{"id":929,"date":"2020-05-26T08:34:39","date_gmt":"2020-05-26T08:34:39","guid":{"rendered":"http:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/?page_id=929"},"modified":"2022-02-05T18:25:06","modified_gmt":"2022-02-05T18:25:06","slug":"chapitre-5","status":"publish","type":"page","link":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/la-bataille-darmaguedon\/chapitre-5\/","title":{"rendered":"Chapitre 5"},"content":{"rendered":"<p>(P 113)<\/p>\n<p>ETUDE V<\/p>\n<p>BABYLONