont la plupart habitaient la petite ville de Cleveland (Etat de l&#8217;Ohio), et tous relativement pauvres (il est probable qu&#8217;ensemble, ils ne pouvaient se vanter de poss\u00e9der 50 000 $), virent la possibilit\u00e9 de gagner de l&#8217;argent avec le p\u00e9trole. Dans le langage expressif du vieux marinier, \u00ab ils all\u00e8rent \u00e7\u00e0 et l\u00e0 pour en chercher, et ils en trouv\u00e8rent \u00bb. Aujourd&#8217;hui, ce m\u00eame groupe de cinq hommes poss\u00e8de 600 000 000 de dollars&#8230; John D. Rockefeller, le cerveau et l&#8217;animateur de ce grand \u00ab trust \u00bb, est un homme au visage rouge de sant\u00e9, aux yeux si doux et aux mani\u00e8res si cordiales, qu&#8217;il est tr\u00e8s difficile de l&#8217;appeler un \u00ab accapareur forcen\u00e9 \u00bb. Son occupation favorite maintenant est l&#8217;instruction, et il chevauche ce \u00ab dada \u00bb d&#8217;une mani\u00e8re \u00e9nergique et virile. Il a pris l&#8217;Universit\u00e9 de Chicago sous sa protection, et d\u00e9j\u00e0 la somme de sept millions de dollars est pass\u00e9e de ses poches au fonds de ce nouveau centre de culture dans la seconde cit\u00e9 de la R\u00e9publique \u00bb.<\/p>\n<p>(P 281)<\/p>\n<p>Dans un article paru dans le Forum, M. Thomas G. Shearman, statisticien de New York, donnait les noms de soixante-dix Am\u00e9ricains, dont les fortunes r\u00e9unies s&#8217;\u00e9l\u00e8vent \u00e0 2 700 000 000 de dollars, soit une moyenne de 38 500 000 $ pour chacune ; il d\u00e9clare qu&#8217;on pourrait dresser une liste de dix personnes dont la fortune moyenne serait de 100 000 000 de dollars, et une autre, liste de cent personnes dont la fortune moyenne serait de 25 000 000 de dollars ; il poursuit en disant que \u00ab le revenu moyen annuel de chacun des cent plus riches Am\u00e9ricains ne peut pas \u00eatre moins de 1 200 000 $, et qu&#8217;il d\u00e9passe probablement 1 500 000 $ \u00bb.<\/p>\n<p>Commentant cette derni\u00e8re d\u00e9claration, un \u00e9crivain de talent (R\u00e9v. Josiah Strong) dit :<\/p>\n<p>\u00ab Si cent travailleurs pouvaient gagner chacun 1 000 $ par an, il leur faudrait travailler douze cents ou quinze cents ann\u00e9es pour gagner, autant que le revenu annuel de ces cent Am\u00e9ricains les plus riches. Si un travailleur pouvait gagner 100 $ par jour, il devrait travailler jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il soit \u00e2g\u00e9 de cinq cent quarante-sept ans, sans prendre une seule journ\u00e9e de cong\u00e9, pour pouvoir gagner autant d&#8217;argent que n&#8217;en poss\u00e8dent certains Am\u00e9ricains \u00bb.<\/p>\n<p>Le tableau suivant compare la richesse des quatre nations les plus riches du monde en 1830 et en 1893 ; il montre comment les richesses sont \u00ab entass\u00e9es \u00bb par nations dans les \u00ab derniers jours \u00bb de cette dispensation o\u00f9 l&#8217;on accumule l&#8217;argent d&#8217;une mani\u00e8re presque fabuleuse :<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"235\">Richesses totales\u00a0:<\/td>\n<td width=\"236\">1830<\/td>\n<td width=\"236\">1893<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"235\"><\/td>\n<td width=\"236\">$<\/td>\n<td width=\"236\">$<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"235\">De la Grande-Bretagne<\/td>\n<td width=\"236\">16\u00a0890\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<td width=\"236\">50\u00a0000\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"235\">De la France<\/td>\n<td width=\"236\">10\u00a0645\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<td width=\"236\">40\u00a0000\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"235\">De l\u2019Allemagne<\/td>\n<td width=\"236\">10\u00a0700\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<td width=\"236\">35\u00a0000\u00a0000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"235\">Des Etats-Unis<\/td>\n<td width=\"236\">5\u00a0000\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<td width=\"236\">72\u00a0000\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Afin que le lecteur puisse comprendre comment des statisticiens arrivent \u00e0 leurs conclusions sur un sujet aussi vaste, nous donnons ce qui suit comme \u00e9tant une estimation classifi\u00e9e et approximative de la, richesse des Etats-Unis :<\/p>\n<p>(P 282)<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"353\"><\/td>\n<td width=\"354\">$<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"353\">Biens immobiliers des cit\u00e9s et des villes<\/td>\n<td width=\"354\">15\u00a0500\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"353\">Biens immobiliers autres que ceux des cit\u00e9s et des villes<\/td>\n<td width=\"354\">12\u00a0500\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"353\">Propri\u00e9t\u00e9s personnelles (non sp\u00e9cifi\u00e9es ailleurs)<\/td>\n<td width=\"354\">8\u00a0200\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"353\">Chemin de fer et leurs installations<\/td>\n<td width=\"354\">8\u00a0000\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"353\">Capital investi dans des industries<\/td>\n<td width=\"354\">5\u00a0300\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"353\">Biens manufactur\u00e9s<\/td>\n<td width=\"354\">5\u00a0000\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"353\">Productions (y compris la laine)<\/td>\n<td width=\"354\">3\u00a0500\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"353\">Propri\u00e9t\u00e9s poss\u00e9d\u00e9es et argent investi dans les pays \u00e9trangers<\/td>\n<td width=\"354\">3\u00a0100\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"353\">Edifices publics, arsenaux, navires de guerre, etc.<\/td>\n<td width=\"354\">3\u00a0000\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"353\">Animaux domestiques dans les fermes<\/td>\n<td width=\"354\">2\u00a0480\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"353\">Animaux domestiques dans les cit\u00e9s et dans les villes<\/td>\n<td width=\"354\">1\u00a0700\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"353\">Argent, pi\u00e8ces de monnaie \u00e9trang\u00e8res et nationales, billets de banque, etc.<\/td>\n<td width=\"354\">2\u00a0130\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"353\">Terres publiques (\u00e0 1,25 $ l\u2019acre)<\/td>\n<td width=\"354\">1\u00a0000\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"353\">Produits min\u00e9raux (toutes sortes)<\/td>\n<td width=\"354\">590\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"353\">Total<\/td>\n<td width=\"354\">72\u00a0000\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>Il y a quelques ann\u00e9es, on remarqua que la richesse des Etats-Unis s&#8217;accroissait \u00e0 raison de quarante millions de dollars par semaine, soit deux milliards de dollars par an (l&#8217;endettement total de la nation des Etats-Unis, public et priv\u00e9, \u00e9tait alors estim\u00e9 \u00e0 vingt milliards de dollars).<\/p>\n<p>L&#8217;amoncellement des tr\u00e9sors pendant les derniers jours, comme on vient de le noter, s&#8217;applique sp\u00e9cialement \u00e0 ces Etats-Unis, mais il en est de m\u00eame du monde civilis\u00e9 tout entier. Par t\u00eate d&#8217;habitant, la Grande-Bretagne est-plus riche que les Etats-Unis, la nation la plus riche sur la terre. M\u00eame en Chine, et au Japon, il y a depuis peu, des millionnaires. La d\u00e9faite de la Chine en 1894 par les Japonais serait due surtout, dit-on, \u00e0 la cupidit\u00e9 des fonctionnaires gouvernementaux qu&#8217;on accuse d&#8217;avoir fourni des canons et des obus de qualit\u00e9 inf\u00e9rieure, et m\u00eame des imitations, bien qu&#8217;ils aient re\u00e7u un prix consid\u00e9rable pour en fournir d&#8217;authentiques.<\/p>\n<p>(P 283)<\/p>\n<p>Bien entendu, une minorit\u00e9 seulement de ceux qui cherchent fortune la trouve. La course pr\u00e9cipit\u00e9e et les luttes pour acqu\u00e9rir les biens de ce monde ne sont pas toujours r\u00e9compens\u00e9es. Le poison de l&#8217;\u00e9go\u00efsme ne touche pas seulement ceux qui r\u00e9ussissent, et, comme le d\u00e9clarait l&#8217;Ap\u00f4tre : \u00ab Or ceux qui veulent devenir riches [qui sont d\u00e9termin\u00e9s \u00e0 \u00eatre riches \u00e0 tout prix] tombent dans la tentation et dans un pi\u00e8ge, et dans plusieurs d\u00e9sirs insens\u00e9s et pernicieux qui plongent les hommes dans la ruine et la perdition ; car c&#8217;est une racine de toutes sortes de maux que l&#8217;amour de l&#8217;argent [de la richesse] \u00bb (1 Tim. 6 : 9, 10). La majorit\u00e9, inexp\u00e9riment\u00e9e, prend des risques et trouve le d\u00e9sappointement et la perte ; la minorit\u00e9, pleine de sagesse mondaine et de subtilit\u00e9, prend peu de risques et r\u00e9colte la plupart des gains. Ainsi, par exemple, la \u00ab fi\u00e8vre de l&#8217;or de l&#8217;Afrique du Sud \u00bb qui, autrefois, se r\u00e9pandit en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne, transf\u00e9ra r\u00e9ellement des poches et des comptes en banque de la classe moyenne \u00e0 ceux des riches capitalistes et des banquiers qui prennent peu de risques, des centaines de millions de dollars. Le r\u00e9sultat fut sans aucun doute une grande perte pour cette classe moyenne si soucieuse d&#8217;obtenir rapidement des richesses qu&#8217;elle risque son tout. La tendance de tout ceci est de m\u00e9contenter nombre de personnes de cette classe d&#8217;ordinaire conservatrice et de les pr\u00e9parer dans quelques ann\u00e9es \u00e0 accepter n&#8217;importe quel plan socialiste qui promette d&#8217;\u00eatre \u00e0 leur avantage.<\/p>\n<p>L&#8217;ACCROISSEMENT DE LA PAUVRET\u00c9<\/p>\n<p>Mais est-il vrai qu&#8217;il y ait des pauvres et des n\u00e9cessiteux dans ce pays d&#8217;abondance, dans lequel tant de gens amassent ensemble une telle fabuleuse richesse ? N&#8217;est-ce pas de sa propre faute si un homme ou une femme en bonne sant\u00e9 n&#8217;arrive pas \u00e0 vivre confortablement ? Ne serait-ce pas encourager le paup\u00e9risme et la d\u00e9pendance si ceux qui vivent dans la prosp\u00e9rit\u00e9 se mettaient \u00e0 \u00ab mer pour faire avancer les canots \u00bb des classes plus pauvres ? C&#8217;est ainsi que raisonnent nombre de riches qui, en de nombreux cas, \u00e9taient eux-m\u00eames des pauvres il y a vingt-cinq ans, et qui se souviennent qu&#8217;alors tous ceux qui<\/p>\n<p>(P 284) pouvaient et voulaient travailler, trouvaient sans peine de l&#8217;occupation. Ils ne discernent pas quels grands changements se sont op\u00e9r\u00e9s depuis, que si, d&#8217;une part leur fortune s&#8217;est am\u00e9lior\u00e9e d&#8217;une mani\u00e8re prodigieuse, d&#8217;autre part la condition des masses a r\u00e9trograd\u00e9, surtout depuis les sept derni\u00e8res ann\u00e9es. Il est vrai que, maintenant, les salaires sont assez \u00e9lev\u00e9s parce qu&#8217;ils sont maintenus, gr\u00e2ce aux efforts des syndicats ouvriers, etc. ; cependant, beaucoup ne peuvent obtenir du travail, tandis que nombre de ceux qui ont une situation, ne peuvent travailler que la moiti\u00e9 du temps, et souvent moins, et parviennent \u00e0 peine, par une stricte \u00e9conomie, \u00e0 vivre d\u00e9cemment et honn\u00eatement.<\/p>\n<p>Lorsque surviennent des crises sp\u00e9ciales, comme celle de 1893-1896, nombre de ces sans-travail tombent \u00e0 la charge de leurs amis qui peuvent difficilement supporter ce surcro\u00eet de fardeau. Ceux qui n&#8217;ont pas d&#8217;amis sont forc\u00e9s de recourir aux \u0153uvres d&#8217;assistance publique, lesquelles, en pareils cas, ne peuvent absolument pas faire face \u00e0 la situation.<\/p>\n<p>La crise de 1893 passa sur le monde entier comme une grande vague, et l&#8217;abattement qui en r\u00e9sulta se fait encore grandement sentir, bien que beaucoup de personnes aient retrouv\u00e9 du travail. Selon les Ecritures, cette d\u00e9tresse vient semblable \u00e0 des vagues, \u00e0 des spasmes, ou aux \u00ab douleurs de l&#8217;enfantement \u00bb (1 Thess. 5 : 3) ; chaque spasme successif deviendra probablement plus douloureux jusqu&#8217;au spasme final. Les gens fortun\u00e9s qui jouissent de tout le confort d\u00e9sir\u00e9 arrivent difficilement \u00e0 comprendre le d\u00e9nuement de la classe la plus pauvre qui augmente rapidement. Le fait est que m\u00eame parmi ceux des classes moyenne et riche, on se rend compte de l&#8217;impossibilit\u00e9 totale de changer l&#8217;actuel ordre social pour leur apporter un soulagement permanent quelconque ; et ainsi, chacun fait le peu qu&#8217;il lui para\u00eet possible de faire et de son devoir de faire aux indigents de son entourage, et essaie de discr\u00e9diter ou d&#8217;oublier les appels de d\u00e9tresse qui frappent sa vue ou ses oreilles.<\/p>\n<p>Les extraits suivants tir\u00e9s de la presse quotidienne rappelleront quelle \u00e9tait la situation en 1893; laquelle<\/p>\n<p>(P 285) se reproduira probablement sous peu en plus grave. The California Advocate d\u00e9clarait :<\/p>\n<p>\u00ab Les rassemblements par milliers des masses de ch\u00f4meurs dans nos grandes villes offrent un triste spectacle, et leur cri pitoyable pour r\u00e9clamer du travail ou du pain retentit dans tout le pays. C&#8217;est le vieux probl\u00e8me insoluble de- la pauvret\u00e9 aggrav\u00e9 par la crise sans pr\u00e9c\u00e9dent dans les affaires. L&#8217;oisivet\u00e9 involontaire est un mal qui va sans cesse en empirant et qui marche de pair avec la civilisation. C&#8217;est l&#8217;ombre mena\u00e7ante qui suit sans arr\u00eat le d\u00e9veloppement de la civilisation, et qui augmente en ampleur et en intensit\u00e9. Les conditions ne sont certainement pas normales lorsque des hommes veulent travailler, d\u00e9sirent travailler, et ne peuvent cependant pas trouver du travail \u00e0 faire, alors que leur vie m\u00eame en d\u00e9pend. Le vieux dicton n&#8217;est pas vrai lorsqu&#8217;il dit que \u00ab le monde doit \u00e0 chacun du travail \u00bb. Mais il est vrai que le monde doit \u00e0 chacun la possibilit\u00e9 de gagner sa vie. Beaucoup de th\u00e9ories ont \u00e9t\u00e9 propos\u00e9es et beaucoup d&#8217;efforts ont \u00e9t\u00e9 faits pour garantir \u00e0 tous ceux qui veulent travailler, \u00ab le droit au travail \u00bb, mais jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, tous ces essais ont lamentablement \u00e9chou\u00e9. Celui qui r\u00e9soudra cet important probl\u00e8me, et qui procurera \u00e0 tout homme d\u00e9sirant travailler le moyen de le faire, sera en v\u00e9rit\u00e9 un bienfaiteur de l&#8217;humanit\u00e9, car il d\u00e9livrera ainsi les humains de la mal\u00e9diction de l&#8217;oisivet\u00e9 forc\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>Un autre r\u00e9cit d\u00e9crit comment, \u00e0 Chicago, une foule de plus de quatre cents ch\u00f4meurs d\u00e9fila \u00e0 travers les principales rues de la ville. A sa t\u00eate, l&#8217;un des manifestants portait une pancarte avec l&#8217;effrayante l\u00e9gende : \u00ab Nous voulons du travail \u00bb. Le jour suivant, ils se promen\u00e8rent avec de nombreuses banni\u00e8res portant les inscriptions suivantes : \u00ab Vivre et laisser vivre \u00bb, \u00ab Nous demandons la possibilit\u00e9 de soutenir nos familles \u00bb, \u00ab Du travail ou du pain \u00bb, etc. Une arm\u00e9e de ch\u00f4meurs parcourut San-Francisco avec des banni\u00e8res portant ces inscriptions : Des milliers de maisons sont \u00e0 louer et des milliers de gens sont sans abri \u00bb, \u00ab Affam\u00e9s et dans le d\u00e9nuement \u00bb, Pouss\u00e9s \u00e0 la mendicit\u00e9 par l&#8217;aiguillon de la faim \u00bb, \u00ab Ne montez plus sur notre dos, et nous nous d\u00e9brouillerons nous-m\u00eames \u00bb, etc.<\/p>\n<p>Dans un autre journal, on lit :<\/p>\n<p>(P 286)<\/p>\n<p>\u00ab Newark (N.J.), le 21 ao\u00fbt : \u2014 Aujourd&#8217;hui, des ch\u00f4meurs ont organis\u00e9 un grand cort\u00e8ge. A leur t\u00eate marchait un homme portant un grand drapeau noir sur lequel on lisait en lettres blanches ces mots : \u00ab Signes des Temps : je meurs de faim parce qu&#8217;il est gras \u00bb. Sous cette inscription, on voyait l&#8217;image d&#8217;un homme gros et bien nourri coiff\u00e9 d&#8217;un haut-de-forme ; \u00e0 son c\u00f4t\u00e9 se tenait un travailleur mourant de faim \u00bb.<\/p>\n<p>Un autre journal, faisant allusion \u00e0 la gr\u00e8ve des mineurs-houilleurs anglais, dit :<\/p>\n<p>\u00ab Les histoires de d\u00e9tresse r\u00e9elle, et m\u00eame de famine, se multiplient d&#8217;une mani\u00e8re affligeante \u00e0 travers Angleterre, et l&#8217;arr\u00eat du travail dans l&#8217;industrie ainsi que la perturbation dans les chemins de fer prennent des proportions d&#8217;une grave calamit\u00e9 nationale&#8230; Comme on pouvait s&#8217;y attendre, la v\u00e9ritable cause provient des redevances \u00e9normes qui doivent \u00eatre pay\u00e9es aux propri\u00e9taires du sol pour la location de leurs terrains qui renferment des mines. Un nombre consid\u00e9rable de millionnaires, dont les redevances mini\u00e8res qui leur sont pay\u00e9es pendent comme des meules autour du \u00ab cou \u00bb des industries mini\u00e8res, sont en m\u00eame temps des pairs \u00e9minents ; aussi, la conscience publique courrouc\u00e9e associe-t-elle les deux choses en m\u00eame temps&#8230; Des journaux avanc\u00e9s dressent-ils des listes extraordinaires de lords qui ne diff\u00e8rent pas de celles des trusts en Am\u00e9rique, et qui montrent dans leurs chiffres leurs monstrueux pr\u00e9l\u00e8vements sur les revenus des propri\u00e9t\u00e9s du pays.<\/p>\n<p>Le cri des gens qui r\u00e9clament du pain s&#8217;\u00e9l\u00e8ve des villes. Ce cri est plus intense et plus lugubre qu&#8217;il ne l&#8217;a jamais \u00e9t\u00e9. Il provient d&#8217;estomacs tiraill\u00e9s par la faim et de corps affaiblis. Il provient d&#8217;hommes qui parcourent \u00e0 pied les rues pour chercher du travail. Il provient de femmes d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es, assises dans des chambres vides. Il provient des enfants.<\/p>\n<p>Dans la cit\u00e9 de New York, les pauvres sont arriv\u00e9s \u00e0 un degr\u00e9 d&#8217;indigence jamais atteint. Il n&#8217;y a probablement aucun vivant qui puisse comprendre combien la souffrance est terrible, combien est effrayante la pauvret\u00e9. Aucune personne \u00e0 elle seule ne peut la voir toute. Personne ne peut se l&#8217;imaginer.<\/p>\n<p>Peu parmi nos lecteurs peuvent comprendre ce que signifie \u00eatre priv\u00e9 de nourriture. C&#8217;est l&#8217;une des choses si \u00e9pouvantables qu&#8217;on ne peut la leur faire toucher du doigt. Ils disent : \u00ab Certainement, les gens peuvent obtenir quelque chose \u00e0 manger quelque part, suffisamment pour vivre ; ils peuvent aller vers leurs voisins \u00bb. Pour ceux qui sont les victimes, il n&#8217;y a pas de \u00ab quelque part \u00bb. Leurs amis<\/p>\n<p>(P 287) sont aussi d\u00e9nu\u00e9s de tout qu&#8217;eux-m\u00eames. Ils sont des hommes si affaiblis par manque de nourriture qu&#8217;ils ne peuvent pas travailler si du travail leur est offert \u00bb.<\/p>\n<p>Dans son \u00e9ditorial, l&#8217;Examiner de San-Francisco d\u00e9clarait :<\/p>\n<p>\u00ab Comment cela se fait-il ? Nous avons tant \u00e0 manger que les fermiers se plaignent de n&#8217;avoir aucun profit. Nous avons tant pour nous v\u00eatir que les filatures de coton et de laine ferment leurs portes parce que personne ne leur ach\u00e8te leurs produits. Nous avons tant de charbon que les chemins de fer qui le transportent s&#8217;en vont dans les mains des liquidateurs. Nous avons tant de maisons que les constructeurs sont sans travail. Toutes les choses n\u00e9cessaires \u00e0 la vie et \u00e0 son confort sont abondantes comme elles ne le furent jamais dans les ann\u00e9es les plus prosp\u00e8res de notre histoire. Lorsque le pays a suffisamment de nourriture, de v\u00eatements, de combustible et de logis pour chacun, pourquoi les temps sont-ils si durs ? Il est \u00e9vident que la nature n&#8217;y est pour rien. Qui ou quoi est donc responsable de cela ?<\/p>\n<p>\u00ab Le probl\u00e8me du ch\u00f4mage est l&#8217;un des plus s\u00e9rieux probl\u00e8mes que les Etats-Unis doivent affronter. Selon les statistiques r\u00e9unies par Bradstreet&#8217;s, il y avait au d\u00e9but de l&#8217;ann\u00e9e quelque chose comme 801 000 salari\u00e9s sans emploi dans les 119 premi\u00e8res cit\u00e9s des Etats-Unis, et le nombre des personnes \u00e0 la charge de ces salari\u00e9s \u00e9tait de plus de 2 000 000. Si les 119 cit\u00e9s ont donn\u00e9 une moyenne exacte, le total des salari\u00e9s sans travail pour le pays le premier jour de l&#8217;an d\u00e9passerait 4 000 000 de personnes, repr\u00e9sentant une population \u00e0 leur charge de 10 000 000. Etant donn\u00e9 que les ch\u00f4meurs cherchent les cit\u00e9s, il est bon de d\u00e9duire un quart de ces chiffres. Mais m\u00eame cette d\u00e9duction faite, le nombre des ch\u00f4meurs est un total \u00e9norme, qui fend le c\u0153ur.<\/p>\n<p>\u00ab Le dur chemin de la pauvret\u00e9 qui conduit au paup\u00e9risme a \u00e9t\u00e9 parcouru si longtemps en Europe que les autorit\u00e9s du Vieux Monde savent mieux comment s&#8217;en occuper que ne le sait la communaut\u00e9 comparativement prosp\u00e8re de ce c\u00f4t\u00e9-ci de l&#8217;Oc\u00e9an. En Europe, les salaires sont si bas que, dans beaucoup d&#8217;\u00c9tats, l&#8217;hospice est le refuge \u00e0 la fin de la vie. Aucune somme de travail et d&#8217;\u00e9conomie ne peut permettre \u00e0 un travailleur de garder une pomme pour la soif. La marge entre les recettes et les d\u00e9penses est si petite qu&#8217;une maladie de quelques jours ou une perte d&#8217;emploi r\u00e9duit le travailleur \u00e0 l&#8217;indigence. Dans ces pays, le gouvernement a<\/p>\n<p>(P 288) \u00e9t\u00e9 forc\u00e9 de traiter le sujet plus ou moins scientifiquement, au lieu de la m\u00e9thode \u00ab \u00e0-la-va-comme-je-te-pousse \u00bb famili\u00e8re \u00e0 l&#8217;Am\u00e9rique o\u00f9 les vagabonds abondent et o\u00f9 homme qui se respecte et qui tombe dans le besoin doit souffrir la faim \u00bb.<\/p>\n<p>Le r\u00e9dacteur en Chef de The Arena dit dans Civilization Inferno :<\/p>\n<p>\u00ab La Mer Morte de la mis\u00e8re fait reculer ses limites dans chaque centre populeux. Les murmures de m\u00e9contentement et de col\u00e8re sont de plus en plus mena\u00e7ants d&#8217;ann\u00e9e en ann\u00e9e. La justice qui est refus\u00e9e aux faibles \u00e0 cause de la puissance de la cupidit\u00e9, nous a amen\u00e9s face \u00e0 une formidable crise qui peut encore \u00eatre \u00e9vit\u00e9e si nous avons la sagesse d&#8217;\u00eatre justes et humains ; mais on ne peut plus d\u00e9sormais parler d&#8217;un ton sarcastique de ce probl\u00e8me comme s&#8217;il n&#8217;\u00e9tait d&#8217;aucune importance. D\u00e9sor\u00admais il n&#8217;est plus local, mais il affecte et menace le corps politique tout entier. Il y a quelques ann\u00e9es, l&#8217;un des eccl\u00e9siastiques les plus \u00e9minents en Am\u00e9rique d\u00e9clarait que dans cette R\u00e9publique, il n&#8217;y avait pas \u00e0 proprement parler de pauvret\u00e9. Aujourd&#8217;hui, aucune personne r\u00e9fl\u00e9chie ne disconvient que ce probl\u00e8me soit d&#8217;une tr\u00e8s grande importance. Il y a peu de temps, j&#8217;ai employ\u00e9 un monsieur \u00e0 New York pour prendre personnellement connaissance des archives du tribunal de la cit\u00e9 afin qu&#8217;il puisse se rendre compte du nombre exact de mandats d&#8217;\u00e9viction d\u00e9livr\u00e9s en douze mois. Quel fut le r\u00e9sultat ? Les archives montr\u00e8rent le fait terrifiant que durant les douze mois se terminant le 1er septembre 1892, vingt-neuf mille sept cent vingt mandats d&#8217;\u00e9viction furent d\u00e9livr\u00e9s dans la cit\u00e9 de New York.<\/p>\n<p>\u00ab Dans un article du Forum de d\u00e9cembre 1892 par M. Jacob Mis, sur les besoins sp\u00e9ciaux des pauvres \u00e0 New York, il dit : \u00ab D. est vrai que depuis de nombreuses ann\u00e9es \u00e0 New York, un dixi\u00e8me de tous ceux qui meurent dans cette grande et riche cit\u00e9 sont enterr\u00e9s au cimeti\u00e8re des indigents. Sur les 382 530 enterrements qui eurent lieu dans la d\u00e9cade \u00e9coul\u00e9e, 37 966 furent faits dans le cimeti\u00e8re des indigents, et M. Riis continue en faisant allusion au fait connu de tous ceux qui \u00e9tudient les conditions sociales et enqu\u00eatent personnellement sur la pauvret\u00e9 dans les grandes cit\u00e9s, que cet exemple du cimeti\u00e8re des indigents, aussi terriblement significatif qu&#8217;il puisse \u00eatre, n&#8217;est pas ad\u00e9quat pour estimer le probl\u00e8me de la pauvret\u00e9 d&#8217;une grande cit\u00e9. Sur ce point, il poursuit :<\/p>\n<p>\u00ab Ceux qui ont fait une exp\u00e9rience quelconque avec les pauvres, et qui savent avec quelle angoisse ils luttent contre<\/p>\n<p>(P 289) ce point culminant de la mis\u00e8re, comment ils font des projets et se privent pour avoir le pauvre privil\u00e8ge de reposer \u00e0 leur mort dans une tombe qui leur appartienne (bien que dans leur vie, ils n&#8217;aient jamais poss\u00e9d\u00e9 une cabane qui f\u00fbt la leur), seront d&#8217;accord avec moi que c&#8217;est \u00eatre bien mod\u00e9r\u00e9 que de supposer que l\u00e0 o\u00f9 un seul tombe, malgr\u00e9 tout, dans cette terrible tranch\u00e9e, deux ou trois au moins doivent \u00eatre menac\u00e9s d&#8217;y tomber. Avec cette estimation que vingt \u00e0 trente pour cent de notre population luttent toujours pour \u00e9loigner la faim \u00e0 leurs foyers, tous les faits connus \u2014 m\u00eame s&#8217;ils sont dispers\u00e9s \u2014 touchant des institutions charitables \u00e0 New York s&#8217;accordent assez bien.<\/p>\n<p>\u00ab En 1890, on enregistra officiellement deux cent trente-neuf suicides dans la ville de New York. Les rapports des tribunaux sont charg\u00e9s, comme jamais auparavant, de cas de personnes qui ont attent\u00e9 \u00e0 leurs jours. Le greffier Smyth, s&#8217;adressant \u00e0 une pauvre cr\u00e9ature qui avait cherch\u00e9 la mort en se jetant dans l&#8217;East River, dit : \u00ab Vous \u00eates la seconde personne qui passe en jugement ce matin pour avoir tent\u00e9 de se suicider ; et \u00bb, continua-t-il, \u00ab je n&#8217;avais jamais vu autant de cas de ce genre avant ces derniers mois \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab La nuit tombe lentement mais s\u00fbrement sur notre peuple, sur des centaines et des milliers de personnes ; c&#8217;est la nuit de la pauvret\u00e9 et du d\u00e9sespoir. Elles sont conscientes de son approche, mais se sentent impuissantes \u00e0 entraver sa marche. \u00ab Les loyers augmentent et les salaires diminuent chaque ann\u00e9e, et que pouvons-nous y faire ? \u00bb d\u00e9clarait r\u00e9cemment un travailleur en parlant des perspectives de l&#8217;avenir. \u00ab Je ne vois aucun moyen d&#8217;en sortir \u00bb ajouta-t-il am\u00e8rement, et on doit convenir que les perspectives sont sombres si aucun changement \u00e9conomique radical n&#8217;intervient, car l&#8217;offre augmente chaque ann\u00e9e bien plus rapidement que la demande de travailleurs. \u00ab Il y a dix femmes pour n&#8217;importe quel emploi, si peu r\u00e9tribu\u00e9 soit-il \u00bb, telle est la d\u00e9claration impartiale d&#8217;un fonctionnaire qui a fait r\u00e9cemment de cette question une \u00e9tude sp\u00e9ciale. \u00ab Des centaines de jeunes filles \u00bb, continue cet auteur, \u00ab brisent leur avenir chaque ann\u00e9e et d\u00e9truisent leur sant\u00e9 dans des magasins et des ateliers sombres et mal a\u00e9r\u00e9s, et pourtant d&#8217;autres jeunes filles en grand nombre arrivent de la campagne et des bourgs chaque semaine pour remplir les places vacantes \u00bb. Mais n&#8217;imaginons pas que ce sont l\u00e0 des conditions particuli\u00e8res \u00e0 New York. Ce qui e t vrai de la m\u00e9tropole l&#8217;est, jusqu&#8217;\u00e0 un certain point, \u00e9galement de toutes les grandes cit\u00e9s en Am\u00e9rique. A une port\u00e9e de canon de Beacon Hill, \u00e0 Boston o\u00f9 se dresse fi\u00e8rement le d\u00f4me du<\/p>\n<p>(P 290) Capitole, se trouvent des centaines de familles qui meurent lentement de faim et \u00e9touffent ; des familles qui luttent avec courage pour se procurer les choses strictement n\u00e9cessaires \u00e0 la vie, tandis qu&#8217;ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, les conditions deviennent plus d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9es, la lutte pour le pain plus farouche, et l&#8217;avenir plus sombre. En conversation avec l&#8217;un de ces travailleurs, dit-il, avec un certain ton path\u00e9tique de d\u00e9couragement qui manifestait le d\u00e9sespoir ou peut-\u00eatre une perception \u00e9mouss\u00e9e qui l&#8217;emp\u00eachait de saisir pleinement la port\u00e9e de ses paroles : \u00ab J&#8217;ai entendu parler un jour d&#8217;un homme qui fut enferm\u00e9 par un tyran dans une cage de fer, et qui, chaque jour, trouvait les parois se rapprochant de plus en plus de lui. A la fin, les parois furent si pr\u00e8s l&#8217;une de l&#8217;autre qu&#8217;elles firent sortir de force une partie de sa vie, et je ne sais comment \u00bb,. dit-il, \u00ab il me semble que nous sommes exactement comme cet homme ; lorsque, chaque jour, je vois transporter les petites bo\u00eetes, je dis parfois \u00e0 ma femme : il y a un peu plus de vie disparue ; un jour, nous partirons aussi \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab R\u00e9cemment, j&#8217;ai visit\u00e9 une vingtaine de logements d&#8217;ouvriers o\u00f9 la vie lutte contre la mort ; o\u00f9, avec un h\u00e9ro\u00efsme patient bien plus sublime que des exploits audacieux accomplis au milieu des cris de triomphe du champ de bataille, des m\u00e8res et des filles maniaient l&#8217;aiguille sans arr\u00eat. Dans plusieurs foyers, j&#8217;ai remarqu\u00e9 des impotents clou\u00e9s au lit, dont les yeux enfonc\u00e9s et le visage \u00e9maci\u00e9 racontaient clairement l&#8217;histoire de mois, et peut-\u00eatre d&#8217;ann\u00e9es, de manque de nourriture au milieu de la salet\u00e9 repoussante, de l&#8217;odeur \u00e9c\u0153urante et de la malpropret\u00e9 presque universelle de la caverne sociale. Ici, l&#8217;on devient douloureusement conscient que les spectres de la faim et de la peur sont toujours pr\u00e9sents. Une terreur constante opprime le c\u0153ur de ces exil\u00e9s d&#8217;un poids \u00e9crasant. Le propri\u00e9taire, debout, un ordre d&#8217;expulsion \u00e0 la main, hante constamment leur esprit. La crainte de la maladie obs\u00e8de leurs moments de veille, car pour eux la maladie signifie l&#8217;incapacit\u00e9 de se procurer la nourriture \u00e0 peine suffisante que r\u00e9clame la vie. Le d\u00e9sespoir de l&#8217;avenir probable tourmente fr\u00e9quemment leur repos. Tel est le sort commun du travailleur patient dans les quartiers sordides de nos grandes cit\u00e9s d&#8217;aujourd&#8217;hui. Sur la plupart des visages on lit une expression de profonde tristesse et de r\u00e9signation muette ne Parfois une lueur incertaine jaillit d&#8217;orbites caverneuses, une lueur funeste sugg\u00e9rant des feux\u00a0 aliment\u00e9s par la conscience toujours pr\u00e9sent qui e d&#8217;\u00eatre des couvent victimes. Ils sentent d&#8217;une mani\u00e8re confuse que le sort de la b\u00eate des champs est bien plus heureux que leur destin\u00e9e \u00e0 eux. M\u00eame s&#8217;ils luttent de l&#8217;aube<\/p>\n<p>(P 291) jusque tard dans la nuit pour avoir du pain et une mis\u00e9rable chambre, ils savent que la fen\u00eatre de l&#8217;espoir leur est ferm\u00e9e dans les grands centres agit\u00e9s de la chr\u00e9tient\u00e9. Il est triste, en v\u00e9rit\u00e9, de penser qu&#8217;\u00e0 l&#8217;heure pr\u00e9sente, alors que notre pays est couvert comme jamais auparavant de temples majestueux d\u00e9di\u00e9s au grand Nazar\u00e9en qui consacra sa vie \u00e0 exercer un minist\u00e8re parmi les pauvres, les d\u00e9chus et les parias, nous trouvons la mar\u00e9e de la mis\u00e8re qui monte ; nous trouvons qu&#8217;une pauvret\u00e9 inattendue devient le sort in\u00e9vitable de milliers de vies suppl\u00e9mentaires chaque ann\u00e9e. Jamais le sentiment d&#8217;altruisme n&#8217;a \u00e9t\u00e9 plus g\u00e9n\u00e9ral sur les l\u00e8vres de l&#8217;homme. Jamais le c\u0153ur humain n&#8217;a sou\u00adpir\u00e9 comme maintenant apr\u00e8s une vraie manifestation de fraternit\u00e9 humaine. Jamais le monde civilis\u00e9 tout entier n&#8217;a \u00e9t\u00e9 si profond\u00e9ment remu\u00e9 par le r\u00eave persistant des \u00e2ges: la paternit\u00e9 de Dieu et la fraternit\u00e9 des hommes. Et pourtant, \u00e9trange anomalie ! Le cri de l&#8217;innocence, de la justice bafou\u00e9e, le cri de millions de personnes sous la roue, s&#8217;\u00e9l\u00e8ve aujourd&#8217;hui de chaque pays civilis\u00e9 comme jamais auparavant. La voix de la Russie se m\u00eale avec le cri de l&#8217;Irlande. Les parias de Londres s&#8217;associent aux bannis de toutes les grandes cit\u00e9s continentales et am\u00e9ricaines pour ne former qu&#8217;une puissante revendication pour la justice, qui \u00e9branle toute la terre \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab A Londres seulement, il y a plus de trois cent mille personnes qui vivent au bord m\u00eame de l&#8217;ab\u00eeme, dans la crainte continuelle de se voir chass\u00e9es du pauvre r\u00e9duit qu&#8217;elles appellent leur foyer ; leur vie n&#8217;est qu&#8217;un long cauchemar. Moins favoris\u00e9s encore, il y a plus de deux cent mille \u00eatres qui ont faim ; plus bas encore de l&#8217;\u00e9chelle sociale, nous trouvons trois cent mille individus mourant litt\u00e9ralement de faim, le royaume o\u00f9 la faim torture nuit et jour, o\u00f9 chaque seconde de chaque minute, de chaque heure de chaque jour, est remplie de souffrances. Plus malheureux encore sont les sans-foyer, \u2014Caux qui n&#8217;ont pas de quoi se procurer un abri, m\u00eame dans les plus mauvais quartiers ; ceux qui dorment \u00e0 la belle \u00e9toile l&#8217;ann\u00e9e durant, qu&#8217;on peut trouver par centaines chaque nuit sur les dalles froides du quai de la Tamise. Quelques- uns ont comme matelas un journal, mais la plupart ne peuvent m\u00eame pas s&#8217;accorder ce luxe ! Cette arm\u00e9e d&#8217;absolument sans-abri \u00e0 Londres est de trente-trois mille \u00bb.<\/p>\n<p>Quelqu&#8217;un dira peut-\u00eatre que nous exag\u00e9rons, mais qu&#8217;il s&#8217;informe lui-m\u00eame. Si, d&#8217;ailleurs, la moiti\u00e9 seulement de ce que nous disons est vrai, ce serait d\u00e9j\u00e0 pitoyable !<\/p>\n<p>(P 292)<\/p>\n<p>LE M\u00c9CONTENTEMENT, LA HAINE, LES CONFLITS<br \/>\nVONT AMENER RAPIDEMENT L&#8217;EMBRASEMENT SOCIAL<\/p>\n<p>De quelque mani\u00e8re qu&#8217;on puisse expliquer aux pauvres que les riches ne furent jamais aussi charitables que maintenant, que la soci\u00e9t\u00e9 pourvoit davantage maintenant que jamais auparavant \u00e0 l&#8217;entretien des pauvres, des aveugles, des malades et des faibles, et que d&#8217;immenses revenus, provenant chaque ann\u00e9e des imp\u00f4ts, servent \u00e0 maintenir ces \u0153uvres de bienfaisance, cela ne satisferait s\u00fbrement pas l&#8217;ouvrier. Citoyen intelligent, il se respecte trop pour d\u00e9sirer des aum\u00f4nes ; il n&#8217;a aucun d\u00e9sir de jouir du privil\u00e8ge humiliant d&#8217;\u00eatre entretenu dans un hospice, ou lorsqu&#8217;il est malade, d&#8217;\u00eatre soign\u00e9 comme indigent \u00e0 l&#8217;h\u00f4pital. Ce qu&#8217;il d\u00e9sire, c&#8217;est qu&#8217;on lui donne la possibilit\u00e9 de gagner honn\u00eatement et d\u00e9cemment son pain \u00e0 la sueur de son front, et avec la dignit\u00e9 d&#8217;un honn\u00eate travailleur, d&#8217;entretenir sa famille. Or, tandis qu&#8217;il se rend compte que lui et ses compagnons de travail d\u00e9pendent plus que jamais de la faveur et de l&#8217;influence pour obtenir et pour conserver un petit travail, et que les petits boutiquiers, les petits entrepreneurs et les petits fabricants luttent plus difficilement que jamais pour gagner leur vie, il apprend que les riches prosp\u00e8rent, que le nombre des millionnaires cro\u00eet, que les capitalistes s&#8217;unissent pour accaparer les diverses industries : celle du cuivre, celle de l&#8217;acier, celle du verre, celle de l&#8217;huile, celle des allumettes, celle du papier, celle du charbon, celle de la peinture, celle de la coutellerie, celle du t\u00e9l\u00e9graphe et toutes les autres industries. Il discerne \u00e9galement que toutes ces associations dominent toute l&#8217;organisation du monde, et qu&#8217;ainsi, alors que son travail se d\u00e9pr\u00e9cie \u00e0 cause de la concurrence, les marchandises et les choses n\u00e9cessaires peuvent augmenter de prix, ou tout au moins ne pas baisser de prix dans la mesure o\u00f9 le co\u00fbt de la main-d\u2019\u0153uvre est r\u00e9duit par un outillage perfectionn\u00e9 qui remplace le cerveau et le muscle de l&#8217;homme.<\/p>\n<p>Dans de pareilles circonstances, pouvons-nous nous \u00e9tonner qu&#8217;\u00e0 la treizi\u00e8me assembl\u00e9e annuelle de la F\u00e9d\u00e9ration des Travailleurs,<\/p>\n<p>(P 293) \u00e0 Chicago, le vice-pr\u00e9sident de l&#8217;Assembl\u00e9e des Commer\u00e7ants ait souhait\u00e9 la bienvenue aux visiteurs dans les termes sarcastiques suivants ? Il d\u00e9clara :<\/p>\n<p>\u00ab Nous aimerions vous souhaiter la bienvenue dans une cit\u00e9 prosp\u00e8re, mais les faits ne justifient pas une telle assertion. Les choses ici sont ce qu&#8217;elles sont, mais non ce qu&#8217;elles devraient \u00eatre. Nous vous souhaitons la bienvenue au nom d&#8217;une centaine d&#8217;accapareurs et de cinquante mille vagabonds, ici o\u00f9 mammon m\u00e8ne une grande bacchanale dans des palais, pendant que des m\u00e8res ont le c\u0153ur bris\u00e9, que des enfants meurent de faim et que des hommes cherchent en vain du travail. Nous vous souhaitons la bienvenue au nom de cent mille hommes oisifs, au nom de ces \u00e9difices \u00e9rig\u00e9s \u00e0 la gloire de Dieu, mais dont les portes sont ferm\u00e9es la nuit aux affam\u00e9s et aux pauvres ; au nom des ministres des cultes qui s&#8217;engraissent du produit des vignes de Dieu, oubliant que des enfants de Dieu ont faim et n&#8217;ont pas un lieu o\u00f9 reposer la t\u00eate ; au nom des piliers du \u00ab syst\u00e8me d&#8217;exploitation \u00bb, des millionnaires et des diacres dont l&#8217;\u00e2me est dangereusement menac\u00e9e par la soif de l&#8217;or ; au nom des salari\u00e9s qui suent du sang transform\u00e9 en ducats d&#8217;or ; au nom des asiles d&#8217;ali\u00e9n\u00e9s et des hospices, remplis de gens rendus fous par les soucis dans ce pays d&#8217;abondance.<\/p>\n<p>\u00ab Nous allons vous faire voir des produits de Chicago qui n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 \u00e9tal\u00e9s dans l&#8217;enceinte de l&#8217;exposition, produits de sa grandeur et de ses bas-fonds. Ce soir, nous vous montrerons des centaines d&#8217;hommes sur les pierres rugueuses des couloirs du b\u00e2timent m\u00eame o\u00f9 nous sommes, des hommes sans foyer et sa s nourriture, des hommes capables et d\u00e9sireux de travailler, mais pour qui il n&#8217;y a pas de travail. Il est temps de sonner l&#8217;alarme \u00e0 cause d&#8217;un gouvernement en place dont les droits souverains sont confi\u00e9s aux magnats du chemin de fer, aux barons de la houille et aux sp\u00e9culateurs ; l&#8217;alarme \u00e0 cause d&#8217;un gouvernement f\u00e9d\u00e9ral en place dont la, politique financi\u00e8re est actionn\u00e9e \u00e0 Wall Street sous l&#8217;autorit\u00e9 des barons financiers europ\u00e9ens. Nous esp\u00e9rons que vous prendrez des mesures pour utiliser le droit de suffrage afin d&#8217;enlever le pouvoir aux serviteurs infid\u00e8les du peuple qui sont responsables d&#8217;un tel \u00e9tat de choses \u00bb.<\/p>\n<p>Cet orateur se trompe sans doute grandement en supposant qu&#8217;un changement de fonctionnaires ou de partis d\u00e9barrasserait le pays des maux existants, mais il serait certainement inutile de lui dire, \u00e0 lui ou \u00e0 n&#8217;importe quel autre homme sens\u00e9, que les maux actuels ne proviennent nullement<\/p>\n<p>(P 294) de l&#8217;arrangement social actuel qui rend possibles de tels extr\u00eames de richesse et de pauvret\u00e9. Cependant, si diff\u00e9rentes que puissent \u00eatre les opinions des gens quant \u00e0 la cause et au rem\u00e8de, toutes s&#8217;accordent pour dire qu&#8217;il y a maladie. Certains cherchent en vain des rem\u00e8des dans de mauvaises directions, et beaucoup, h\u00e9las ! ne d\u00e9sirent pas qu&#8217;un rem\u00e8de soit trouv\u00e9, du moins pas avant qu&#8217;ils aient eu une chance de profiter des conditions pr\u00e9sentes.<\/p>\n<p>En accord avec cette pens\u00e9e, George E. Mc Neill; d\u00e9clara dans un discours prononc\u00e9 devant le Congr\u00e8s mondial du Travail :<\/p>\n<p>\u00ab Le mouvement des travailleurs est n\u00e9 de la faim : faim de nourriture, d&#8217;abri, de chaleur, de v\u00eatement et de plaisir. Dans le mouvement de l&#8217;humanit\u00e9 vers le bonheur, chaque individu cherche son id\u00e9al, et souvent en ne tenant sto\u00efquement aucun compte des autres. L&#8217;organisation industrielle repose sur la r\u00e8gle de fer du diable, savoir chacun pour soi. Est-ce un ph\u00e9nom\u00e8ne inexplicable que ceux qui souffrent le plus sous cette r\u00e8gle de l&#8217;\u00e9go\u00efsme et de la cupidit\u00e9 s&#8217;organisent pour renverser le syst\u00e8me diabolique de gouvernement ? \u00bb.<\/p>\n<p>Les journaux abondent en descriptions de mariages, de bals et de banquets mondains dans lesquels la pr\u00e9tendue \u00ab couche sup\u00e9rieure \u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 para\u00eet en robes somptueuses et avec des bijoux incomparables. On dit que, r\u00e9cemment, lors d&#8217;un bal donn\u00e9 \u00e0 Paris, une dame portait des diamants d&#8217;une valeur de 1 600 000 $. En ao\u00fbt 1896, le New York World fit paraitre le portrait d&#8217;une dame am\u00e9ricaine par\u00e9e de diamants et d&#8217;autres joyaux estim\u00e9s \u00e0 1 000 000 $, et encore cette dame n&#8217;appartient-elle pas \u00e0 la \u00ab couche la plus sup\u00e9rieure \u00bb de la soci\u00e9t\u00e9. Les journaux quotidiens parlent de la folle d\u00e9pense de milliers de dollars pour financer ces festins (vins de choix, d\u00e9corations florales, etc.). Ils parlent des palais construits pour les riches ; beaucoup d&#8217;entre eux co\u00fbtent 50 000 $, et certains jusqu&#8217;\u00e0 1 500 000 $. Ils parlent des \u00ab r\u00e9unions de chiens \u00bb au cours desquelles on nourrit les b\u00eates \u00e0 grands frais avec des friandises servies par leurs \u00ab nurses \u00bb. Ils parlent de 10 000 $ pay\u00e9s pour un service de desserts, de 6 000 $ pour deux vases (\u00e0 fleurs) artistiques, de 50 000 $ pour deux vases de couleur rose. Ces journaux parlent aussi<\/p>\n<p>(P 295) d&#8217;un duc anglais qui a pay\u00e9 350 000 $ pour un cheval. Ils disent qu&#8217;une femme de Boston a enseveli son mari dans un cercueil co\u00fbtant 50 000 $. Ils parlent d&#8217;une autre \u00ab dame \u00bb qui a d\u00e9pens\u00e9 5 000 $ pour enterrer son caniche favori. Ils disent que des millionnaires de New York paient jusqu&#8217;\u00e0 800 000 $ pour un seul yacht.<\/p>\n<p>Pouvons-nous nous \u00e9tonner si beaucoup de gens sont envieux, et certains irrit\u00e9s et aigris, lorsqu&#8217;ils mettent en contraste un tel gaspillage avec la p\u00e9nurie de leur propre famille, ou tout au moins l&#8217;\u00e9conomie forc\u00e9e ? Sachant que peu d&#8217;entre eux sont de \u00ab nouvelles-cr\u00e9atures \u00bb qui ont plac\u00e9 leurs affections sur les choses d&#8217;en haut et non sur des choses terrestres, et qui ont appris que \u00ab la pi\u00e9t\u00e9 avec le contentement est un grand gain \u00bb pendant qu&#8217;ils attendent jusqu&#8217;\u00e0 ce que le Seigneur soutienne leur cause, nous ne pouvons \u00eatre surpris si de telles choses \u00e9veillent dans les c\u0153urs des masses des sentiments d&#8217;envie, de haine, de rancune, de querelle ; es sentiments m\u00fbriront en r\u00e9volte ouverte qui op\u00e9rera toutes les \u0153uvres de la chair et du diable, durant le grau temps de d\u00e9tresse imminent.<\/p>\n<p>\u00ab Voici, c&#8217;est ici l&#8217;iniquit\u00e9 de ta s\u0153ur Sodome : orgueil, abondance de pain et insouciant repos&#8230; mais elle n&#8217;a pas fortifi\u00e9 la main de l&#8217;afflig\u00e9 et du pauvre \u00bb, etc. \u2013 Ez\u00e9ch. 16 : 49, 50.<\/p>\n<p>Le Christian Advocate de la Californie, commentant l&#8217;un des bals mondains de la Cit\u00e9 de New York, dit :<\/p>\n<p>\u00ab Le luxe surabondant et la prodigalit\u00e9 \u00e9blouissante d\u00e9ploy\u00e9s par les riches Grecs et Romains de jadis sont, semble-t-il, des choses du pass\u00e9. Ce faste insolent commence \u00e0 faire son apparition dans ce qu&#8217;on appelle la soci\u00e9t\u00e9 \u00e9l\u00e9gante de ce pays. Un de nos agents de change rapporte qu&#8217;une dame de New York d\u00e9pensa, dans une seule saison, 125 000 $ pour ses r\u00e9ceptions. On peut juger du caract\u00e8re et de la valeur des r\u00e9ceptions si l&#8217;on sait que cette dame enseigna \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 comment&#8230; faire prendre en glace un punch romain dans le c\u0153ur de tulipes cramoisies et jaunes, et comment manger de la tortue d&#8217;eau douce avec des cuill\u00e8res d&#8217;or dans des canots d&#8217;argent. D&#8217;autres amphitryons par\u00e8rent leurs tables de roses de grand prix, pendant que l&#8217;un des \u00ab quatre cents \u00bb d\u00e9pensa, dit-on, 50 000 $ dans une seule r\u00e9ception. Une d\u00e9pense aussi insens\u00e9e,<\/p>\n<p>(P 296) dans un but aussi mesquin, est un p\u00e9ch\u00e9 et une honte quelle que soit la grosse fortune que l&#8217;on puisse poss\u00e9der \u00bb.<\/p>\n<p>Voici quels furent les commentaires du Messiah&#8217;s Herald :<\/p>\n<p>\u00ab Cent quarante-quatre autocrates de la soci\u00e9t\u00e9 mondaine, \u00e0 la t\u00eate desquels se tenait un aristocrate, organis\u00e8rent un grand bal tel que jamais la royaut\u00e9 m\u00eame n&#8217;en a organis\u00e9. Il fut strictement priv\u00e9. Le vin coula aussi facilement que l&#8217;eau. La beaut\u00e9 pr\u00eata ses charmes. Ni -Marc Antoine, ni Cl\u00e9op\u00e2tre ne montr\u00e8rent jamais pareille magnificence. Ce fut une r\u00e9union de millionnaires. La richesse du monde avait \u00e9t\u00e9 soutir\u00e9e pour des perles et des diamants. Des colliers de pierres pr\u00e9cieuses valant 200 000 $ et moins faisaient resplendir des vingtaines de cous. La danse eut lieu au milieu des splendeurs d&#8217;Aladin. La joie fut sans limite. Pendant ce temps, dit un journal, 100 000 mineurs affam\u00e9s de Pennsylvanie parcouraient les routes comme le b\u00e9tail en qu\u00eate de fourrage ; certains d&#8217;entre eux se nourrissaient de chats, et plus d&#8217;un se suicida pour \u00e9viter de voir ses enfants mourir de faim. Pourtant, un seul collier du bal m\u00e9tropolitain aurait sauv\u00e9 tous ceux-ci de la faim. Ce fut l&#8217;un des \u00ab grands j \u00e9v\u00e9nements mondains \u00bb d&#8217;une nation dite chr\u00e9tienne, mais quel contraste ! Et il n&#8217;y a aucun rem\u00e8de \u00e0 cela. Ainsi en sera-t-il \u00ab jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il vienne \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il vienne ? \u00bb \u2014 Non, mais plut\u00f4t \u00ab Ainsi en sera-t-il aux jours du Fils de l&#8217;Homme \u00bb alors qu&#8217;il est venu, pendant qu&#8217;il rassemble ses \u00e9lus, et qu&#8217;ainsi il instaure son Royaume dont l&#8217;inauguration sera suivie par la \u00ab mise en pi\u00e8ces \u00bb de l&#8217;organisation sociale actuelle, dans un grand temps de d\u00e9tresse et d&#8217;anarchie, en pr\u00e9paration \u00e0 l&#8217;\u00e9tablissement du Royaume de justice (Apoc. 2 : 26, 27 ; 19 : 15). Comme il arriva aux jours de Lot, ainsi en sera-t-il aux jours du Fils de l&#8217;Homme. Comme il arriva aux jours de No\u00e9, ainsi en sera-t-il au temps de la pr\u00e9sence [parousia] du Fils de l&#8217;Homme. \u2014 Matt. 24 : 37 ; Luc 17 : 26, 28.<\/p>\n<p>LES RICHES SONT-ILS CONDAMN\u00c9S TROP S\u00c9V\u00c8REMENT ?<\/p>\n<p>Nous citons ce qui suit d&#8217;un \u00e9ditorial du journal Examiner de San-Francisco :<\/p>\n<p>\u00ab Le tr\u00e8s grand yacht britannique \u00e0 vapeur \u00ab Valiante \u00bb, de M. W. K. Vanderbilt a rejoint le yacht britannique \u00e0 vapeur<\/p>\n<p>(P 297) \u00ab Conqueror \u00bb de M. F. W. Vanderbilt dans le Port de New York. La \u00ab Valiante \u00bb co\u00fbte 800 000 $. Cela repr\u00e9sente le b\u00e9n\u00e9fice sur une r\u00e9colte d&#8217;environ 15 000 000 de bushels de bl\u00e9 \u00e0 soixante cents, ou la production enti\u00e8re de 8 000 fermes de 160 acres chacune. En d&#8217;autres termes, 8 000 fermiers, repr\u00e9sentant 40 000 hommes, femmes et enfants, ont travaill\u00e9 sous le soleil et l&#8217;orage pour permettre \u00e0 M. Vanderbilt de faire construire dans un chantier \u00e9tranger de constructions navales un bateau de plaisance tel que n&#8217;en poss\u00e8de aucun souverain d&#8217;Europe. La construction de ce b\u00e2timent a exig\u00e9 le travail d&#8217;au moins 1 000 ouvriers pendant une ann\u00e9e. L&#8217;argent qu&#8217;a co\u00fbt\u00e9 ce bateau, r\u00e9parti entre nos ouvriers, aurait eu une influence notable sur les conditions de vie dans certains centres ouvriers \u00bb.<\/p>\n<p>Dans l&#8217;Arena, J. R. Buchanan, parlant de l\u00e0 cruelle prodigalit\u00e9 des riches, d\u00e9clara :<\/p>\n<p>\u00ab Le caract\u00e8re criminel de cette prodigalit\u00e9 n&#8217;est pas tant dans le mobile de gens sans c\u0153ur que dans la destruction injustifiable (\u00ab wanton \u00bb) de bonheur et de vie accomplie dans un but \u00e9go\u00efste. Lorsqu&#8217;on examine de pr\u00e8s une telle action, il appara\u00eet tr\u00e8s clairement que le gaspillage de la richesse dans l&#8217;ostentation et le luxe est un crime. Il n&#8217;y aurait aucun mal \u00e0 b\u00e2tir une \u00e9curie de 700 000 $ pour ses chevaux, tel un millionnaire de Syracuse, ou \u00e0 poser un service de 50 000 $ sur la table lors d&#8217;un d\u00eener tel un Astor de New York, si l&#8217;argent \u00e9tait aussi gratuit que l&#8217;air et l&#8217;eau, mais chaque dollar repr\u00e9sente en moyenne le salaire d&#8217;une journ\u00e9e. Par cons\u00e9quent, l&#8217;\u00e9curie de 700 000 $ repr\u00e9sente le travail de 1 000 hommes pendant deux ann\u00e9es et quatre mois. Elle repr\u00e9sente aussi 700 vies, car 1 000 dollars couvriraient les d\u00e9penses faites pour \u00e9lever un enfant pendant ses dix premi\u00e8res ann\u00e9es et le montant des d\u00e9penses de la seconde dizaine d&#8217;ann\u00e9es serait enti\u00e8rement rembours\u00e9 par son travail. L&#8217;\u00e9curie de fantaisie repr\u00e9sente la base de l&#8217;alimentation de 700 vies, et cela d\u00e9montre que le propri\u00e9taire l&#8217;estime davantage que ces vies, ou accepte que 700 personnes doivent mourir pour que sa vanit\u00e9 puisse \u00eatre satisfaite \u00bb.<\/p>\n<p>The Literary Digest dit, dans son \u00e9ditorial :<\/p>\n<p>\u00ab Il n&#8217;y a pas longtemps, un eccl\u00e9siastique de la New England adressa une lettre \u00e0 M. Samuel Gompers, pr\u00e9sident de la F\u00e9d\u00e9ration am\u00e9ricaine des Travailleurs lui demandant de d\u00e9clarer pourquoi, selon lui, tant de travailleurs intelligents ne vont pas \u00e0 l&#8217;\u00e9glise. M. Gompers r\u00e9pondit qu&#8217;une des raisons est que les \u00e9glises ne r\u00e9pondent plus aux besoins et aux aspirations des travailleurs, et qu&#8217;elles ne sympathisent pas \u00e0 leurs mis\u00e8res et \u00e0 leurs fardeaux. Ou bien les pasteurs ne savent pas,<\/p>\n<p>(P 298) dit-il, ou bien ils n&#8217;ont pas le courage de dire, du haut de leurs chaires, quels sont les droits et les torts des millions de travailleurs. Les organisations qui se sont trouv\u00e9es plus efficientes dans l&#8217;obtention d&#8217;une am\u00e9lioration des conditions de vie ont \u00e9t\u00e9 regard\u00e9es de travers par l&#8217;\u00e9glise. On a attir\u00e9 l&#8217;attention des travailleurs sur \u00ab le doux tout \u00e0 l&#8217;heure \u00bb en n\u00e9gligeant totalement les conditions qui r\u00e9sultent de \u00ab l&#8217;amer tout de suite \u00bb. L&#8217;\u00e9glise et le minist\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 les \u00ab apologistes et les d\u00e9fenseurs des torts commis contre les int\u00e9r\u00eats du peuple, simplement parce que les auteurs de ces torts poss\u00e8dent la richesse \u00bb. Interrog\u00e9 sur les moyens qu&#8217;il pr\u00e9coniserait pour r\u00e9concilier l&#8217;\u00e9glise et les masses, M. Gompers recommande \u00ab un renversement complet de l&#8217;attitude actuelle \u00bb. Il termine par ces mots : \u00ab Celui qui ne sympathise pas avec le mouvement des travailleurs, celui qui complaisamment ou d&#8217;une mani\u00e8re indiff\u00e9rente observe les terribles r\u00e9sultats des conditions sociales et \u00e9conomiques actuelles, est non seulement l&#8217;ad\u00adversaire des meilleurs int\u00e9r\u00eats de la famille humaine, mais il est <em>participes criminis<\/em> \u00e0 tous les torts inflig\u00e9s aux hommes et aux femmes de notre temps, aux enfants d&#8217;aujourd&#8217;hui, aux hommes et aux femmes de demain \u00bb.<\/p>\n<p>Tandis que nous remarquons ainsi que l&#8217;opinion publique condamne les riches comme classe, que le Seigneur \u00e9galement les condamne comme classe et pr\u00e9dit un ch\u00e2timent sur elle dans son ensemble, il n&#8217;est que raisonnable de la part du peuple de Dieu d&#8217;\u00eatre mod\u00e9r\u00e9 dans son jugement ou dans son opinion concernant les riches consid\u00e9r\u00e9s individuellement. Le Seigneur, dont le jugement pour cette classe est si s\u00e9v\u00e8re, sera n\u00e9anmoins mis\u00e9ricordieux envers elle individuellement. Lorsque, dans sa sagesse, il aura d\u00e9truit leurs idoles d&#8217;argent et d&#8217;or, abaiss\u00e9 leurs regards hautains et humili\u00e9 leur orgueil, alors il sera cl\u00e9ment, encouragera et gu\u00e9rira ceux qui abandonneront leur \u00e9go\u00efsme et leur orgueil. On remarquera \u00e9galement que nous n&#8217;avons cit\u00e9 que les expressions raisonnables et mod\u00e9r\u00e9es d&#8217;\u00e9crivains sens\u00e9s et non les diatribes extr\u00eames et souvent absurdes d&#8217;anarchistes et de visionnaires.<\/p>\n<p>Pour aider \u00e0 juger avec mod\u00e9ration, il est bon de nous<\/p>\n<p>(P 299) souvenir : (1) que le terme \u00ab riches \u00bb a un sens tr\u00e8s large et comprend, non seulement les immens\u00e9ment riches, mais dans beaucoup d&#8217;esprits, ceux qui, compar\u00e9s \u00e0 ceux-l\u00e0, pourraient \u00eatre consid\u00e9r\u00e9s comme pauvres ; (2) que parmi ceux que les tr\u00e8s pauvres appelleraient des riches, se trouvent beaucoup de personnes tr\u00e8s bienfaisantes dont un grand nombre prend une part extr\u00eamement active \u00e0 des \u0153uvres charitables et philanthropiques\u00a0; et si tous ne vont pas jusqu&#8217;\u00e0 se sacrifier pour le bien d&#8217;autrui, il serait certainement de mauvaise gr\u00e2ce que ceux qui ne le font pas eux-m\u00eames les condamnent. Ceux qui se donnent pour leurs semblables savent comment appr\u00e9cier l&#8217;esprit de quiconque manifeste un d\u00e9sir de faire le bien, qu&#8217;il soit riche ou pauvre.<\/p>\n<p>Il est bon de se souvenir que nombre de riches non seulement paient \u00e0 juste titre de lourds imp\u00f4ts pour entretenir des \u00e9coles publiques gratuites, pour soutenir le gouvernement, pour soutenir des \u0153uvres publiques de charit\u00e9, etc., mais qu&#8217;ils contribuent \u00e9galement de bon c\u0153ur \u00e0 soulager les pauvres et qu&#8217;ils sont sinc\u00e8rement charitables au profit des hospices, des coll\u00e8ges, des h\u00f4pitaux, etc., et des \u00e9glises qu&#8217;ils estiment les plus dignes. Ceux qui font ces choses d&#8217;un c\u0153ur bon et honn\u00eate et non (comme nous devons admettre que c&#8217;est parfois le cas) par ostentation et pour recevoir des louanges des hommes, ne perdront pas leur r\u00e9compense. Et ceux-l\u00e0 devraient recevoir notre estime en toute justice.<\/p>\n<p>Chacun peut et d\u00e9sire critiquer les millionnaires, mais dans certains cas, nous craignons que le jugement soit trop s\u00e9v\u00e8re. Aussi, insistons-nous pour que nos lecteurs ne manquent pas trop de charit\u00e9 dans leur opinion \u00e0 leur \u00e9gard. Souvenez-vous que les riches, aussi bien que les pauvres, sont sous l&#8217;influence de l&#8217;organisation sociale actuelle. La coutume a fix\u00e9 des lois et des barri\u00e8res autour de leur t\u00eate et de leur c\u0153ur. De fausses conceptions du christianisme, accept\u00e9es par le monde entier \u2014 riches et pauvres \u2014 depuis des si\u00e8cles, ont marqu\u00e9 profond\u00e9ment les voies dans lesquelles leur esprit s&#8217;est exerc\u00e9 habituel\u00adlement pour penser et raisonner. Les riches pensent qu&#8217;ils doivent faire comme d&#8217;autres hommes font : employer leur temps et leurs talents<\/p>\n<p>(P 300) selon leur meilleure capacit\u00e9 et selon les \u00ab principes qui r\u00e9gissent les affaires \u00bb. En faisant cela, ils roulent sur l&#8217;argent parce que de nos jours, l&#8217;argent et l&#8217;outillage sont les cr\u00e9ateurs de la richesse, la main-d\u2019\u0153uvre \u00e9tant peu estim\u00e9e.<\/p>\n<p>Puis, raisonnent-ils sans doute, ayant la richesse, il est de leur devoir, non pas de tout th\u00e9sauriser, mais d&#8217;en d\u00e9penser une partie. Ils se demandent peut-\u00eatre s&#8217;il serait pr\u00e9f\u00e9rable de la d\u00e9penser en \u0153uvres de charit\u00e9 ou de la mettre en circulation par la voie du commerce, et des salaires des travailleurs. Ils pensent avec raison que la seconde mani\u00e8re est la meilleure. Il peut leur venir \u00e0 l&#8217;esprit que les bals, les festins, les mariages, les yachts, etc., sont des plaisirs pour eux-m\u00eames et pour leurs amis et une assistance pour leurs voisins moins fortun\u00e9s. Et n&#8217;y a-t-il pas quelque v\u00e9rit\u00e9 dans cette conception ? Le festin de dix mille dollars, par exemple, met d&#8217;abord en circulation probablement quinze mille dollars qui vont aux bouchers, aux boulangers, aux fleuristes, aux tailleurs, aux couturi\u00e8res, aux joailliers, etc., etc. Le yacht de huit cent mille dollars, tout en \u00e9tant une grande prodigalit\u00e9 personnelle, a provoqu\u00e9 la mise en circulation de cette somme parmi des travailleurs quelque part ; plus encore, le service de ce yacht implique pour chaque ann\u00e9e, une d\u00e9pense d&#8217;au moins vingt et peut-\u00eatre cent mille dollars pour payer les officiers, les m\u00e9caniciens, les marins, les victuailles, etc., et d&#8217;autres d\u00e9penses courantes.<\/p>\n<p>Dans les mauvaises conditions actuelles, par cons\u00e9quent, il est extr\u00eamement heureux pour la classe moyenne et pour la classe la plus pauvre, que les riches soient \u00ab sottement prodigue plut\u00f4t qu&#8217;avares ; en d\u00e9pensant avec prodigalit\u00e9 une partie du flot de richesse qui coule dans leurs coffres, par exemple pour des diamants, ceux-ci exigent \u00ab l&#8217;extraction \u00bb, le polissage et le montage, donnant ainsi du travail \u00e0 des milliers de personnes qui ne pourraient qu&#8217;aller rejoindre le nombre des sans travail si les riches n&#8217;avaient aucune faiblesse ni prodigalit\u00e9 mais au contraire th\u00e9saurisaient tout ce qu&#8217;ils r\u00e9ussissent \u00e0 poss\u00e9der. En raisonnant ainsi il se peut que les riches consid\u00e8rent leurs actes de prodigalit\u00e9 comme des \u00ab actes de charit\u00e9 \u00bb. Et s&#8217;ils le font, ils ne font que suivre la m\u00eame mani\u00e8re de raisonner faussement que prennent certaines personnes de la classe moyenne lorsqu&#8217;elles organisent<\/p>\n<p>(P 301) des \u00ab r\u00e9unions amicales de l&#8217;\u00e9glise \u00bb, des f\u00eates de charit\u00e9 et des kermesses \u00ab pour la cause de la douce charit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Nous ne justifions pas leur mani\u00e8re d&#8217;agir : nous cherchons simplement \u00e0 faire remarquer que les prodigalit\u00e9s des riches dans des temps de d\u00e9tresse p\u00e9cuniaire n&#8217;impliquent pas n\u00e9cessairement qu&#8217;ils soient d\u00e9pourvus de sentiments \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des pauvres. Et lorsqu&#8217;ils pensent \u00e0 faire la charit\u00e9 sur d&#8217;autres bases que sur des \u00ab principes commerciaux \u00bb, nul doute qu&#8217;ils r\u00e9fl\u00e9chissent que cela exigerait une petite arm\u00e9e d&#8217;hommes et de femmes pour surveiller la distribution de leur profit quotidien, et que malgr\u00e9 cela, ils ne seraient pas encore s\u00fbrs que les plus n\u00e9cessiteux seraient servis, car l&#8217;\u00e9go\u00efsme est si g\u00e9n\u00e9ral qu&#8217;ils pourraient avoir confiance \u00e0 bien peu de personnes pour distribuer honn\u00eatement de grandes quantit\u00e9s. Une dame millionnaire d\u00e9clarait un jour qu&#8217;elle ne regardait jamais aux glaces de sa voiture quand elle traversait les quartiers les plus pauvres, parce que cela choquait sa vue. Nous nous demandons si ce n&#8217;\u00e9tait pas aussi parce que sa conscience \u00e9tait prise de remords devant le contraste per\u00e7u entre sa condition et celle des pauvres. Quant \u00e0 faire eux-m\u00eames ces distributions, les hommes sont trop occup\u00e9s \u00e0 prendre soin de leurs investissements et les femmes sont trop distingu\u00e9es pour de telles choses : elles verraient des spectacles trop d\u00e9plaisants, elles entendraient des sons d\u00e9sagr\u00e9ables et sentiraient des odeurs d\u00e9sagr\u00e9ables. Il est possible que lorsqu&#8217;elles \u00e9taient plus pauvres, elles convoitaient de telles occasions favorables de faire le bien comme celles qu&#8217;elles poss\u00e8dent maintenant, mais l&#8217;\u00e9go\u00efsme et l&#8217;orgueil, les engagements sociaux et la moralit\u00e9 neutralisent les plus nobles sentiments et emp\u00eachent beaucoup de fruit. Comme l&#8217;a dit quelqu&#8217;un : \u00ab C&#8217;est parce que notre Seigneur allait de lieu en lieu faisant le bien qu&#8217;il put compatir aux infirmit\u00e9s de l&#8217;homme \u00bb.<\/p>\n<p>En pr\u00e9sentant ces suggestions pour la mesure de consolation qu&#8217;elles peuvent offrir aux classes les plus pauvres, nous demandons qu&#8217;on ne nous comprenne en aucun sens comme justifiant la prodigalit\u00e9 \u00e9go\u00efste des riches, ce qui est mal, et que le Seigneur condamne comme \u00e9tant mal (Jacques 5 : 5). Mais en consid\u00e9rant les divers c\u00f4t\u00e9s de ces questions tr\u00e8s discut\u00e9es, on conserve l&#8217;\u00e9quilibre de l&#8217;esprit, le jugement plus sain et la sympathie<\/p>\n<p>(P 302) plus aimante envers ceux que \u00ab le dieu de ce monde \u00bb a aveugl\u00e9s avec ses richesses jusqu&#8217;\u00e0 pervertir leur jugement au point de le rendre injuste, et qui sont sur le point de recevoir une r\u00e9primande et un ch\u00e2timent si rigoureux du Seigneur. Le \u00ab dieu de ce monde \u00bb aveugle \u00e9galement les pauvres sur certaines questions afin de justifier une mauvaise ligne de conduite. De cette mani\u00e8re, il dirige les deux partis \u00e0 la fois dans la grande \u00ab bataille \u00bb.<\/p>\n<p>Il est possible de justifier les accroissements actuels de richesses dans les mains de quelques-uns ; il est possible de discerner que certains parmi les riches, et en particulier parmi les mod\u00e9r\u00e9ment riches, sont tr\u00e8s charitables ; il est sans doute vrai que leur richesse a \u00e9t\u00e9 acquise sous les m\u00eames lois, celles-l\u00e0 m\u00eames qui gouvernent tout le monde, et que certains des pauvres sont moins g\u00e9n\u00e9reux par nature, et moins dispos\u00e9s \u00e0 \u00eatre justes que certains des riches, et que s\u2019ils devenaient riches, ils se montreraient souvent plus exigeants et plus tyranniques que les riches ; n\u00e9anmoins, le Seigneur d\u00e9clare que les possesseurs de richesses sont sur le point de venir en jugement pour cette raison que lorsqu&#8217;ils ont discern\u00e9 la tendance des affaires, ils n&#8217;ont pas cherch\u00e9 \u00e0 leurs d\u00e9pens un plan plus \u00e9quitable, plus g\u00e9n\u00e9reux que celui en usage aujourd&#8217;hui, par exemple dans la ligne du socialisme.<\/p>\n<p>Pour montrer les fa\u00e7ons de voir d&#8217;un nombre croissant de gens au sujet du devoir de la soci\u00e9t\u00e9 : soit de laisser libre acc\u00e8s \u00e0 tous aux occasions favorables et aux richesses de la nature (terre, air et eau), soit si ces richesses sont monopolis\u00e9es, de fournir la possibilit\u00e9 d&#8217;un travail journalier \u00e0 ceux qui ne participent pas aux monopoles, nous citons ce qui suit d&#8217;une publication que nous recevons en \u00e9change de la n\u00f4tre :<\/p>\n<p>Il est rare que soit racont\u00e9 par \u00e9crit un incident de la vie r\u00e9elle, plus path\u00e9tique que celui que garantit une ma\u00eetresse de jardin d&#8217;enfants demeurant \u00e0 Brooklyn (N.Y.):<\/p>\n<p>Une petite fille qui fr\u00e9quente un jardin d&#8217;enfants du c\u00f4t\u00e9 de l&#8217;est, le district le plus d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9 de la cit\u00e9 de New York, vint<\/p>\n<p>(P 303) r\u00e9cemment \u00e0 l&#8217;\u00e9cole un matin, l\u00e9g\u00e8rement v\u00eatue, les traits tir\u00e9s et ayant froid. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 un moment dans le jardin d&#8217;enfants qui \u00e9tait chauff\u00e9, l&#8217;enfant regarda bien en face sa ma\u00eetresse et lui dit s\u00e9rieusement :<\/p>\n<p>\u2014 Mademoiselle C&#8230;, aimez-vous Dieu ?<\/p>\n<p>\u2014 Mais oui, dit la ma\u00eetresse.<\/p>\n<p>\u2014 Eh bien, moi pas, r\u00e9pondit rapidement l&#8217;enfant avec r\u00e9solution et v\u00e9h\u00e9mence, je le hais.<\/p>\n<p>La ma\u00eetresse, trouvant \u00e9trange qu&#8217;une telle expression vienne d&#8217;une enfant \u00e0 qui elle avait essay\u00e9 \u00e0 grand-peine d&#8217;enseigner que c&#8217;\u00e9tait bien d&#8217;aimer Dieu, lui demanda une explication.<\/p>\n<p>Eh bien, dit l&#8217;enfant, il fait souffler le vent, et je n&#8217;ai pas de chauds v\u00eatements ; il fait tomber de la neige, et mes souliers sont trou\u00e9s, et il provoque le froid, et nous n&#8217;avons pas de feu \u00e0 la maison, il nous laisse avoir faim, et maman n&#8217;avait pas de pain pour notre d\u00e9jeuner. \u00bb<\/p>\n<p>Suivait le commentaire : \u00ab Si nous tenons compte des bont\u00e9s mat\u00e9rielles de Dieu accord\u00e9es aux enfants de la terre, il est difficile, apr\u00e8s avoir lu cette histoire, de consid\u00e9rer avec patience la complaisance des riches blasph\u00e9mateurs qui, telle l&#8217;innocente fillette, accusent Dieu des mis\u00e8res de la pauvret\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>Cependant, on ne doit pas attendre beaucoup des mondains, car l&#8217;\u00e9go\u00efsme est l&#8217;esprit du monde. Nous avons plus de raisons de nous tourner vers les grands et les riches qui se d\u00e9clarent chr\u00e9tiens. Pourtant, ceux-ci ne d\u00e9posent ni leur vie, ni leur richesse sur l&#8217;autel de Dieu au service de l&#8217;\u00e9vangile, pas plus qu&#8217;ils ne les donnent au service du bien-\u00eatre temporel de l&#8217;humanit\u00e9. Bien entendu, l&#8217;\u00e9vangile d&#8217;abord ! Il devrait prendre tout notre temps, nos talents, notre influence et nos ressources. Mais l\u00e0 o\u00f9 on ne le discerne pas et o\u00f9 il ne dirige pas le c\u0153ur \u00e0 cause de fausses conceptions venant de faux enseignements, le c\u0153ur consacr\u00e9 trouvera \u00e9norm\u00e9ment \u00e0 faire \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de \u00ab co-mortels \u00bb d\u00e9chus, dans l&#8217;\u0153uvre de temp\u00e9rance, de rel\u00e8vement social, de r\u00e9forme municipale, etc. Et il est bien vrai que bon nombre de gens sont ainsi engag\u00e9s, mais g\u00e9n\u00e9ralement ils font partie de la classe pauvre ou de la classe moyenne ; il y a peu de riches, peu de millionnaires. Si quelques-uns des millionnaires du monde poss\u00e9daient assez de l&#8217;esprit de<\/p>\n<p>(P 304) Christ, pour y engager leurs talents mentaux et financiers, leur temps personnel et celui d&#8217;assistants capables qui seraient contents de coop\u00e9rer si la porte de l&#8217;occasion favorable leur \u00e9tait ouverte, quelle r\u00e9forme sociale verrait le monde en une seule ann\u00e9e ! Combien de privil\u00e8ges publics accord\u00e9s \u00e0 des corporations et \u00e0 des trusts seraient limit\u00e9s ou r\u00e9form\u00e9s dans l&#8217;int\u00e9r\u00eat public ; des lois d\u00e9fectueuses seraient amend\u00e9es et en g\u00e9n\u00e9ral les int\u00e9r\u00eats du public seraient pris en consid\u00e9ration et sauvegard\u00e9s ; les membres de coteries financi\u00e8res et politiques seraient rendus moins puissants contre les int\u00e9r\u00eats du publie!<\/p>\n<p>Cependant, esp\u00e9rer un tel usage de la richesse est d\u00e9raisonnable ; en effet, bien que beaucoup d&#8217;hommes riches confessent le christianisme, ils ne connaissent rien, eux comme le reste du monde, du vrai christianisme : la foi en Christ comme R\u00e9dempteur personnel, et une pleine cons\u00e9cration de chaque talent \u00e0 son service. Ils d\u00e9sirent \u00eatre class\u00e9s comme \u00ab chr\u00e9tiens \u00bb, parce qu&#8217;ils ne souhaitent pas l&#8217;\u00eatre comme \u00ab pa\u00efens \u00bb ou comme \u00ab juifs \u00bb, et aussi parce que le nom de Christ est populaire de nos jours, m\u00eame si ses r\u00e9els enseignements ne sont pas plus popu\u00adlaires que lorsqu&#8217;il fut crucifi\u00e9.<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, la Parole de Dieu t\u00e9moigne que peu de grands ou de riches ou de sages ont \u00e9t\u00e9 choisis par Dieu pour \u00eatre les h\u00e9ritiers du Royaume, mais surtout les pauvres et les m\u00e9pris\u00e9s au regard de la ligne de conduite, de la sagesse et de l&#8217;estimation de ce monde. Comme il sera difficile pour ceux qui ont des richesses d&#8217;entrer dans le Royaume de Dieu ! Il est plus facile pour un chameau d&#8217;entrer par un trou d&#8217;aiguille que pour un riche d&#8217;entrer dans le Royaume du ciel (<em>On dit que le \u00ab trou de l&#8217;aiguille, \u00e9tait le nom d&#8217;une petite porte dans les murailles des petites cit\u00e9s, qu&#8217;on employait apr\u00e8s le coucher du soleil, quand les plus grandes portes avaient \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9es, par crainte des attaques ennemies. Ces petites portes \u00e9taient si \u00e9troites, d&#8217;apr\u00e8s les descriptions qu&#8217;on en \u00e2 faites, qu&#8217;un chameau ne pouvait passer que sur ses genoux et apr\u00e8s ravoir d\u00e9charg\u00e9 de son fardeau. L&#8217;illustration semblerait impliquer qu&#8217;un riche devrait \u00eatre d\u00e9charg\u00e9 et s&#8217;agenouiller avant d&#8217;assurer son appel et son \u00e9lection pour obtenir une place dans le Royaume.<\/em>). \u2014 Matt. 19 : 23, 24.<\/p>\n<p>Mais h\u00e9las ! \u00ab les pauvres riches \u00bb passeront par de terribles<\/p>\n<p>(P 305) exp\u00e9riences. Non seulement la richesse se prou\u00advera un obstacle \u00e0 l&#8217;honneur et \u00e0 la gloire futurs dans le Royaume de Dieu, mais m\u00eame ici, ses avantages seront \u00e9ph\u00e9m\u00e8res. \u00ab A vous maintenant, riches ! Pleurez en poussant des cris, \u00e0 cause des mis\u00e8res qui vont venir sur vous&#8230; vous avez amass\u00e9 un tr\u00e9sor dans les derniers jours. \u00bb On entendra sous peu les pleurs et les cris des riches ; la connaissance de ceci devrait enlever toute envie et toute cupidit\u00e9 de tous les c\u0153urs, et les remplir ensuite de sympathie pour les \u00ab pauvres riches.\u00bb ; cette sympathie ne devrait pas n\u00e9anmoins essayer ou d\u00e9sirer faire changer le jugement du Seigneur ; elle devrait reconna\u00eetre sa sagesse et sa bont\u00e9, reconna\u00eetre que les pleurs et les cris auront corrig\u00e9 le c\u0153ur et ouvert les yeux \u00e0 la justice et \u00e0 l&#8217;amour, de la part de tous, riches comme pauvres, mais d&#8217;une mani\u00e8re plus rigoureuse sur les riches parce que leur changement de condition sera d&#8217;autant plus grand et plus violent.<\/p>\n<p>Mais pourquoi les conditions ne peuvent-elles pas \u00eatre chang\u00e9es d&#8217;une mani\u00e8re graduelle afin d&#8217;apporter l&#8217;\u00e9galisation de la richesse et du confort ? Parce que le monde, n&#8217;est pas gouvern\u00e9 par la loi royale d&#8217;amour mais par la loi de la d\u00e9pravation, l&#8217;\u00e9go\u00efsme.<\/p>\n<p>L&#8217;\u00c9GO\u00cfSME ASSOCI\u00c9 A LA LIBERT\u00c9<\/p>\n<p>Les doctrines chr\u00e9tiennes favorisent la libert\u00e9, et la libert\u00e9 conduit \u00e0 la connaissance et \u00e0 l&#8217;instruction qu&#8217;elle cherche \u00e0 saisir. Cependant, la libert\u00e9 et la connaissance mettent en danger le bonheur des humains si ces derniers n&#8217;ob\u00e9issent pas \u00e0 la lettre et \u00e0 l&#8217;esprit de la loi royale d&#8217;amour. C&#8217;est pourquoi la \u00ab chr\u00e9tient\u00e9 \u00bb, ayant accept\u00e9 la libert\u00e9 chr\u00e9tienne et obtenu la connaissance sans avoir adopt\u00e9 la loi de Christ mais en ayant greff\u00e9 cette connaissance et cette libert\u00e9 sur la disposition d\u00e9chue, \u00e9go\u00efste, a &#8216; simplement appris \u00e0 mieux pratiquer son \u00e9go\u00efsme. Comme r\u00e9sultat, la chr\u00e9tient\u00e9 est la portion de la terre la plus m\u00e9contente, et d&#8217;autres nations partagent le m\u00e9contentement et ses maux<\/p>\n<p>(P 306) dans la mesure o\u00f9 elles adoptent la connaissance et la libert\u00e9 du christianisme sans adopter l&#8217;esprit de Christ, l&#8217;esprit d&#8217;amour.<\/p>\n<p>La Bible, l&#8217;Ancien comme le Nouveau Testament, a encourag\u00e9 l&#8217;esprit\u2014de libert\u00e9, non directement, mais indirectement. La Loi, en effet, stipulait que les serviteurs soient soumis \u00e0 leurs ma\u00eetres, mais elle limitait \u00e9galement ces derniers dans l&#8217;int\u00e9r\u00eat des serviteurs, en les assurant que l&#8217;injustice serait certainement r\u00e9tribu\u00e9e par le grand Ma\u00eetre de tous, l&#8217;Eternel. L&#8217;Evangile, le Nouveau Testament, inculque les m\u00eames principes (voir Col. 3 : 22-25 ; 4 :1). Cependant, la Bible donne \u00e0 tous l&#8217;assurance que si les hommes peuvent diff\u00e9rer dans leurs facult\u00e9s mentales, morales et, physiques, Dieu a pourvu \u00e0 un r\u00e9tablissement complet ; que, par la foi en Christ, riches et pauvres, esclaves et hommes libres, hommes et femmes, lettr\u00e9s et illettr\u00e9s, tous pourront retourner \u00e0 la faveur divine dans une m\u00eame mesure : \u00ab accept\u00e9s dans le Bien-Aim\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Il n&#8217;est donc point surprenant que les Juifs d&#8217;antan \u00e9taient un peuple \u00e9pris de libert\u00e9 et qu&#8217;ils portaient le nom de race rebelle ; ne voulant point rester soumis \u00e0 leurs conqu\u00e9rants, ceux-ci en vinrent \u00e0 la conclusion qu&#8217;il n&#8217;y avait pas d&#8217;autre moyen pour les subjuguer que de les d\u00e9truire enti\u00e8rement en tant que nation. Il n&#8217;est pas surprenant non plus que d&#8217;\u00e9minents hommes d&#8217;Etat (m\u00eame non chr\u00e9tiens) aient admis que \u00ab la Bible est la pierre angulaire de nos libert\u00e9s \u00bb, et que l&#8217;exp\u00e9rience prouve que l\u00e0 o\u00f9 la Bible n&#8217;est plus, la libert\u00e9 a disparu, et avec elle l&#8217;instruction et en g\u00e9n\u00e9ral tous sentiments \u00e9lev\u00e9s. Ainsi en fut-il pendant les deux premiers si\u00e8cles de l&#8217;\u00e8re chr\u00e9tienne : puis l&#8217;erreur (l&#8217;intrigue des pr\u00eatres et la superstition) domina, la Bible fut mise de c\u00f4t\u00e9 ou supprim\u00e9e, et au lieu de plus de progr\u00e8s, la politique de la papaut\u00e9 amena les \u00ab si\u00e8cles de t\u00e9n\u00e8bres \u00bb. Avec le retour de la Bible comme instructeur public, dans les R\u00e9formations anglaise et allemande, la libert\u00e9, la connaissance et le progr\u00e8s refirent leur apparition parmi le peuple. C&#8217;est un fait incontestable que les pays qui ont la Bible jouissent de plus<\/p>\n<p>(P 307) de libert\u00e9, de plus de connaissances, et que dans les pays o\u00f9 la Bible circule le plus librement, les peuples sont les plus libres, les plus \u00e9clair\u00e9s, g\u00e9n\u00e9ra\u00adlement les plus instruits, faisant les plus rapides progr\u00e8s dans tous les domaines.<\/p>\n<p>Mais notons maintenant ce que nous avons observ\u00e9 plus haut, savoir que les influences de la Bible, en fait de lumi\u00e8re et d\u00e9 libert\u00e9, ont \u00e9t\u00e9 accept\u00e9es par la chr\u00e9tient\u00e9, tandis que sa loi d&#8217;amour (la loi parfaite de la libert\u00e9 \u2014 Jacq. 1 : 25) a \u00e9t\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralement ignor\u00e9e. Les gens r\u00e9fl\u00e9chis prennent seulement conscience du fait que la connaissance et la libert\u00e9 constituent ensemble une puissante force qui peut \u00eatre exerc\u00e9e, soit pour le bien, soit pour le mal ; que si ce levier prend pour point d&#8217;appui l&#8217;amour, alors les r\u00e9sultats seront puissants dans. le sens du bien, mais que s&#8217;il prend comme point d&#8217;appui l&#8217;\u00e9go\u00efsme, les r\u00e9sultats seront puissamment mauvais, et d&#8217;une port\u00e9e consid\u00e9rable. Telle est la condition devant laquelle se trouve aujourd&#8217;hui la chr\u00e9tient\u00e9, et qui est en train de pr\u00e9parer rapidement les \u00e9l\u00e9ments sociaux pour le \u00ab feu \u00bb du \u00ab jour de la vengeance \u00bb et de la r\u00e9tribution.<\/p>\n<p>En chimie, on d\u00e9couvre fr\u00e9quemment que certains \u00e9l\u00e9ments utiles et bienfaisants deviennent soudain un poison violent si l&#8217;on change les proportions de leur combinaison. Ainsi en est-il pour les b\u00e9n\u00e9dictions de la connaissance et de la libert\u00e9 associ\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9go\u00efsme. Dans certaines proportions, cette combinaison a rendu de pr\u00e9cieux services \u00e0 l&#8217;humanit\u00e9, mais l&#8217;accroissement consid\u00e9rable r\u00e9cent de la connaissance, au lieu de l&#8217;\u00e9lever au pouvoir a plac\u00e9 l&#8217;\u00e9go\u00efsme sur le tr\u00f4ne. C&#8217;est l&#8217;\u00e9go\u00efsme qui domine, et la connaissance et la libert\u00e9 sont ses serviteurs. C&#8217;est cette combinaison qui gouverne maintenant le monde, et&#8217; m\u00eame ses \u00e9l\u00e9ments de valeur sont rendus ennemis de la droiture et de la paix parce qu&#8217;ils sont domin\u00e9s par l&#8217;\u00e9go\u00efsme. Dans ces conditions, la connaissance, servante de l&#8217;\u00e9go\u00efsme, sert tr\u00e8s activement les int\u00e9r\u00eats \u00e9go\u00efstes, et\/la libert\u00e9 domin\u00e9e par l&#8217;\u00e9go\u00efsme, menace de d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer en licence sans \u00e9gard aux droits et aux libert\u00e9s des autres. Dans les conditions actuelles<\/p>\n<p>(P 308) par cons\u00e9quent, l&#8217;\u00e9go\u00efsme (\u00e0 la direction), la connaissance et la libert\u00e9 constituent un triumvirat de puissance du mal qui, par l&#8217;interm\u00e9diaire de ses agents et repr\u00e9sentants, la classe riche et influente gouverne maintenant la chr\u00e9tient\u00e9 et l&#8217;\u00e9crase. Ce ne sera pas moins le m\u00eame triumvirat du mal quand, bient\u00f4t, ses serviteurs et repr\u00e9sentants seront les masses humaines.<\/p>\n<p>Dans les pays civilis\u00e9s, tous, riches et pauvres, lettr\u00e9s et illettr\u00e9s, sages et insens\u00e9s, hommes et femmes, sont. (\u00e0 de rares exceptions pr\u00e8s) pouss\u00e9s dans presque tous, les actes de la vie par cette puissante combinaison. Elle engendre chez tous ses sujets une fr\u00e9n\u00e9sie pour obtenir une place, un pouvoir et un avantage par exaltation personnelle. Les quelques saints qui ne veulent que le bien pr\u00e9sent et futur des autres, sont une si petite minorit\u00e9 qu&#8217;on ne peut gu\u00e8re les prendre en consid\u00e9ration au temps actuel. Ils seront impuissants \u00e0 op\u00e9rer le bien auquel ils aspirent, jusqu&#8217;\u00e0 ce que, glorifi\u00e9s avec leur Seigneur et Ma\u00eetre, ils soient avec Lui autoris\u00e9s et nantis des pouvoirs de b\u00e9nir le monde comme Royaume de Dieu. Pendant qu&#8217;ils sont dans la chair, ils ont encore besoin de veiller et de prier afin que m\u00eame leur connaissance et leur libert\u00e9 plus \u00e9lev\u00e9es ne deviennent des maux en tombant sous la domination de l&#8217;\u00e9go\u00efsme.<\/p>\n<p>L&#8217;IND\u00c9PENDANCE ENVISAG\u00c9E PAR LES RICHES ET PAR LES PAUVRES<\/p>\n<p>Les masses populaires n&#8217;ont que r\u00e9cemment quitt\u00e9 l&#8217;esclavage et la servitude pour la libert\u00e9 et l&#8217;ind\u00e9pendance. C&#8217;est la connaissance qui brisa par la force les cha\u00eenes de l&#8217;esclavage individuel et politique : l&#8217;\u00e9galit\u00e9 politique ne fut pas accord\u00e9e volontairement, mais arrach\u00e9e par la contrainte, bribe par bribe. A pr\u00e9sent, le monde des \u00e9gaux politiques est divis\u00e9 par l&#8217;orgueil et l&#8217;\u00e9go\u00efsme ; une nouvelle bataille -a commenc\u00e9 de la part des riches et des gens ais\u00e9s pour conserver et augmenter leur fortune et leur puissance,<\/p>\n<p>(P 309) et de la part des classes plus pauvres, pour avoir le droit au travail et pour jouir d&#8217;un bien-\u00eatre mod\u00e9r\u00e9 de la vie (voir Amos 8 : 4-8). Voici comment nombre de gens fortun\u00e9s sont dispos\u00e9s \u00e0 penser et \u00e0 raisonner \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des classes plus pauvres : eh bien ! \u00e0 la fin, les masses ont obtenu le droit de vote et l&#8217;ind\u00e9pendance. Que grand bien leur fasse ! Ils trouveront, pourtant, que, dans toutes les affaires de la vie, les cerveaux sont un facteur important ; or, c&#8217;est l&#8217;aristocratie qui poss\u00e8de surtout ces cerveaux. Notre seul souci est que les masses usent de leur libert\u00e9 avec mod\u00e9ration et l\u00e9galement ainsi sommes-nous d\u00e9gag\u00e9s de beaucoup de responsabilit\u00e9 Autrefois, lorsque les masses \u00e9taient des serfs, chaque . seigneur, chaque noble, et chaque duc se sentaient quelque peu responsables de ceux qui d\u00e9pendaient d&#8217;eux ; mais maintenant, nous sommes libres de nous occuper uniquement de nos propres plaisirs et fortunes. Leur ind\u00e9pendance est \u00e0 notre grand avantage ; chaque \u00ab gentleman \u00bb a gagn\u00e9 au changement, et esp\u00e8re qu&#8217;il en est de m\u00eame pour le peuple qui, bien entendu, fera du mieux qu&#8217;il pourra pour son propre bien-\u00eatre, pendant que nous en faisons autant pour le n\u00f4tre. En se faisant des \u00e9gaux politiques et des ind\u00e9pendants, ils ont chang\u00e9 nos rapports : ils sont \u00e0 pr\u00e9sent nos \u00e9gaux devant la loi, et par cons\u00e9quent nos concurrents au lieu d&#8217;\u00eatre nos prot\u00e9g\u00e9s. Bient\u00f4t, cependant, ils apprendront que l&#8217;\u00e9galit\u00e9 politique ne rend pas les hommes \u00e9gaux physiquement ou intellectuellement ; le r\u00e9sultat final de cette situation sera la formation d&#8217;une aristocratie de cerveaux et de fortunes au lieu de l&#8217;aristocratie h\u00e9r\u00e9ditaire d&#8217;autrefois.<\/p>\n<p>Certains de la pr\u00e9tendue \u00ab couche inf\u00e9rieure \u00bb de la soci\u00e9t\u00e9 r\u00e9pondent \u00e9tourdiment : nous acceptons la situation ; nous sommes ind\u00e9pendants et largement capables de prendre soin de nous-m\u00eames. Prenez garde que nous ne vous surpassions. La vie est une guerre pour la richesse et nous avons le nombre pour nous ; nous organiserons &#8216;des gr\u00e8ves et des boycottages, et nous r\u00e9ussirons.<\/p>\n<p>Si les pr\u00e9misses sont accept\u00e9es, savoir que tous les hommes sont ind\u00e9pendants les uns des autres, et que chacun devrait \u00e9go\u00efstement faire de son mieux pour son propre int\u00e9r\u00eat, sans se soucier des int\u00e9r\u00eats et du bien-\u00eatre des autres, alors on ne pourrait trouver \u00e0 redire aux conceptions de la lutte pour la richesse sugg\u00e9r\u00e9es<\/p>\n<p>(P 310) plus haut. C&#8217;est d&#8217;ailleurs certainement sur ce principe d&#8217;\u00e9go\u00efsme et d&#8217;ind\u00e9pendance que toutes les classes semblent agir, de plus en plus. Les capitalistes veillent \u00e0 leurs. propres int\u00e9r\u00eats, et d&#8217;ordinaire (bien qu&#8217;il y ait de nobles exceptions) ils paient le travail aussi peu que possible. De leur c\u00f4t\u00e9, les techniciens et les ouvriers \u00e9galement (avec de nobles exceptions) veillent simplement \u00e0 leurs propres int\u00e9r\u00eats, afin de faire payer, leurs services le plus cher possible. D\u00e8s lors, comment l&#8217;une ou l&#8217;autre des classes peut-elle trouver \u00e0 redire \u00e0 l&#8217;autre, alors que toutes deux admettent les m\u00eames principes d&#8217;ind\u00e9pendance, d&#8217;\u00e9go\u00efsme et de force ?<\/p>\n<p>Cette conception a \u00e9t\u00e9 si bien adopt\u00e9e par le public que la vieille coutume qu&#8217;avaient les personnes plus instruites, plus dou\u00e9es et plus favoris\u00e9es \u00e0 d&#8217;autres \u00e9gards, de visiter les pauvres et de les assister d&#8217;un conseil ou de biens temporels, a disparu totalement ; \u00e0 pr\u00e9sent, chacun veille \u00e0 ses propres affaires et laisse les autres, ind\u00e9pendants, prendre soin d&#8217;eux-m\u00eames, ou souvent aux g\u00e9n\u00e9reuses mesures publiques de pr\u00e9voyance : asiles, h\u00f4pitaux, foyers, etc. Cela peut \u00eatre favorable \u00e0 certaines personnes et \u00e0 certains \u00e9gards, mais peut \u00eatre aussi de nature \u00e0 cr\u00e9er des difficult\u00e9s \u00e0 d&#8217;autres et \u00e0 d&#8217;autres \u00e9gards, \u00e0 cause de l&#8217;inexp\u00e9rience, de l&#8217;impr\u00e9\u00advoyance, du gaspillage, de l&#8217;indolence, de la faiblesse mentale et de l&#8217;infortune.<\/p>\n<p>Le fait est que ni les riches ni les pauvres ne peuvent se permettre d&#8217;\u00eatre \u00e9go\u00efstement ind\u00e9pendants les uns des autres, pas plus qu&#8217;ils ne devraient sentir ou agir comme s&#8217;ils l&#8217;\u00e9taient. Le genre humain est une seule famille : Dieu \u00ab a fait d&#8217;un seul sang toutes les races (<em>grec etnos : R\u00e9f. Strong n\u00b0 1484 (autres acceptions : nations, peuples, etc.).<\/em>) des hommes \u00bb (Actes 17 : 26-D). Chaque membre de la famille humaine est un fr\u00e8re humain de chaque autre \u00eatre humain. Tous sont les enfants du m\u00eame p\u00e8re, Adam, un fils de Dieu (Luc 3 : 38), \u00e0 qui Dieu avait confi\u00e9 la charge de prendre soin de la terre et de ses richesses. Tous sont donc b\u00e9n\u00e9ficiaires de cette clause divine, car \u00ab la terre appartient toujours \u00e0 l&#8217;Eternel, et tout ce qu&#8217;elle contient \u00bb. La chute dans le p\u00e9ch\u00e9, et son ch\u00e2timent la mort qui s&#8217;est exerc\u00e9e par un d\u00e9clin graduel physique, mental et moral, ont laiss\u00e9 tous les hommes plus ou moins affaiblis ; aussi chacun<\/p>\n<p>(P 311) a besoin de l&#8217;aide et de la sympathie qu&#8217;il devrait recevoir des autres en proportion du degr\u00e9 de son affaiblissement et de sa d\u00e9pendance qui en r\u00e9sulte sur les plans mental, moral et physique.<\/p>\n<p>Si l&#8217;amour \u00e9tait le mobile directeur dans le c\u0153ur de tous les hommes, chacun se r\u00e9jouirait de faire sa part pour le bien-\u00eatre commun, et tous seraient sur un plan d&#8217;\u00e9galit\u00e9 quant aux besoins communs et \u00e0 un certain bien-\u00eatre mat\u00e9riel. Cela impliquerait un degr\u00e9 de Socialisme. Cependant, l&#8217;amour n&#8217;est pas le mobile qui gouverne les hommes, et c&#8217;est pourquoi un tel plan ne peut \u00eatre appliqu\u00e9 maintenant. L&#8217;\u00e9go\u00efsme est le principe qui dirige, non seulement la majeure partie de la chr\u00e9tient\u00e9, mais \u00e0 peu pr\u00e8s toute la chr\u00e9tient\u00e9 ; il porte ses propres fruits amers qui m\u00fbrissent \u00e0 pr\u00e9sent rapidement pour la grande vendange d&#8217;Apocalypse 14 : 19, 20.<\/p>\n<p>Pour faire changer maintenant la course du monde en le d\u00e9tournant du canal de l&#8217;\u00e9go\u00efsme pour lui faire prendre celui de l&#8217;amour, il ne faut rien de moins que (1) soit une conversion en masse du monde, (2) soit l&#8217;intervention d&#8217;une puissance surhumaine. M\u00eame ses plus chauds partisans n&#8217;imaginent pas une 1 telle conversion, car si la chr\u00e9tient\u00e9 nominale a r\u00e9ussi \u00e0 convertir ext\u00e9rieurement un nombre comparativement petit des milliards de la terre, on peut, par contre, compter seulement un petit nombre de r\u00e9elles conversions, celles de l&#8217;esprit \u00e9go\u00efste du monde en celui de Christ, aimant, g\u00e9n\u00e9reux. C&#8217;est pourquoi on peut tout aussi bien abandonner toute esp\u00e9rance de ce c\u00f4t\u00e9. Il reste la seule esp\u00e9rance dans l&#8217;intervention d&#8217;une puissance surhumaine, et c&#8217;est pr\u00e9cis\u00e9ment un tel changement que Dieu a promis dans le Royaume mill\u00e9naire de Christ et par lui. Dieu a pr\u00e9vu qu&#8217;il faudrait un millier d&#8217;ann\u00e9es pour bannir l&#8217;\u00e9go\u00efsme et pour r\u00e9tablir l&#8217;amour comme mobile directeur m\u00eame des bien dispos\u00e9s, d&#8217;o\u00f9 justement la fixation de ces \u00ab temps de r\u00e9tablissement \u00bb (Actes 3 : 21). En attendant, cependant, le petit nombre de personnes qui appr\u00e9cient r\u00e9ellement et soupirent apr\u00e8s la r\u00e8gle d&#8217;amour, peuvent en g\u00e9n\u00e9ral discerner l&#8217;impossibilit\u00e9 de l&#8217;obtenir par des moyens terrestres ; les riches, en effet, n&#8217;abandonneront pas volontairement leurs avantages, et les masses ne voudraient pas produire suffisamment<\/p>\n<p>(P 312) pour elles-m\u00eames si elles n&#8217;\u00e9taient pas stimul\u00e9es par la n\u00e9cessit\u00e9 ou par la convoitise, tant est inh\u00e9rent chez certains le manque \u00e9go\u00efste d&#8217;efforts, et chez d&#8217;autres le luxe \u00e9go\u00efste, ruineux et l&#8217;impr\u00e9voyance.<\/p>\n<p>POURQUOI CERTAINES CONDITIONS FAVORABLES R\u00c9CENTES<\/p>\n<p>NE PEUVENT PERSISTER<\/p>\n<p>On pourrait sugg\u00e9rer que les riches et les, pauvres ont v\u00e9cu ensemble depuis six mille ans, et qu&#8217;il n&#8217;y a pas plus de danger de calamit\u00e9 maintenant que dans le pass\u00e9 ; qu&#8217;il n&#8217;y a plus de danger que les riches \u00e9crasent les pauvres et les laissent mourir de faim ni que les pauvres d\u00e9truisent les riches pendant l&#8217;anarchie. Mais c&#8217;est l\u00e0 une erreur, car il y a, des deux c\u00f4t\u00e9s, un danger plus grand que jamais auparavant.<\/p>\n<p>Les conditions ont bien chang\u00e9 pour les masses populaires depuis l&#8217;\u00e9poque du servage ; non seulement les conditions mat\u00e9rielles, mais aussi les conditions mentales. A pr\u00e9sent, apr\u00e8s avoir go\u00fbt\u00e9 \u00e0 la civilisation et \u00e0 l&#8217;instruction, il faudrait des si\u00e8cles d&#8217;oppression graduelle pour assujettir de nouveau les hommes \u00e0 l&#8217;ordre ancien des choses o\u00f9 ils \u00e9taient les vassaux des seigneurs terriens. Cela ne pourrait se faire dans un si\u00e8cle seul : ils aimeraient autant mourir ! Le soup\u00e7on m\u00eame d&#8217;une tendance vers un tel avenir pour leurs enfants am\u00e8nerait une r\u00e9volution, et c&#8217;est cette crainte qui pousse les pauvres \u00e0 protester plus \u00e9nergiquement que jamais auparavant.<\/p>\n<p>Mais pourra-t-on demander : pourquoi devrions-nous envisager pareille tendance ? Pourquoi ne pas supposer une continuation, et m\u00eame un accroissement de la prosp\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale du si\u00e8cle \u00e9coul\u00e9 et particuli\u00e8rement des cinquante ann\u00e9es pass\u00e9es ?<\/p>\n<p>Nous ne pouvons supposer cela, parce que l&#8217;observation et la r\u00e9flexion montrent que de telles esp\u00e9rances seraient d\u00e9raisonnables, v\u00e9ritablement impossibles, pour plusieurs raisons. La prosp\u00e9rit\u00e9 du si\u00e8cle actuel a \u00e9t\u00e9 \u2014 sous la surveillance divine, Daniel 12 : 4 \u2014 le r\u00e9sultat direct de l&#8217;\u00e9veil mental du monde, l&#8217;imprimerie, la vapeur, l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 et la m\u00e9canique appliqu\u00e9e<\/p>\n<p>(P 313) en \u00e9tant les agents. L&#8217;\u00e9veil causa un accroissement de demandes des -choses n\u00e9cessaires et des choses de luxe de la part de masses croissantes. Se produisant d&#8217;une mani\u00e8re soudaine, l&#8217;augmentation de la demanda exc\u00e9da la production, d&#8217;o\u00f9 hausse des salaires en g\u00e9n\u00e9ral. Comme l&#8217;offre devint \u00e9gale et m\u00eame surpassa la demande des march\u00e9s int\u00e9rieurs, d&#8217;autres nations, longtemps endormies, s&#8217;\u00e9veill\u00e8rent aussi et demand\u00e8rent \u00e0 acheter. Pour un temps, toutes les classes en b\u00e9n\u00e9fici\u00e8rent et toutes les nations civilis\u00e9es devinrent soudain beaucoup plus riches aussi bien que beaucoup plus \u00e0 l&#8217;aise que jamais auparavant. La fabrication des machines exigea des mouleurs, des constructeurs de machines et des charpentiers ; \u00e0 leur tour ceux-ci exig\u00e8rent l&#8217;assistance de b\u00fbcherons et de briquetiers, de constructeurs de fours et de chauffeurs ; puis, lorsque les machines furent pr\u00eates, beaucoup d&#8217;entre elles exig\u00e8rent du charbon, d&#8217;o\u00f9 demande accrue de houilleurs, de m\u00e9caniciens, de chauffeurs, etc. Dans le monde entier, on r\u00e9clama des bateaux \u00e0 vapeur et des chemins de fer ; des milliers d&#8217;hommes furent employ\u00e9s rapidement \u00e0 les construire, \u00e0 les \u00e9quiper et \u00e0 les faire fonctionner. Ainsi fit-on soudain appel \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e des travailleurs, et les salaires augment\u00e8rent en proportion des qualifications exig\u00e9es. D&#8217;autres encore en b\u00e9n\u00e9fici\u00e8rent indirectement aussi bien que ceux qui \u00e9taient employ\u00e9s directement, car les hommes \u00e9tant mieux pay\u00e9s, mang\u00e8rent mieux, se v\u00eatirent mieux et habit\u00e8rent de meilleures maisons, plus confortablement meubl\u00e9es. Non seulement le fermier fut oblig\u00e9 de payer davantage ceux qu&#8217;il employait, mais lui-m\u00eame re\u00e7ut proportionnellement davantage pour ce qu&#8217;il vendait. Ainsi en fut-il dans toutes les branches de l&#8217;industrie. De m\u00eame les tanneurs, les cordonniers, les bonnetiers, les horlogers, les bijoutiers, etc., en b\u00e9n\u00e9fici\u00e8rent \u00e9galement parce que plus les masses ouvri\u00e8res \u00e9taient mieux pay\u00e9es, et plus elles pouvaient d\u00e9penser tant pour les choses n\u00e9cessaires que pour les objets de luxe. Ceux qui, autrefois, allaient pieds-nus, achet\u00e8rent des chaussures ; ceux qui, autrefois allaient sans bas, commenc\u00e8rent \u00e0 trouver que des bas \u00e9taient n\u00e9cessaires, et c&#8217;est ainsi que toutes les branches du commerce prosp\u00e9r\u00e8rent. Comme toutes ces demandes afflu\u00e8rent subitement, une prosp\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et rapide \u00e9tait in\u00e9vitable.<\/p>\n<p>(P 314)<\/p>\n<p>La demande a stimul\u00e9 l&#8217;invention, laquelle n&#8217;a cess\u00e9 de dresser plan apr\u00e8s plan en vue d&#8217;\u00e9conomiser de la main-d\u2019\u0153uvre dans l&#8217;usine, au foyer, dans la ferme, partout, si bien que maintenant, il est difficile pour quelqu&#8217;un de gagner sa vie sans l&#8217;aide de machines modernes. Toutes ces conditions, combin\u00e9es au commerce avec des nations ext\u00e9rieures qui se sont \u00e9veill\u00e9es d&#8217;une mani\u00e8re analogue, mais plus tard, ont continu\u00e9 \u00e0 maintenir une situation prosp\u00e8re pour les classes laborieuses, tout en enrichissant d&#8217;une fa\u00e7on fabuleuse, les commer\u00e7ants et les industriels de la chr\u00e9tient\u00e9.<\/p>\n<p>Maintenant pourtant, nous sommes pr\u00e8s des derniers jours de prosp\u00e9rit\u00e9. D\u00e9j\u00e0, dans de nombreuses branches, l&#8217;offre du monde d\u00e9passe la demande, ou plut\u00f4t d\u00e9passe la capacit\u00e9 p\u00e9cuniaire de satisfaire ses d\u00e9sirs. La Chine, l&#8217;Inde et le Japon, apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d&#8217;excellents clients pour les fabriques d&#8217;Europe et des Etats-Unis, utilisent maintenant, d&#8217;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale, leur propre main-d\u2019\u0153uvre (\u00e0 six ou douze \u00ab cents \u00bb par jour) pour copier ce qu&#8217;ils ont d\u00e9j\u00e0 achet\u00e9 ; en cons\u00e9quence, \u00e0 partir de main-, tenant, ils ach\u00e8teront proportionnellement de moins en moins. Les pays d&#8217;Am\u00e9rique du Sud se sont lanc\u00e9s dans les affaires plus vite que ne leur autorisait leur intelligence, et quelques-uns d&#8217;entre eux ont d\u00e9j\u00e0 fait banqueroute ; maintenant, ils doivent \u00e9conomiser jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;ils soient dans une meilleure condition financi\u00e8re.<\/p>\n<p>Il est donc \u00e9vident qu&#8217;une crise s&#8217;approche, crise qui aurait atteint son point culminant plus t\u00f4t que celle d&#8217;Europe, n&#8217;e\u00fbt \u00e9t\u00e9 la prosp\u00e9rit\u00e9 sans pr\u00e9c\u00e9dent de la Grande R\u00e9publique, sous la protection d&#8217;un tarif douanier ; cette prosp\u00e9rit\u00e9 a attir\u00e9 ici l&#8217;investissement de millions du capital europ\u00e9en, en m\u00eame temps que des millions d&#8217;immigrants europ\u00e9ens venus pour participer aux bienfaits de cette prosp\u00e9rit\u00e9 ; incidemment, elle a produit aussi de gigantesques soci\u00e9t\u00e9s et trusts qui maintenant, menacent le bien-\u00eatre public.<\/p>\n<p>La prosp\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale et des salaires \u00e9lev\u00e9s vinrent \u00e9galement en Europe. Non seulement la classe des travailleurs en Europe a \u00e9t\u00e9 soulag\u00e9e, mais des guerres ont \u00e9galement diminu\u00e9 la pression de la concurrence sur le march\u00e9 du travail en tuant un<\/p>\n<p>(P 315) million d&#8217;hommes dans leur prime jeunesse, et par une destruction de biens et une interruption g\u00e9n\u00e9rale du travail. Depuis vingt-cinq ans, le maintien toujours croissant des arm\u00e9es soulage l&#8217;Europe d&#8217;autres millions d&#8217;hommes pour le service militaire, lesquels, autrement seraient des concurrents ; en outre, remarquez le nombre consid\u00e9rable de ceux qui sont employ\u00e9s \u00e0 pr\u00e9parer des armements militaires, des canons, des navires de guerre, etc.<\/p>\n<p>Si, malgr\u00e9 toutes ces conditions si favorables \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 et \u00e0 la demande de main-d\u2019\u0153uvre \u00e0&#8217; salaires \u00e9lev\u00e9s, nous trouvons \u00e0 pr\u00e9sent que le point culminant a \u00e9t\u00e9 atteint, et que les salaires ont plut\u00f4t une tendance \u00e0 baisser, nous sommes justifi\u00e9s \u00e0 affirmer, d&#8217;un point de vue humain, aussi bien que du point de vue de la r\u00e9v\u00e9lation de Dieu, qu&#8217;une crise s&#8217;approche \u2014 la crise de l&#8217;histoire de ce monde.<\/p>\n<p>Il convient de noter \u00e9galement que, tandis que les salaires ont, dans les r\u00e9centes ann\u00e9es accus\u00e9 une \u00e9l\u00e9vation sans pr\u00e9c\u00e9dent, le co\u00fbt de la vie a augment\u00e9 davantage encore, exer\u00e7ant ainsi une influence compensatrice. Quel sera le r\u00e9sultat ? et combien de temps l&#8217;attendrons-nous ? L&#8217;\u00e9croulement aura lieu rapidement et violemment. Tout comme le marin qui a atteint p\u00e9niblement le sommet du m\u00e2t peut tomber soudainement, tout comme une grosse pi\u00e8ce de machine soulev\u00e9e lentement par des engrenages et des poulies retombera, si la prise est l\u00e2ch\u00e9e, en \u00e9crasant et en d\u00e9molissant, bien plus que si on ne l&#8217;avait jamais soulev\u00e9e, ainsi l&#8217;humanit\u00e9, \u00e9lev\u00e9e \u00e0 un niveau jamais atteint, par les engrenages et les leviers de l&#8217;invention et du progr\u00e8s, et aussi par la poulie et le treuil de l&#8217;instruction et de la connaissance g\u00e9n\u00e9rales, a atteint un point o\u00f9 (\u00e0 cause de l&#8217;\u00e9go\u00efsme) ces moyens ne peuvent l&#8217;\u00e9lever davantage, un point o\u00f9 quelque chose est en train de c\u00e9der. Elle s&#8217;accrochera et s&#8217;affermira pour un temps (quelques ann\u00e9es) sur un plan inf\u00e9rieur, avant que les engrenages et les leviers qui ne peuvent aller plus loin ne cassent sous la tension, et l&#8217;\u00e9croulement final en r\u00e9sultera.<\/p>\n<p>(P 316)<\/p>\n<p>Quand, pour la premi\u00e8re fois, on introduisit les machines, on craignit les r\u00e9sultats de la concurrence avec le travail et les capacit\u00e9s de l&#8217;homme, mais les facteurs contraires auxquels on a d\u00e9j\u00e0 fait allusion (l&#8217;\u00e9veil g\u00e9n\u00e9ral, dans la chr\u00e9tient\u00e9 et en dehors, la fabrication des machines, les guerres, les arm\u00e9es, etc.) ont jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent- plus que compens\u00e9 la tendance naturelle, au point que beaucoup de gens ont conclu que cette affaire s&#8217;accomplit contrairement \u00e0 la raison, et que les machines qui \u00e9conomisent la main-d\u2019\u0153uvre, ne sont pas en lutte avec le travail humain. Mais il n&#8217;en est rien : le monde est toujours soumis \u00e0 la loi de l&#8217;offre et de la demande ; la loi agit d&#8217;une mani\u00e8re s\u00fbre, que n&#8217;importe quel esprit raisonnable peut comprendre. La demande de main-d\u2019\u0153uvre et de capacit\u00e9 humaine ne fut augment\u00e9e que temporairement afin de pr\u00e9parer la production encore plus abondante de machines destin\u00e9es \u00e0 remplacer la main-d\u2019\u0153uvre ; ensuite, le point culminant \u00e9tant atteint, la r\u00e9action ne peut \u00eatre autrement que soudaine, \u00e9crasant ceux sur lesquels tombe le fardeau d\u00e9plac\u00e9.<\/p>\n<p>Supposez que la civilisation ait augment\u00e9 les demandes du monde cinq fois ce qu&#8217;elles \u00e9taient il y a cinquante ans (et il est certain que cette estimation doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme tr\u00e8s lib\u00e9rale), qu&#8217;en est-il de la production ? Tous seront d&#8217;accord que l&#8217;invention et le machinisme ont augment\u00e9 la production plus de DIX fois ce qu&#8217;elle \u00e9tait il y a cinquante ans. M\u00eame un homme au mental aveugle peut discerner qu&#8217;aussit\u00f4t atteint le nombre suffisant de machines construites pour satisfaire les demandes, d\u00e9sormais il y aura une\/course, une comp\u00e9tition entre l&#8217;homme et la machine, parce qu&#8217;il n&#8217;y aura pas assez de travail pour tous, m\u00eame si d&#8217;autres hommes ou d&#8217;autres machines venaient s&#8217;ajouter. Cependant, il y a toujours plus de comp\u00e9tition ; la population du monde s&#8217;accro\u00eet rapidement, et la machine dirig\u00e9e avec toujours plus de capacit\u00e9, cr\u00e9e chaque jour davantage et de meilleures machines. Qui ne peut voir que, dans l&#8217;actuelle organisation \u00e9go\u00efste, aussit\u00f4t que la production exc\u00e9dera la demande (aussit\u00f4t que nous aurons de la surproduction) la course entre les hommes et la machine doit \u00eatre br\u00e8ve et tr\u00e8s d\u00e9savantageuse aux hommes.<\/p>\n<p>(P 317) Les machines en g\u00e9n\u00e9ral sont des esclaves en fer, en acier et en bois, anim\u00e9s par la vapeur, l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, etc. Elles peuvent faire, non seulement plus de travail, mais un travail meilleur que ne peuvent en faire les hommes. Ces esclaves n&#8217;ont aucune intelligence \u00e0 cultiver, aucune disposition perverse \u00e0 dominer ; ils n&#8217;ont pas \u00e0 penser \u00e0 des femmes et \u00e0 des familles ni \u00e0. pourvoir \u00e0 leurs besoins ; ils n&#8217;ont pas d&#8217;ambition ; ils ne forment pas d&#8217;associations, n&#8217;envoient pas de d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s pour s&#8217;ing\u00e9rer dans l&#8217;administration de l&#8217;affaire pas plus qu&#8217;ils ne font gr\u00e8ve ; ils sont pr\u00eats \u00e0 faire des heures suppl\u00e9mentaires sans se plaindre s\u00e9rieusement ou sans demander des primes. Comme esclaves, les machines sont donc bien plus d\u00e9sirables que des esclaves noirs ou blancs, et en cons\u00e9quence, on se passe autant que possible de la main-d\u2019\u0153uvre et de ses capacit\u00e9s ; c&#8217;est pourquoi les propri\u00e9taires de ces machines-esclaves sont bien aise que, sous les lois actuelles et les usages, leurs prochains soient libres et ind\u00e9pendants, car eux-m\u00eames sont ainsi d\u00e9charg\u00e9s de la responsabilit\u00e9 et de la protection \u00e0 leur \u00e9gard que leur asservissement aurait rendu n\u00e9cessaires.<\/p>\n<p>Les ouvriers du monde ne sont pas aveugles. Ils voient, confus\u00e9ment au moins, o\u00f9 doit conduire le pr\u00e9sent ordre de choses de l&#8217;\u00e9go\u00efsme ; ils doivent d&#8217;ailleurs admettre qu&#8217;eux-m\u00eames ont contribu\u00e9 \u00e0 son d\u00e9veloppement, et que c&#8217;est dans ce m\u00eame ordre de choses qu&#8217;eux-m\u00eames, aussi bien que tous les autres, ils continuent \u00e0 agir. Ils ne discernent pas encore clairement la servitude in\u00e9vitable et abjecte \u00e0 laquelle, si on ne la d\u00e9tourne pas, cet ordre de choses les conduira s\u00fbrement et rapidement. Ils comprennent bien pourtant que la concurrence parmi eux pour \u00eatre les serviteurs des machines-esclaves (comme machinistes, m\u00e9caniciens, chauffeurs, etc.) devient chaque ann\u00e9e de plus en plus \u00e2pre.<\/p>\n<p>LA MACHINE EST UN FACTEUR DANS LA PR\u00c9PARATION DU \u00ab FEU \u00bb CES DERNI\u00c8RES ANN\u00c9ES NE SONT QU&#8217;UN AVANT-GO\u00dbT DE CE QUI DOIT ARRIVER<\/p>\n<p>Nous citons certaines personnes qui se sont \u00e9veill\u00e9es et qui se rendent compte des possibilit\u00e9s de l&#8217;avenir. Un \u00e9crivain inconnu d\u00e9clare :<\/p>\n<p>( 318)<\/p>\n<p>La splendeur des anciennes d\u00e9mocraties des villes grecques, brillant comme des points de lumi\u00e8re sur le sombre arri\u00e8re-plan de le barbarie environnante, a \u00e9t\u00e9 une source de disputes parmi les avocats modernes des diff\u00e9rentes formes de gouvernement. Les adversaires du gouvernement par le peuple ont maintenu l&#8217;affirmation que les villes anciennes n&#8217;\u00e9taient pas du tout de vraies d\u00e9mocraties, mais des aristocraties, puisqu&#8217;elles reposaient sur le travail des esclaves, ce qui donnait aux seuls citoyens libres le loisir de s&#8217;adonner \u00e0 la politique. Selon ces penseurs, il doit y avoir une classe inf\u00e9rieure pour faire les corv\u00e9es de la communaut\u00e9, et une politique qui accorde aux ouvriers ordinaires une part au gouvernement est une politique qui ne peut durer.<\/p>\n<p>Ce raisonnement sp\u00e9cieux re\u00e7ut une r\u00e9plique ing\u00e9nieuse de M. Charles H. Loring dans son discours pr\u00e9sidentiel qu&#8217;il fit devant la Soci\u00e9t\u00e9 am\u00e9ricaine des Ing\u00e9nieurs techniciens, en 1892. Il admit que la civilisation moderne avait tous les avantages de l&#8217;antique esclavage sans sa cruaut\u00e9. \u00ab La honte de la civilisation ancienne \u00bb, dit-il \u00ab \u00e9tait qu&#8217;elle manquait absolument d&#8217;humanit\u00e9. La justice, la bienveillance et la mis\u00e9ricorde n&#8217;avaient que peu de puissance ; la force, la tromperie et la cruaut\u00e9 les supplantaient. On ne pouvait d&#8217;ailleurs attendre rien de meilleur d&#8217;une organisation bas\u00e9e sur le pire syst\u00e8me d&#8217;esclavage qui ait jamais choqu\u00e9 la sensibilit\u00e9 de l&#8217;homme. Aussi longtemps que l&#8217;esclavage humain fut \u00e0 l&#8217;origine de la civilisation et son soutien, celle-ci devait \u00eatre brutale, car un cours d&#8217;eau ne peut pas s&#8217;\u00e9lever plus haut que sa source. Une telle civilisation, apr\u00e8s u e \u00e9l\u00e9vation rapide devait d\u00e9cliner, et l&#8217;histoire, bien que d&#8217;une mani\u00e8re impr\u00e9cise, montre sa chute dans une barbarie aussi sombre que celle dont elle \u00e9tait issue \u00bb.<\/p>\n<p>La civilisation moderne a \u00e9galement \u00e0 sa base un travailleur esclave, mais qui diff\u00e8re largement de son antique pr\u00e9d\u00e9cesseur. Il n&#8217;a pas de nerfs et ne conna\u00eet pas la fatigue. Il n&#8217;y a aucune pause dans son travail, et il accomplit, dans un faible espace, davantage que le labeur de nations d&#8217;esclaves humains. Non seulement il est consid\u00e9rablement plus fort, mais aussi meilleur march\u00e9 qu&#8217;eux. Il peut travailler sans arr\u00eat, et s&#8217;occupe de toutes choses ; on peut aussi bien s&#8217;en servir pour la chose la plus d\u00e9licate que pour la chose la plus grossi\u00e8re. Il produit toutes choses en abondance telle, que l&#8217;homme, d\u00e9charg\u00e9 de la plus grande partie de sa besogne servile, se rend compte pour la premi\u00e8re fois de son titre de Seigneur de la Cr\u00e9ation. Les produits de tous les grands arts de notre civilisation,<\/p>\n<p>(P 319) l&#8217;emploi de moyens de transport bon march\u00e9 et rapide sur terre et sur l&#8217;eau, la presse, les instruments de paix et de guerre, l&#8217;acquisition du savoir de tous genres sont \u00e0 la port\u00e9e de tous gr\u00e2ce au travail de l&#8217;esclave ob\u00e9issant, que nous appelons la machine \u00e0 vapeur \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Il est exactement vrai que la machine moderne est un esclave \u00e0 la puissance productive des centaines de fois sup\u00e9rieure \u00e0 celle des esclaves humains de l&#8217;antiquit\u00e9, et par cons\u00e9quent que nous avons \u00e0 pr\u00e9sent le fondement mat\u00e9riel pour une civilisation dans laquelle la population enti\u00e8re constituerait une classe de loisir, correspondant aux citoyens libres d&#8217;Ath\u00e8nes ; en v\u00e9rit\u00e9, cette classe ne serait pas libre de dissiper son temps dans l&#8217;indolence, mais elle serait d\u00e9charg\u00e9e des corv\u00e9es les plus p\u00e9nibles et serait capable de pourvoir elle-m\u00eame \u00e0 ses besoins de bien-\u00eatre sans recourir d\u00e9sormais \u00e0 plus de travail manuel qui ne soit compatible avec une bonne sant\u00e9, une culture mentale et un divertissement raisonnable. Dans la seule Grande-Bretagne, on estime que la vapeur fait le travail de 156 millions d&#8217;hommes, nombre qui est au moins cinq fois celui des hommes qu&#8217;il y avait dans le monde entier civilis\u00e9 de l&#8217;antiquit\u00e9, en comptant ensemble les esclaves et les hommes libres. Aux Etats-Unis, la vapeur fait le travail de 230 millions d&#8217;hommes, repr\u00e9sentant presque toute la population actuelle du globe, et nous sommes en train d&#8217;\u00e9quiper des chutes d&#8217;eau avec des moteurs \u00e9lectriques \u00e0 une allure qui semble vraisemblablement devoir estomper m\u00eame cette masse num\u00e9rique d&#8217;hommes.<\/p>\n<p>\u00ab Malheureusement, si nous avons un fondement mat\u00e9riel pour une civilisation de bien-\u00eatre, de loisir et d&#8217;intelligence universellement r\u00e9pandue, nous n&#8217;avons pas encore appris comment en tirer profit. Nous faisons des progr\u00e8s, mais nous avons encore des citoyens qui s&#8217;estiment heureux s&#8217;ils peuvent trouver l&#8217;occasion de passer tout leur temps \u00e0 faire un travail \u00e9puisant ; ce sont des citoyens qui, selon notre conception politique, sont les \u00e9gaux de n&#8217;importe quels autres hommes pour d\u00e9cider de la politique du gouvernement, mais qui n&#8217;ont aucune occasion d&#8217;acqu\u00e9rir des id\u00e9es sur aucun autre sujet, que celui de la perspective des prochains repas.<\/p>\n<p>\u00ab La science physique nous a donn\u00e9 les moyens d&#8217;\u00e9difier la plus grande, la plus splendide, la plus heureuse et la plus durable civilisation dont l\u2019histoire n\u2019ait jamais eu connaissance. Il reste \u00e0 la science sociale le soin de nous enseigner comment employer ces mat\u00e9riaux. Chaque exp\u00e9rience faite dans cette direction, qu&#8217;elle soit un succ\u00e8s ou un \u00e9chec, est pr\u00e9cieuse. En chimie, chaque d\u00e9couverte n\u00e9cessite un millier d&#8217;exp\u00e9riences infructueuses. Si Kaveah et Altruria ont \u00e9chou\u00e9, nous sommes n\u00e9anmoins reconnaissants \u00e0 leurs<\/p>\n<p>(P 320) inventeurs de nous aider par leur \u00e9chec \u00e0 en prendre note et \u00e0 \u00e9viter de commettre des erreurs analogues dans la marche du progr\u00e8s humain \u00bb.<\/p>\n<p>Un journal de la branche commerciale du charbon, The Black Diamond, dit :<\/p>\n<p>\u00ab Nous n&#8217;avons qu&#8217;\u00e0 jeter un regard sur la rapidit\u00e9 de transport et de communication que la houille a d\u00e9velopp\u00e9e pour appr\u00e9cier le fait qu&#8217;elle nous a vraiment assur\u00e9 une position sans l&#8217;aide de laquelle il est difficile de saisir comment le commerce moderne pourrait \u00eatre dirig\u00e9 maintenant. Un seul point \u00e0 propos de l&#8217;extraction m\u00e9canique de la houille, et qui est un sujet d&#8217;une s\u00e9rieuse importance, est que l&#8217;on peut compter sur la machine pour fournir un travail soutenu. Les perspectives de gr\u00e8ves sont donc grandement diminu\u00e9es, et c&#8217;est un fait \u00e0 noter que partout o\u00f9 une gr\u00e8ve survient maintenant, elle est souvent suivie d&#8217;une extension de l&#8217;emploi de la machine dans un nouveau domaine. L&#8217;application accrue des m\u00e9thodes m\u00e9caniques de tous les c\u00f4t\u00e9s aligne graduelle nt les rapports entre des affaires analogues sur une base de r\u00e8glement qui continuera \u00e0 converger vers un point tel que des gr\u00e8ves puissent devenir presque impossibles.<\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 est encore dans sa premi\u00e8re enfance, mais l\u00e0 o\u00f9 elle s&#8217;est un jour install\u00e9e, il appara\u00eet que c&#8217;est d&#8217;une mani\u00e8re permanente ; les mineurs de \u00ab diamants noirs \u00bb se trouveront bient\u00f4t devant le fait implacable que l\u00e0 o\u00f9 ils n&#8217;ont pas \u00e9t\u00e9 chass\u00e9s par la main-d\u2019\u0153uvre europ\u00e9enne \u00e0 bon march\u00e9, ils ont \u00e0 se mesurer avec un ennemi plus invincible, et que, dans quelques ann\u00e9es, l\u00e0 o\u00f9 des milliers sont occup\u00e9s dans la mine, des centaines feront la m\u00eame somme de travail gr\u00e2ce aux machines d&#8217;extraction \u00e9lectriques. \u00bb<\/p>\n<p>The Olyphant Gazette dit :<\/p>\n<p>\u00ab La prodigieuse marche de la science et les innombrables inventions de cet \u00e2ge inventif, chassent rapidement le travailleur manuel d&#8217;une foule d&#8217;industries, et des milliers d&#8217;ouvriers qui, il y a quelques ann\u00e9es, trouvaient un emploi r\u00e9mun\u00e9rateur, cherchent maintenant en vain \u00e0 faire quelque chose. L\u00e0 o\u00f9 des centaines d&#8217;hommes \u00e9taient occup\u00e9s dans une usine ou dans une manufacture, \u00e0- pr\u00e9sent une vingtaine d&#8217;hommes feront une plus grande somme de travail, aid\u00e9s par un moyen m\u00e9canique, La linotype a jet\u00e9 sur le pav\u00e9 des milliers d&#8217;imprimeurs, et il en est ainsi dans les divers m\u00e9tiers manuels, la machine fait le travail d&#8217;une mani\u00e8re plus rapide, avec moins de frais et d&#8217;une fa\u00e7on plus satisfaisante qu&#8217;avec le travail \u00e0 la main.<\/p>\n<p>Quelles sont les perspectives ? Dans quelques ann\u00e9es, l&#8217;extraction de l&#8217;anthracite se fera en grande partie par des machines \u00e9lectriques ;<\/p>\n<p>(P 321) l&#8217;homme et le mulet, dans la mine, ne seront plus que les accessoires d&#8217;un syst\u00e8me \u00e9lectrique o\u00f9 la force motrice qui doit se substituer \u00e0 la main-d\u2019\u0153uvre est en jeu.<\/p>\n<p>Un autre auteur fait remarquer les faits suivants :<\/p>\n<p>Un homme et deux jeunes aides peuvent faire le travail qui exigeait 1 100 tisserands il n&#8217;y a que quelques ann\u00e9es.<\/p>\n<p>Un seul homme fait maintenant le travail de cinquante tisserands au temps de son grand-p\u00e8re.<\/p>\n<p>Les machines \u00e0 imprimer les \u00e9toffes de coton ne demandent qu&#8217;un ouvrier l\u00e0 o\u00f9 il en fallait cinq cents.<\/p>\n<p>Une machine dirig\u00e9e par un seul homme fait autant de fers \u00e0 cheval en un jour que 500 hommes dans le m\u00eame laps de temps.<\/p>\n<p>Dans les scieries, 499 ouvriers sur 500 ont \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9s depuis l&#8217;introduction des machines modernes.<\/p>\n<p>Une machine \u00e0 fabriquer des clous fait le travail de 1 100 ouvriers.<\/p>\n<p>Dans les fabriques de papier, 95 % de la main-d\u2019\u0153uvre a \u00e9t\u00e9 supprim\u00e9e.<\/p>\n<p>Dans les poteries, un seul ouvrier peut maintenant faire le travail de 1 000 ouvriers avant l&#8217;emploi des machines.<\/p>\n<p>Pour charger et d\u00e9charger des bateaux, avec les appareils modernes, un seul homme peut actuellement faire le travail ex\u00e9cut\u00e9 autrefois par 2 000 hommes.<\/p>\n<p>Un horloger expert peut fabriquer 250 \u00e0 300 montres par ann\u00e9e \u00e0 l&#8217;aide de machines ; 85 % du travail manuel d&#8217;autrefois sont ainsi supprim\u00e9s. \u00bb<\/p>\n<p>Le Pittsburg Post notant, il y a des ann\u00e9es, le remarquable progr\u00e8s dans la fabrication du fer par des hauts fourneaux perfectionn\u00e9s, dit :<\/p>\n<p>Il y a vingt ans, en 1876, la production du fer en gueuse \u00e9tait, aux Etats &#8211; Unis, de 2 093 236 \u00ab tons \u00bb. En 1895, la production de fer en gueuse fut, dans le County d&#8217;Allegheny, de 2 054 585 tons. En 1885, la production totale du pays \u00e9tait de 4 144 000 tons, tandis qu&#8217;en 1895 nous \u00e9tions en t\u00eate de la production mondiale avec 9 446 000 tons. \u00bb<\/p>\n<p>Les Canadiens remarquent les m\u00eames conditions et les m\u00eames effets. The Montreal Times dit :<\/p>\n<p>Avec les meilleures machines d&#8217;aujourd&#8217;hui, un seul homme peut produire des v\u00eatements de coton pour 250 personnes. Un seul homme<\/p>\n<p>(P 322) peut produire du tissu de laine pour 300 personnes. Un seul homme peut produire des chaussures et des souliers pour 1 000 personnes. Un seul homme peut produire du pain pour 200 personnes. Et pourtant des milliers de personnes ne peuvent se procurer des v\u00eatements de coton, de laine, des chaussures ou des souliers ou du pain. Il doit y avoir quelque raison \u00e0 un tel \u00e9tat de choses. Il doit y avoir quelque rem\u00e8de \u00e0 cet honteux \u00e9tat d&#8217;anarchie dais lequel nous sommes. Alors, quel est ce rem\u00e8de ? \u00bb<\/p>\n<p>Le Topeka State Journal dit :<\/p>\n<p>Le Prof. Hertzka, \u00e9conomiste et homme d&#8217;Etat autrichien, a d\u00e9couvert que pour faire fournir par les diverses branches de l&#8217;industrie toutes les choses n\u00e9cessaires \u00e0 la vie de 22 000 000 d&#8217;Autrichiens, gr\u00e2ce aux m\u00e9thodes et aux machines modernes, il ne faudrait que le travail de 615 000 hommes occup\u00e9s pendant le nombre habituel d&#8217;heures. Pour leur fournir \u00e0 tous les objets de luxe, il ne faudrait que 315 000 ouvriers de plus. Il calcule en outre que la population ouvri\u00e8re actuelle de l&#8217;Autriche, comprenant toutes les femmes et tous les hommes \u00e2g\u00e9s de 16 \u00e0 50 ans, s&#8217;\u00e9l\u00e8ve en chiffres ronds \u00e0 5 000 000. Il fut de plus amen\u00e9 par ses calculs \u00e0 affirmer que ce nombre d&#8217;ouvriers, tous employ\u00e9s et pourvus de machines et de m\u00e9thodes modernes, pourrait fournir les choses n\u00e9cessaires et les choses de luxe \u00e0 toute la population en travaillant trente-sept jours par an, avec le m\u00eame nombre d&#8217;heures que maintenant. S&#8217;ils choisissaient de travailler 300 jours par an, ils n&#8217;auraient \u00e0 le faire qu&#8217;une heure et vingt minutes par jour.<\/p>\n<p>\u00ab Les chiffres du Prof. Hertzka concernant l&#8217;Autriche, s&#8217;ils sont exacts, sont applicables \u00e0 peu de chose pr\u00e8s, \u00e0 tous les autres pays, sans excepter les Etats-Unis. Il y a, en Californie, une moissonneuse \u00e0 vapeur en service, qui fauche et lie une r\u00e9colte sur quatre-vingt-dix acres par jour, sous la surveillance de trois hommes. Avec des socs multiples attach\u00e9s derri\u00e8re, l&#8217;appareil \u00e0 vapeur de cette machine peut labourer quatre-vingt-huit acres par jour. A Brooklyn, un boulanger emploie 350 hommes et produit 70 000 pains par jour, soit \u00e0 raison de 200 pains par homme employ\u00e9. En fabriquant des souliers avec la machine Mc Kay, un seul homme peut en produire 300 paires dans le m\u00eame temps qu&#8217;il en ferait cinq paires \u00e0 la main. Dans une fabrique de mat\u00e9riel agricole, 500 hommes font maintenant le travail de 2 500.<\/p>\n<p>\u00ab Avant 1879, il fallait dix-sept hommes habiles pour produire 500 douzaines de balais par semaine. Maintenant, neuf hommes peuvent produire 1 200 douzaines dans le m\u00eame temps. Un seul homme peut, par jour, fabriquer et achever 2 500 bo\u00eetes de fer-blanc contenant chacune 1 kg environ. A New York,<\/p>\n<p>(P 323) une fabrique d&#8217;horlogerie peut produire plus de 1 400 montres par jour, 511 000 par an, soit \u00e0 la cadence de deux ou trois montres par minute. Dans l&#8217;industrie des v\u00eatements sur mesures, un seul homme peut, \u00e0 l&#8217;aide de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, couper 500 v\u00eatements par jour. Dans les aci\u00e9ries de Carnegie, avec l&#8217;aide de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, huit hommes font le travail de trois cents. Une seule machine \u00e0 faire des allumettes, servie par un gar\u00e7on, peut couper 10 000 000 de b\u00fbchettes par jour. La plus r\u00e9cente machine \u00e0 tisser peut fonctionner sans surveillance pendant toute l&#8217;heure du d\u00eener, et une heure et demie apr\u00e8s la fermeture de l&#8217;usine, tisse automatiquement.<\/p>\n<p>\u00ab Nous pr\u00e9sentons ici le probl\u00e8me du temps actuel qui&#8217; attend une solution : comment unir nos forces et nos besoins de telle mani\u00e8re qu&#8217;il n&#8217;y ait pas de perte d&#8217;\u00e9nergie et que personne ne manque de quelque chose ? Si ce probl\u00e8me est bien r\u00e9solu, il est clair qu&#8217;il n&#8217;est pas besoin de fatiguer, de surmener les gens ; plus de pauvret\u00e9, plus de famine, plus de privation, plus de vagabonds. Des solutions sans nombre ont \u00e9t\u00e9 sugg\u00e9r\u00e9es, mais jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, aucune ne semble applicable sans causer \u00e0 quelqu&#8217;un quelque injustice, r\u00e9elle ou apparente. L&#8217;homme qui apportera au peuple la lumi\u00e8re sur ce sujet sera le plus grand h\u00e9ros et le plus grand bienfaiteur de sa race que &#8216;le monde ait jamais connu. \u00bb<\/p>\n<p>LA CONCURRENCE DU TRAVAIL F\u00c9MININ, UN FACTEUR S\u00c9RIEUX<\/p>\n<p>Il est bon aussi de consid\u00e9rer la concurrence f\u00e9minine. En 1880, selon le recensement aux Etats-Unis, 2 477 157 femmes \u00e9taient engag\u00e9es dans un travail r\u00e9tribu\u00e9. En 1890, les statistiques accus\u00e8rent le nombre de 3 914 711, soit une augmentation de plus de cinquante pour cent. Des femmes en grand nombre avaient litt\u00e9ralement envahi le domaine de la comptabilit\u00e9, de la machine \u00e0 \u00e9crire et de la st\u00e9nographie. Le recensement de 1880 accusait le nombre de 11 756 femmes employ\u00e9es ainsi, celui de 1890 en accusait 168 374. On peut \u00e0 coup s\u00fbr dire que, maintenant (1912), le nombre total des femmes engag\u00e9es dans un travail r\u00e9tribu\u00e9, s&#8217;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 plus de dix millions. Et maintenant, voici qu&#8217;elles aussi sont chass\u00e9es par la machine. Par exemple, \u00e0 Pittsburg, u \u00e9tablissement de torr\u00e9faction de caf\u00e9 a install\u00e9 deux m chines empaqueteuses r\u00e9centes<\/p>\n<p>(P 324) surveill\u00e9es par quatre femmes, ce qui a amen\u00e9 le renvoi de cinquante-six autres femmes.<\/p>\n<p>Ainsi, chaque jour, la concurrence devient plus intense, et chaque invention de valeur ne fait qu&#8217;ajouter \u00e0 la difficult\u00e9. Des hommes et des femmes sont vraiment d\u00e9charg\u00e9s de besogne p\u00e9nible, mais qui les soutiendra, eux et leurs familles, pendant leur ch\u00f4mage ?<\/p>\n<p>CONCEPTIONS ET M\u00c9THODES, RAISONNABLES ET D\u00c9RAISONNABLES, DE LA CLASSE OUVRI\u00c8RE<\/p>\n<p>Tout indique \u2014 nous ne pouvons que le confesser qu&#8217;il y a un plus grand besoin de travail pour une arm\u00e9e plus grande encore de ch\u00f4meurs, et en cons\u00e9quence, des salaires plus bas et encore plus bas. Pour emp\u00eacher cela, des syndicats ouvriers ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9s ; ils ont s\u00fbrement aid\u00e9 quelque peu le maintien de la dignit\u00e9, du salaire et de la respectabilit\u00e9, de la classe ouvri\u00e8re ; ils en ont pr\u00e9serv\u00e9 beaucoup de la puissance d&#8217;\u00e9crasement des accapareurs. Mais ils ont eu leurs mauvais aussi bien que leurs bons effets. Ils ont amen\u00e9 les hommes \u00e0 se confier en eux-m\u00eames et en leurs Syndicats pour recevoir conseil et assistance touchant ce dilemme, au lieu de s&#8217;attendre \u00e0 Dieu et de chercher dans sa Parole \u00e0 apprendre quelle est sa voie, afin qu&#8217;ils puissent y marcher et ne pas tr\u00e9bucher. S&#8217;ils avaient suivi cette derni\u00e8re ligne de conduite, l&#8217;Eternel leur aurait donn\u00e9, comme \u00e0 ses enfants, \u00ab l&#8217;esprit de sobre bon sens \u00bb, et les aurait guid\u00e9s de son conseil. Mais tel n&#8217;a pas \u00e9t\u00e9 le r\u00e9sultat, plut\u00f4t le contraire : ils n&#8217;ont confiance ni en Dieu ni en leur prochain ; leur m\u00e9contentement et leur agitation, l&#8217;irritation et l&#8217;\u00e9go\u00efsme se sont intensifi\u00e9s. Les syndicats ont cultiv\u00e9 le sentiment d&#8217;ind\u00e9pendance \u00e9go\u00efste et de vantardise ; ils ont rendu les ouvriers plus arbitraires et fait d\u00e9tacher d&#8217;eux la sympathie des hommes bien dispos\u00e9s et bienveillants parmi les employeurs ; ceux-ci sont arriv\u00e9s rapidement \u00e0 la conclusion qu&#8217;il est inutile d&#8217;essayer d&#8217;avoir des rapports conciliants avec les Syndicats, et que les ouvriers doivent apprendre par une dure exp\u00e9rience \u00e0 \u00eatre moins arbitraires.<\/p>\n<p>(P 325)<\/p>\n<p>Les ouvriers ont raison quand ils d\u00e9clarent que les b\u00e9n\u00e9dictions et les inventions actuelles, \u00e0 l&#8217;aurore du matin mill\u00e9naire, devraient \u00eatre utilis\u00e9es au b\u00e9n\u00e9fice de toute l&#8217;humanit\u00e9 et non pas seulement au profit de ceux dont la cupidit\u00e9, le discernement p\u00e9n\u00e9trant, la pr\u00e9voyance et la position privil\u00e9gi\u00e9e ont permis de s&#8217;assurer pour eux-m\u00eames et pour leurs enfants la propri\u00e9t\u00e9 des machines et les terrains, ainsi que la richesse suppl\u00e9mentaire de leurs revenus quotidiens. Les ouvriers pensent que ces heureux ne devraient pas garder \u00e9go\u00efstement pour eux seuls tout ce qu&#8217;ils peuvent acqu\u00e9rir, mais qu&#8217;ils devraient partager g\u00e9n\u00e9reusement tous ces avantages avec eux ; selon eux, ils devraient le faire, non \u00e0 titre de don, mais comme un d\u00fb ; que des riches devraient suivre non la loi de la concurrence \u00e9go\u00efste, mais la loi divine de l&#8217;amour pour le prochain. Ils appuient leurs revendications sur les enseignements du Seigneur J\u00e9sus et citent fr\u00e9quemment ses pr\u00e9ceptes.<\/p>\n<p>Les ouvriers paraissent cependant oublier qu&#8217;ils demandent aux gens fortun\u00e9s de se conformer \u00e0 la loi d&#8217;amour \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des moins fortun\u00e9s qui, eux, d\u00e9sirent toujours vivre selon la loi de l&#8217;\u00e9go\u00efsme. Est-il raisonnable de demander aux autres ce qu&#8217;ils ne d\u00e9sirent pas eux-m\u00eames leur accorder ? Et quelque d\u00e9sirable et recommandable que cela puisse \u00eatre, est-ce sage de l&#8217;esp\u00e9rer ? S\u00fbrement pas. Ceux-l\u00e0 m\u00eames qui r\u00e9clament \u00e0 grands cris que ceux qui sont plus fortun\u00e9s qu&#8217;eux devraient partager avec eux, sont tout \u00e0 fait peu dispos\u00e9s \u00e0 partager ce dont ils disposent avec d&#8217;autres moins fortun\u00e9s qu&#8217;eux-m\u00eames.<\/p>\n<p>Un autre r\u00e9sultat de la loi de _l&#8217;\u00e9go\u00efsme dans les affaires humaines est qu&#8217;une majorit\u00e9 du nombre, comparativement petit, des hommes qui ont un bon jugement, est absorb\u00e9e par les grandes entreprises commerciales, les trusts, etc., d&#8217;aujourd&#8217;hui, tandis que ceux qui donnent des conseils aux syndicats &#8216;ouvriers sont souvent des hommes de jugement ordinaire ou m\u00e9diocre. D&#8217;ailleurs, il est peu probable qu&#8217;un bon conseil, un avis sage, soit accept\u00e9 quand on l&#8217;offre. Les ouvriers ont appris \u00e0 \u00eatre soup\u00e7onneux, et beaucoup d&#8217;entre eux maintenant pr\u00e9sument que ceux qui pr\u00e9sentent un avis sens\u00e9 sont des espions et des \u00e9missaires du parti des employeurs. La majorit\u00e9 d&#8217;entre eux sont d\u00e9raisonnables<\/p>\n<p>(P 326) et ne sont soumis qu&#8217;aux rus\u00e9s qui flattent les lubies des plus ignorants afin d&#8217;\u00eatre leurs conducteurs confortablement pay\u00e9s.<\/p>\n<p>Que ce soit du fait de l&#8217;ignorance ou d&#8217;un mauvais jugement, une bonne moiti\u00e9 des conseils donn\u00e9s et suivis se sont prouv\u00e9s mauvais, peu sages, et d\u00e9favorables pour ceux qui auraient d\u00fb en b\u00e9n\u00e9ficier. Nul doute que la difficult\u00e9 vient en grande partie de ce que, se reposant sur le bras de la force humaine, les ouvriers n\u00e9gligent la sagesse d&#8217;en haut qui est \u00ab premi\u00e8rement pure, ensuite paisible, mod\u00e9r\u00e9e, traitable, pleine de mis\u00e9ricorde et de bons fruits, sans partialit\u00e9, sans hypocrisie \u00bb. C&#8217;est pourquoi ils n&#8217;ont pas \u00ab l&#8217;esprit [disposition] de sobre bon sens \u00bb pour les guider. \u2014 Jacq. 3 : 17 ; 2 Tim. 1 : 7.<\/p>\n<p>Ils s&#8217;imaginent que, par des syndicats, des boycottages, etc., ils peuvent maintenir dans quelques branches le salaire du travail au double et au triple de celui qui est pay\u00e9 pour d&#8217;autres genres de travaux. Ils oublient d&#8217;observer que dans les nouvelles conditions de la m\u00e9canique, il ne faut plus, comme autrefois, des ann\u00e9es pour apprendre un m\u00e9tier ; que, par l&#8217;instruction g\u00e9n\u00e9rale donn\u00e9e \u00e0 l&#8217;\u00e9cole primaire et par les revues, des milliers peuvent apprendre rapidement \u00e0 faire ce que peu comprenaient autrefois ; ils oublient d&#8217;observer que le surplus de main-d\u2019\u0153uvre, en faisant s&#8217;effondrer les prix dans un commerce ou dans une industrie, fera entrer ce surplus en comp\u00e9tition pour obtenir un emploi plus facile ou plus r\u00e9mun\u00e9rateur dans d&#8217;autres directions, et cela, finalement, d&#8217;une mani\u00e8re irr\u00e9sistible par la pression du nombre. Les hommes ne refuseront pas sous peine d&#8217;avoir faim et de voir leur famille \u00e9galement affam\u00e9e, d&#8217;accepter pour un ou deux dollars par jour une situation qui est pay\u00e9e maintenant \u00e0 un autre trois ou quatre dollars.<\/p>\n<p>Aussi longtemps que les conditions sont favorables \u2014 la main-d\u2019\u0153uvre produisant moins que la demande ou la demande de marchandises \u00e9tant sup\u00e9rieure \u00e0 la produc\u00adtion \u2014 les Syndicats ouvriers peuvent accomplir et accomplissent un bien consid\u00e9rable pour leurs membres, en maintenant de bons salaires, un travail \u00e0 des heures favorables et dans des conditions<\/p>\n<p>(P 327) saines. Mais, sur ce sujet, c&#8217;est une erreur de juger l&#8217;avenir en se basant sur le pass\u00e9, et de compter sur les Syndicats pour contrecarrer la loi de l&#8217;offre et de la demande. Que le travailleur consid\u00e8re sa seule esp\u00e9rance, l&#8217;Eternel, et qu&#8217;il ne s&#8217;appuie pas sur le bras de chair.<\/p>\n<p>LA LOI DE L&#8217;OFFRE ET DE LA DEMANDE<br \/>\nREPOSE INEXORABLEMENT SUR TOUS LES HUMAINS<\/p>\n<p>La base sur laquelle reposent actuellement les affaires, pour les petits et pour les grands, pour les riches et pour les pauvres, est comme nous l&#8217;avons vu, d\u00e9pourvue de tout sentiment d&#8217;amour ; elle est oppressive, \u00e9go\u00efste. Les produits manufactur\u00e9s sont vendus par les fabricants et les marchands au prix le plus \u00e9lev\u00e9 qu&#8217;ils peuvent en tirer ; d&#8217;autre part, ils sont achet\u00e9s par le public au prix le plus bas que ce dernier peut se les procurer. La question de valeur r\u00e9elle de la marchandise est m\u00eame rarement prise en consid\u00e9ration, sauf d&#8217;un point de vue \u00e9go\u00efste. Les c\u00e9r\u00e9ales et les produits de la ferme sont vendus par le fermier au plus haut prix possible, et sont achet\u00e9s par les consommateurs au plus bas prix possible. La main-d\u2019\u0153uvre et le savoir-faire, \u00e9galement, se font payer au prix le plus \u00e9lev\u00e9 possible de la part de leurs possesseurs, et sont r\u00e9tribu\u00e9s au prix le plus bas possible par les fermiers, les n\u00e9gociants et les fabricants selon leurs besoins.<\/p>\n<p>Le fonctionnement et l&#8217;application de cette \u00ab loi de l&#8217;offre et de la demande \u00bb sont absolus : personne ne peut les modifier ; personne ne peut les ignorer enti\u00e8rement et vivre dans les conditions sociales pr\u00e9sentes. Supposez, par exemple, qu&#8217;un fermier dise : \u00ab Je mets au d\u00e9fi cette loi qui gouverne maintenant le monde. Le prix du froment est de soixante \u00ab cents \u00bb le boisseau, mais il devrait \u00eatre de, un dollar le boisseau afin de r\u00e9tribuer convenablement mon travail personnel et la main-d\u2019\u0153uvre que j&#8217;emploie ; je ne vendrai donc pas mon froment au-dessous d&#8217;un dollar le boisseau \u00bb. Quel serait le r\u00e9sultat ? Son froment pourrirait, sa famille n&#8217;aurait pas d&#8217;argent pour se v\u00eatir, ses ouvriers seraient priv\u00e9s de leur salaire \u00e0 cause de sa lubie, et l&#8217;homme \u00e0 qui il a emprunt\u00e9 de l&#8217;argent s&#8217;impatienterait de ne pas se voir rembourser et lui ferait vendre sa ferme, et son froment, et tous ses biens, pour couvrir la dette.<\/p>\n<p>(P 328)<\/p>\n<p>Ou bien, consid\u00e9rez l&#8217;exemple d&#8217;un autre point de vue. Supposez que le fermier dise : \u00ab Actuellement, je paie mes ouvriers de ferme trente dollars par mois, mais j&#8217;apprends que dans une ville voisine, des ouvriers qui ne font pas un travail plus p\u00e9nible et qui font m\u00eame moins d&#8217;heures, sont pay\u00e9s de cinquante \u00e0 cent dollars par mois. Je suis d\u00e9cid\u00e9, \u00e0 partir de maintenant, \u00e0 avoir des journ\u00e9es de travail de huit heures, et de donner des salaires mensuels de soixante dollars toute l&#8217;ann\u00e9e. \u00bb Que r\u00e9sulterait-il d&#8217;une pareille tentative de d\u00e9fier la loi de l&#8217;offre et de la demande ? Il se trouverait probablement sous peu dans les dettes. Bien s\u00fbr, ce serait possible si tous les fermiers des Etats-Unis payaient les m\u00eames salaires, et si tous vendaient \u00e0 juste prix ; mais \u00e0 la fin de la saison, les silos seraient pleins de bl\u00e9, car l&#8217;Europe ach\u00e8terait ailleurs. Et puis apr\u00e8s ? Eh bien, la nouvelle serait t\u00e9l\u00e9graphi\u00e9e \u00e0 l&#8217;Inde, \u00e0 la Russie et \u00e0 l&#8217;Am\u00e9rique du Sud, et les producteurs de bl\u00e9 l\u00e0-bas enverraient ici par mer leurs cargaisons de bl\u00e9, rompraient ce qu&#8217;on appellerait l&#8217;Union des Fermiers, et fourniraient aux pauvres du pain \u00e0 bon march\u00e9. Evidemment, un tel arrangement, s&#8217;il pouvait avoir lieu, ne pourrait gu\u00e8re durer plus d&#8217;une ann\u00e9e.<\/p>\n<p>Cette m\u00eame loi du pr\u00e9sent ordre social des choses \u2014 la loi de l&#8217;offre et de la demande \u2014 r\u00e9git \u00e9galement toutes les autres productions du travail ou de la capacit\u00e9 de l&#8217;homme, variant selon les circonstances.<\/p>\n<p>Dans cette grande R\u00e9publique, les conditions ont \u00e9t\u00e9 favorables \u00e0 une demande consid\u00e9rable, \u00e0 des salaires \u00e9lev\u00e9s et \u00e0 de gros b\u00e9n\u00e9fices, en raison des tarifs douaniers protecteurs contre la concurrence europ\u00e9enne ; la tendance a \u00e9t\u00e9 l&#8217;entr\u00e9e ici de capitaux europ\u00e9ens pour \u00eatre investis \u00e0 cause de meilleurs profits, et la main-d\u2019\u0153uvre et le savoir-faire des \u00e9trangers sont \u00e9galement arriv\u00e9s ici parce qu&#8217;ils pouvaient \u00eatre mieux r\u00e9tribu\u00e9s que chez eux. Tout cela n&#8217;\u00e9tait que la cons\u00e9quence de la loi de l&#8217;offre et de la demande. Les millions qui ont \u00e9t\u00e9 plac\u00e9s dans l&#8217;industrie et dans les chemins de fer, dans des immeubles de rapport et dans les produits courants de premi\u00e8re n\u00e9cessit\u00e9, tous ces capitaux ont depuis des ann\u00e9es fait des Etats-Unis<\/p>\n<p>(P 329) le pays du monde le plus remarquable pour sa prosp\u00e9rit\u00e9. Toutefois, le point culminant de cette prosp\u00e9rit\u00e9 est pass\u00e9, et nous sommes sur la pente descendante. Rien ne peut l&#8217;emp\u00eacher, sauf s&#8217;il y avait dans d&#8217;autres nations civilis\u00e9es la guerre ou d&#8217;autres calamit\u00e9s qui, pour un temps, passeraient les affaires du monde aux nations en paix. La guerre entre la Chine et le Japon a soulag\u00e9 l\u00e9g\u00e8rement la tension, non seulement \u00e0 cause des armes et des munitions achet\u00e9es par les bellig\u00e9rants, mais \u00e9galement \u00e0 cause des indemnit\u00e9s pay\u00e9es par la Chine au Japon lequel, \u00e0 son tour, d\u00e9pensa cet argent \u00e0 l&#8217;achat de navires de guerre construits dans divers pays, en particulier en Grande-Bretagne. De plus, se rendant compte que le Japon est maintenant une \u00ab puissance maritime \u00bb, les gouvernements europ\u00e9ens et les Etats-Unis ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 augmenter leur \u00e9quipement naval. Rien ne pouvait \u00eatre plus \u00e0 courte vue que le meeting monstre r\u00e9cent que tinrent les travailleurs \u00e0 New York pour protester contre les d\u00e9penses suppl\u00e9mentaires pour la d\u00e9fense navale et c\u00f4ti\u00e8re des Etats-Unis. Ils devraient discerner, que de telles d\u00e9penses aident \u00e0 maintenir le plein emploi. Bien que nous soyons oppos\u00e9s \u00e0 la guerre, nous n&#8217;en sommes pas moins oppos\u00e9s \u00e0 ce que des hommes meurent de faim, faute d&#8217;emploi et nous prendrions le risque d&#8217;augmenter le danger de guerre. Laissez convertir les dettes du monde en bons (du tr\u00e9sor). Ils vaudront exactement ce que vaudront l&#8217;or et l&#8217;argent dans le grand temps de d\u00e9tresse qui approche. \u2014 Ez\u00e9chiel 7 : 19 ; Soph. 1 18.<\/p>\n<p>Beaucoup de gens se rendent compte que la concurrence est le danger ; en cons\u00e9quence, le \u00ab Projet de loi concernant l&#8217;exclusion des Chinois \u00bb a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9, non seulement pour arr\u00eater l&#8217;immigration des millions de Chinois, mais pour prendre des mesures en vue d&#8217;expulser de ce pays tous ceux qui ne deviennent pas des citoyens. Pour arr\u00eater l&#8217;immigration en provenance de l&#8217;Europe, une loi fut vot\u00e9e interdisant le d\u00e9barquement d&#8217;immigrants ne sachant pas lire une langue, etc. Beaucoup discernent que sous la loi de l&#8217;offre et de la demande, la main-d\u2019\u0153uvre sera bient\u00f4t au m\u00eame niveau dans le monde entier ; aussi d\u00e9sirent-ils emp\u00eacher autant que possible, et aussi longtemps que possible,<\/p>\n<p>(P 330) la d\u00e9pr\u00e9ciation de la main-d\u2019\u0153uvre aux Etats-Unis au niveau soit de la main-d\u2019\u0153uvre en Europe, soit de la main-d\u2019\u0153uvre en Asie.<\/p>\n<p>D&#8217;autres cherchent un rem\u00e8de sous forme de loi : il serait d\u00e9cid\u00e9 que les fabricants paieront des salaires \u00e9lev\u00e9s et vendront leurs produits avec un faible b\u00e9n\u00e9fice marginal. Ceux-l\u00e0 oublient que si le Capital ne rapporte pas ici, il s&#8217;en ira ailleurs pour construire, employer et fabriquer, l\u00e0 o\u00f9 les conditions sont favorables, o\u00f9 les salaires sont moins \u00e9lev\u00e9s ou les prix plus avantageux.<\/p>\n<p>Cependant, la perspective du proche avenir dans les conditions pr\u00e9sentes appara\u00eet plus sombre encore, lorsque nous prenons une vue plus large encore du sujet. La loi de l&#8217;offre et de la demande r\u00e9git le capital aussi bien que le travail. Le Capital est aussi vigilant que le Travail pour chercher un emploi avantageux. Lui aussi se tient inform\u00e9 et il est sollicit\u00e9 \u00e7\u00e0 et l\u00e0 \u00e0 travers le monde. Mais le Capital et le Travail suivent des routes oppos\u00e9es et sont dirig\u00e9s par des conditions oppos\u00e9es. Le Travail, habile, cherche les localit\u00e9s o\u00f9 les salaires sont les plus \u00e9lev\u00e9s ; le Capital cherche les r\u00e9gions o\u00f9 les salaires sont les plus bas, afin de pouvoir ainsi retirer les plus grands profits.<\/p>\n<p>Les machines ont bien servi le Capital et continuent \u00e0 le servir avec fid\u00e9lit\u00e9, mais au fur et \u00e0 mesure que le Capital s&#8217;accro\u00eet et que les machines se multiplient, il s&#8217;ensuit une \u00ab surproduction \u00bb ; autrement dit, on produit plus qu&#8217;on ne peut vendre avec b\u00e9n\u00e9fice ; et la concurrence, des prix plus bas et de moins gros b\u00e9n\u00e9fices, en r\u00e9sulte. Tout cela aboutit \u00e0 des unions qu&#8217;on appelle des \u00ab trusts \u00bb, pour le maintien des prix et des profits, mais il est douteux qu&#8217;on puisse longtemps maintenir ces prix et ces profits, sauf en ce qui concerne des articles brevet\u00e9s, ou des marchandises dont l&#8217;offre est tr\u00e8s limit\u00e9e, ou soutenue par la l\u00e9gislation et qui, t\u00f4t ou tard, sera corrig\u00e9e.<\/p>\n<p>PERSPECTIVE EFFRAYANTE<\/p>\n<p>DE LA CONCURRENCE INDUSTRIELLE \u00c9TRANG\u00c8RE<\/p>\n<p>Or, c&#8217;est dans ce m\u00eame temps que s&#8217;ouvre un nouveau champ pour l&#8217;esprit d&#8217;entreprise et pour le capital, mais non pour la main-d\u2019\u0153uvre. Le. Japon et la Chine s&#8217;\u00e9veillent \u00e0 la civilisation occidentale apr\u00e8s un sommeil qui a dur\u00e9 des si\u00e8cles ;<\/p>\n<p>(P 331) ils appr\u00e9cient maintenant la vapeur, l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9, la machine et les inventions modernes en g\u00e9n\u00e9ral. Nous devons nous souvenir que 4a1 population du Japon correspond \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 celle de la Grande-Bretagne ; et que la population de la Chine est plus de cinq fois celle des Etats-Unis. Souvenons-nous aussi que ces millions de gens ne sont pas des sauvages, mais des gens qui, en g\u00e9n\u00e9ral, peuvent lire et \u00e9crire leur propre langue, et que leur civilisation, bien que diff\u00e9rente, est bien plus vieille que celle de l&#8217;Europe, qu&#8217;ils \u00e9taient civilis\u00e9s et fabriquaient des vases de Chine et des objets de soie, alors que la Grande-Bretagne \u00e9tait peupl\u00e9e de barbares. C&#8217;est pourquoi nous ne devons pas \u00eatre surpris d&#8217;apprendre que le Capital cherche \u00e0 faire des affaires en Chine, et au Japon en particulier : y construire des chemins de fer, y transporter des machines, y b\u00e2tir de grandes usines, afin qu&#8217;ainsi, il puisse utiliser l&#8217;habilet\u00e9, l&#8217;\u00e9nergie, le sens de l&#8217;\u00e9conomie, la patience et la soumission de ces millions habitu\u00e9s au travail p\u00e9nible et \u00e0 la frugalit\u00e9.<\/p>\n<p>Le Capital envisage de grands profits dans un pays o\u00f9 il peut avoir de la main-d\u2019\u0153uvre avec un salaire de six \u00e0 quinze \u00ab cents \u00bb par jour, salaire accept\u00e9 sans murmure et avec remerciements. Des capitaux consid\u00e9rables sont d\u00e9j\u00e0 partis au Japon, et d&#8217;autres attendent leur admission en Chine. Qui ne peut discerner qu&#8217;il ne faudra que le court espace de quelques ann\u00e9es \u00e0 peine pour amener le monde industriel tout entier en concurrence avec ces millions de gens d\u00e9j\u00e0 habiles et dou\u00e9s pour apprendre ? En Europe, on trouve les salaires actuels insuffisants aux Etats-Unis, \u00e0 cause des g\u00e9n\u00e9reux salaires d&#8217;autrefois et (en comparaison avec l&#8217;Europe et l&#8217;Asie) des id\u00e9es et des habitudes de prodigalit\u00e9 cultiv\u00e9es ici, nous consid\u00e9rons les salaires actuels comme des \u00ab salaires de famine \u00bb (bien qu&#8217;ils soient encore le double de ce qui est pay\u00e9 en Europe et huit fois ce qui est pay\u00e9 en Asie); quelle sera la condition d\u00e9plorable des travailleurs \u00e0. travers le monde civilis\u00e9 apr\u00e8s trente ann\u00e9es de plus d&#8217;inventions et de fabrication de machines-outils, et apr\u00e8s que tous les<\/p>\n<p>(P 332) travailleurs du monde auront \u00e9t\u00e9 \u00e9troitement mis en comp\u00e9tition avec la main-d\u2019\u0153uvre \u00e0 bon march\u00e9 de l&#8217;Extr\u00eame-Orient ? Il s&#8217;agira, non seulement de salaire quotidien de quinze \u00ab cents \u00bb, mais en outre de six hommes pour chaque besogne avec cette ration congrue. Il y a quelques ann\u00e9es, la presse publique remarqua le transfert d&#8217;une filature de coton du Connecticut au Japon, et depuis d&#8217;autres fabricants y sont partis, afin de s&#8217;assurer un champ de main-d&#8217;\u0153uvre \u00e0 meilleur march\u00e9 et, en cons\u00e9quence, de plus gros b\u00e9n\u00e9fices.<\/p>\n<p>L&#8217;Empereur d&#8217;Allemagne a certainement vu s&#8217;approcher cette \u00ab guerre industrielle \u00bb ; il l&#8217;a repr\u00e9sent\u00e9e symboliquement dans le tableau c\u00e9l\u00e8bre peint sous sa direction par un artiste et offert au Tsar de Russie. Le tableau repr\u00e9sente les nations d&#8217;Europe sous des personnages f\u00e9minins rev\u00eatus d&#8217;armures, qui se tiennent debout sous la lumi\u00e8re jaillissant d&#8217;une croix dans le ciel, au-dessus d&#8217;eux ; sur l&#8217;instruction d&#8217;un personnage ang\u00e9lique repr\u00e9sentant Mica\u00e9l, ces personnages f\u00e9minins regardent, s&#8217;\u00e9levant de la Chin\u00e9 et flottant vers eux, un nuage noir, duquel des formes et des visages hideux sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s par la lueur d&#8217;un \u00e9clair. Sous le tableau, on lit ces mots : \u00ab\u00a0Nations d&#8217;Europe ! Unissez-vous pour d\u00e9fendre votre Foi, et vos Foyers \u00bb.<\/p>\n<p>L&#8217;HOMME JAUNE AVEC L&#8217;ARGENT BLANC<\/p>\n<p>Voici un extrait tir\u00e9 d&#8217;un excellent article paru dans le Journal of the Imperial Colonial Institute (anglais) de la plume de M. Whitehead, membre du Conseil l\u00e9gislatif \u00e0 Hong-Kong (Chine). Il \u00e9crivait :<\/p>\n<p>\u00ab Jusqu&#8217;ici, les Chinois n&#8217;en sont qu&#8217;au d\u00e9but de la construction de filatures et d&#8217;usines de tissage. Sur le fleuve Yang-Ts\u00e9 et aux environs de Changha\u00ef, quelque &#8216;cinq usines fonctionnent d\u00e9j\u00e0, et d&#8217;autres sont en voie de construction. On estime qu&#8217;elles contiendront environ 200 000 broches et certaines ont commenc\u00e9 \u00e0 travailler. Le capital employ\u00e9 est enti\u00e8rement indig\u00e8ne, et la paix \u00e9tant revenue dans ces r\u00e9gions, il n&#8217;y a, avec une honn\u00eate et comp\u00e9tente administration tant que notre syst\u00e8me mon\u00e9taire<\/p>\n<p>(P 333) actuel continue, r\u00e9ellement aucune limite \u00e0 l&#8217;expansion et au d\u00e9veloppement des industries dans les pays orientaux. \u00bb<\/p>\n<p>A ce propos, nous mentionnons dans le m\u00eame ordre d&#8217;id\u00e9es, une d\u00e9p\u00eache de Washington (D.C.) qui parut d\u00e9j\u00e0 en 1896, annon\u00e7ant un rapport fait au gouvernement par le Consul g\u00e9n\u00e9ral Jernigan, plac\u00e9 au poste de Changha\u00ef. Dans ce rapport, il fait \u00e9tat du grand int\u00e9r\u00eat r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l&#8217;industrie cotonni\u00e8re, de l&#8217;introduction et de la prosp\u00e9rit\u00e9 des filatures de coton depuis 1890, du commencement de plantations de graines \u00e0 huile de coton ; il indique \u00e9galement qu&#8217;en Chine, la zone propre \u00e0 la culture du coton \u00e9tant presque aussi illimit\u00e9e que l&#8217;embauche d&#8217;une main-d\u2019\u0153uvre \u00e0 bon march\u00e9, \u00ab il ne peut y avoir aucun doute que la Chine sera bient\u00f4t un des plus grands pays producteurs de coton dans le monde. \u00bb<\/p>\n<p>Whitehead, discutant de la guerre de 1894 entre la Chine et le Japon, d\u00e9clare que c&#8217;est en elle que repose le principal espoir de la r\u00e9surrection industrielle de la Chine. Il continue :<\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;issue de la guerre actuelle peut aider le peuple chinois \u00e0 se lib\u00e9rer de l&#8217;\u00e9treinte des mandarins. On sait que les ressources min\u00e9rales et autres de la Chine sont \u00e9normes, et \u00e0 leur porte, les Chinois ont des millions d&#8217; \u00ab acres \u00bb de terrains admirablement adapt\u00e9s \u00e0 la culture du coton, lequel, bien que de courte fibre, est appropri\u00e9 au m\u00e9lange avec d&#8217;autres qualit\u00e9s. En d\u00e9cembre 1893, sur le fleuve de Changha\u00ef, il n&#8217;y eut, \u00e0 un moment donn\u00e9, pas moins de cinq transatlantiques qui prirent en cargaisons, du coton chinois pour le transporter au Japon o\u00f9 il devait \u00eatre transform\u00e9 par des filatures et par des mains japonaises en fil et en tissu. A pr\u00e9sent, les Japonais importent directement leur coton pour leurs &#8216;filatures d&#8217;Am\u00e9rique et d&#8217;ailleurs. Apr\u00e8s ce terrible r\u00e9veil, si la Chine, avec ses trois cents millions d&#8217;habitants intens\u00e9ment laborieux, ouvrait ses vastes provinces int\u00e9rieures par l&#8217;introduction de chemins de fer, ses cours d&#8217;eau int\u00e9rieurs \u00e0 la navigation des vapeurs et ses ressources illimit\u00e9es au d\u00e9veloppement, il est impossible d&#8217;en mesurer les cons\u00e9quences. Cela signifierait la d\u00e9couverte en pratique d&#8217;un nouvel h\u00e9misph\u00e8re, abondamment peupl\u00e9 de races laborieuses, et abondant en ressources agricoles, min\u00e9rales et autres ; mais, loin que l&#8217;ouverture de la Chine que nous pouvons raisonnablement esp\u00e9rer comme devant \u00eatre l&#8217;un des r\u00e9sultats<\/p>\n<p>(P 334) de la guerre actuelle, soit au b\u00e9n\u00e9fice des fabricants anglais (\u00e0 moins de quelque changement, et cela bient\u00f4t, dans notre syst\u00e8me mon\u00e9taire), le C\u00e9leste Empire, qui a \u00e9t\u00e9 le th\u00e9\u00e2tre de tant de nos victoires industrielles, sera seulement de champ de notre plus grande d\u00e9faite. \u00bb<\/p>\n<p>L&#8217;opinion de M. Whitehead est purement capitaliste. quand il parle de \u00ab d\u00e9faite \u00bb, car en fait, la \u00ab d\u00e9faite \u00bb se fera sentir plus lourdement encore sur les travailleurs anglais. Il continue en faisant allusion au Japon, comme suit :<\/p>\n<p>\u00ab Les environs d&#8217;Osaka et de Kyoto offrent maintenant le spectacle surprenant d&#8217;une activit\u00e9 industrielle. Dans un laps de temps tr\u00e8s bref, pas moins de cinquante-neuf filatures et usines y ont fait leur apparition, avec l&#8217;aide de plus de vingt millions de dollars d&#8217;un capital enti\u00e8re\u00adment national. Elles comportent maintenant 770 874 broches, et en mai, dernier, des autorit\u00e9s comp\u00e9tentes ont estim\u00e9 le rendement annuel de ces filatures \u00e0 plus de 500 000 balles de coton fil\u00e9, d&#8217;une valeur approximative de quarante millions de dollars, soit au change actuel, disons quatre millions de livres sterling. En bref, les industries japonaises, non seulement de filage et de tissage, mais de tous genres, ont progress\u00e9 par sauts et par bonds. D&#8217;ores et d\u00e9j\u00e0, elles ont port\u00e9 leur succ\u00e8s \u00e0 un point tel qu&#8217;elles peuvent, dans une large mesure, faire peu de cas de la concurrence industrielle britannique. \u00bb<\/p>\n<p>Whitehead se met ensuite \u00e0 d\u00e9montrer que les capitalistes d&#8217;Europe et des Etats-Unis, ayant d\u00e9mon\u00e9tis\u00e9 l&#8217;argent, ont presque doubl\u00e9 la valeur de l&#8217;or, et que cela a presque doubl\u00e9 l&#8217;avantage de la Chine et du Japon. Il d\u00e9clare :<\/p>\n<p>\u00ab Permettez-moi d&#8217;expliquer que l&#8217;argent continuera \u00e0 employer le m\u00eame nombre d&#8217;ouvriers orientaux qu&#8217;il y a vingt ou trente ans. Par cons\u00e9quent, l&#8217;imperfection de notre \u00e9talon mon\u00e9taire permet aux pays orientaux d&#8217;em\u00adployer maintenant au moins cent pour cent de, plus de main-d\u2019\u0153uvre pour un total donn\u00e9 d&#8217;or qu&#8217;ils ne pouvaient le faire il y a vingt-cinq ans. Pour rendre tout \u00e0 fait claire cette importante d\u00e9claration, permettez-moi de donner l&#8217;exemple suivant : en 1870, dix roupies \u00e9taient l&#8217;\u00e9quivalent d&#8217;un souverain sous l&#8217;\u00e9talon associ\u00e9 de l&#8217;or et de l&#8217;argent, et constituaient le montant des salaires de vingt hommes par jour. Aujourd&#8217;hui, vingt roupies sont environ l&#8217;\u00e9quivalent d&#8217;un souverain, de sorte que pour vingt roupies, on peut employer quarante hommes pour une journ\u00e9e, au lieu de vingt<\/p>\n<p>(P 335) hommes comme en 1870. Contre un tel handicap, aucune concurrence de la main d&#8217;oeuvre britannique n&#8217;est possible.<\/p>\n<p>\u00ab Dans les pays orientaux, l&#8217;argent servira encore \u00e0 payer le m\u00eame nombre d&#8217;ouvriers qu&#8217;auparavant. Cependant, par rapport \u00e0 l&#8217;or maintenant, l&#8217;argent vaut moins de la moiti\u00e9 de l&#8217;or qu&#8217;il \u00e9quivalait autrefois. Par exemple il y a vingt ans, en Angleterre, on pouvait employer un certain nombre d&#8217;ouvriers pour disons, huit shillings. Aujourd&#8217;hui, en Angleterre, on ne pourra pas employer plus d&#8217;ouvriers qu&#8217;alors pour vingt shillings, les salaires \u00e9tant \u00e0 peu pr\u00e8s les m\u00eames ; par notre loi, ces vingt shillings ont exactement la m\u00eame valeur mon\u00e9taire qu&#8217;autrefois, bien que leur valeur en tant que m\u00e9tal, ait \u00e9t\u00e9 par rapport \u00e0 l&#8217;appr\u00e9ciation de l&#8217;or, r\u00e9duite \u00e0 moins de six pence pour un shilling. Les deux dollars exactement semblables aux anciens, peuvent employer le m\u00eame nombre d&#8217;ouvriers qu&#8217;auparavant, mais pas davantage, et cependant, au prix actuel de l&#8217;or, ils ne correspondent qu&#8217;\u00e0 la valeur de quatre shillings. Par cons\u00e9quent, il est possible maintenant d&#8217;employer autant d&#8217;ouvriers en Asie pour quatre shillings de notre monnaie, ou l&#8217;\u00e9quivalent de cela en argent, qu&#8217;il pouvait en \u00eatre employ\u00e9 il y a vingt ans pour huit shillings, ou leur \u00e9quivalent en argent. La valeur de la main-d\u2019\u0153uvre orientale ayant ainsi \u00e9t\u00e9 r\u00e9duite de plus de 55 % en monnaie d&#8217;or, compar\u00e9e \u00e0 ce qu&#8217;elle \u00e9tait autrefois, elle sera capable de produire des produits manufactur\u00e9s et des marchandises au m\u00eame pourcentage moins cher que la main-d\u2019\u0153uvre des pays \u00e0 l&#8217;\u00e9talon or. En cons\u00e9quence, \u00e0 moins que notre loi mon\u00e9taire ne soit amend\u00e9e, ou \u00e0 moins que la main-d&#8217;\u0153uvre britannique ne soit pr\u00eate \u00e0 accepter une forte r\u00e9duction de salaires, les affaires industrielles britanniques doivent in\u00e9vitablement quitter les rives britanniques, parce que leurs produits seront supplant\u00e9s par l&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;industries dans les pays d&#8217;\u00e9talon d&#8217;argent. \u00bb<\/p>\n<p>Whitehead aurait pu, en v\u00e9rit\u00e9, ajouter que bient\u00f4t les pays d&#8217;\u00e9talon argent seront non seulement pr\u00eats \u00e0 pourvoir \u00e0 leurs propres besoins, mais \u00e9galement \u00e0 envahir les pays d&#8217;\u00e9talon or. Par exemple, le Japon pourrait vendre en Angleterre des marchandises \u00e0 des prix inf\u00e9rieurs d&#8217;un tiers \u00e0 ceux qui ont cours au Japon, et en \u00e9changeant en monnaie d&#8217;argent la monnaie d&#8217;or re\u00e7ue, il pourrait rapporter au Japon de larges b\u00e9n\u00e9fices. Ainsi, les techniques am\u00e9ricaine et europ\u00e9enne seront non seulement forc\u00e9es d&#8217;entrer en concurrence avec la main-d\u2019\u0153uvre asiatique bon march\u00e9, patiente et habile, mais en plus, elles seront d\u00e9savantag\u00e9es dans cette<\/p>\n<p>(P 336) comp\u00e9tition \u00e0 cause de la diff\u00e9rence entre les \u00e9talons or et argent du change financier.<\/p>\n<p>Commentant la conf\u00e9rence de M. Whitehead, le Daily Chronicle (Londres) attire l&#8217;attention sur le fait que l&#8217;Inde a d\u00e9j\u00e0 grandement supplant\u00e9 l&#8217;industrie cotonni\u00e8re de l&#8217;Angleterre. Il \u00e9crit :<\/p>\n<p>\u00ab La conf\u00e9rence de l&#8217;Hon. T. H. Whitehead \u00e0 l&#8217;Institut colonial, hier soir, a attir\u00e9 l&#8217;attention sur quelques chiffres \u00e9tonnants en rapport avec notre commerce occidental. On ne peut malheureusement contester en rien le fait que, durant les quatre derni\u00e8res ann\u00e9es, nos exportations accusent une diminution de 54 000 000 de \u00a3. Les statistiques des soixante-sept compagnies de filatures du Lancashire pour 1894 accusent une balance d\u00e9favorable totale de 411 000 \u00a3. Contre cela, l&#8217;augmentation dans l&#8217;exportation du fil et du tissu indiens au Japon a \u00e9t\u00e9 simplement colossale, et les filatures de coton \u00e0 Hiogo (Japon) pour 1891, ont montr\u00e9 en moyenne un b\u00e9n\u00e9fice de dix-sept pour cent. Sir Thomas Sutherland a d\u00e9clar\u00e9 que, sous peu, la Compa\u00adgnie p\u00e9ninsulaire et orientale pourra construire ses navires sur le Yang-Ts\u00e9, et M. Whitehead croit que les pays orientaux seront bient\u00f4t en comp\u00e9tition sur les march\u00e9s d&#8217;Europe. Quelles que soient nos divergences au sujet des rem\u00e8des propos\u00e9s, des d\u00e9clarations comme celles-ci de la bouche d&#8217;experts fournissent mati\u00e8re \u00e0 s\u00e9rieuses r\u00e9flexions. \u00bb<\/p>\n<p>Un journal&#8217; allemand, Tageblatt, de Berlin, a examin\u00e9 de pr\u00e8s la question de la victoire d\u00e9cisive du Japon sur la Chine, et fut surpris de l&#8217;intelligence qu&#8217;il y a trouv\u00e9e. Il d\u00e9clara que le comte Ito, le Premier ministre japonais, \u00e9tait un autre Bismarck, et que les Japonais, en g\u00e9n\u00e9ral, \u00e9taient parfaitement civilis\u00e9s. Il conclut par une remarque tr\u00e8s significative touchant la guerre industrielle que nous sommes en train d&#8217;examiner, disant :<\/p>\n<p>\u00ab Le comte nous montre beaucoup d&#8217;int\u00e9r\u00eat au d\u00e9veloppement industriel de sa patrie. Il croit que la plupart des \u00e9trangers sous-estiment les chances du Japon dans la lutte internationale pour la supr\u00e9matie industrielle. Les femmes japonaises, pense-t-il, valent les hommes dans tous les champs du travail, et elles doublent ainsi la capacit\u00e9 de travail de la nation. \u00bb<\/p>\n<p>Le r\u00e9dacteur en chef de 1&#8217;Economiste fran\u00e7ais (Paris), commentant \u00e0 propos du Japon et &#8216;de ses affaires, dit d&#8217;une mani\u00e8re significative :<\/p>\n<p>(P 337)<\/p>\n<p>\u00ab Le monde a franchi une nouvelle \u00e9tape. Les Europ\u00e9ens doivent compter avec de nouveaux facteurs de civilisation. Les Puissances doivent cesser les querelles entre elles et doivent montrer un front uni ; elles doivent se souvenir que, d\u00e9sormais, des centaines de millions d&#8217;ouvriers en Extr\u00eame-Orient \u2014 sobres, durs au travail et \u00e0 l&#8217;esprit prompt \u2014 seront nos rivaux. \u00bb<\/p>\n<p>George Jamison, consul g\u00e9n\u00e9ral britannique \u00e0 Changha\u00ef (Chine), a \u00e9crit sur le sujet de la Concurrence orientale, en montrant que la d\u00e9mon\u00e9tisation et par cons\u00e9quent la d\u00e9pr\u00e9ciation de l&#8217;argent, en laissant dans les pays civilis\u00e9s l&#8217;or comme \u00e9talon mon\u00e9taire, est un autre point qui d\u00e9pr\u00e9cie le Travail et profite au Capital. Il d\u00e9clarait :<\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;\u00e9l\u00e9vation continuelle de la valeur de l&#8217;or, compar\u00e9e \u00e0 celle de l&#8217;argent, a chang\u00e9 toutes choses. Les marchandises britanniques sont devenues si ch\u00e8res dans leur valeur-argent que l&#8217;Orient a \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9 de fabriquer pour lui-m\u00eame, et la chute de la valeur de l&#8217;argent-m\u00e9tal l&#8217;a tellement aid\u00e9 dans son travail que non seulement il peut se suffire \u00e0 lui-m\u00eame, mais qu&#8217;il est capable d&#8217;exporter avantageusement ses propres marchandises. La hausse de la valeur de l&#8217;or a doubl\u00e9 le prix en argent des marchandises britanniques en Orient et a rendu leur utilisation presque prohibitive, tandis que la chute de la valeur de l&#8217;argent a fait baisser de plus de la moiti\u00e9 le prix-or des marchandises orientales dans les pays utilisant l&#8217;or, en provoquant continuellement l&#8217;augmentation dans la demande de ces marchandises. Les conditions sont si in\u00e9gales qu&#8217;il para\u00eet impossible de continuer longtemps la lutte. C&#8217;est comme si on handicapait un champion en donnant \u00e0 son adversaire la moiti\u00e9 de la distance \u00e0 courir.<\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;impossibilit\u00e9 pour l&#8217;Europe de concurrencer l&#8217;Asie sur le march\u00e9 ouvert, a \u00e9t\u00e9 prouv\u00e9e en Am\u00e9rique. L\u00e0, les Chinois, gr\u00e2ce \u00e0 leurs bas salaires, ont monopolis\u00e9 la main-d\u2019\u0153uvre \u00e0 tel point qu&#8217;on dut les exclure du pays, sinon les travailleurs europ\u00e9ens seraient morts de faim ou auraient \u00e9t\u00e9 expuls\u00e9s. Mais les pays europ\u00e9ens ne sont pas menac\u00e9s, comme le furent les Am\u00e9ricains, par le travailleur lui-m\u00eame (il connaissait le prix de la main-d\u2019\u0153uvre europ\u00e9enne, et pouvait apprendre, comprendre combien il pourrait obtenir pour lui-m\u00eame), mais par les produits de cette main-d\u2019\u0153uvre fabriqu\u00e9s au prix de salaires orientaux. En outre, il serait relativement facile de refuser d&#8217;employer un Oriental pour faire votre travail, tandis qu&#8217;il est difficile de refuser d&#8217;acheter des marchandises fabriqu\u00e9es par lui, en particulier<\/p>\n<p>(P 338) si leur qualit\u00e9 am\u00e9liore et si leur prix est bon march\u00e9. La tentation de les acheter devient d&#8217;autant plus grande que l&#8217;argent gagn\u00e9 par le travailleur britannique perd de sa valeur. Il est d&#8217;autant plus enclin \u00e0 le faire et \u00e0 refuser d&#8217;acheter ses marchandises fabriqu\u00e9es par lui mais plus ch\u00e8res. Les pays partisans du protectionnisme sont en meilleure position. Ils peuvent imposer des droits plus \u00e9lev\u00e9s sur les marchandises orientales, et ainsi les emp\u00eacher d&#8217;inonder leurs propres march\u00e9s. Mais l&#8217;Angleterre, avec son libre-\u00e9change n&#8217;a aucune d\u00e9fense, et le poids du fardeau retombera sur ses ouvriers. Le mal s&#8217;aggrave. Chaque farthing d&#8217;augmentation du prix de l&#8217;or compar\u00e9 \u00e0 celui de l&#8217;argent augmente de 1 % le prix des marchandises anglaises en Orient, tandis que chaque farthing de baisse dans la valeur de l&#8217;argent fait baisser de le prix des marchandises orientales dans les pays qui emploient l&#8217;\u00e9talon or. Ces nouvelles industries se d\u00e9veloppent tr\u00e8s rapidement au Japon, et ce qui est en train de se faire l\u00e0-bas peut se faire et se fera en Chine, en Inde et en d&#8217;autres lieux. Une fois bien \u00e9tablies, l&#8217;Orient les maintiendra, en d\u00e9pit de toute opposition, et si quelque rem\u00e8de n&#8217;est pas rapi\u00addement trouv\u00e9 pour changer le syst\u00e8me mon\u00e9taire du monde, leurs produits se r\u00e9pandront dans le monde entier \u00e0 la ruine des industries britanniques et au d\u00e9sastre incalculable de milliers et de milliers de travailleurs. \u00bb<\/p>\n<p>Lafcadio Hearn qui, pendant plusieurs ann\u00e9es, enseigna au Japon, a \u00e9crit un article dans l&#8217;Atlantic Monthly, en octobre 1895, o\u00f9 il fait ressortir l&#8217;une des raisons pour lesquelles la concurrence japonaise est si \u00e2pre : c&#8217;est que les pauvres peuvent vivre et d\u00e9m\u00e9nager, et avoir leur existence, d&#8217;une mani\u00e8re confortable, selon leurs id\u00e9es de confort, \u00e0 tr\u00e8s peu de frais. Il explique qu&#8217;une ville japonaise est faite de maisons de boue, de bambou et de papier, b\u00e2ties en cinq jours et destin\u00e9es \u00e0 ne durer, avec de continuelles r\u00e9parations, qu&#8217;aussi longtemps que leurs propri\u00e9taires ne d\u00e9sireront pas changer de lieu de s\u00e9jour. En fait, il n&#8217;y a pas de grands b\u00e2timents au Japon, except\u00e9 quelques forteresses colossales construites par les nobles au temps du f\u00e9odalisme. Au Japon, les usines modernes, ne sont que des cabanes allong\u00e9es, quelle que soit l&#8217;importance de leurs affaires ou quelles que soient la beaut\u00e9 et la somptuosit\u00e9 de leurs produits. Leurs temples m\u00eames doivent, en raison d&#8217;une coutume imm\u00e9moriale, \u00eatre taill\u00e9s en morceaux tous les vingt ans et distribu\u00e9s aux<\/p>\n<p>(P 339) p\u00e8lerins. Un ouvrier japonais ne s&#8217;enracine jamais ni ne d\u00e9sire s&#8217;enraciner. S&#8217;il a quelque raison de changer de province, il le fait imm\u00e9diatement, d\u00e9mant\u00e8le sa maison, la hutte de papier et de boue qui est si pittoresque et si propre, emballe ses affaires sur son \u00e9paule, d&#8217;id, \u00e0 sa femme et \u00e0 sa famille de le suivre et &#8216;s&#8217;en va \u00e0 pied d&#8217;un pas l\u00e9ger et le c\u0153ur plus l\u00e9ger encore pour une destination lointaine, peut-\u00eatre \u00e0 cinq cents miles de l\u00e0, o\u00f9 il arrivera, apr\u00e8s avoir d\u00e9pens\u00e9 au maximum 5 s. (1 dollar, 22). L\u00e0, il se construit imm\u00e9diatement une maison qui lui co\u00fbte quelques shillings de plus, et tout de suite, il est de nouveau un citoyen respectable et responsable. M. Hearn d\u00e9clare :<\/p>\n<p>\u00ab Tout le Japon est toujours en mouvement de cette mani\u00e8re, et le changement constitue le g\u00e9nie de la civilisation japonaise. Dans la grande concurrence industrielle du monde, la fluidit\u00e9 est le secret de la force japonaise. L&#8217;ouvrier change sans aucun regret son habitation pour le lieu o\u00f9 il est le plus demand\u00e9. L&#8217;usine peut \u00eatre d\u00e9m\u00e9nag\u00e9e dans l&#8217;espace d&#8217;une semaine, l&#8217;artisan en l&#8217;espace d&#8217;une demi-journ\u00e9e. Il n&#8217;y a aucuns bagages \u00e0 transporter, il n&#8217;y a pratiquement rien \u00e0 construire, il y a peu de d\u00e9penses \u00e0 faire qui puissent retarder le voyage.<\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;homme du peuple japonais \u2014 l&#8217;ouvrier habile capable d&#8217;offrir sans efforts des conditions plus avantageuses que n&#8217;importe quel artisan occidental dans le m\u00eame genre d&#8217;industrie \u2014 demeure heureusement ind\u00e9pendant tant du cordonnier que du tailleur. Ses pieds sont beaux \u00e0 voir, son corps est sain et son c\u0153ur est libre. S&#8217;il d\u00e9sire parcourir mille miles il peut \u00eatre pr\u00eat pour son voyage en cinq minutes. Le trousseau complet qui lui est n\u00e9cessaire ne co\u00fbte pas soixante-quinze \u00ab cents \u00bb, et tout son bagage peut \u00eatre plac\u00e9 dans un mouchoir. Avec dix dollars, il peut voyager pendant un an sans travailler, ou il peut simplement voyager tout en travaillant, ou il peut voyager en p\u00e8lerin. Peut-\u00eatre r\u00e9pondrez-vous que n&#8217;importe quel sauvage peut en faire autant. D&#8217;accord, mais n&#8217;importe quel civilis\u00e9 ne le peut pas, et le Japonais a \u00e9t\u00e9 un homme de haute civilisation depuis au moins un millier d&#8217;ann\u00e9es. C&#8217;est pourquoi sa capacit\u00e9 pr\u00e9sente menace les fabricants occidentaux \u00bb.<\/p>\n<p>Commentant ce qui pr\u00e9c\u00e8de, le Spectator, de Londres, dit :<\/p>\n<p>\u00ab C&#8217;est l\u00e0 une esquisse tout \u00e0 fait digne d&#8217;attention, et nous reconnaissons franchement, comme nous l&#8217;avons toujours reconnu, que la concurrence japonaise<\/p>\n<p>(P 340) est une chose formidable qui pourrai un jour affecter profond\u00e9ment toutes les conditions de 1a civilisation industrielle europ\u00e9enne. \u00bb<\/p>\n<p>On se rendra compte du caract\u00e8re de la concurrence \u00e0 attendre de ce c\u00f4t\u00e9 en lisant l&#8217;extrait suivant du Literary Digest sur<\/p>\n<p>LA CONDITION DU TRAVAIL AU JAPON \u00bb<\/p>\n<p>\u00ab Le Japon a r\u00e9alis\u00e9 des progr\u00e8s \u00e9tonnants dans le d\u00e9veloppement de ses industries. Ceci est d\u00fb dans une mesure non n\u00e9gligeable \u00e0 l&#8217;intelligence et \u00e0 l&#8217;activit\u00e9 de ses ouvriers qui travaillent souvent quatorze heures par jour sans se plaindre. Malheureusement, leurs employeurs abusent grandement de cette complaisance ; leur seul but semble \u00eatre de triompher de la concurrence \u00e9trang\u00e8res Tel est en particulier le cas dans l&#8217;industrie cotonni\u00e8re qui emploie un grand nombre de mains. Un article de l&#8217;Echo, de Berlin, d\u00e9crit comme suit le fonctionnement des usines japonaises<\/p>\n<p>Le temps habituel de commencer le travail est six heures du matin, mais les ouvriers acceptent de venir \u00e0 n&#8217;importe quelle heure, et ne se plaignent pas si on leur ordonne d&#8217;arriver \u00e0 quatre heures. Les salaires sont \u00e9tonnamment bas ; m\u00eame dans les centres industriels les plus Importants, les tisserands et les fileurs ne gagnent en moyenne que quinze \u00ab cents \u00bb par jour, et les femmes re\u00e7oivent seulement six \u00ab cents \u00bb. Les premi\u00e8res usines furent b\u00e2ties par le gouvernement qui les remit plus tard \u00e0 des compagnies par actions. L&#8217;industrie la plus prosp\u00e8re est la manufacture de tissus de coton. Un seul \u00e9tablissement, celui de Kanegafuchi, emploie 2 100 hommes et 3 700 femmes. Ils sont divis\u00e9s en \u00e9quipes de jour et de nuit et n&#8217;interrompent leur travail de douze heures qu&#8217;une seule fois, pendant quarante minutes, pour prendre un repas. Pr\u00e8s de l&#8217;\u00e9tablissement se trouvent des cantines o\u00f9 les ouvriers peuvent \u00e9galement obtenir un repas au prix de moins d&#8217;un \u00ab cent \u00bb et demi. Les filatures d&#8217;Osaka sont semblables. Tous ces \u00e9tablissements poss\u00e8dent d&#8217;excellentes machines anglaises, le travail se poursuit jour et nuit, de gros b\u00e9n\u00e9fices sont r\u00e9alis\u00e9s. Nombre des usines cr\u00e9ent des filiales, ou bien augmentent leur outillage, car la production n&#8217;est pas encore au niveau de la consommation.<\/p>\n<p>(P 341)<\/p>\n<p>\u00ab Les statistiques, qui montrent que trente-cinq filatures emploient 16 879 femmes et seulement 5 730 hommes, prouvent que les fabricants ont appris rapidement \u00e0 pr\u00e9f\u00e9rer la main-d\u2019\u0153uvre f\u00e9minine moins pay\u00e9e \u00e0 celle des hommes. Les employeurs forment un syndicat puis\u00adsant et abusent souvent de l&#8217;indulgence des autorit\u00e9s qui ne d\u00e9sirent pas paralyser les industries. Des petites filles de huit et neuf ans sont forc\u00e9es de travailler de neuf \u00e0 douze heures. La loi exige que ces enfants soient \u00e0 l&#8217;\u00e9cole et les ma\u00eetres se plaignent, mais les officiels ferment les yeux devant ces abus. La grande ob\u00e9issance et l&#8217;humilit\u00e9 des ouvriers ont conduit \u00e0 un autre abus qui les place compl\u00e8tement \u00e0 la merci de leurs employeurs. Aucune usine n&#8217;emploiera un travailleur qui vient d&#8217;un autre \u00e9tablissement s&#8217;il ne peut produire un certificat de son dernier employeur. Cette r\u00e8gle est impos\u00e9e si strictement que toute nouvelle main est \u00e9troitement surveill\u00e9e, et s&#8217;il est prouv\u00e9 que l&#8217;ouvrier conna\u00eet d\u00e9j\u00e0 quelque chose du m\u00e9tier mais n&#8217;a pas de certificat, il est imm\u00e9diatement renvoy\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Le British Trade Journal a \u00e9galement publi\u00e9 un compte rendu touchant les industries d&#8217;Osaka, d&#8217;apr\u00e8s une lettre d&#8217;un correspondant de l&#8217;Observer d&#8217;Ad\u00e9la\u00efde (Australie). Ce correspondant qui \u00e9crit directement d&#8217;Osaka, est si impressionn\u00e9 par la vari\u00e9t\u00e9 et la vitalit\u00e9 des industries de la ville qu&#8217;il l&#8217;appelle \u00ab La Manchester de l&#8217;Extr\u00eame-Orient \u00bb :<\/p>\n<p>On se fera quelque id\u00e9e de l&#8217;importance de l&#8217;industrie manufacturi\u00e8re d&#8217;Osaka quand on saura qu&#8217;il y a un grand nombre d&#8217;usines au capital de plus de 50 000 yens et de moins de cette somme, plus de trente ayant chacune un capital de plus de 100 000 yens, quatre de plus de 1 000 000 de yens, et une de 2 000 000 de yens. Ces industries portent sur la soie, la laine, le coton, le chanvre, le jute, le filage et le tissage, les tapis, les allumettes, le papier, le cuir, le verre, les briques, le ciment, la coutellerie, l&#8217;ameublement, les parapluies, le th\u00e9, le sucre, le fer, le cuivre, l&#8217;airain, le sak\u00e9, le savon, les brosses, les peignes, des articles de fantaisie, etc. C&#8217;est en fait une grande ruche d&#8217;activit\u00e9 et d&#8217;entreprise, dans laquelle le g\u00e9nie imitatif et la pers\u00e9\u00adv\u00e9rance opini\u00e2tre des Japonais ont amen\u00e9 ces derniers \u00e0 \u00e9galer, et, si possible, \u00e0 surpasser les ouvriers et artisans des vieilles nations civilis\u00e9es de l&#8217;Occident.<\/p>\n<p>(P 342)<\/p>\n<p>Il y a, \u00e0 Osaka, di filatures de coton qui marchent ; l&#8217;ensemble de leurs capitaux s&#8217;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 environ 9 000 000 de $ en or ; toutes sont \u00e9quip\u00e9es de machines les plus modernes et compl\u00e8tement \u00e9clair\u00e9es \u00e0 l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9. Elles sont toutes sous direction japonaise, et, dit-on, toutes paient de beaux dividendes, certains allant jusqu&#8217;\u00e0 18 % du capital investi. Sur 19 000 000 de $ de coton, import\u00e9 au Japon, dans une ann\u00e9e, les filatures de Kob\u00e9 et d&#8217;Osaka se sont r\u00e9serv\u00e9 et ont travaill\u00e9 environ les 79 %. \u00bb<\/p>\n<p>Un \u00ab yen \u00bb en argent vaut maintenant 50 \u00ab cents environ en or.<\/p>\n<p>Notez \u00e9galement le t\u00e9l\u00e9gramme suivant envoy\u00e9 \u00e0 la presse publique :<\/p>\n<p>San Francisco (Calif.), le 6 juin. \u2014 L&#8217;Hon. Robert P. Porter, r\u00e9dacteur du World, de Cleveland, et ex-inspecteur du Recensement des E.U. de 1890, est revenu hier du Japon, sur le vapeur \u00ab Peru \u00bb. La visite de M. Porter dans l&#8217;Empire du Mikado avait pour but d&#8217;enqu\u00eater sur les conditions industrielles de ce pays en ce qui concerne les cons\u00e9quences de la concurrence japonaise sur la pros\u00adp\u00e9rit\u00e9 am\u00e9ricaine. Apr\u00e8s une enqu\u00eate approfondie des conditions r\u00e9elles au Japon, il exprime l&#8217;opinion que c&#8217;est l&#8217;un des probl\u00e8mes les plus importants que les Etats-Unis seront oblig\u00e9s de r\u00e9soudre. Le danger est tout proche, tel que le manifestent l&#8217;\u00e9norme accroissement de manufactures japonaises dans les cinq derni\u00e8res ann\u00e9es, et les prodigieuses ressources du Japon en main-d\u2019\u0153uvre capable et \u00e0 bon march\u00e9. L&#8217;exportation japonaise des seuls textiles a augment\u00e9 de 511 000 $ \u00e0 23 000 000 de $ dans les dix derni\u00e8res ann\u00e9es, et leurs exportations totales ont pass\u00e9 de 78 000 000 de $ \u00e0 300 000 000 de $ dans la m\u00eame p\u00e9riode, d\u00e9clara M. Porter. L&#8217;an dernier, le Japon a achet\u00e9 pour une valeur de 2 500 000 $ de notre coton brut, mais nous; avons achet\u00e9 au Japon diverses marchandises pour un montant de 54 000 000 de $.<\/p>\n<p>\u00ab Pour illustrer l&#8217;accroissement rapide, il fait mention des allumettes que le Japon fabriquait, il y a dix ans, pour une valeur de 60 000 $, surtout pour la consommation int\u00e9rieure, tandis que l&#8217;an dernier, la production totale fut d&#8217;une valeur de 4 700 000 $, destin\u00e9e presque en totalit\u00e9 \u00e0 l&#8217;Inde. Il y a dix ans, des paillassons et des tapis furent export\u00e9s pour une valeur de 885 $ ; l&#8217;an dernier, les m\u00eames articles le furent pour une valeur de 7 000 000 de $. Ils sont capables d&#8217;arriver \u00e0 un tel r\u00e9sultat gr\u00e2ce, \u00e0 la fois, \u00e0 des machines modernes et \u00e0 la main-d\u2019\u0153uvre la plus docile du monde. Ils n&#8217;ont pas de lois sur les usines et peuvent employer des enfants de n&#8217;importe quel<\/p>\n<p>(P 343) \u00e2ge. Des enfants de sept, huit et neuf ans travaillent Une journ\u00e9e enti\u00e8re pour un ou deux \u00ab cents \u00bb am\u00e9ricains par jour, \u00ab En raison de la demande croissante de notre coton et l&#8217;accroissement de leurs exportations de marchandises manufactur\u00e9es dans notre pays, un syndicat japonais s&#8217;est form\u00e9 pendant que j&#8217;\u00e9tais l\u00e0-bas, au capital de 5 000 000 de $, en vue de cr\u00e9er et d&#8217;exploiter trois nouvelles lignes maritimes entre le Japon et ce pays-ci, les ports am\u00e9ricains choisis \u00e9tant Portland, Oregon, Philadelphie et New York \u00bb.<\/p>\n<p>Le reporter eut une entrevue avec M. S. Asam, de Tokio (Japon), d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 du syndicat maritime susmentionn\u00e9, qui arriva en m\u00eame temps que M. Porter, sur le m\u00eame vapeur, afin de faire des contrats pour la construction desdits vapeurs. Il expliqua que, r\u00e9cemment, le gouvernement japonais avait offert une importante subvention pour des b\u00e2timents de plus de 6 000 tonneaux entre les Etats-Unis et le Japon, et que leur syndicat s&#8217;\u00e9tait form\u00e9 pour obtenir le m\u00eame avantage, et que tous les bateaux qu&#8217;il construirait seraient plus importants encore \u2014 de 9 000 tonneaux environ \u2014. Le syndicat se proposait de faire une tr\u00e8s grosse affaire, et \u00e0 cette fin, il r\u00e9duirait consid\u00e9rable\u00adment les tarifs \u00ab fret \u00bb et \u00ab passager \u00bb. On envisage pour un voyage entre le Japon et notre c\u00f4t\u00e9 du Pacifique un tarif de 9 $ pour les passagers.<\/p>\n<p>LE CONGR\u00c8S DES \u00c9TATS-UNIS<br \/>\nENQU\u00caTE SUR LA CONCURRENCE JAPONAISE<\/p>\n<p>Il est hors de doute que l&#8217;extrait suivant du rapport d&#8217;un Comit\u00e9 du Congr\u00e8s des E.U. doit \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme digne de foi, et qu&#8217;il confirme pleinement ce qui a \u00e9t\u00e9 dit plus haut :<\/p>\n<p>\u00ab Washington, le 9 juin 1896. \u2014 Le Pr\u00e9sident Dingley, du Comit\u00e9 des Finances de la Chambre des d\u00e9put\u00e9s a fait aujourd&#8217;hui un rapport sur la menace que pr\u00e9sente pour les fabricants am\u00e9ricains l&#8217;invasion annonc\u00e9e des produits bon march\u00e9 de la main-d\u2019\u0153uvre orientale, et sur l&#8217;effet qu&#8217;aura la diff\u00e9rence de change entre les pays d&#8217;\u00e9talon-or et ceux d&#8217;\u00e9talon-argent, sur les int\u00e9r\u00eats industriels et agricoles des Etats-Unis, ces questions ayant \u00e9t\u00e9 \u00e9tudi\u00e9es par le comit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Le rapport dit que le r\u00e9veil soudain du Japon est suivi d&#8217;une occidentalisation \u00e9galement rapide de ses<\/p>\n<p>(P 344) m\u00e9thodes industrielles, que si les Japonais n&#8217;ont pas le g\u00e9nie inventif des Am\u00e9ricains, leurs facult\u00e9s d&#8217;imitation sont merveilleuses. Leur standard de vie serait consid\u00e9r\u00e9 par les travailleurs des Etats-Unis comme \u00e9tant pratiquement l&#8217;inanition, et leurs heures de travail sont, en moyenne de douze par jour. Des ouvriers habiles comme forgerons, charpentiers, ma\u00e7ons, compositeurs d&#8217;impri\u00admerie, tailleurs et pl\u00e2triers re\u00e7oivent dans les villes japonaises de 26 \u00e0 33 \u00ab cents \u00bb seulement, et des ouvriers d&#8217;usine de 5 \u00e0 20 \u00ab cents \u00bb par jour dans notre monnaie \u2014 pr\u00e8s du double dans la monnaie d&#8217;argent japonaise tandis que les ouvriers agricoles re\u00e7oivent 1,44 $ par mois.<\/p>\n<p>Le rapport continue : les Europ\u00e9ens et les Am\u00e9ricains se rendent compte du champ avantageux qui s&#8217;offre \u00e0 l&#8217;investissement et \u00e0 l&#8217;installation d&#8217;usines. Soixante et une filatures de coton, dirig\u00e9es ostensiblement par des compagnies japonaises mais aid\u00e9es par des Europ\u00e9ens, et plusieurs petites soieries fonctionnent, avec un peu plus d&#8217;un demi-million de broches. Le Japon fabrique la plupart des marchandises en coton n\u00e9cessaires aux besoins limit\u00e9s de son propre peuple, et il commence \u00e0 exporter des tissus et des mouchoirs de soie \u00e0, bon march\u00e9.<\/p>\n<p>R\u00e9cemment, une fabrique de montres a \u00e9t\u00e9 install\u00e9e par des Am\u00e9ricains avec des machines am\u00e9ricaines, bien que le fonds soit aux noms de Japonais ; jusqu&#8217;en 1899, en effet, il ne sera pas permis aux \u00e9trangers de faire marcher des affaires en leurs propres noms. Le progr\u00e8s r\u00e9alis\u00e9 indique que l&#8217;entreprise se prouvera un succ\u00e8s.<\/p>\n<p>Il est probable que l&#8217;introduction rapide des machines au Japon produira, en quelques ann\u00e9es, de belles cotonnades, de belles soieries et d&#8217;autres articles, dans lesquels le co\u00fbt de la main-d\u2019\u0153uvre ici est un \u00e9l\u00e9ment important dans la production, un concurrent plus grave sur nos march\u00e9s que ne l&#8217;ont \u00e9t\u00e9 les productions de la Grande-Bretagne, de la France et de l&#8217;Allemagne.<\/p>\n<p>D&#8217;apr\u00e8s M. Dingley, la concurrence diff\u00e9rera, non en genre, mais en degr\u00e9, avec la concurrence europ\u00e9enne. Le comit\u00e9 ne conna\u00eet aucun rem\u00e8de, en dehors de l&#8217;interdiction absolue appliqu\u00e9e rigoureusement contre les marchandises provenant du travail forc\u00e9, sauf l&#8217;imposition de droits de douane sur des marchandises de concurrence, \u00e9gaux \u00e0 la diff\u00e9rence entre le prix de revient et le prix de vente. On avance l&#8217;argument suivant pour justifier cette politique : ce faisant, on atteint un double but, la perception de revenus pour soutenir le gouvernement et l&#8217;introduction de la concurrence dans nos march\u00e9s sur la<\/p>\n<p>(P 345) base de nos salaires plus \u00e9lev\u00e9s. On ne fait pas cela, dit-on, pour le b\u00e9n\u00e9fice du fabricant dans ce pays, car le fabricant n&#8217;a qu&#8217;\u00e0 aller tout simplement en Angleterre ou au Japon pour se mettre sur la m\u00eame base o\u00f9 il est plac\u00e9 ici sous le poids des droits de douane frappant les importations de concurrence, droits \u00e9quivalents \u00e0 la dif\u00adf\u00e9rence des salaires ici et l\u00e0 ; mais on le fait pour procurer \u00e0 tout le peuple les b\u00e9n\u00e9fices qui proviennent de l&#8217;int\u00e9rieur plut\u00f4t que de la production \u00e9trang\u00e8re \u00bb.<\/p>\n<p>Le gouvernement japonais n&#8217;accorde aucune protection aux brevets \u00e9trangers. Il ach\u00e8te les machines-outils les plus pr\u00e9cieuses du monde civilis\u00e9 et les fait ensuite reproduire \u00e0 bon march\u00e9 par ses artisans peu pay\u00e9s qui, bien que manquant d&#8217; \u00ab originalit\u00e9 \u00bb, sont, \u00e0 l&#8217;instar des Chinois, de merveilleux imitateurs. De cette mani\u00e8re, ses machines co\u00fbteront moins de la moiti\u00e9 de ce qu&#8217;elles co\u00fbtent ailleurs, et bient\u00f4t, le Japon sera pr\u00eat \u00e0 vendre \u00e0 la chr\u00e9tient\u00e9 soit ses propres machines brevet\u00e9es, soit ses produits manufactur\u00e9s.<\/p>\n<p>Sous le titre \u00ab Concurrence japonaise \u00bb, le San Francisco Chronicle \u00e9crivait :<\/p>\n<p>\u00ab Une autre paille qui montre de quel c\u00f4t\u00e9 souffle le vent de la concurrence japonaise est le transfert d&#8217;une grande manufacture de paillassons de Milford (Ct.), \u00e0 Kob\u00e9, l&#8217;un des centres industriels du Japon. Ceux qui affectent de faire fi de la concurrence japonaise et de parler d&#8217;un ton cavalier de la sup\u00e9riorit\u00e9 de l&#8217;intelligence occidentale, n\u00e9gligent enti\u00e8rement le fait que la mobilit\u00e9 des capitaux est telle qu&#8217;on peut ais\u00e9ment les transf\u00e9rer dans les pays o\u00f9 l&#8217;on peut trouver de la main-d\u2019\u0153uvre \u00e0 bon march\u00e9, de sorte que tout ce qui est n\u00e9cessaire c&#8217;est, pour les intelligences sup\u00e9rieures de l&#8217;Am\u00e9rique et de l&#8217;Europe, d&#8217;inventer des machines ; alors les d\u00e9tenteurs de capitaux peuvent les acheter et les transf\u00e9rer dans les pays o\u00f9 l&#8217;on peut les faire fonctionner \u00e0 meilleur march\u00e9. \u00bb<\/p>\n<p>L&#8217;Hon. Robert P. Porter, dont il a \u00e9t\u00e9 question plus haut, a \u00e9crit, il y a quelque temps, un article dans le North American Review, dans lequel il fait remarquer que, malgr\u00e9 les tarifs douaniers des Etats-Unis contre les marchandises de fabrication \u00e9trang\u00e8re, les Japonais empi\u00e8tent rapidement sur les manufactures des Etats-Unis. Ils peuvent le faire (1) \u00e0 cause de leur main-d\u2019\u0153uvre \u00e0 bon march\u00e9 et patiente, et (2) \u00e0 cause de l&#8217;avantage de <em>un cent pour cent<\/em> de leur \u00e9talon-argent sur l&#8217;\u00e9talon-or des pays civilis\u00e9s,<\/p>\n<p>(P 346) qui peut plus que compenser n&#8217;importe quel tarif douanier consid\u00e9r\u00e9 comme possible.<\/p>\n<p>Nous donnons ci-dessous quelques extraits de l&#8217;article en question :<\/p>\n<p>Les Japonais ont, m\u00e9taphoriquement parlant, lanc\u00e9 leurs chapeaux dans le march\u00e9 am\u00e9ricain et mis au d\u00e9fi notre capital et notre travail avec des marchandises qui, du point de vue de l&#8217;excellence et du bon march\u00e9, semblent pour le moment, braver la concurrence, m\u00eame en ayant \u00e0 sa disposition les instruments les plus perfectionn\u00e9s \u00bb.<\/p>\n<p>Apr\u00e8s avoir donn\u00e9 un tableau-statistique des divers articles japonais import\u00e9s aux Etats-Unis, il dit :<\/p>\n<p>Au cours des quelques derniers mois, j&#8217;ai visit\u00e9 les r\u00e9gions du Japon et inspect\u00e9 les industries qui figurent au tableau ci-dessus. L&#8217;accroissement des exportations de textiles, qui a \u00e9t\u00e9, en dix ans, quarante fois ce qu&#8217;il \u00e9tait autrefois, est d\u00fb au fait que le Japon est une nation de tisserands \u00bb.<\/p>\n<p>Il semble que les Japonais soient en train d&#8217;envoyer en Am\u00e9rique de grandes quantit\u00e9s de soieries \u00e0 bon march\u00e9 et toutes sortes de marchandises \u00e0 bon march\u00e9, mais ce qu&#8217;ils ont fait n&#8217;est pour ainsi dire rien \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de ce qu&#8217;ils s&#8217;appr\u00eatent \u00e0 faire :<\/p>\n<p>Il semble que les Japonais font tout ce qu&#8217;il faut, par le moyen de guildes et d&#8217;associations, pour am\u00e9liorer la qualit\u00e9 et pour augmenter l&#8217;uniformit\u00e9 de leurs tissus \u00bb.<\/p>\n<p>Incidemment, M. Porter fit savoir que les filatures de coton du Lancashire (Angleterre) qui n&#8217;ont aucune protection, sont condamn\u00e9es. Au Japon, dit-il :<\/p>\n<p>Le filage du coton, en 1889, n&#8217;employait que 5 394 femmes et 2 539 hommes. En 1895, plus de 30 000 femmes et 10 000 hommes \u00e9taient employ\u00e9s dans des filatures dont l&#8217;\u00e9quipement et le rendement sont \u00e0 la hauteur de ceux de n&#8217;importe quel pays. La future situation de l&#8217;industrie cotonni\u00e8re, du moins pour approvisionner le commerce asiatique, sera certainement en Chine et au Japon. L&#8217;Angleterre est condamn\u00e9e pour ce qui concerne ce commerce, et rien ne peut la sauver, pas m\u00eame l&#8217;emploi des deux \u00e9talons, or et argent, comme certains l&#8217;imaginent. Les filatures de coton se d\u00e9veloppent rapidement, \u00e0 la fois \u00e0 Osaka et \u00e0 Shangha\u00ef, et seule, une exp\u00e9rience d&#8217;un certain nombre d&#8217;ann\u00e9es, d\u00e9montrera laquelle de ces deux situations est la meilleure.<\/p>\n<p>(P 347) Mon jugement personnel, d&#8217;apr\u00e8s un examen attentif de chaque d\u00e9tail dans&#8217; le co\u00fbt de la production, est que ce sera le Japon.<\/p>\n<p>Si le Japon devait entreprendre la manufacture de tissus de laine peign\u00e9e, comme il l&#8217;a fait pour le coton, ses tisserands pourraient r\u00e9server \u00e0 l&#8217;Europe et \u00e0 l&#8217;Am\u00e9rique quelques surprises et confondre ceux qui pr\u00e9tendent qu&#8217;il n&#8217;y a rien \u00e0 craindre de la concurrence japonaise. Un approvisionnement constant de laine \u00e0 bon march\u00e9 venant d&#8217;Australie rend cela possible, tandis que les \u00e9chantillons de tissus japonais de laine peign\u00e9e et d&#8217;\u00e9toffes pour robes que j&#8217;ai examin\u00e9s l\u00e0-bas, montrent que, dans cette branche de textiles, les Japonais se trouvent aussi \u00e0 l&#8217;aise que pour la soie et le coton. Ils travaillent \u00e9galement bien le fin lin, bien que jusqu&#8217;ici les quantit\u00e9s produites soient petites.<\/p>\n<p>L&#8217;afflux soudain du parapluie, quelque chose comme 2 000 000 export\u00e9s en une ann\u00e9e, a provoqu\u00e9 de l&#8217;inqui\u00e9tude parmi les fabricants de parapluies aux Etats-Unis \u00bb.<\/p>\n<p>Les Japonais eux-m\u00eames n&#8217;h\u00e9sitent pas \u00e0 se vanter de leur triomphe prochain dans la \u00ab guerre industrielle \u00bb. M. Porter d\u00e9clara :<\/p>\n<p>Au Japon, j&#8217;eus le plaisir de rencontrer, parmi d&#8217;autres hommes d&#8217;Etat et officiels, M. Kaneko, secr\u00e9taire d&#8217;Etat \u00e0 l&#8217;Agriculture et au Commerce ; je trouvai en lui un homme intelligent et pr\u00e9voyant, ayant une tr\u00e8s grande exp\u00e9rience en mati\u00e8res \u00e9conomiques et statistiques. Il a fait ses \u00e9tudes dans l&#8217;une des grandes universit\u00e9s europ\u00e9ennes, et il est \u00e0 la hauteur de l&#8217;esprit du si\u00e8cle pour tout ce qui a rapport au Japon et \u00e0 son avenir industriel et commercial. \u00bb<\/p>\n<p>Plus tard, M. Kaneko fit un discours \u00e0 une Chambre de Commerce, dans lequel, il d\u00e9clara :<\/p>\n<p>Les filateurs en coton de Manchester [Angleterre] passent pour avoir dit que s&#8217;il a fallu aux Anglo-Saxons trois g\u00e9n\u00e9rations avant de devenir des ouvriers habiles et comp\u00e9tents pour le filage du coton, les Japonais ont acquis l&#8217;adresse n\u00e9cessaire dans cette industrie en dix ans de temps, et ils sont arriv\u00e9s maintenant \u00e0 un degr\u00e9 tel qu&#8217;ils surpassent les ouvriers de Manchester en habilet\u00e9.<\/p>\n<p>D&#8217;une d\u00e9p\u00eache venant de San Francisco, nous citons ce qui suit :<\/p>\n<p>\u00ab M. Oshima, directeur technique des futures aci\u00e9ries au Japon et quatre ing\u00e9nieurs japonais, sont arriv\u00e9s sur<\/p>\n<p>(P 348) le vapeur \u00ab Rio-de-Janeiro \u00bb, venant d&#8217;Yokohama. Ils sont en tourn\u00e9e d&#8217;inspection pour visiter les grandes aci\u00e9ries d&#8217;Am\u00e9rique et d&#8217;Europe, et sont charg\u00e9s d&#8217;acheter une usine au prix de 2 000 000 de $. Ils d\u00e9clarent qu&#8217;ils ach\u00e8teront l\u00e0 o\u00f9 ils trouveront au mieux et le moins cher. L&#8217;aci\u00e9rie doit avoir une capacit\u00e9 de 100 000 \u00ab tons \u00bb. Elle sera construite dans les bassins houillers au sud du Japon, et l&#8217;on y fabriquera aussi bien l&#8217;acier Martin que l&#8217;acier Bessemer.<\/p>\n<p>\u00ab M. Oshima d\u00e9clara : \u00ab Nous voulons placer notre nation au rang qui lui est d\u00fb, \u00e0 l&#8217;avant-garde, comme nation industrielle. Nous aurons besoin d&#8217;une immense quantit\u00e9 d&#8217;acier et nous ne voulons pas d\u00e9pendre sur ce point de n&#8217;importe quel autre pays. \u00bb<\/p>\n<p>Juste apr\u00e8s le Japon vient l&#8217;Inde, avec sa population de 250 000 000 d&#8217;habitants, et ses industries qui se d\u00e9veloppent rapidement ; ensuite vient la nouvelle R\u00e9publique chinoise, avec ses 400 000 000 d&#8217;habitants, devenue par sa r\u00e9cente r\u00e9bellion consciente de la civilisation occidentale qui a permis au Japon avec seulement 40 000 000 d&#8217;habitants de la conqu\u00e9rir. Li Hung Chang, le feu Premier ministre de Chine, fit le tour du monde il y a quelques ann\u00e9es, \u00e0 la recherche d&#8217;instructeurs am\u00e9ricains et europ\u00e9ens pour son peuple, et il exprima franchement son intention d&#8217;inaugurer des r\u00e9formes dans chaque minist\u00e8re. Tel est l&#8217;homme qui fit une si grande impression sur le g\u00e9n\u00e9ral Grant des Etats-Unis lors de sa tourn\u00e9e dans le monde, et qu&#8217;il d\u00e9clara, selon son jugement, \u00eatre l&#8217;un des hommes d&#8217;Etat les plus capables du monde.<\/p>\n<p>Ce rassemblement des extr\u00e9mit\u00e9s de la terre signifie que les fabricants britanniques, am\u00e9ricains, allemands et fran\u00e7ais vont avoir sous peu comme concurrents des gens qui, r\u00e9cemment encore \u00e9taient d&#8217;excellents clients ; des concurrents dont les talents sup\u00e9rieurs non seulement les chasseront des march\u00e9s \u00e9trangers, mais envahiront leurs propres march\u00e9s int\u00e9rieurs ; des concurrents qui, de cette mani\u00e8re, enl\u00e8veront le travail des mains de leurs ouvriers, et les priveront des objets de luxe, et m\u00eame prendront le pain de leur bouche \u00e0 cause de la concurrence des salaires. Il n&#8217;est donc pas surprenant que l&#8217;Empereur allemand ait d\u00e9peint les nations d&#8217;Europe comme effray\u00e9es par un<\/p>\n<p>(P 349) spectre s&#8217;\u00e9levant de l&#8217;Orient et mena\u00e7ant de destruction la civilisation.<\/p>\n<p>Pourtant, on ne peut arr\u00eater ce processus. Il fait partie de l&#8217;in\u00e9vitable, op\u00e9rant sous la loi de l&#8217;Offre et de la Demande qui dit : achetez ce que vous pouvez obtenir de mieux au plus bas prix possible \u2014 la main-d&#8217;\u0153uvre aussi bien que la marchandise. La seule chose qui peut et qui le fera couper court et arr\u00eater la pression commenc\u00e9e maintenant et qui doit devenir plus intense aussi longtemps que continuera la loi d&#8217;\u00e9go\u00efsme, c&#8217;est le rem\u00e8de que Dieu a pr\u00e9par\u00e9, le Royaume de Dieu avec sa nouvelle loi et sa compl\u00e8te r\u00e9organisation de la soci\u00e9t\u00e9 sur la base de l&#8217;amour et de l&#8217;\u00e9quit\u00e9.<\/p>\n<p>Si les peuples de l&#8217;Europe et de l&#8217;Am\u00e9rique ont eu pour client le monde entier, non seulement pour les produits manufactur\u00e9s, mais \u00e9galement pour les machines, et que n\u00e9anmoins, ils sont parvenus \u00e0 un point o\u00f9 la production est sup\u00e9rieure \u00e0 la demande, et o\u00f9 des millions de leurs habitants cherchent en vain un emploi, m\u00eame avec de bas salaires, que peuvent-ils esp\u00e9rer pour le proche avenir, lorsque le nombre des concurrents aura plus que doubl\u00e9 ? La croissance naturelle de la population viendra \u00e9galement ajouter au dilemme. Cette perspective ne serait pas aussi d\u00e9favorable et si d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment sombre, s&#8217;il n&#8217;y avait pas le fait que ces presque sept cent millions de nouveaux concurrents sont les gens les plus dociles, les plus patients et les plus \u00e9conomes qu&#8217;on puisse trouver dans le monde. Si les travailleurs europ\u00e9ens et am\u00e9ricains peuvent \u00eatre domin\u00e9s par le Capital, \u00e0 plus forte raison peuvent l&#8217;\u00eatre ceux qui n&#8217;ont jamais connu autre chose que l&#8217;ob\u00e9issance \u00e0 des ma\u00eetres.<\/p>\n<p>LA SITUATION DES TRAVAILLEURS EN ANGLETERRE<\/p>\n<p>Justin Mc Carthy, \u00e9crivain anglais bien connu, a d\u00e9clar\u00e9 un jour dans un article paru dans le journal Cosmopolis :<\/p>\n<p>\u00ab Les maux engendr\u00e9s par le paup\u00e9risme et le manque d&#8217;emploi devraient inspirer plus de terreur au c\u0153ur de l&#8217;Angleterre que n&#8217;importe quelle menace d&#8217;une invasion \u00e9trang\u00e8re. Mais les hommes d&#8217;\u00c9tat anglais n&#8217;ont jamais pris cette erreur au s\u00e9rieux, et ne s&#8217;en sont gu\u00e8re<\/p>\n<p>(P 350) pr\u00e9occup\u00e9. On a m\u00eame laiss\u00e9 libre cours aux difficult\u00e9s provoqu\u00e9es par des disputes entre patrons et ouvriers, d&#8217;un c\u00f4t\u00e9 la gr\u00e8ve et de l&#8217;autre le lock-out, sans essayer r\u00e9ellement d&#8217;y rem\u00e9dier par voie l\u00e9gislative. La raison en est que l&#8217;on permet \u00e0 n&#8217;importe quel sujet d&#8217;accaparer notre attention plut\u00f4t que celui de la condition de notre propre peuple \u00bb.<\/p>\n<p>On rapporte que Keir Hardie (membre du Parlement et Chef travailliste) aurait dit, au cours d&#8217;une interview :<\/p>\n<p>\u00ab Le trade-unionisme est dans une mauvaise condition en Angleterre. Je crains parfois qu&#8217;il ne soit pratiquement mort. Nous, travailleurs, sommes en train d&#8217;apprendre que le capital sait se servir de son argent pour s&#8217;organiser, et que de cette mani\u00e8re il arrive \u00e0 nous battre. Les industriels ont appris un moyen de l&#8217;emporter sur leurs ouvriers et ces derniers sont pratiquement sans d\u00e9fense. Voici longtemps que les trade-unions n&#8217;ont gagn\u00e9 aucune gr\u00e8ve importante \u00e0 Londres. Nombre des unions ouvri\u00e8res autrefois puissantes, sont actuellement sans force. Cela est particuli\u00e8rement vrai des dockers. Vous souvenez-vous de la grande gr\u00e8ve des docks ? Eh bien, elle a tu\u00e9 leur union sans venir en aide en quoi que ce soit aux hommes. La situation des trade-unions \u00e0 Londres est affligeante.<\/p>\n<p>\u00ab The Independent Labour Party est socialiste. Nous serons satisfaits seulement lorsque le socialisme aura triomph\u00e9 par l&#8217;\u00e9tablissement du socialisme municipal, national, industriel. Nous savons ce que nous voulons et nous le voulons tous. Nous ne d\u00e9sirons pas combattre pour l&#8217;obtenir, mais si nous ne pouvons l&#8217;obtenir sans combattre, nous combattrons, et cela avec la derni\u00e8re \u00e9nergie. Le but avou\u00e9 du Parti travailliste ind\u00e9pendant est de fonder une r\u00e9publique ou communaut\u00e9 industrielle qui aurait \u00e0 sa base la socialisation des terres et du capital industriel. Nous croyons que les divisions politiques naturelles doivent avoir lieu sur le plan \u00e9conomique.<\/p>\n<p>\u00ab Des maux du syst\u00e8me actuel, je dois dire que la plus grande oppression individuelle qui p\u00e8se sur les travailleurs britanniques, est caus\u00e9e par l&#8217;irr\u00e9gularit\u00e9 et l&#8217;incertitude de l&#8217;emploi. Vous savez peut-\u00eatre que je me suis fait Urie sp\u00e9cialit\u00e9 de cette question, et que je parle de faits lorsque je dis que, dans les Iles britanniques, il y a plus de 1 000 000 de travailleurs adultes valides qui ne sont ni des ivrognes, ni des paresseux, ni d&#8217;intelligence au-dessous de la moyenne, mais qui sont encore sans emploi sans qu&#8217;il y ait faute de leur part, et totalement incapables d&#8217;obtenir du travail. Les salaires paraissent \u00eatre plus \u00e9lev\u00e9s qu&#8217;ils ne l&#8217;\u00e9taient il<\/p>\n<p>(P 351) y a un demi-si\u00e8cle, mais si on prend en consid\u00e9ration la perte de temps due au manque d&#8217;emplois on se rend compte que la condition du travailleur a r\u00e9ellement r\u00e9trograd\u00e9. Un salaire, petit mais s\u00fbr, produit un confort plus grand qu&#8217;une somme plus \u00e9lev\u00e9e gagn\u00e9e d&#8217;une mani\u00e8re irr\u00e9guli\u00e8re. Si le droit de gagner un salaire suffisant pour vivre \u00e9tait assur\u00e9 \u00e0 chaque travailleur, la plupart des questions qui nous affligent seraient r\u00e9solues d&#8217;une mani\u00e8re naturelle. Il est certain que la situation est triste. Au cours du temps terriblement froid qu&#8217;il a fait r\u00e9cemment, des chantiers de secours furent ouverts o\u00f9 des hommes purent avoir quatre heures de travail de balayage des rues \u00e0 raison de 6 \u00ab pence \u00bb de l&#8217;heure. Des milliers se rassembl\u00e8rent en dehors des portes du chantier d\u00e8s 4 heures du matin afin de se trouver parmi les premiers. Ils se tinrent l\u00e0 debout, frissonnant et tremblant de froid, \u00e0 demi-affam\u00e9s et remplis de d\u00e9sespoir, jusqu&#8217;\u00e0 8 heures du matin \u00e0 l&#8217;ouverture des portes. La ru\u00e9e qui s&#8217;ensuivit fut presque une \u00e9meute. Des hommes furent pi\u00e9tin\u00e9s \u00e0 mort dans cette horrible bousculade pour avoir l&#8217;occasion de gagner deux shillings (48 \u00ab cents \u00bb). Les lieux furent saccag\u00e9s. Une masse compacte d&#8217;hommes affam\u00e9s, pouss\u00e9s par derri\u00e8re par d&#8217;autres milliers, crev\u00e8rent les murs et les portes dans leur d\u00e9sir ardent de trouver du travail. Ces hommes n&#8217;\u00e9taient pas des paresseux.<\/p>\n<p>\u00ab Le salaire horaire moyen des man\u0153uvres \u00e0 Londres, m\u00eame quand il se maintient au taux des trade-unions, n&#8217;est que de 6 \u00ab pence \u00bb. En province, il est moindre. Une \u00e9tude s\u00e9rieuse a montr\u00e9 qu&#8217;il faut au moins 3 \u00ab guineas \u00bb par semaine \u00e0 une famille moyenne (deux adultes et trois enfants) pour vivre convenablement sans luxe. Tr\u00e8s peu d&#8217;ouvriers en Angleterre re\u00e7oivent cette somme ou \u00e0 peu pr\u00e8s. L&#8217;ouvrier qualifi\u00e9 est privil\u00e9gi\u00e9 s&#8217;il gagne 2 guineas par semaine toute l&#8217;ann\u00e9e, et un travailleur a de la chance s&#8217;il r\u00e9ussit \u00e0 gagner 24 shillings (5,84 dollars \u2014 \u00e0 l&#8217;\u00e9poque \u2014 Trad.) par semaine, salaire sur lequel il doit pr\u00e9lever le tiers pour le loyer. Ainsi, dans les classes de travailleurs les mieux r\u00e9tribu\u00e9es, la famille ne peut que c\u00f4toyer la pauvret\u00e9. Une tr\u00e8s courte p\u00e9riode de ch\u00f4mage, d&#8217;oisivet\u00e9 forc\u00e9e, suffit invariablement \u00e0 la jeter dans une situation tr\u00e8s p\u00e9nible. Voil\u00e0 pourquoi nous avons tant d&#8217;indigents.<\/p>\n<p>\u00ab Londres compte maintenant 4 300 000 habitants. Soixante mille familles (300 000 personnes) ont en moyenne par semaine un revenu par famille de moins de 18 shillings, et vivent dans une condition de g\u00eane chronique. Une personne sur huit meurt dans un hospice ou dans un<\/p>\n<p>(P 352) h\u00f4pital. Une personne sur seize de la population actuelle de Londres est consid\u00e9r\u00e9e pr\u00e9sentement comme indigente. Chaque jour, 43 000 enfants arrivent \u00e0 l&#8217;\u00e9cole primaire sans avoir d\u00e9jeun\u00e9. Trente mille personnes n&#8217;ont d&#8217;autres foyers que des r\u00e9duits \u00e0 4 \u00ab pence \u00bb par nuit ou autres logements de fortune. \u00bb<\/p>\n<p>Les statistiques pr\u00e9cit\u00e9es montrent que quelques ann\u00e9es suffiront amplement pour permettre \u00e0 cette concurrence de se d\u00e9velopper. Ainsi, le Tout-Puissant am\u00e8ne-t-Il les masses de toutes les nations \u00e0 se rendre graduellement compte du fait que, t\u00f4t ou tard, les int\u00e9r\u00eats de l&#8217;un doivent \u00eatre les int\u00e9r\u00eats de l&#8217;autre, et que chacun doit \u00eatre le gardien de son fr\u00e8re s&#8217;il veut pr\u00e9server son propre bien-\u00eatre.<\/p>\n<p>Il n&#8217;est pas non plus sage ni juste d&#8217;accuser le Capital de faire la chose m\u00eame que fait le Travail et qu&#8217;il a toujours fait, cherchant son avantage personnel. En v\u00e9rit\u00e9, nous pouvons tous voir que les aspirations de certains pauvres sont \u00e9galement aussi \u00e9go\u00efstes&#8217; que celles de certains riches ; nous pouvons m\u00eame imaginer que si certains de ceux qui sont actuellement pauvres obtenaient la position de riches, ils deviendraient plus durement exigeants et moins g\u00e9n\u00e9reux que leurs ma\u00eetres actuels. Ne ha\u00efssons donc pas et n&#8217;accusons donc pas les riches mais plut\u00f4t ha\u00efssons et stigmatisons l&#8217;\u00e9go\u00efsme g\u00e9n\u00e9ral et individuel qui est responsable des conditions &#8216;et des maux actuels. Et tout en abhorrant compl\u00e8tement l&#8217;\u00e9go\u00efsme que chacun prenne la r\u00e9solution, par la gr\u00e2ce du Seigneur, de mettre \u00e0 mort (de tuer) journellement l&#8217;\u00e9go\u00efsme qui lui est propre, et que de plus en plus il cultive l&#8217;amour qui s&#8217;oppose \u00e0 l&#8217;\u00e9go\u00efsme, qu&#8217;ainsi il se conforme \u00e0 l&#8217;image du Fils bien-aim\u00e9 de Dieu, notre Sauveur et Seigneur.<\/p>\n<p>LES PAROLES PROPH\u00c9TIQUES DE L&#8217;HON. JOSEPH CFIAMBERLAIN A DES OUVRIERS BRITANNIQUES<\/p>\n<p>Remarquez l&#8217;opinion de Joseph Chamberlain, qui fut autrefois le secr\u00e9taire de la Grande-Bretagne aux Colonies, et l&#8217;un des chefs d&#8217;Etat, les plus subtils de notre \u00e9poque. Recevant une d\u00e9l\u00e9gation d&#8217;ouvriers cordonniers en ch\u00f4mage<\/p>\n<p>(P 353) venus pour soutenir l&#8217;id\u00e9e de fabriques municipales, il leur montra clairement que ce qu&#8217;ils d\u00e9siraient ne les aiderait pas r\u00e9ellement, sauf pour un temps seulement ; que de telles fabriques am\u00e8neraient simplement une surproduction et provoqueraient la fermeture d&#8217;autres fabriques, enlevant ainsi le gagne-pain \u00e0 d&#8217;autres ouvriers qui travaillaient jusqu&#8217;alors. La vraie politique, leur montra-t-il, serait de d\u00e9velopper le commerce avec le monde ext\u00e9rieur, et ainsi de trouver des clients qui ach\u00e8teraient plus de chaussures, ce qui leur fournirait rapidement un d\u00e9bouch\u00e9. Il d\u00e9clara :<\/p>\n<p>\u00ab Ce que vous avez besoin de faire, ce n&#8217;est pas de changer d&#8217;atelier o\u00f9 l&#8217;on fabrique les chaussures, mais d&#8217;augmenter les demandes de chaussures. Si vous pouvez recevoir de nouvelles demandes de chaussures, non seulement ceux qui ont du travail maintenant, mais ceux qui n&#8217;en ont pas, pourront en trouver. Tel devrait \u00eatre notre grand objectif. En plus du probl\u00e8me sp\u00e9cial que vous m&#8217;exposez, vous devez vous souvenir que, sur un plan plus g\u00e9n\u00e9ral, le grand rem\u00e8de \u00e0 cette difficult\u00e9 de manque d&#8217;emploi est de trouver de nouveaux march\u00e9s. Nous sommes \u00e9vinc\u00e9s des anciens march\u00e9s (des march\u00e9s des pays neutres, autrefois aliment\u00e9s par la Grande-Bretagne) par la concurrence \u00e9trang\u00e8re. Dans le m\u00eame moment, des gouvernements \u00e9trangers n&#8217;acceptent plus nos produits sur leurs propres march\u00e9s ; \u00e0 moins de pouvoir augmenter les march\u00e9s que nous poss\u00e9dons d\u00e9j\u00e0, ou d&#8217;en trouver de nouveaux, cette question de manque d&#8217;emploi qui est d\u00e9j\u00e0 grave, le deviendra au maximum, et j&#8217;ai les raisons les plus s\u00e9rieuses pour \u00eatre dans l&#8217;anxi\u00e9t\u00e9 quant aux complications qui pourraient s&#8217;ensuivre. Je vous expose le probl\u00e8me dans ces termes g\u00e9n\u00e9raux, mais lorsque vous entendez des critiques faites contre la politique de ce gouvernement ou de celui-l\u00e0, de tel ou tel chef, \u00e0 propos de l&#8217;expansion coloniale de l&#8217;Empire britannique, je vous supplie d&#8217;avoir \u00e0 l&#8217;esprit qu&#8217;il ne s&#8217;agit pas l\u00e0 d&#8217;une question de Jingo (<em>\u00ab personne qui soutient une politique \u00e9trang\u00e8re agressive pouvant conduire \u00e0 la guerre avec d&#8217;autres nations \u00bb (dict.).<\/em>) comme vous \u00eates parfois amen\u00e9s \u00e0 le croire, ce n&#8217;est pas une question d&#8217;agression d\u00e9raisonnable, mais c&#8217;est en r\u00e9alit\u00e9 la question de poursuivre la ligne de conduite que le peuple anglais a toujours observ\u00e9e : \u00e9tendre ses march\u00e9s et ses relations avec les lieux peu cultiv\u00e9s de la terre ; si nous ne le faisons, et ne le faisons continuellement, je suis certain que, les choses \u00e9tant s\u00e9rieuses comme elles le sont maintenant, nous aurons dans un temps tr\u00e8s proche \u00e0 affronter des cons\u00e9quences beaucoup plus s\u00e9rieuses encore. \u00bb<\/p>\n<p>(P 354)<\/p>\n<p>RAPPORT ENTRE L&#8217;AGRESSION NATIONALE<br \/>\nET LES INT\u00c9R\u00caTS INDUSTRIELS<\/p>\n<p>Nous avons ici le secret de l&#8217;agression britannique el de l&#8217;expansion de son empire. L&#8217;Angleterre n&#8217;est pa,5 pouss\u00e9e simplement par le d\u00e9sir de donner \u00e0 d&#8217;autre: nations de plus sages administrateurs et de meilleur: gouvernements, ni simplement parce qu&#8217;elle d\u00e9sire \u00e9tendre son territoire et sa puissance : elle agit ainsi parce que cette politique fait partie de la guerre commerciale, la \u00ab guerre industrielle \u00bb. Les nations sont conquises, non pour les piller comme on le faisait autrefois, mais pour les servir \u2014 pour s&#8217;assurer leur commerce. Dans cette guerre, la Grande-Bretagne a eu un extraordinaire succ\u00e8s c&#8217;est pourquoi ses richesses sont consid\u00e9rables et ses capitaux plac\u00e9s un peu partout. Etant la premi\u00e8re nation \u00e0 avoir une surproduction, elle chercha la premi\u00e8re \u00e0 avoir des march\u00e9s \u00e9trangers, et pendant longtemps elle fut la filature de coton et l&#8217;aci\u00e9rie du monde ext\u00e9rieur \u00e0 l&#8217;Europe, L&#8217;\u00e9veil du machinisme qui suivit la guerre civile des Etats-Unis, en 1865, fit pour un temps de ce pays le centre de l&#8217;attention du monde et des affaires. L&#8217;\u00e9veil de toutes les nations civilis\u00e9es au machinisme fit tourner leur atten\u00adtion vers la recherche de d\u00e9bouch\u00e9s ext\u00e9rieurs. C&#8217;est \u00e0 cette concurrence \u00e9trang\u00e8re que faisait allusion M. Cham\u00adberlain. Tous les hommes d&#8217;Etat saisissent bien ce qu&#8217;il signale, savoir que les march\u00e9s du monde sont rapidement en train d&#8217;\u00eatre approvisionn\u00e9s, et que le machinisme et la civilisation h\u00e2tent rapidement le moment o\u00f9 il n&#8217;y aura plus de march\u00e9s ext\u00e9rieurs. Aussi, comme il l&#8217;a sagement d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab les choses \u00e9tant s\u00e9rieuses comme elles le sont maintenant, nous aurons dans un temps tr\u00e8s proche \u00e0 affronter des cons\u00e9quences beaucoup plus s\u00e9rieuses encore.\u00bb<\/p>\n<p>Eh 1896, M. Chamberlain re\u00e7ut, \u00e0 Londres, en qualit\u00e9 de secr\u00e9taire aux Colonies de l&#8217;Empire britannique, des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s des colonies britanniques, qui avaient parcouru des milliers de \u00ab miles \u00bb pour conf\u00e9rer avec lui et entre eux concernant les meilleurs moyens d&#8217;affronter la concurrence industrielle. Depuis que la Grande-Bretagne a trouv\u00e9 que ses ateliers produisaient plus d&#8217;articles manufactur\u00e9s que n&#8217;en pouvait consommer sa population, et qu&#8217;elle doit chercher des march\u00e9s \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur, elle est devenue le d\u00e9fenseur du Libre-Echange,<\/p>\n<p>(P 355) et bien entendu, elle a maintenu ses colonies aussi \u00e9troitement qu&#8217;il \u00e9tait possible de le faire dans sa politique de libre-\u00e9change, sans recourir \u00e0 la force. Le but de cette conf\u00e9rence \u00e9tait de prendre des dispositions par lesquelles la Grande-Bretagne et ses nombreuses colonies pourraient dresser une barri\u00e8re douani\u00e8re autour d&#8217;elles afin de supprimer en partie la concurrence des Etats-Unis, de l&#8217;Allemagne, de la France et du Japon.<\/p>\n<p>Les conqu\u00eates de la France, de l&#8217;Italie et de la Grande-Bretagne en Afrique ont la m\u00eame signification ; elles ressentent en effet cruellement la guerre commerciale, la voient s&#8217;amplifier et voudraient, de toute n\u00e9cessit\u00e9, avoir sous leur domination quelques march\u00e9s. La d\u00e9p\u00eache de presse suivante est parfaitement claire sur ce sujet<\/p>\n<p>\u00ab Washington, le 9 juin 1896. \u2014 Prenant comme point de d\u00e9part l&#8217;annonce officielle de l&#8217;annexion par la France de Tombouctou, le principal centre du pays de Djallon, r\u00e9gion plus grande que l&#8217;Etat de Pennsylvanie et tout aussi fertile, Strickland, consul des Etats-Unis \u00e0 Gor\u00e9e-Dakar, a adress\u00e9 un rapport des plus int\u00e9ressants au D\u00e9partement d&#8217;Etat touchant les dangers qui menacent le commerce des Etats-Unis avec l&#8217;Afrique, en raison de l&#8217;extension rapide des possessions coloniales des nations europ\u00e9ennes. Il montre comment les Fran\u00e7ais, en imposant une taxe arbitraire de 7 % sur les marchandises \u00e9trang\u00e8res, ont monopolis\u00e9 les march\u00e9s des colonies fran\u00e7aises, et ont ainsi \u00e9cras\u00e9 le commerce lucratif et croissant dont les Etats-Unis jouissaient d\u00e9j\u00e0 dans cette partie du monde. Il d\u00e9clare qu&#8217;on a d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 fortifier le continent &#8212; peut-\u00eatre tout entier \u2014 contre nous par des tarifs douaniers de protection ; car si une nation peut, m\u00eame maintenant, agir ainsi avec efficacit\u00e9, toutes les autres, en temps voulu, feront en sorte de normaliser les choses entre elles. \u00bb<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, les hommes rendent l&#8217;\u00e2me de peur et \u00e0 cause de l&#8217;attente des choses qui viennent sur la terre habit\u00e9e [la soci\u00e9t\u00e9], et ils se pr\u00e9parent le mieux qu&#8217;ils peuvent \u00e0 ce qu&#8217;ils voient venir.<\/p>\n<p>Mais que personne ne suppose un instant que l&#8217; \u00ab expansion de l&#8217;Empire britannique \u00bb en question, et celles des autres empires de la terre, ainsi que la guerre commerciale g\u00e9n\u00e9rale, sont entreprises uniquement dans le but de fournir du travail aux ouvriers britanniques,<\/p>\n<p>(P 356) italiens et fran\u00e7ais. Pas du tout ! L&#8217;ouvrier n&#8217;est qu&#8217;un accessoire. Il s&#8217;agit surtout de permettre aux capitalistes britanniques, de trouver de nouveaux d\u00e9bouch\u00e9s o\u00f9 ils pourront r\u00e9colter les b\u00e9n\u00e9fices et \u00ab amasser un tr\u00e9sor dans les derniers jours. \u00bb \u2014 Jacques 5 : 3.<\/p>\n<p>LA GUERRE SOCIALE ET INDUSTRIELLE EN ALLEMAGNE<\/p>\n<p>Herr Liebknecht, chef du parti social d\u00e9mocrate au. Reichstag allemand, visita la Grande-Bretagne en juillet 1896 ; il fut interview\u00e9 et ses paroles relev\u00e9es dans les colonnes du Daily Chronicle, de Londres, duquel nous extrayons ce qui suit :<\/p>\n<p>Notre parti social-d\u00e9mocrate est le parti le plus fort au Parlement allemand. Aux derni\u00e8res \u00e9lections, nous avons recueilli 1 880 000 voix. Nous nous attendons \u00e0 une dissolution prochaine sur la question des d\u00e9penses que le Reichstag refusera de voter pour la flotte de guerre. A cette \u00e9lection, nous comptons recueillir un autre million de voix\u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab \u2014 Alors le jingo\u00efsme n&#8217;est pas tr\u00e8s fort en Allemagne ? \u00bb<\/p>\n<p>\u2014 Le jingo\u00efsme n&#8217;existe pas en Allemagne. De tous les peuples d&#8217;Europe, les Allemands sont les plus d\u00e9go\u00fbt\u00e9s du militarisme. Nous, socialistes, sommes \u00e0 la t\u00eate du mouvement antimilitariste. \u00bb<\/p>\n<p>\u2014 Et pensez-vous que ce mouvement antimilitariste s&#8217;\u00e9tend \u00e0 travers l&#8217;Europe ? \u00bb<\/p>\n<p>\u2014 J&#8217;en suis certain. Dans leurs Parlements respectifs, &#8211; les d\u00e9put\u00e9s socialistes (et nous en avons un bon nombre) fran\u00e7ais, allemands, belges, italiens et danois combattent le militarisme \u00e0 mort. Lorsque le Congr\u00e8s international se r\u00e9unira cette ann\u00e9e \u00e0 Londres, tous les d\u00e9put\u00e9s socia\u00adlistes pr\u00e9sents tiendront une r\u00e9union en vue de d\u00e9cider une action commune. En ce qui concerne l&#8217;Allemagne, elle est totalement ruin\u00e9e par son syst\u00e8me militaire. Nous sommes un pays nouveau. Nos industriels sont tous jeunes, et si nous avons \u00e0 rivaliser avec l&#8217;Angleterre&#8230; \u00bb<\/p>\n<p>\u2014 Alors, vous aussi, vous r\u00e9clamez \u00e0 grands cris \u00e0. cause de la concurrence \u00e9trang\u00e8re ?<\/p>\n<p>\u2014 Bien entendu ! Pour nous, c&#8217;est une question vitale. Comme je vais vous le montrer, nous n&#8217;avons aucune libert\u00e9 de la presse et aucune libert\u00e9 de r\u00e9union publique. Vous autres, au contraire,<\/p>\n<p>(P 357) avez les deux et c&#8217;est ce qui m&#8217;explique que le syst\u00e8me \u00e9conomique actuel est plus profond\u00e9ment et fermement enracin\u00e9 en Angleterre que partout ailleurs ; par-dessus tout, nous devons lutter contre la doctrine du droit divin des rois tandis que vous, Anglais, avez d\u00e9couvert il y a deux cents ans, que le droit divin des rois et la libert\u00e9 politique du peuple ne pouvaient coexister. \u00bb<\/p>\n<p>\u2014 Alors, vous vous attendez \u00e0 de grands changements sous peu ? \u00bb<\/p>\n<p>\u2014 Oui. Le syst\u00e8me actuel en Allemagne engendre un tel m\u00e9contentement que ces changements doivent arriver. \u00bb<\/p>\n<p>\u2014 Et maintenant, pouvez-vous me dire quelque chose au sujet de la position \u00e9conomique de l&#8217;Allemagne ? Vous avez l\u00e0-bas, comme nous l&#8217;avons ici, un probl\u00e8me agraire. \u00bb<\/p>\n<p>\u2014 Nous avons en Allemagne cinq millions de propri\u00e9taires paysans, et tous vont \u00e0 la ruine aussi vite qu&#8217;ils le peuvent. Chacun d&#8217;eux \u2014 et je p\u00e8se mes mots \u2014 est hypoth\u00e9qu\u00e9 pour la valeur enti\u00e8re, et m\u00eame davantage, de ses propri\u00e9t\u00e9s. Nos paysans vivent de pain fait avec un m\u00e9lange de seigle et d&#8217;avoine. En fait, la nourriture de toutes esp\u00e8ces est meilleur march\u00e9 en Angleterre qu&#8217;en Allemagne. \u00bb<\/p>\n<p>\u2014 Et vos industries ? \u00bb<\/p>\n<p>\u2014 Comme pays industriel, nous n&#8217;en sommes qu&#8217;\u00e0 nos d\u00e9buts. Notre syst\u00e8me industriel actuel date seulement de 1850, mais d\u00e9j\u00e0 ses r\u00e9sultats deviennent sup\u00e9rieurs \u00e0 ceux de votre pays. Nous nous divisons rapidement en deux classes : les prol\u00e9taires, et les capitalistes et les propri\u00e9taires fonciers. Nos classes moyennes sont litt\u00e9ralement balay\u00e9es par les conditions \u00e9conomiques qui pr\u00e9valent. Elles sont rejet\u00e9es dans les classes qui travaillent, et c&#8217;est \u00e0 cela plus qu&#8217;\u00e0 n&#8217;importe quelle autre chose que j&#8217;attribue le succ\u00e8s extraordinaire de notre parti.<\/p>\n<p>Vous devez vous souvenir que nous n&#8217;avons pas deux partis nettement d\u00e9termin\u00e9s comme vous en avez en Angleterre. Nous autres, socio-d\u00e9mocrates, nous travaillons avec n&#8217;importe quel parti pourvu que nous puissions obtenir quelque chose pour nous. Nous avons seulement trois grands partis, les autres peuvent \u00eatre ignor\u00e9s. Il y a notre parti, le parti conservateur et le parti du Centre catholique. Nos conservateurs sont tr\u00e8s diff\u00e9rents des v\u00f4tres. Ils veulent retourner au r\u00e9gime de la f\u00e9odalit\u00e9 et de la pire r\u00e9action. Les conditions \u00e9conomiques sont en train de cr\u00e9er une scission dans le parti du Centre, dont une partie se joindra \u00e0 nous et le reste aux conservateurs. Et alors, nous verrons ce qui arrivera. \u00bb<\/p>\n<p>(P 358)<\/p>\n<p>\u00ab Herr Liebknecht fit l&#8217;historique du mouvement socialiste. La rapidit\u00e9 avec laquelle s&#8217;est d\u00e9velopp\u00e9e la d\u00e9mocratie sociale en Allemagne a \u00e9t\u00e9 provoqu\u00e9e par la nou\u00adveaut\u00e9 du commercialisme industriel dans ce pays, et par la dure concurrence que l&#8217;Allemagne a d\u00fb affronter pour pouvoir suivre l&#8217;Angleterre et la France dans la lutte pour la supr\u00e9matie commerciale. \u00bb<\/p>\n<p>On remarquera que les questions reconnues par cet homme capable comme \u00e9tant celles qui p\u00e8sent sur le peuple et provoquent sa d\u00e9tresse et sa division en deux classes \u2014 les pauvres et les riches &#8212; sont ainsi clairement \u00e9nonc\u00e9es comment \u00e9tant : (1) la question agraire ou fonci\u00e8re, affectant en particulier les agriculteurs ; (2) la question \u00e9conomique, ou question mon\u00e9taire, y compris les rapports entre le Capital et le Travail ; (3) la question industrielle, ou la question de trouver un emploi lucratif des machines \u2014 associ\u00e9e \u00e0 la concurrence \u00e9trang\u00e8re et \u00e0 la concurrence int\u00e9rieure, l&#8217;offre et la demande, etc. Ce sont l\u00e0 les m\u00eames questions qui embarrassent chaque nation civilis\u00e9e, et pr\u00e9parent la voie au \u00ab trouble \u00bb mondial qui approche \u2014 r\u00e9volution, anarchie \u2014 en vue du Royaume mill\u00e9naire.<\/p>\n<p>Herr Liebknecht assista, comme d\u00e9l\u00e9gu\u00e9 au Congr\u00e8s des trade-unions \u00e0 Londres, en juillet 1896. A ce Congr\u00e8s, on adopta la r\u00e9solution suivante :<\/p>\n<p>\u00ab Le pr\u00e9sent congr\u00e8s international des travailleurs reconna\u00eet que la paix entre les nations du monde est une base essentielle de la fraternit\u00e9 internationale et du progr\u00e8s humain ; il est convaincu que les peuples de la terre ne d\u00e9sirent pas de guerres, mais que celles-ci sont caus\u00e9es par la rapacit\u00e9 et l&#8217;\u00e9go\u00efsme des classes dirigeantes et privil\u00e9gi\u00e9es dans le seul but de mettre la main sur les march\u00e9s du monde dans leurs propres int\u00e9r\u00eats et contre tous les vrais int\u00e9r\u00eats des travailleurs. Le congr\u00e8s d\u00e9clare qu&#8217;il n&#8217;existe absolument aucun diff\u00e9rend entre les travailleurs des diff\u00e9rentes nationalit\u00e9s, que leurs seuls. ennemis communs sont les capitalistes et les propri\u00e9taires fonciers, que le seul moyen d&#8217;emp\u00eacher les guerres et d&#8217;assurer la paix est d&#8217;abolir le syst\u00e8me du capitalisme et de la propri\u00e9t\u00e9 fonci\u00e8re de la soci\u00e9t\u00e9 dans lequel les guerres ont leur racine ; en cons\u00e9quence, le congr\u00e8s<\/p>\n<p>(P 359) s&#8217;engage \u00e0 travailler au seul moyen par lequel ce syst\u00e8me peut \u00eatre renvers\u00e9 \u2014 la socialisation des moyens de production, de distribution et d&#8217;\u00e9change \u2014 ; il d\u00e9clare en outre que jusqu&#8217;\u00e0 ce que cela soit r\u00e9alis\u00e9, chaque diff\u00e9rend entre des nations devrait \u00eatre r\u00e9gl\u00e9 par l&#8217;arbitrage au lieu de l&#8217;\u00eatre par la brutalit\u00e9 de la force des armes ; ce congr\u00e8s reconna\u00eet aussi que l&#8217;\u00e9tablissement d&#8217;une journ\u00e9e internationale de huit heures pour tous les travailleurs est l&#8217;\u00e9tape la plus imm\u00e9diate vers leur \u00e9mancipation finale, et plaide avec insistance aupr\u00e8s des gouvernements de tous les pays la n\u00e9cessit\u00e9 d&#8217;avoir, par voie l\u00e9gale, une journ\u00e9e de huit heures de travail ; de plus, le congr\u00e8s consid\u00e8re que la classe ouvri\u00e8re ne peut obtenir son \u00e9mancipation \u00e9conomique et sociale qu&#8217;en retirant les rouages politiques actuels des mains de la classe capitaliste ; consid\u00e9rant que, dans tous les pays, un grand nombre de travailleurs et de travailleuses ne poss\u00e8dent pas le droit de vote et ne peuvent prendre part \u00e0 l&#8217;action politique, ce congr\u00e8s de travailleurs s&#8217;engage \u00e0 faire tous les efforts n\u00e9cessaires pour obtenir le suffrage universel. \u00bb<\/p>\n<p>AUTRES ENNEMIS DE L&#8217;HUMANIT\u00c9. LES G\u00c9ANTS DE NOTRE \u00c9POQUE.<\/p>\n<p>Un autre cons\u00e9quence de la concurrence a \u00e9t\u00e9 l&#8217;organi\u00adsation de puissantes corporations dans le commerce et l&#8217;industrie. Ce sont d&#8217;importants \u00e9l\u00e9ments en pr\u00e9paration pour le \u00ab feu \u00bb \u00e0 venir. Devant ces corporations g\u00e9antes, les petits commer\u00e7ants et industriels sont rapidement r\u00e9duits \u00e0 l&#8217;impuissance, parce qu&#8217;ils ne peuvent ni acheter ni vendre dans les conditions aussi favorables que le peuvent les grandes maisons commerciales et industrielles. A leur tour, ces derni\u00e8res, voyant s&#8217;ouvrir le champ d&#8217;une plus grande activit\u00e9, s&#8217;associent entre elles pour former des \u00ab trusts \u00bb. Ces trusts qui, \u00e0 l&#8217;origine, avaient \u00e9t\u00e9<\/p>\n<p>* Estimation<\/p>\n<table width=\"87%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Raison sociale<\/td>\n<td width=\"19%\">Capital<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\"><\/td>\n<td width=\"19%\">$<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Dressed\u00a0Beef and Provision Trust [b\u0153uf\u00a0pr\u00e9par\u00e9]<\/td>\n<td width=\"19%\">100 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Sugar Trust, New York [sucre]<\/td>\n<td width=\"19%\">075\u00a0000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Lead Trust [plomb]<\/td>\n<td width=\"19%\">030 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Rubber Trust, New Jersey [caoutchouc]<\/td>\n<td width=\"19%\">050 000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Gossamer Rubber\u00a0Trust [imperm\u00e9ables]<\/td>\n<td width=\"19%\">012 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Anthracite Coal\u00a0Combine, Pennsylvania [anthracite]\u00a0(*) [Estimation]<\/td>\n<td width=\"19%\">085 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Axe Trust [haches]<\/td>\n<td width=\"19%\">015 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Barbed Wire Trust, Chicago [fil barbel\u00e9]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"19%\">010 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Biscuit and Cracker Trust [biscuits]<\/td>\n<td width=\"19%\">012 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Bolt and Nut Trust [boulons et \u00e9crous] (*)<\/td>\n<td width=\"19%\">010 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Boiler Trust, Pittsburg, Pa. 1 chaudi\u00e8res] (*)<\/td>\n<td width=\"19%\">015 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Borax Trust, Pennsylvania [borax]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"19%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Broorn Trust Chicago [balais]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"19%\">002 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Brush Trust. Ohio [brosses]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"19%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Button Trust [boutons]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"19%\">003 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Carbon Candle Trust, Cleveland [bougies]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"19%\">003 000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Cartridge Trust [papier cartouche]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"19%\">010 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Casket and Burial Goods Trust [pompes fun\u00e8bres] (*)<\/td>\n<td width=\"19%\">001 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Castor Oil Trust, St. Louis [huile de ricin]<\/td>\n<td width=\"19%\">000 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Celluloid Trust [cellulo\u00efd]<\/td>\n<td width=\"19%\">008 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Cigarette Trust, New York [cigarettes]<\/td>\n<td width=\"19%\">025 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Condensed Milk Trust, Illinois [lait condens\u00e9]<\/td>\n<td width=\"19%\">015 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"79%\">Copper Ingot Trust\u00a0[lingots de cuivre] (*)<\/td>\n<td width=\"19%\">020 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"87%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Sheet\u00a0Copper\u00a0Trust [cuivre en feuilles] (*)<\/td>\n<td width=\"18%\">040 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Cordage Trust, New Jersey [cordages]<\/td>\n<td width=\"18%\">035 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Crockery Trust [poteries] (*)<\/td>\n<td width=\"18%\">015 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Cotton Duck\u00a0Trust [toile \u00e0 voiles]<\/td>\n<td width=\"18%\">010 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Cotton-Seed Oil Trust [huile de coton]<\/td>\n<td width=\"18%\">020 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Cotton Thread Combine, New Jersey [fil de coton]<\/td>\n<td width=\"18%\">007 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Electric\u00a0Supply Trust [fournitures \u00e9lectriques]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">010 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Flint Glass Trust, Pennsylvania [flint-glass]<\/td>\n<td width=\"18%\">008 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Fruit Jar Trust [bocaux \u00e0 fruits]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">001 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Galvanized Iron Steel Trust, Pennsylvania [acier galvanis\u00e9] (*)<\/td>\n<td width=\"18%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Glove Trust, New York [gants]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Harvester Trust [moissonneuses]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">001 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">(P 361) Hinge Trust [charni\u00e8res]<\/td>\n<td width=\"18%\">001 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Indurated Fibre Trust [fibre durcie]<\/td>\n<td width=\"18%\">000 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Leather Board Trust [cuir]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">000 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Lime Trust [chaux] (*)<\/td>\n<td width=\"18%\">003 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Linseed Oil Trust [huile de lin]<\/td>\n<td width=\"18%\">018 000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Lithograph Trust, New Jersey [lithographie]<\/td>\n<td width=\"18%\">011 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Locomotive Tire Trust [bande de roue de\u00a0\u00a0locomotive]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Marble Combine [marbre]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">020 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Match Trust, Chicago [allumettes]<\/td>\n<td width=\"18%\">008 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Morocco\u00a0Leather Trust [cuir marocain]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Oatmeal\u00a0Trust, Ohio [farine d&#8217;avoine]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">003 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Oilcloth Trust [toile cir\u00e9e]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">003 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Paper Bag Trust [sacs de papier]<\/td>\n<td width=\"18%\">002 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"89%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Pitch Trust [bitume]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">010 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Plate Glass Trust, Pittsburg,\u00a0Pa. [glaces]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">008 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Pocker Cutlery Trust [coutellerie de poche]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Powder Trust [poudre]<\/td>\n<td width=\"18%\">001 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Preservers&#8217;\u00a0Trust, West Virginia\u00a0[fabriques de conserves]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">008 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Pulp\u00a0Trust [p\u00e2te \u00e0 papier]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">005 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Rice Trust, Chicago [riz]<\/td>\n<td width=\"18%\">002 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Safe Trust [coffres-forts]<\/td>\n<td width=\"18%\">002 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Salt Trust [sel]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">001 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Sandstone Trust, New York [gr\u00e8s]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">001 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Sanitary Ware Trust, Trenton, N.J. [articles sanitaires]<\/td>\n<td width=\"18%\">003 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Sandpaper Trust [papier de verre]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">000\u00a0250 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Sash, Door and Blind Trust [fen\u00eatres, portes et persiennes]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">001 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Saw Trust, Pennsylvania [scies]<\/td>\n<td width=\"18%\">005 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">School Book Trust, New York [livres scolaires]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">School Furniture Trust, Chicago [mobilier scolaire]<\/td>\n<td width=\"18%\">015 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Sewer Pipe Trust [tuyaux d&#8217;\u00e9gout]<\/td>\n<td width=\"18%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Skewer Trust [brochettes]<\/td>\n<td width=\"18%\">000 060 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Smelters&#8217;\u00a0Trust, Chicago [fonderie]<\/td>\n<td width=\"18%\">025 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Smith Trust, Michigan (*)<\/td>\n<td width=\"18%\">000 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Soap Trust [savon] (*)<\/td>\n<td width=\"18%\">000 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Soda-Water Apparatus Trust, Trenton, N.J. [appareils \u00e0 soda]<\/td>\n<td width=\"18%\">003 750 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Spool,\u00a0Bobbin\u00a0and Shuttle Trust [bobines,\u00a0fuseaux et navettes]<\/td>\n<td width=\"18%\">002 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Sponde Trust [\u00e9ponges]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"18%\">000 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"80%\">Starch Trust, Kentucky [amidon]<\/td>\n<td width=\"18%\">010 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"89%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"78%\">(P 362) Merchants&#8217;\u00a0Steel Trust [acier]<\/td>\n<td width=\"20%\">025 000\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Steel Rail Trust [rails]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">060 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Stove Board Trust, Grand Rapids, Mich. [fourneaux]<\/td>\n<td width=\"20%\">000\u00a0200\u00a0000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Straw Board Trust, Cleveland, O. [paille]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">008 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Structural Steel Trust [poutrelles d&#8217;acier pour construction]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">005 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Teazle Trust [chardons \u00e0 foulon]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">000 200 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Sheet Steel Trust [plaques d&#8217;acier]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Tombstone Trust [pierres tombales]<\/td>\n<td width=\"20%\">000\u00a0100 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Trunk Trust [malles]<\/td>\n<td width=\"20%\">002 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Tube Trust, New Jersey [tuyaux]<\/td>\n<td width=\"20%\">011 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Type Trust [caract\u00e8res d&#8217;imprimerie]<\/td>\n<td width=\"20%\">006 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Umbrella Trust [parapluies, ombrelles]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">008 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Vapor Stove Trust [calorif\u00e8res \u00e0 vapeur]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">001 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Wall Paper Trust, New York [papiers peints]<\/td>\n<td width=\"20%\">020 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Watch\u00a0Trust [montres]<\/td>\n<td width=\"20%\">030 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Wheel\u00a0Trust [roues] (*)<\/td>\n<td width=\"20%\">001 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Whip Trust [fouets]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">000 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Window Glass\u00a0Trust [verre \u00e0 vitre]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">020 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Wire Trust [fil de fer] (*)<\/td>\n<td width=\"20%\">010 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Wood Screw Trust [vis \u00e0 bois]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">010 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Wool Hat Trust, New Jersey [chapeaux de\u00a0laine]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">001 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Wrapping Paper Trust [papier d&#8217;emballage]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">001 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Yellow Pine Trust [bois de charpente]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Patent Leather Trust [cuir verni]<\/td>\n<td width=\"20%\">005 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Dye and Chemical Combine [teinture et\u00a0\u00a0produits chimiques]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"90%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Lumber Trust [bois de charpente]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Rock Salt Combination [sel gemme]<\/td>\n<td width=\"20%\">005 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Naval Stores Combine [fournitures pour\u00a0\u00a0bateaux]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">001 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Green Glass Trust [verre \u00e0 bouteilles]<\/td>\n<td width=\"20%\">004 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Locomotive Trust [locomotives]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">005 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Enveloppe Combine [enveloppes]<\/td>\n<td width=\"20%\">005 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Ribbon Trust [rubans]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">018 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Iron and Coal Trust [fer et charbon]<\/td>\n<td width=\"20%\">010 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Cotton Press Trust [presses \u00e0 emballer le coton]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">006 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Tack\u00a0Trust [broquettes]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">000 300 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Clothes-Wringer Trust [essoreuses]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Snow Shovel Trust [pelles \u00e0 neige]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">000 200 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">The Iron League (Trust) [fer]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">060 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">(P 363) Paper Box Trust [bo\u00eetes en papier]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">005 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Bitumious\u00a0Coal Trust [bitume]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">015 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Alcohol\u00a0Trust [alcool]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">005 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Confectioners&#8217;\u00a0Trust [confiserie]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Gas\u00a0Trust [gaz]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">007 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Acid\u00a0Trust [acide]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Manilla Tissue Trust [tissu de Manille]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Carnegie Trust [Carnegie]<\/td>\n<td width=\"20%\">025 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Illinois Steel Trust [acier]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">050 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Brass Trust [cuivre]<\/td>\n<td width=\"20%\">010 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Hop Combine [houblon]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">000 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Flour Trust, New York [farine]<\/td>\n<td width=\"20%\">007 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<table width=\"91%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"78%\">American Corn Harvesters&#8217;\u00a0Trust [moissonneuses]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">050 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Pork Combine, Missouri [porc]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">020 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Colorado Coal Combine [charbon]<\/td>\n<td width=\"20%\">020 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Bleachery Combine [blanchisserie]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">010 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Paint Combine, New York [peinture]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">002 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Buckwheat\u00a0Trust, New Jersey [sarrasin]<\/td>\n<td width=\"20%\">005 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Fur Combine, New Jersey [fourrure]<\/td>\n<td width=\"20%\">010 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Tissue Paper Trust [papier de soie]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">010 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Cash Register Trust [caisses enregistreuses]\u00a0(*)<\/td>\n<td width=\"20%\">010 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Western Flour Trust [farine]<\/td>\n<td width=\"20%\">010 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Steel and Iron Combine [acier et fer]<\/td>\n<td width=\"20%\">004 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Electrical Combine N\u00b0. 2 [\u00e9lectricit\u00e9]<\/td>\n<td width=\"20%\">001 800 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Rubber Trust N\u00b0. 2 [caoutchouc]<\/td>\n<td width=\"20%\">007 000 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Tobacco\u00a0Combination [tabac]<\/td>\n<td width=\"20%\">002 500 000<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"78%\">Total des capitaux<\/td>\n<td width=\"20%\">1 507 060 000<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Le m\u00eame num\u00e9ro du m\u00eame journal note la puissance et la tendance de l&#8217;un de ces trusts dans l&#8217;\u00e9ditorial suivant sous le titre \u00ab Que signifie la hausse du charbon \u00bb :<\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;augmentation de 1,50 $ au prix de chaque \u00ab ton \u00bb d&#8217;anthracite signifie que les onze membres du Trust de la houille n&#8217;empocheront pas moins de cinquante et peut-\u00eatre plus de soixante millions de dollars. En se basant sur la concurrence de l&#8217;automne dernier et des prix avantageux qui en ont r\u00e9sult\u00e9, cet argent appartient l\u00e9gitime\u00adment \u00e0 ceux qui utilisent la houille.<\/p>\n<p>(P 364)<\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;\u00e9norme augmentation du prix de la houille signifie que nombre d&#8217;industriels qui allaient repartir cet automne ne peuvent le faire parce qu&#8217;ils ne peuvent proc\u00e9der \u00e0 une telle augmentation au prix de leur produit et rivaliser encore avec ceux qui obtiennent leur charbon \u00e0 des prix normaux. Cela signifie que nombre d&#8217;industriels vont devoir diminuer les salaires pour compenser cette augmentation dans le prix de la production. Cela signifie que chaque chef de famille ayant de modestes revenus devra se priver de quelque simple objet de luxe ou de douceurs. Il faut qu&#8217;il ach\u00e8te du charbon, et comme les autorit\u00e9s qu&#8217;il a aid\u00e9 \u00e0 \u00e9lire n&#8217;appliqueront pas la loi, il doit payer les prix fix\u00e9s par les trusts. Cela signifie, en fin de compte, que les pauvres devront acheter moins de charbon. Les anciens prix \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 suffisamment \u00e9lev\u00e9s. Les nouveaux prix sont nettement prohibitifs. Aussi, les pauvres devront-ils grelotter l&#8217;hiver prochain.<\/p>\n<p>\u00ab D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, on trouve plus de luxe pour quelques-uns. De l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9, c&#8217;est le manque de bien-\u00eatre, et dans des milliers de cas, une mis\u00e8re certaine pour la plupart. Entre les deux c\u00f4t\u00e9s se trouve la loi viol\u00e9e et d\u00e9shonor\u00e9e.<\/p>\n<p>Prenez un autre exemple de la puissance des trusts : au printemps de 1895 fut form\u00e9 le Trust des liens \u00e0 coton (ce lien \u00e0 coton est un ruban plat en fer qui sert \u00e0 mettre le coton en balles). A ce moment-l\u00e0, ces liens valaient soixante-dix \u00ab cents \u00bb le cent. L&#8217;ann\u00e9e suivante, le trust d\u00e9cida de pr\u00e9lever un petit b\u00e9n\u00e9fice suppl\u00e9mentaire et fixa le prix \u00e0 1,40 $, le cent, presque au moment m\u00eame de la mise en balles du coton alors qu&#8217;il \u00e9tait impossible d&#8217;importer \u00e0 temps des liens de l&#8217;\u00e9tranger.<\/p>\n<p>Tous les trusts n&#8217;ont pas abus\u00e9 d&#8217;une mani\u00e8re semblable de leur puissance ; il est possible que des occasions favorables ne se soient pas pr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 tous, niais personne ne contestera que le \u00ab commun peuple \u00bb, les masses populaires, courent un grave danger de pr\u00e9judice des mains de telles corporations g\u00e9antes. Chacun sait ce que l&#8217;on peut craindre de la puissance et de l&#8217;\u00e9go\u00efsme d&#8217;un individu, et ces trusts \u00ab g\u00e9ants \u00bb non seulement ont immens\u00e9ment plus de puissance et d&#8217;influence que des individus, mais en plus, ils n&#8217;ont pas de conscience, d&#8217;o\u00f9 le proverbe \u00ab Les corporations n&#8217;ont pas d&#8217;\u00e2me \u00bb.<\/p>\n<p>Nous d\u00e9coupons la d\u00e9p\u00eache suivante dans le Pittsburg Post pour illustrer<\/p>\n<p>(P 365)<\/p>\n<p>LES B\u00c9N\u00c9FICES DES TRUSTS<\/p>\n<p>\u00ab New York, le 5 novembre 1896. \u2014 Les administrateurs du Trust de la Standard Oil se sont r\u00e9unis aujourd&#8217;hui et ont d\u00e9clar\u00e9 que le dividende trimestriel de 3 $ par action et 2 dollars par action suppl\u00e9mentaire serait payable le 15 d\u00e9cembre. A l&#8217;origine, la valeur totale de l&#8217;\u00e9mission des titres du Trust de la Standard Oil \u00e9tait de 97 250 000 $. Pendant l&#8217;ann\u00e9e fiscale qui vient de s&#8217;\u00e9couler, on a d\u00e9clar\u00e9 31 % de dividendes, ce qui fait un total de gains de 30 149 500 $. Au cours de la m\u00eame p\u00e9riode, la Compagnie am\u00e9ricaine de raffinage du sucre, connue sous le nom de trust du sucre, a pay\u00e9 7 023 920 $ en dividendes. En plus de ces paiements de b\u00e9n\u00e9fices aux actionnaires, on dit que le trust a un exc\u00e9dent de sucre brut, des cr\u00e9ances et de l&#8217;argent en num\u00e9raire s&#8217;\u00e9levant \u00e0 environ 30 000 000 de $. \u00bb<\/p>\n<p>Par la suite, le m\u00eame journal d\u00e9clarait dans un \u00e9ditorial :<\/p>\n<p>\u00ab Le Wire Nail trust fut probablement une des combinaisons financi\u00e8res les plus iniques que l&#8217;on v\u00eet dans ce pays ; leurs proc\u00e9d\u00e9s constituaient une v\u00e9ritable extorsion, un v\u00e9ritable vol d&#8217;argent au public. Il brava ouvertement les lois, corrompit, malmena et ruina des concurrents ; il dirigea ce commerce d&#8217;une mani\u00e8re autoritaire. Puis, ayant fait cela et augment\u00e9 les prix de deux cents \u00e0 trois cents pour cent, il distribua des millions parmi ses membres. Bien entendu, dans ce trust, il n&#8217;existe pas d&#8217;anarchie. En fait, ce sont les anarchistes qui \u00e9l\u00e8vent des protestations contre un tel brigandage et un tel m\u00e9pris de la loi. C&#8217;est du moins ce que pense M. A. C. Faust, de New Jersey, du trust des clous, qui \u00e9crit au World que ses r\u00e9v\u00e9lations des exc\u00e8s outrageants du trust \u00ab alimentent la flamme du m\u00e9contentement populaire \u00bb. C&#8217;est bien l\u00e0 une fa\u00e7on de minimiser les choses. On devrait donc, d&#8217;apr\u00e8s lui, laisser pleine libert\u00e9 aux trusts ill\u00e9gaux et pillards, et ne tol\u00e9rer aucune tentative de les tenir en \u00e9chec ; car \u00ab cela alimente la flamme du m\u00e9contentement populaire \u00bb. D&#8217;un c\u00f4t\u00e9, nous avons les gens du pays, de l&#8217;autre les voleurs patent\u00e9s, les trusts. Mais il ne doit y avoir ni r\u00e9v\u00e9lations, ni protestations, sinon \u00ab la flamme du m\u00e9contentement populaire \u00bb rendrait la vie difficile aux trusts. Pourrait-on aller plus loin dans l&#8217;impudence et l&#8217;arrogance ?<\/p>\n<p>\u00ab Le trust du charbon dans la production de l&#8217;anthracite est maintenant en train de voler les gens \u00e0 raison de cinquante millions de dollars par an, en augmentant de 1,50 $ le prix de la \u00ab ton \u00bb. Le R\u00e9v. Dr. Parkhurst<\/p>\n<p>(P 366) a pr\u00e9sent\u00e9 l&#8217;autre jour ses respects \u00e0 cette bande particu\u00adli\u00e8re dans les termes suivants : \u00ab Si les compagnies houil\u00adl\u00e8res, ou les cartels houillers, ou les trusts du charbon usent de leur puissance pour drainer dans leur propre caisse autant d&#8217;argent de l&#8217;homme pauvre qu&#8217;ils peuvent ou qu&#8217;ils osent lui prendre, avec pour r\u00e9sultat l&#8217;appauvrissement des pauvres, la diminution de leur bien-\u00eatre et l&#8217;\u00e9puisement des courants de la sant\u00e9 et de la vie, alors ces compagnies sont<\/p>\n<p>POSS\u00c9D\u00c9ES DU D\u00c9MON DU VOL ET DU MEURTRE<\/p>\n<p>Et ceci est tout aussi applicable aux trafiquants de charbon qu&#8217;\u00e0 ceux de n&#8217;importe quelle autre denr\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>Tandis que le R\u00e9v. Dr. Parkhurst les stigmatisait ainsi comme \u00ab \u00e9tant poss\u00e9d\u00e9s par le d\u00e9mon du vol et du meurtre \u00bb, un autre pr\u00e9dicateur de New York, le R\u00e9v. Dr. Heber Newton, s&#8217;adressant \u00e0 des ouailles millionnaires assises sur des chaises recouvertes de velours, fit la louange des trusts comme une partie n\u00e9cessaire et bienfaisante de notre civilisation avanc\u00e9e \u00bb.<\/p>\n<p>A propos de la baisse soudaine des prix des rails d&#8217;acier, de 27 $ \u00e0 15 $ par \u00ab ton \u00bb, le journal Evening Record, d&#8217;Allegheny, dit :<\/p>\n<p>Le grand \u00ab Pool acier \u00bb, constitu\u00e9 pour soutenir les prix, est pratiquement \u00e9cras\u00e9. Cette combinaison gigantesque de capital et de puissance, faite pour avoir la haute main sur la production de l&#8217;une des plus grandes industries de l&#8217;Am\u00e9rique, pour faire monter ou descendre les prix sur son simple commandement, pour imposer les consommateurs selon son bon plaisir, et \u00e0 la limite de l&#8217;opportunit\u00e9, va \u00eatre d\u00e9vor\u00e9e par une combinaison plus gigantesque encore, plus puissante encore, plus riche encore. Rockefeller et Carnegie se sont empar\u00e9 de l&#8217;industrie de l&#8217;acier en Am\u00e9rique. L&#8217;\u00e9v\u00e9nement fera \u00e9poque. La r\u00e9duction sur le prix des rails d&#8217;acier de 25 $ \u00e0 17 $ la \u00ab ton \u00bb, chiffre le plus bas auquel ils aient jamais \u00e9t\u00e9 vendus, marque une nouvelle \u00e8re dans l&#8217;\u00e9conomie du pays. Jusqu&#8217;ici, il s&#8217;agit d&#8217;un trust mang\u00e9 par un autre trust, et ce sont les chemins de fer qui sont gagnants.<\/p>\n<p>On peut dire sans h\u00e9sitation que ni M. Rockefeller, ni M. Carnegie n&#8217;ont \u00e9t\u00e9 amen\u00e9s \u00e0 cette grande entreprise par des consid\u00e9rations quelconques de sentiments vis-\u00e0-vis du public. Ils ont vu l\u00e0 une chance d&#8217;\u00e9craser la concurrence et ils en ont profit\u00e9. A pr\u00e9sent, ils poss\u00e8dent la source d&#8217;approvisionnement la plus remarquable dans le monde, la r\u00e9gion de Mesaba, au-del\u00e0 de Duluth&#8217; (Minne\u00adsota) d\u00e9crite comme une r\u00e9gion o\u00f9 il n&#8217;est pas n\u00e9cessaire de creuser \u00e0 grands frais, mais simplement de gratter la surface de la terre pour en extraire le minerai. Rockefeller a augment\u00e9 encore cet avantage qu&#8217;il avait de s&#8217;\u00eatre assur\u00e9 cette source d&#8217;approvisionnement en construisant une flotte de chalands de vaste capacit\u00e9<\/p>\n<p>(P 367) pour transporter ses mati\u00e8res premi\u00e8res aux bassins du lac Eri\u00e9. Lorsqu&#8217;il eut r\u00e9alis\u00e9 ses desseins en s&#8217;alliant avec Carnegie, avec ses hauts fourneaux et ses usines, il eut \u00ab l&#8217;Association des fabricants de rails \u00bb \u00e0 sa merci. Toute l&#8217;affaire avait \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 ex\u00e9cution par une combinaison magistrale de facilit\u00e9s existantes. Le r\u00e9sultat actuel, du moins, est un avantage pour un grand nombre de personnes. Reste \u00e0 savoir si MM. Rockefeller et Carnegie, ayant obtenu cette immense puissance entre leurs mains, se contenteront de r\u00e9colter des b\u00e9n\u00e9fices raisonnables et de laisser le public en profiter, ou si, apr\u00e8s avoir \u00e9cras\u00e9 leurs adversaires, ils emploieront cette puissance pour pratiquer l&#8217;extorsion impitoyable. C&#8217;est l\u00e0 un grave probl\u00e8me. Le fait qu&#8217;ils d\u00e9tiennent ce pouvoir est une menace en lui-m\u00eame. \u00bb<\/p>\n<p>L&#8217;article suivant a \u00e9t\u00e9 largement r\u00e9pandu en son temps, mais il est bon de le mentionner ici, \u00e0 propos de ce sujet :<\/p>\n<p>Kansas City (Mo.), le 26 novembre 1896. &#8212; L&#8217;ex-gouverneur David R. Francis, actuellement Secr\u00e9taire \u00e0. l&#8217;Int\u00e9rieur, adressa la lettre suivante \u00e0 un petit groupe de partisans de l&#8217;\u00e9talon-or qui avaient organis\u00e9 un ban\u00adquet au Midland Hotel hier soir :<\/p>\n<p>D\u00e9partement de l&#8217;Int\u00e9rieur, Washington (D.C.), le 19 nov. 1896\u00a0:<\/p>\n<p>Messieurs : je viens de recevoir votre invitation du 25, et je regrette de ne pouvoir participer ce soir \u00e0 la c\u00e9l\u00e9bration de la victoire de la saine monnaie&#8230; Si l&#8217;on n&#8217;intervient pas, par le moyen de lois, pour limiter l&#8217;influence croissante de la richesse, et pour circonscrire les pouvoirs des trusts et des monopoles, il y aura un soul\u00e8vement du peuple, avant la fin du si\u00e8cle, qui fera courir un grave danger \u00e0 nos institutions m\u00eames.<\/p>\n<p>David R. Francis. \u00bb<\/p>\n<p>Voici un extrait du journal Spectator de Londres :<\/p>\n<p>Nous avons entre nos mains une d\u00e9cision prise par le Juge Russell, de la Cour Supr\u00eame de New York, qui montre \u00e0 quel point est pouss\u00e9 aux Etats-Unis le syst\u00e8me des \u00ab Trusts \u00bb, ou m\u00e9thode d&#8217;emploi de capitaux pour cr\u00e9er des monopoles. Une Association nationale des pharmacies de gros a \u00e9t\u00e9 form\u00e9e, qui comprend presque la totalit\u00e9 des grands pharmaciens de l&#8217;Union et fixe le prix des m\u00e9dicaments. Si l&#8217;un quelconque des pharmaciens priv\u00e9s vend au-dessous des prix fix\u00e9s, l&#8217;Association avertit l&#8217;ensemble de ses membres de ne pas traiter avec lui, et en r\u00e8gle g\u00e9n\u00e9rale, elle r\u00e9ussit \u00e0 causer la ruine de la firme r\u00e9fractaire. La Compagnie John D. Park and Sons d\u00e9cida de r\u00e9sister \u00e0 l&#8217;avertissement dictatorial et<\/p>\n<p>(P 368) r\u00e9clama une interdiction l\u00e9gale aupr\u00e8s des tribunaux; cela lui fut refus\u00e9 dans ce cas particulier, mais accord\u00e9 en tant que principe g\u00e9n\u00e9ral ; en effet il est enjoint \u00e0 tous les hommes de s&#8217;abstenir de \u00ab conspirer \u00bb pour imposer \u00ab une g\u00eane dans le commerce \u00bb. C&#8217;est l\u00e0 un cas extr\u00eame, parce qu&#8217;il est clair qu&#8217;un trust de ce genre joue, ou peut jouer avec la vie humaine. Il importe peu qu&#8217;ils augmentent le prix des sp\u00e9cialit\u00e9s (ce qui semble avoir \u00e9t\u00e9 ici le motif de la plainte) jusqu&#8217;\u00e0 une guin\u00e9e ; mais supposez qu&#8217;ils mettent des drogues comme la quinine, l&#8217;opium ou les laxatifs hors de la port\u00e9e des pauvres. On se souvient que les disciples de M. Bryan placent le syst\u00e8me des trusts au premier rang de leurs accusations contre le capital, et des cas comme celui-ci leur donnent un point d&#8217;appui \u00e0 leur argumentation. \u00bb<\/p>\n<p>LES TRUSTS EN ANGLETERRE<\/p>\n<p>Bien qu&#8217;on puisse dire des trusts qu&#8217;ils sont une invention am\u00e9ricaine, nous citons ce qui suit du Spectator de Londres, montrant qu&#8217;ils ne sont pas une exclusivit\u00e9 am\u00e9ricaine. L&#8217;auteur d\u00e9clare :<\/p>\n<p>\u00ab Les trusts commencent \u00e0 s&#8217;emparer de certaines de nos affaires commerciales britanniques. Aujourd&#8217;hui, il existe un trust dont le si\u00e8ge social est \u00e0 Birmingham et qui a accapar\u00e9 tout le commerce des lits m\u00e9talliques \u00e0 travers toute la Grande-Bretagne. Cette combinaison (ou trust) est si adroitement organis\u00e9e qu&#8217;il est pratiquement impossible \u00e0 n&#8217;importe quel individu ne faisant pas partie de cette corporation d&#8217;entreprendre une fabrication ind\u00e9pendante de lits de fer ou de cuivre. Si, cependant, il essayait de le faire, il serait incapable d&#8217;acheter ses mati\u00e8res premi\u00e8res ou de trouver des ouvriers de la pro\u00adfession, car tous les fabricants de fer et de cuivre pour lits se sont mis d&#8217;accord pour en fournir au trust&#8217; seule\u00adment, et les ouvriers sont tous engag\u00e9s par leur Union pour ne travailler que pour les fabricants de cette Union. Les acheteurs ne peuvent donc s&#8217;attendre qu&#8217;\u00e0 la concurrence \u00e9trang\u00e8re seule pour que les prix de montent pas. Ce trust des lits est \u00e0 pr\u00e9sent prosp\u00e8re, c&#8217;est pourquoi de nombreux autres commerces locaux suivent maintenant son exemple \u00bb.<\/p>\n<p>Ces trusts disposent de capitaux qui se comptent par centaines de millions de dollars ; ce Sont v\u00e9ritablement des g\u00e9ants. Si, dans ce domaine-l\u00e0, les<\/p>\n<p>(P 369) choses continuent pendant quelques ann\u00e9es comme elles l&#8217;ont fait ces vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, les trusts finiront par gouverner le monde avec le levier de la finance. Bient\u00f4t, ils auront le pouvoir, non seulement d&#8217;imposer les prix des marchandises utilis\u00e9es par le monde, mais \u00e9tant les principaux employeurs de la main-d\u2019\u0153uvre, ils auront la haute main sur les salaires.<\/p>\n<p>Il est vrai que ces associations de capitaux ont, dans le pass\u00e9, accompli de vastes entreprises que des individus seuls n&#8217;auraient pu accomplir si vite et si bien. Vraiment, l&#8217;entreprise corporative priv\u00e9e a pris des risques qu&#8217;elle a assum\u00e9s avec succ\u00e8s et que le public aurait condamn\u00e9s et mis en \u00e9chec s&#8217;ils avaient \u00e9t\u00e9 entrepris par le gouvernement. On ne doit pas penser que nous condamnons sans distinction de vastes accumulations de capitaux ; mais nous faisons remarquer que l&#8217;exp\u00e9rience de chaque ann\u00e9e non seulement ajoute largement \u00e0 leur puissance financi\u00e8re, mais \u00e9galement \u00e0 leur sagacit\u00e9, et que nous approchons rapidement, si nous n&#8217;y sommes d\u00e9j\u00e0, le moment o\u00f9 les int\u00e9r\u00eats et les libert\u00e9s m\u00eames du peuple sont menac\u00e9s. Chacun dit : on doit faire quelque chose ! mais personne ne sait ce qu&#8217;il faut faire. Le fait est que le genre humain est irr\u00e9m\u00e9diablement \u00e0 la merci de ces excroissances g\u00e9antes du pr\u00e9sent syst\u00e8me social \u00e9go\u00efste, et la seule esp\u00e9rance est en Dieu.<\/p>\n<p>Il est vrai, \u00e9galement, que ces g\u00e9ants sont habituellement dirig\u00e9s par des hommes capables qui, jusqu&#8217;ici, semblent dispos\u00e9s \u00e0 se servir de leur pouvoir avec mod\u00e9ration. N\u00e9anmoins, ce pouvoir se trouve concentr\u00e9, et la capacit\u00e9, guid\u00e9e dans l&#8217;ensemble par l&#8217;\u00e9go\u00efsme, voudra vraisemblablement, de temps en temps, serrer la vie sur leurs serviteurs et sur le public selon les occasions et les circonstances favorables.<\/p>\n<p>Ces g\u00e9ants menacent maintenant la famille humaine comme de vrais g\u00e9ants la mena\u00e7aient il y a plus de quatre mille ans. Ces g\u00e9ants \u00e9taient des \u00ab hommes de renom \u00bb \u2014 des hommes de prodigieuses capacit\u00e9 et sagacit\u00e9, sup\u00e9rieurs \u00e0 la race adamique d\u00e9chue. C&#8217;\u00e9tait une race hybride, provenant d&#8217;une nouvelle vitalit\u00e9 apport\u00e9e \u00e0 14 souche adamique.<\/p>\n<p>(P 370) Ainsi en est-il pour ces g\u00e9ants corporatifs modernes : ils sont grands, puissants et rus\u00e9s, \u00e0 un degr\u00e9 tel qu&#8217;il faut abandonner l&#8217;id\u00e9e de pouvoir les vaincre sans intervention divine. Leurs moyens prodigieux n&#8217;ont encore jamais \u00e9t\u00e9 mis \u00e0 contribution. Ces g\u00e9ants, aussi, sont des hybrides : ils sont engendr\u00e9s par une sagesse qui doit son existence \u00e0 la civilisation et \u00e0 l&#8217;illu\u00admination chr\u00e9tiennes agissant en combinaison avec les c\u0153urs \u00e9go\u00efstes d&#8217;hommes d\u00e9chus.<\/p>\n<p>Cependant, lorsque les hommes sont \u00e0 bout de ressources, c&#8217;est alors que Dieu intervient, et de m\u00eame que les g\u00e9ants du \u00ab monde qui \u00e9tait avant le d\u00e9luge \u00bb furent an\u00e9antis dans les eaux du d\u00e9luge, ainsi ces g\u00e9ants corporatifs doivent \u00eatre an\u00e9antis dans le d\u00e9luge de feu qui vient \u2014 le \u00ab feu \u00bb symbolique \u00ab de la jalousie de Dieu \u00bb, de sa col\u00e8re, qui s&#8217;allume d\u00e9j\u00e0 ; \u00ab un temps de d\u00e9tresse tel qu&#8217;il n&#8217;y &#8216;en a pas eu de pareil depuis qu&#8217;il existe une nation \u00bb. C&#8217;est dans ce \u00ab feu \u00bb que seront consum\u00e9s tous les g\u00e9ants du vice et de l&#8217;\u00e9go\u00efsme ; ils tomberont, et ne se rel\u00e8veront plus jamais. \u2014 Esa\u00efe 26 : 13, 14 ; Soph. 3 : 8, 9.<\/p>\n<p>ESCLAVAGE BARBARE CONTRE SERVITUDE MODERNE<\/p>\n<p>Mettez pour un temps en contraste le pass\u00e9 avec le pr\u00e9sent et l&#8217;avenir, en ce qui concerne l&#8217;offre et la demande de main-d&#8217;\u0153uvre. C&#8217;est seulement au cours du si\u00e8cle dernier que la traite des esclaves a cess\u00e9 d&#8217;une mani\u00e8re g\u00e9n\u00e9rale et que l&#8217;esclavage a \u00e9t\u00e9 aboli. Il fut un temps o\u00f9 la traite des esclaves \u00e9tait g\u00e9n\u00e9rale, mais graduellement, l&#8217;esclavage se fondit en servage \u00e0 travers toute l&#8217;Europe et l&#8217;Asie. L&#8217;esclavage ne fut aboli en Grande-Bretagne qu&#8217;en 1838, et le gouvernement g\u00e9n\u00e9ral paya aux propri\u00e9taires d&#8217;esclaves la somme de 20 000 000 de livres sterling, soit pr\u00e8s de 100 000 000 de dollars, \u00e0 titre d&#8217;indemnit\u00e9s. La France \u00e9mancipa ses esclaves en 1848. Aux Etats-Unis, l&#8217;esclavage se maintint dans les Etats du sud jusqu&#8217;en 1863.<\/p>\n<p>(P 317) On ne peut nier que la parole et la plume de chr\u00e9tiens contribu\u00e8rent pour une grande part \u00e0 mettre fin \u00e0 l&#8217;esclavage humain ; mais d&#8217;autre part, il faut remarquer que le changement des conditions du march\u00e9 du travail dans le monde aid\u00e8rent \u00e0 donner \u00e0 la majorit\u00e9 des humains une nouvelle conception de la question, et avec les indemnit\u00e9s vers\u00e9es, aid\u00e8rent \u00e0 r\u00e9concilier les propri\u00e9taires d&#8217;esclaves avec le nouvel ordre de choses. Les voix et les plumes des chr\u00e9tiens h\u00e2t\u00e8rent simplement l&#8217;abolition de l&#8217;esclavage, mais celle-ci, de toutes fa\u00e7ons, aurait eu lieu plus tard.<\/p>\n<p>L&#8217;esclavage meurt d&#8217;une mort naturelle en raison du syst\u00e8me moderne comp\u00e9titif et \u00e9go\u00efste, soutenu par des inventions m\u00e9caniques et par la croissance de la population. En faisant compl\u00e8tement abstraction de consid\u00e9rations morales et religieuses, ce serait maintenant impossible de g\u00e9n\u00e9raliser l&#8217;esclavage dans des pays populeux, civilis\u00e9s : il ne rapporterait rien du point de vue financier (1) parce que la machine a, dans une large mesure, pris la place de la main-d\u2019\u0153uvre, tant inintelligente qu&#8217;intelligente ; (2) parce qu&#8217;un serviteur intelligent peut faire plus de travail et le mieux faire qu&#8217;un serviteur inintelligent ; (3) parce que civiliser et m\u00eame instruire un peu des esclaves rendrait les services de ces derniers plus co\u00fbteux que la main-d\u2019\u0153uvre libre ; en outre, les esclaves plus intelligents et plus capables, seraient plus, difficiles \u00e0 diriger et \u00e0 employer d&#8217;une mani\u00e8re plus profitable que ne le sont les ouvriers soi-disant libres, mais li\u00e9s mains et pieds par la n\u00e9cessit\u00e9. En un mot, les sages de ce monde ont appris que des guerres faites pour d\u00e9pouiller des ennemis et pour avoir des esclaves, sont moins profitables que des guerres de concurrence commerciale dont les r\u00e9sultats sont meilleurs, aussi bien que plus consid\u00e9rables ; ils ont appris \u00e9galement que les libres \u00ab esclaves de la n\u00e9cessit\u00e9 \u00bb sont les esclaves les moins co\u00fbteux et les plus capables.<\/p>\n<p>Si la main-d\u2019\u0153uvre intelligente, d\u00e9j\u00e0 libre, est moins co\u00fbteuse que la main-d\u2019\u0153uvre esclave ignorante, et si le monde entier a son intelligence qui s&#8217;\u00e9veille et sa population qui s&#8217;accro\u00eet rapidement, il est \u00e9vident que le syst\u00e8me social actuel est aussi certain de travailler \u00e0 sa propre destruction que le ferait une machine fonction\u00adnant \u00e0 pleine vapeur et sans frein ni r\u00e9gulateur.<\/p>\n<p>(P 372)<\/p>\n<p>Etant donn\u00e9 que la soci\u00e9t\u00e9 est actuellement organis\u00e9e sur le principe de l&#8217;offre et de la demande, il n&#8217;y a ni frein, ni r\u00e9gulateur sur la concurrence \u00e9go\u00efste du monde. Toute la structure est \u00e9difi\u00e9e sur ce principe : la pression \u00e9go\u00efste, la force qui p\u00e8se lourdement sur la soci\u00e9t\u00e9, devient de jour en jour plus puissante. Les choses continueront ainsi avec les masses, \u00e0 peser de plus en plus lourdement, degr\u00e9 par degr\u00e9, jusqu&#8217;\u00e0 ce que s&#8217;accomplisse dans l&#8217;anarchie l&#8217;effondrement social.<\/p>\n<p>LES HUMAINS SONT PRIS ENTRE DEUX PIERRES MEULI\u00c8RES<\/p>\n<p>Il devient de plus en plus \u00e9vident aux masses des hommes que dans l&#8217;ordre de choses actuel, elles sont entre une meule sup\u00e9rieure et une meule inf\u00e9rieure dont les tours rapides doivent \u00e9ventuellement, et sous peu, les \u00e9craser et les r\u00e9duire \u00e0 un servage mis\u00e9rable et ignoble, \u00e0 moins qu&#8217;on n&#8217;y porte rem\u00e8de de quelque mani\u00e8re. Telle est vraiment la r\u00e9elle condition de choses : les besoins de l&#8217;homme constituent le tuyau d&#8217;alimentation qui pr\u00e9cipite les masses entre les meules ; la meule inf\u00e9rieure, c&#8217;est la loi inexorable de l&#8217;offre et de la demande qui soumet la population du monde de plus en plus intelligente et en croissance rapide \u00e0 la pression de plus en plus rigoureuse de la meule sup\u00e9rieure (l&#8217;\u00e9go\u00efsme organis\u00e9) actionn\u00e9e par le pouvoir gigantesque des esclaves m\u00e9caniques, assist\u00e9s des engrenages, des leviers et des poulies des combinaisons, des trusts et des monopoles financiers. (Il est \u00e0 propos que le Bureau des statistiques \u00e0 Berlin ait estim\u00e9, en4887, que les machines \u00e0 vapeur (les esclaves m\u00e9caniques) alors en fonction dans le monde repr\u00e9sentaient approximativement un milliard d&#8217;hommes, ou trois fois la population laborieuse de la terre ; or, les forces de la vapeur et de l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 ont probablement plus que doubl\u00e9 depuis lors. Cependant, ces machines se trouvent presque toutes dans des pays civilis\u00e9s dont les populations ne repr\u00e9sentent qu&#8217;environ un cinqui\u00e8me du total). La puissance motrice de la meule sup\u00e9rieure comprend aussi le volant,<\/p>\n<p>(P 373) pesant avec le poids d&#8217;une richesse concentr\u00e9e inimagin\u00e9e jusqu&#8217;ici, et d&#8217;une puissance c\u00e9r\u00e9brale exerc\u00e9e et stimul\u00e9e par l&#8217;\u00e9go\u00efsme. Pour illustrer en partie le r\u00e9sultat du processus d&#8217;\u00e9crasement, nous notons un rapport selon lequel \u00e0 Londres (G.-B.), il y avait 938 293 pauvres, 316 834 tr\u00e8s pauvres et 37 610 de la plus grande indigence, soit un total de 1 292 737 ou pr\u00e8s d&#8217;un tiers de la population de la plus grande ville du monde vivant dans la pauvret\u00e9. Des chiffres officiels concernant l&#8217;Ecosse ont montr\u00e9 qu&#8217;un tiers des familles vivait dans une seule chambre, et plus d&#8217;un tiers dans deux chambres seulement ; que dans la ville de New York, au cours d&#8217;un hiver rigoureux, 21 000 hommes, femmes et enfants furent expuls\u00e9s faute de pouvoir payer leur loyer, et que, dans une seule ann\u00e9e, 3 819 de ses habitants furent enterr\u00e9s dans le \u00ab champ du potier \u00bb trop pauvres pour vivre comme pour mourir d\u00e9cemment. Ceci, rappelez- vous, dans la ville m\u00eame o\u00f9, comme nous l&#8217;avons montr\u00e9 on compte d\u00e9j\u00e0 parmi ses citoyens des milliers de Millionnaires.<\/p>\n<p>Un auteur, M. J. A. Collins, a discut\u00e9 un jour dans The American Magazine of Civics, du sujet de la d\u00e9cadence de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e en Am\u00e9rique, \u00e0 la lumi\u00e8re du recensement des E.U. Au d\u00e9but il nous avertit de nous pr\u00e9parer \u00e0 des faits frappants et \u00e0 des indications mena\u00e7antes et dangereuses. Nous citons comme suit :<\/p>\n<p>\u00ab Il y a quelques d\u00e9cades, la grande majorit\u00e9 de la population \u00e9tait compos\u00e9e de propri\u00e9taires, et leurs habitations \u00e9taient pratiquement libres de toute charge ; aujourd&#8217;hui, la vaste majorit\u00e9 de la population est compos\u00e9e de locataires. \u00bb<\/p>\n<p>Etant donn\u00e9 que l&#8217;occupant d&#8217;une habitation hypoth\u00e9qu\u00e9e n&#8217;est en fait qu&#8217;un locataire du cr\u00e9ancier hypoth\u00e9caire, il trouve que 84 % des familles de cette nation sont virtuellement des locataires, et ajoute :<\/p>\n<p>\u00ab Songez que ce r\u00e9sultat saisissant s&#8217;est produit en un temps tr\u00e8s court, alors que l&#8217;Ouest offre le vaste domaine de terres libres \u00e0 des colons, que les grands champs industriels s&#8217;ouvrent et offrent des emplois avec de bons salaires, et alors consid\u00e9rez ce qui r\u00e9sultera lorsque le grand Ouest sera enti\u00e8rement occup\u00e9,<\/p>\n<p>(P 374) ou toutes ses terres accapar\u00e9es, une population augment\u00e9e de millions de gens, tant par la croissance naturelle que par l&#8217;immigration, les terrains riches en minerais et les mines sous la mainmise des syndicats de capitaux \u00e9trangers, le syst\u00e8me de transports accapar\u00e9 dans l&#8217;int\u00e9r\u00eat de quelques propri\u00e9taires millionnaires, les usines exploit\u00e9es par de grandes corporations dans leur propre int\u00e9r\u00eat, les terres publiques \u00e9puis\u00e9es et les sites nationaux accapar\u00e9s et occup\u00e9s par des sp\u00e9culateurs, sans que les masses industrielles puissent y acc\u00e9der \u00bb.<\/p>\n<p>En comparant ces chiffres aux statistiques europ\u00e9ennes, M. Collins conclut que les conditions sous la R\u00e9publique la plus grande sur la terre sont moins favorables qu&#8217;en Europe, sauf dans le pays le plus riche et le plus \u00e9clair\u00e9 d&#8217;Europe, la Grande-Bretagne. Toutefois, les chiffres de M. Collins sont trompeurs, \u00e0 moins de rappeler que des milliers de ces habitations hypoth\u00e9qu\u00e9es appartiennent \u00e0 des personnes jeunes (lesquelles, en Europe, habiteraient avec leurs parents) et par des immigrants qui ach\u00e8tent par versements. N\u00e9anmoins, la v\u00e9rit\u00e9 toute simple est suffisamment p\u00e9nible. Avec la pression croissante du temps, peu des nombreuses hypoth\u00e8ques actuelles seront un jour lev\u00e9es, sauf par le sh\u00e9rif.<\/p>\n<p>Il y a probablement peu de gens qui se rendent compte quel bon march\u00e9 on fait parfois de la force humaine et du temps de l&#8217;\u00eatre humain, et ceux qui le discernent ne savent pas comment rem\u00e9dier \u00e0 ce mal, et font ce qu&#8217;ils peuvent pour y \u00e9chapper eux-m\u00eames. Dans toutes les grandes villes du monde, il y a des milliers de gens connus sous le nom de \u00ab sweaters \u00bb qui travaillent plus durement et pendant un plus grand nombre d&#8217;heures que ne le fit la majorit\u00e9 des esclaves du sud, et ce pour avoir tout juste de quoi vivre. Apparemment, ils ont leur libert\u00e9, mais en fait ils sont des esclaves, les esclaves de la n\u00e9cessit\u00e9, ayant la libert\u00e9 de vouloir, mais peu celle d&#8217;agir, pour eux-m\u00eames ou pour d&#8217;autres.<\/p>\n<p>Sur le m\u00eame sujet, nous extrayons du Presbyterian Banner (Pittsburg) ce qui suit :<\/p>\n<p>\u00ab Le syst\u00e8me d&#8217;exploitation des travailleurs est n\u00e9 et s&#8217;est d\u00e9velopp\u00e9 dans des pays \u00e9trangers avant d&#8217;\u00eatre transplant\u00e9 sur le sol am\u00e9ricain o\u00f9 il y a apport\u00e9 sa mal\u00e9diction avec lui. Il ne se limite pas aux rayons des v\u00eatements de confection, mais englobe tous ceux qui sont<\/p>\n<p>(P 375) dirig\u00e9s par un interm\u00e9diaire. L&#8217;interm\u00e9diaire ou fournisseur s&#8217;engage \u00e0 procurer des marchandises au marchand \u00e0 un certain prix, et afin de fournir de bonnes affaires au grand public des acheteurs, et en m\u00eame temps des b\u00e9n\u00e9fices au marchand et \u00e0 l&#8217;interm\u00e9diaire, ce prix doit \u00eatre fix\u00e9 tr\u00e8s bas et les pauvres ouvriers doivent souffrir.<\/p>\n<p>\u00ab En Angleterre, presque toutes les affaires sont trait\u00e9es de cette fa\u00e7on. Le commerce de chaussures et de souliers, celui de la fourrure, le commerce d&#8217;\u00e9b\u00e9nisterie et de tapisserie, et beaucoup d&#8217;autres sont tomb\u00e9s sous la coupe de l&#8217;interm\u00e9diaire, et les gens sont r\u00e9duits \u00e0 des salaires de famine. Mais nous voulons parler du commerce des v\u00eatements de confection dans notre propre pays. En 1886, il n&#8217;y avait \u00e0 New York que dix ateliers exploitant leurs ouvriers ; \u00e0 pr\u00e9sent, il y en a de nombreuses Centaines et il en est de m\u00eame \u00e0 Chicago, tandis que d&#8217;autres villes ont leur part. Ces ateliers sont pour la plupart entre les mains de Juifs, et ceux de Boston et de New York ont l&#8217;avantage sur leurs fr\u00e8res des r\u00e9gions plus \u00e0 l&#8217;ouest en ce qu&#8217;ils peuvent profiter des \u00e9trangers, fra\u00eechement d\u00e9barqu\u00e9s qui ne peuvent pas parler la langue et peuvent donc \u00eatre facilement tromp\u00e9s. Ces ouvriers sont entass\u00e9s dans de petites chambres mal a\u00e9r\u00e9es ; ils sont parfois vingt ou trente dans une chambre assez grande pour huit ouvriers seulement, o\u00f9 ils doivent souvent faire la cuisine, manger et vivre, peiner dix-huit et vingt heures par jour pour gagner suffisamment pour ne pas mourir de faim.<\/p>\n<p>\u00ab Les prix pay\u00e9s p\u00f4ur ce genre de travail constituent une honte pour l&#8217;humanit\u00e9. Par un travail p\u00e9nible, des hommes arrivent \u00e0 gagner deux \u00e0 quatre dollars par semaine. Les chiffres suivants sont fournis par quelqu&#8217;un qui a \u00e9tudi\u00e9 le sujet et qui a obtenu ses renseignements de l&#8217;un de ces \u00ab patrons rapaces \u00bb ; les prix sont ceux qu&#8217;il a re\u00e7us du marchand :<\/p>\n<table>\n<tbody>\n<tr>\n<td width=\"404\">Pour confectionner des manteaux<\/td>\n<td width=\"132\">0,76 $ \u00e0 2,50 $<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"404\">Pour confectionner des vestes de travail<\/td>\n<td width=\"132\">0,32 $ \u00e0 1,50 $<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"404\">Pour confectionner des pantalons<\/td>\n<td width=\"132\">0,25 $ \u00e0 0,75 $<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"404\">Pour confectionner des gilets (par douzaines)<\/td>\n<td width=\"132\">1,00 $ \u00e0 3,00 $<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"404\">Pour confectionner des culottes (par douzaines)<\/td>\n<td width=\"132\">0,50 $ \u00e0 0,75 $<\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td width=\"404\">Pour confectionner des chemises en calico (par douzaines)<\/td>\n<td width=\"132\">0,30 $ \u00e0 0,45 $<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab De cette liste de prix, le \u00ab patron rapace \u00bb prend un gros pourcentage de b\u00e9n\u00e9fice, et quand on a d\u00e9duit le prix du transport que paie l&#8217;ouvrier, on peut ais\u00e9ment<\/p>\n<p>(P 376) imaginer combien il faut que des hommes et des femmes travaillent durement et longtemps pour obtenir les choses ordinaires n\u00e9cessaires \u00e0 la vie. Pour des culottes, pour lesquelles le \u00ab patron \u00bb re\u00e7oit du fabricant soixante-cinq \u00ab cents \u00bb la douzaine, l&#8217;ouvrier exploit\u00e9 ne re\u00e7oit que trente-cinq \u00ab cents \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0L&#8217;ouvrier re\u00e7oit dix \u00ab cents \u00bb pour confectionner des pantalons d&#8217;\u00e9t\u00e9, et s&#8217;il veut en faire six paires compl\u00e8tes, il doit travailler pr\u00e8s de dix-huit heures. Les manteaux sont confectionn\u00e9s par quinze personnes, chacune faisant sa part. Des pantalons de travail, soixante \u00ab cents \u00bb la douzaine de paires. Ce ne sont l\u00e0 que quelques exemples seulement, et n&#8217;importe quelle femme connaissant un peu la couture ou la confection de v\u00eatements, sait quelle somme de besogne cela implique.<\/p>\n<p>\u00ab Mais il y a r\u00e9tribution en toutes choses, et parfois, l&#8217;innocent ou l&#8217;insouciant doit souffrir aussi bien que le coupable. Ces v\u00eatements sont confectionn\u00e9s dans les pires conditions de malpropret\u00e9. Le travail se fait dans des chambres qui ne conviennent pas \u00e0 l&#8217;habitation humaine et qui sont empoisonn\u00e9es par des germes de maladies. A Chicago, au cours de cette ann\u00e9e, un visiteur vit dans l&#8217;un de ces ateliers quatre personnes occup\u00e9es \u00e0 confectionner des manteaux ; toutes avaient la fi\u00e8vre scarlatine ; \u00e0 un autre endroit, reposait le corps d&#8217;un enfant mort de la m\u00eame maladie, tandis que le travail se poursuivait autour de lui et que la contagion se r\u00e9pandait in\u00e9vitablement \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Il est triste que l&#8217;or soit si cher,<\/p>\n<p>Et que la chair et le sang soient si bon march\u00e9s.<\/p>\n<p>Le nombre des pauvres mis\u00e9rables cro\u00eet rapidement, et comme cela a \u00e9t\u00e9 montr\u00e9, la concurrence opprime de plus en plus toute la race humaine, sauf les quelques privil\u00e9gi\u00e9s qui se sont assur\u00e9 des machines et des immeubles. Comme leur fortune et leur puissance progressent en rapport, il semble qu&#8217;on puisse s&#8217;attendre \u00e0 voir des milliardaires si les conditions actuelles continuent.<\/p>\n<p>Il n&#8217;est pas possible que pareille condition de choses doive persister \u00e0 jamais, car m\u00eame l&#8217;op\u00e9ration de la loi naturelle de cause et d&#8217;effet am\u00e8nerait \u00e9ventuellement une r\u00e9tribution. Nous ne devons pas non plus nous attendre \u00e0 ce que la justice de Dieu qui fit cette loi permettrait la persistance de telles conditions. Dieu, par le moyen de Christ, a rachet\u00e9 et \u00e9pous\u00e9 la cause de notre humanit\u00e9 d\u00e9chue et le moment de la d\u00e9livrer<\/p>\n<p>(P 377) de l&#8217;\u00e9go\u00efsme et de la puissance g\u00e9n\u00e9rale du mal est proche. \u2014 Rom. 8 : 19-23.<\/p>\n<p>Voici comment un journal de l&#8217;Ouest repr\u00e9sentait clairement la situation il y a quelques ann\u00e9es, situation plus terrifiante encore pr\u00e9sentement :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le nombre des ch\u00f4meurs dans ce pays s&#8217;\u00e9l\u00e8ve \u00e0 deux millions. Ceux qui d\u00e9pendent d&#8217;eux sont probablement quatre fois plus nombreux.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Peut-\u00eatre avez-vous entendu parler de cela d\u00e9j\u00e0. Je voudrais que vous y pensiez jusqu&#8217;\u00e0 ce que vous vous rendiez compte de ce que cela signifie. Cela veut dire que sous \u00ab le meilleur gouvernement du monde \u00bb, avec \u00ab le meilleur syst\u00e8me bancaire que le monde ait jamais vu \u00bb et toutes autres choses au plus haut niveau, avec une production sans pr\u00e9c\u00e9dent d&#8217;aliments et de tous autres objets de bien-\u00eatre et de luxe, un septi\u00e8me de notre population a \u00e9t\u00e9 r\u00e9duit \u00e0 la mendicit\u00e9 absolue si elle ne veut pas mourir de faim. Des gens ont faim devant des magasins et devant des silos qui regorgent de grains qu&#8217;on ne peut vendre \u00e0 un prix suffisant pour r\u00e9tribuer le producteur. Des gens grelottent, presque nus, devant des entrep\u00f4ts remplis \u00e0 craquer de v\u00eatements de toutes sortes. Des gens ont froid et n&#8217;ont pas de feu, avec des centaines de millions de tonnes de charbon facilement accessible dans des milliers de mines. Les cordonniers qui sont inoccup\u00e9s seraient contents d&#8217;aller travailler et de confectionner des souliers pour les mineurs en \u00e9change de combustible. De m\u00eame, ces derniers seraient contents de travailler dans les mines pour pouvoir obtenir des souliers. De la m\u00eame fa\u00e7on, le fermier \u00e0 demi-v\u00eatu, du Kansas, qui est incapable de vendre son bl\u00e9 pour payer les notes de moissonnage et de battage, serait enchant\u00e9 d&#8217;\u00e9changer ce bl\u00e9 avec les hommes des usines de l&#8217;Est qui filent et tissent l&#8217;\u00e9toffe dont il a besoin.<\/p>\n<p>Ce n&#8217;est pas le manque de ressources naturelles qui trouble le pays de nos jours. Ce n&#8217;est pas le manque de capacit\u00e9 ou de bonne volont\u00e9 de la part des deux millions de ch\u00f4meurs pour travailler et produire les choses d\u00e9sirables et utiles. C&#8217;est simplement que les instruments de production et les moyens d&#8217;\u00e9change sont concentr\u00e9s dans les mains de quelques-uns. Nous ne faisons que commencer \u00e0 nous rendre compte combien est pernicieux un tel \u00e9tat de choses, et nous le comprendrons de mieux en mieux au fur et \u00e0 mesure que cette concentration augmentera. D\u00e8s gens sont oisifs, ils ont froid et faim parce \u2022qu&#8217;ils ne peuvent \u00e9changer les produits de leur travail.<\/p>\n<p>(P 378) Devant de tels r\u00e9sultats, notre pr\u00e9tentieuse civilisation actuelle n&#8217;est-elle pas \u00e0 la veille d&#8217;un \u00e9chec mortel ? Si les ch\u00f4meurs de ce pays se mettaient c\u00f4te \u00e0 c\u00f4te en rangs de quatre et \u00e0 deux m\u00e8tres environ d&#8217;intervalle, ils formeraient un cort\u00e8ge de six cents \u00ab miles \u00bb de long. Ceux qui d\u00e9pendent d&#8217;eux pour subsister atteindraient, dans le m\u00eame ordre, une distance de 2 400 \u00ab miles \u00bb. Cette arm\u00e9e, ainsi form\u00e9e, s&#8217;\u00e9tendrait de l&#8217;Atlantique au Pacifique \u2014 de Sandy Hook \u00e0 Golden Gate.<\/p>\n<p>\u00ab Si l&#8217;intelligence de la race n&#8217;est pas capable d&#8217;imaginer un syst\u00e8me industriel meilleur que celui-ci, nous pourrions aussi bien admettre que l&#8217;humanit\u00e9 est le plus grand \u00e9chec de l&#8217;univers. [Oui, c&#8217;est \u00e0 cette conclusion que porte la providence divine ; il faut que les hommes apprennent leur impuissance personnelle et quel est le vrai Ma\u00eetre, de m\u00eame que chaque poulain doit \u00eatre \u00ab rompu\u00bb avant de pouvoir servir.] La chose la plus atroce et la plus cruelle de tous les temps est l&#8217;essai fait actuellement de maintenir une arm\u00e9e industrielle charg\u00e9e de combattre pour nos rois ploutocratiques sans prendre des dispositions pour la maintenir durant les p\u00e9riodes o\u00f9 ses services ne sont pas n\u00e9cessaires. \u00bb<\/p>\n<p>Ce qui pr\u00e9c\u00e8de a \u00e9t\u00e9 \u00e9crit pendant la p\u00e9riode de la crise la plus grave \u00e0 propos de la \u00ab manipulation des bar\u00e8mes \u00bb et ne constitue pas, heureuse\/rient, la condition normale. Toutefois, on ignore quand il est possible qu&#8217;elle se r\u00e9p\u00e8te. N\u00e9anmoins, le Harrisburg Patriot, de la m\u00eame ann\u00e9e, donna les chiffres suivants, sous le titre \u00ab Le nombre des ch\u00f4meurs \u00bb :<\/p>\n<p>\u00ab Il existe 10 000 ch\u00f4meurs \u00e0 Boston ; 7 000 \u00e0 Worcester, autant \u00e0 New Haven, 9 600 \u00e0 Providence, 100 000 \u00e0 New York, 16 000 \u00e0 Utica qui est une petite ville ; \u00e0 Paterson (N.-J.) la moiti\u00e9 des habitants ch\u00f4ment ; il y a 15 000 ouvriers inoccup\u00e9s \u00e0 Philadelphie, 10 000 \u00e0 Baltimore, 3 000 \u00e0 Wheeling, 6 000 \u00e0 Cincinnati, 8 000 \u00e0 Cleveland, 4 000 \u00e0 Columbus, 5 000 \u00e0 Indianapolis, 2 500 \u00e0 Terre Haute, 200 000 \u00e0 Chicago, 25 000 \u00e0 Detroit, 20 000 \u00e0 Milwaukie, 6 000 \u00e0 Minneapolis, 80 000 \u00e0 St-Louis, 2 000 \u00e0 St-Joseph, autant \u00e0 Omaha, 5 000 \u00e0 Butte City (Mont.), 15 000 \u00e0 San Francisco. \u00bb<\/p>\n<p>Nous donnons ci-dessous un extrait de The Coming Nation,<\/p>\n<p>(P 379) intitul\u00e9 \u00ab Un probl\u00e8me qu&#8217;il vous faut r\u00e9soudre \u00bb. Il montre \u00e0 quel point certains hommes voient clairement la situation. Toutes ces voix qui mettent en garde ne font que r\u00e9p\u00e9ter le conseil solennel du proph\u00e8te inspir\u00e9 : \u00ab Et maintenant, \u00f4 rois [tous ceux qui d\u00e9tiennent une mesure quelconque d&#8217;autorit\u00e9 et de pouvoir], soyez intelligents ; vous, juges de la terre, recevez instruction \u00bb. Il d\u00e9clare :<\/p>\n<p>\u00ab Vous admettrez que des nouvelles machines supplantent les ouvriers. La pr\u00e9tention que la fabrication et la surveillance de ces nouvelles machines emploieront le nombre des ouvriers ainsi jet\u00e9s dehors ne tiendra pas, car si cela \u00e9tait vrai, il n&#8217;y aurait aucun avantage \u00e0 employer des machines. Le fait ressort tellement bien que des centaines de milliers d&#8217;ouvriers ch\u00f4ment maintenant parce que des machines font le travail qu&#8217;ils faisaient autrefois ; il faut que tous reconnaissent ce fait pour peu qu&#8217;ils r\u00e9fl\u00e9chissent. Ces hommes sans travail n&#8217;ach\u00e8tent pas autant de marchandises que lorsqu&#8217;ils travaillaient ; ainsi y a-t-il moins de demandes de ces marchandises ; par suite, beaucoup d&#8217;autres ouvriers ne peuvent \u00eatre employ\u00e9s, et cela augmente le nombre des ch\u00f4meurs et arr\u00eate d&#8217;autres achats.<\/p>\n<p>\u00ab Qu&#8217;allez-vous faire de ces ouvriers sans travail ? Que, dans leur ensemble les prix des marchandises baissent, cela ne donne pas du travail \u00e0 ces hommes. Aucune activit\u00e9 ne s&#8217;ouvre \u00e0 eux, car tous les march\u00e9s du travail regorgent d&#8217;hommes pour la m\u00eame raison. Vous ne pouvez les tuer (\u00e0 moins qu&#8217;ils ne fassent gr\u00e8ve), et ils ne peuvent aller nulle part. S\u00e9rieusement, je demande : qu&#8217;allez-vous faire d&#8217;eux ? Des fermiers exp\u00e9riment\u00e9s font faillite, alors quelle preuve de succ\u00e8s auraient ces hommes dans l&#8217;agri\u00adculture, m\u00eame s&#8217;ils avaient de la terre ?<\/p>\n<p>\u00ab Le nombre de ces hommes se multiplie comme les feuilles de la for\u00eat. Ils se comptent par millions. Il n&#8217;y a aucune perspective d&#8217;obtenir du travail pour beaucoup d&#8217;entre eux, ou s&#8217;ils y parviennent, ce n&#8217;est que pour prendre la place d&#8217;autres qui travaillent maintenant et qui, alors, viendraient s&#8217;ajouter au nombre des sans travail. Peut-\u00eatre pensez-vous que leur sort ne vous regarde pas, mais, mon cher monsieur, cela vous concerne bien, et vous vous en rendrez compte avant peu. C&#8217;est un sujet qu&#8217;on ne peut \u00e9carter en tournant les talons et en refusant d&#8217;\u00e9couter. Le peuple fran\u00e7ais a pens\u00e9 cela jadis, mais il &#8216;l&#8217;apprit autrement, m\u00eame si la g\u00e9n\u00e9ration actuelle a oubli\u00e9 la le\u00e7on.<\/p>\n<p>(P 380) La g\u00e9n\u00e9ration pr\u00e9sente, aux Etats-Unis, doit r\u00e9soudre la question et la r\u00e9soudra de quelque mani\u00e8re. Cela peut \u00eatre fait dans la paix, l&#8217;amour et la justice, ou bien par un homme violent qui foule aux pieds les droits de tous, comme vous le voyez maintenant faire, dans l&#8217;indiff\u00e9rence, au d\u00e9triment de quelques-uns. Nous le, r\u00e9p\u00e9tons, il vous faudra r\u00e9pondre \u00e0 ces questions dans les prochaines ann\u00e9es.<\/p>\n<p>\u00ab Les Fran\u00e7ais furent avertis, mais ils ne pouvaient \u00e9couter \u00e0 cause de la vie fastueuse de la royaut\u00e9 corrompue. Et vous, \u00e9couterez-vous ? ou bien, permettra-t-on au pr\u00e9sent \u00e9tat de choses de continuer ainsi jusqu&#8217;\u00e0 ce que cinq ou six millions de gens r\u00e9clament du pain ou de \u00ab l&#8217;oxyde de fer \u00bb ? L&#8217;agitation, lorsqu&#8217;elle arrivera, sera intensifi\u00e9e au centuple, aux Etats-Unis, \u00e0 cause des conditions sociales qui y pr\u00e9valent depuis un si\u00e8cle. L&#8217;amour de la libert\u00e9 est devenu puissant, aliment\u00e9 par une haine des rois, des tyrans et des oppresseurs. On ne peut compter ni sur des soldats, ni sur des marins qui viennent des masses populaires pour tirer sur leurs propres p\u00e8res et sur leurs propres fr\u00e8res au seul signe ou sur l&#8217;ordre de rois titr\u00e9s ou non. Etant donn\u00e9 ce qui doit r\u00e9sulter d&#8217;une oisivet\u00e9 trop prolong\u00e9e de millions de personnes dont les conditions identiques cimenteront bient\u00f4t des liens d&#8217;amiti\u00e9, ne pensez-vous pas que vous devriez vous int\u00e9resser \u00e0 ces conditions ? Ne serait-ce pas mieux de trouver et d&#8217;appliquer un rem\u00e8de, d&#8217;employer ces hommes, m\u00eame dans des ateliers publics plut\u00f4t que d&#8217;en arriver \u00e0 la d\u00e9tresse finale ?<\/p>\n<p>\u00ab Nous savons ce que font les capitalistes : nous les voyons pr\u00e9parer les munitions de guerre pour gouverner les masses par la force des armes. Mais ils sont stupides. Ils ne sont sages qu&#8217;\u00e0 leurs propres yeux. Ils sont en train d&#8217;adopter la tactique des rois, et bient\u00f4t, ils seront comme la balle au vent. Le destin est contre leurs tactiques. Des rois, ayant des arm\u00e9es plus fortes que celles qui peuvent \u00eatre rassembl\u00e9es ici pour d\u00e9fendre le capitalisme, tremblent devant la croissance constante d&#8217;une civilisation plus \u00e9lev\u00e9e parmi le peuple, pouss\u00e9e par la d\u00e9tresse de cette arm\u00e9e de sans travail qui grandit rapidement. La justice ne fait de tort \u00e0 personne, bien qu&#8217;elle puisse supprimer les privil\u00e8ges des voleurs. En qualit\u00e9 de citoyens, r\u00e9solvons et r\u00e9glons le probl\u00e8me l\u00e9galement, non pas en partisans, mais en citoyens qui pensent davantage au pays qu&#8217;\u00e0 un parti, et plus \u00e0 la justice qu&#8217;\u00e0 l&#8217;or du roi \u00bb.<\/p>\n<p>Telles sont les fortes paroles de quelqu&#8217;un qui, de toute \u00e9vidence, pense fortement, et il y en a beaucoup comme lui. Personne ne peut nier qu&#8217;il y ait au moins quelque v\u00e9rit\u00e9 dans les accusations.<\/p>\n<p>(P 381)<\/p>\n<p>L&#8217;\u00c9TAT DE CHOSES ACTUEL EST UNIVERSEL ;<\/p>\n<p>AUCUN POUVOIR HUMAIN NE PEUT Y REM\u00c9DIER<\/p>\n<p>Cet \u00e9tat de choses n&#8217;existe pas seulement en Am\u00e9rique et en Europe : en effet, pendant des si\u00e8cles, les millions d&#8217;habitants de l&#8217;Asie n&#8217;ont jamais connu d&#8217;autres conditions d&#8217;existence. Une dame am\u00e9ricaine, missionnaire en Inde, \u00e9crit qu&#8217;elle fut profond\u00e9ment afflig\u00e9e lorsque les indig\u00e8nes lui demand\u00e8rent s&#8217;il \u00e9tait vrai que, dans son pays, les gens avaient tout le pain qu&#8217;ils d\u00e9siraient manger, trois fois par jour. Elle raconte qu&#8217;en Inde, la plupart des gens ont rarement assez \u00e0 manger pour satisfaire leur app\u00e9tit.<\/p>\n<p>On raconte que le \u00ab Lieutenant-Gouverneur \u00bb du Bengale (Inde) aurait dit, il n&#8217;y a pas longtemps : \u00ab La moiti\u00e9 de notre population agricole ne sait jamais ce que c&#8217;est que de manger \u00e0 sa faim. \u00bb Ceux qui produisent le grain ne peuvent pas manger ce qui leur serait strictement n\u00e9cessaire, car ils doivent d&#8217;abord en tirer le montant des imp\u00f4ts. Dix millions de la population de l&#8217;Inde sont occup\u00e9s au tissage \u00e0 la main des cotonnades. Aujourd&#8217;hui, les machines, sur le littoral, ont d\u00e9truit leur industrie et il ne leur reste comme occupation que l&#8217;agriculture dans les dures conditions mentionn\u00e9es plus haut.<\/p>\n<p>En Afrique du Sud, \u00e9galement, o\u00f9 des millions de dollars furent g\u00e9n\u00e9reusement investis au cours de ce que l&#8217;on a appel\u00e9 la \u00ab Fi\u00e8vre d&#8217;or africaine \u00bb, les temps sont durs pour beaucoup, et certains des intellectuels craignent le pire. L&#8217;extrait suivant d&#8217;un journal de Natal (Afrique du Sud), donne une id\u00e9e de la situation :<\/p>\n<p>\u00ab Ceux qui ne sont pas venus directement en contact avec les immigrants europ\u00e9ens cherchant du travail ne peuvent pas se faire une id\u00e9e du d\u00e9nuement dans lequel se trouvent ces gens-l\u00e0 \u00e0 Durban. Il est cependant r\u00e9confortant de constater que le Comit\u00e9 de secours du Conseil municipal se rend bien compte qu&#8217;il a un devoir humanitaire \u00e0 remplir \u00e0 l&#8217;\u00e9gard des malheureux qui sont arriv\u00e9s dans ce pays. Cette semaine au cours d&#8217;une conversation avec M. R. Jameson, l&#8217;infatigable promoteur qui est entr\u00e9, corps et \u00e2me, dans ce mouvement philanthropique, j&#8217;ai appris que les \u0153uvres de secours \u00e0 Point offrent un emploi temporaire \u00e0 quelque chose comme cinquante hommes. Il est affligeant de constater que des hommes qui<\/p>\n<p>(P 382) ont \u00e9t\u00e9 form\u00e9s pour des travaux de bureau, aussi bien que d&#8217;habiles artisans, puissent se trouver \u00ab si malchanceux \u00bb qu&#8217;ils en soient r\u00e9duits \u00e0 accepter avec empressement l&#8217;allocation de 3 s. par jour et un abri fournis par la Soci\u00e9t\u00e9 contre le maniement de la pelle pendant huit heures pour enlever du sable sous un soleil br\u00fblant.<\/p>\n<p>\u00ab Pendant ce temps-l\u00e0, il n&#8217;y a aucune place vacante et l&#8217;on doit refuser de fr\u00e9quentes demandes d&#8217;emploi. De temps en temps, le Pr\u00e9sident du Comit\u00e9, par le moyen d&#8217;annonces ou autrement, trouve de l&#8217;emploi pour tels des hommes qui ont une connaissance suffisante d&#8217;une profession ou d&#8217;un m\u00e9tier manuel. Les places vacantes ainsi cr\u00e9\u00e9es dans l&#8217;\u00e9quipe sont alors combl\u00e9es par certains de ceux qui avaient ant\u00e9rieurement propos\u00e9 en vain leur candidature. En plus de ceux qui travaillent dans l&#8217;\u00e9quipe, il y a un nombre important d&#8217;hommes qui errent dans la ville apr\u00e8s avoir vainement cherch\u00e9 un emploi. Ils trouvent bient\u00f4t le moyen de toucher le g\u00e9nial d\u00e9put\u00e9-maire qui fait tout ce qu&#8217;il peut pour eux, souvent sans succ\u00e8s malheureusement. Si des employeurs, ayant besoin de main-d\u2019\u0153uvre, ont recours \u00e0 M. Jameson, ils peuvent obtenir sur sa liste tous renseignements utiles concernant les sans travail. Il faut comprendre qu&#8217;aucun de ces ch\u00f4meurs n&#8217;est un v\u00e9ritable habitant de Durban : tous sont venus l\u00e0 de toutes les parties de l&#8217;Afrique, du Sud, en qu\u00eate d&#8217;un emploi. Durban n&#8217;est nullement la seule ville \u00e0 faire cette exp\u00e9rience ; il n&#8217;y a que trop de preuves \u00e9videntes qu&#8217;une semblable situation d\u00e9plorable existe ailleurs.<\/p>\n<p>\u00ab Comme nous l&#8217;avons d\u00e9j\u00e0 mentionn\u00e9, nombre de ceux qui sollicitent un emploi dans l&#8217;\u00e9quipe de secours sont des hommes habitu\u00e9s uniquement \u00e0 un travail de bureau. On ne saurait trop souvent ni trop fortement insister que ceux-l\u00e0 n&#8217;ont absolument aucune chance au Natal, le march\u00e9 du travail y \u00e9tant toujours encombr\u00e9. Si, dans la ville, il n&#8217;y avait pas l&#8217;action de la Soci\u00e9t\u00e9 qui fournit un travail temporaire, il y aurait eu une d\u00e9tresse consid\u00e9rablement plus grande. Dans l&#8217;ensemble, les hommes de l&#8217;\u00e9quipe de secours ont eu une conduite exemplaire, ce qui justifie la poursuite de la politique adopt\u00e9e par le conseil municipal. Mais, demandera-t-on peut-\u00eatre, que fait la Soci\u00e9t\u00e9 de Bienfaisance ? Cette excellente institution ne fournit des secours qu&#8217;aux r\u00e9sidents et \u00e0 leurs familles, et comme \u00e0 l&#8217;ordinaire, ses \u00ab mains \u00bb sont pleines, sinon d&#8217;argent, en tout cas de cas dignes de retenir son attention \u00bb.<\/p>\n<p>(P 383)<\/p>\n<p>Mais les gens intelligents qui discernent ces choses ne feront-ils pas le n\u00e9cessaire pour emp\u00eacher l&#8217;an\u00e9antisse\u00adment de leurs semblables, moins favoris\u00e9s ou moins intelligents ? Ne s&#8217;aper\u00e7oivent-ils pas que la meule sup\u00e9\u00adrieure se rapproche tr\u00e8s dangereusement de la meule inf\u00e9rieure ? Ne voient-ils pas que les masses populaires qui doivent passer entre ces deux meules dans la concurrence souffrent cruellement de cette oppression et en souffriront davantage encore ? Des c\u0153urs g\u00e9n\u00e9reux ne chercheront-ils pas \u00e0 les secourir ?<\/p>\n<p>Non ; la majorit\u00e9 de ceux qui sont favoris\u00e9s, soit par la richesse, soit par la capacit\u00e9 sont tellement occup\u00e9s pour eux-m\u00eames \u00e0 \u00ab gagner de l&#8217;argent \u00bb, \u00e0 amasser la plus grande quantit\u00e9 possible de \u00ab farine \u00bb dans leurs propres sacs, qu&#8217;ils ne se rendent pas compte de la v\u00e9ri\u00adtable situation. Ils entendent bien les g\u00e9missements des gens moins fortun\u00e9s qu&#8217;eux ; souvent ils donnent g\u00e9n\u00e9\u00adreusement de l&#8217;argent pour les aider, mais comme le nombre des malheureux augmente rapidement, beaucoup pensent que la situation de ceux-ci est sans espoir, ils s&#8217;habituent aux conditions pr\u00e9sentes, s&#8217;installent dans la jouissance de leur bien-\u00eatre personnel et de leurs privil\u00e8ges sp\u00e9ciaux, et pour un temps du moins oublient ou ignorent les afflictions de leurs semblables.<\/p>\n<p>Cependant, il y en a quelques-uns qui se trouvent bien plac\u00e9s pour discerner plus ou moins clairement la v\u00e9ritable situation. Il n&#8217;y a aucun doute que parmi eux se trouvent des industriels, des propri\u00e9taires de mines, etc. Ils peuvent discerner les difficult\u00e9s, et d\u00e9sireraient que les choses fussent autrement ; ils d\u00e9sirent vivement aider, \u00e0 les changer, mais que peuvent-ils faire ? Ils peuvent faire bien peu de chose, sauf d&#8217;aider \u00e0 secourir les cas de d\u00e9tresse les plus douloureux parmi leurs voisins, et leurs parents. Ils ne peuvent pas changer le pr\u00e9sent ordre social et d\u00e9truire en partie le syst\u00e8me de concurrence ; ils se rendent compte que le monde souffrirait d&#8217;une abolition compl\u00e8te de la concurrence si l&#8217;on ne rempla\u00e7ait celle-ci par quelque antre puissance qui oblige ceux qui, par nature, sont indolents, \u00e0 \u00eatre \u00e9nergiques.<\/p>\n<p>Il est \u00e9vident qu&#8217;aucun homme ni groupe d&#8217;hommes ne peuvent changer le pr\u00e9sent ordre social, mais par la puissance de l&#8217;Eternel et selon les moyens de l&#8217;Eternel indiqu\u00e9s dans les Ecritures, cet ordre peut \u00eatre et sera chang\u00e9 bient\u00f4t pour \u00eatre remplac\u00e9 par un<\/p>\n<p>(P 384) syst\u00e8me parfait, bas\u00e9 non sur l&#8217;\u00e9go\u00efsme mais sur l&#8217;amour et la justice. Pour \u00e9tablir ce r\u00e8gne, il faut que l&#8217;ordre de choses actuel soit enti\u00e8rement renvers\u00e9. Le vin nouveau ne sera pas mis dans de vieilles outres ; il ne sera pas non plus pris une pi\u00e8ce de drap neuf pour rapi\u00e9cer un vieil habit. C&#8217;est pourquoi, ayant de la sympathie pour les riches comme pour les pauvres, dans les malheurs qui sont proches, nous pouvons prier \u00ab Que ton r\u00e8gne vienne ! Que ta volont\u00e9 soit faite sur la terre comme au ciel ! \u00bb m\u00eame si le Royaume doit s&#8217;\u00e9tablir dans \u00ab le feu de la col\u00e8re de l&#8217;Eternel \u00bb, feu dont nous voyons d\u00e9j\u00e0 les \u00ab \u00e9l\u00e9ments \u00bb pr\u00e9paration.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(P 269) ETUDE VII LES NATIONS ASSEMBLEES ET LA PREPARATION DES ELEMENTS POUR LE GRAND FEU DE L&#8217;INDIGNATION DE DIEU Comment et pourquoi les nations sont assembl\u00e9es. \u2014 Les \u00e9l\u00e9ments sociaux se pr\u00e9parent pour le feu. \u2014 L&#8217;accumulation des richesses. &hellip; <a href=\"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/la-bataille-darmaguedon\/chapitre-7\/\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":890,"menu_order":7,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/955"}],"collection":[{"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=955"}],"version-history":[{"count":8,"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/955\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1125,"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/955\/revisions\/1125"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/890"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=955"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}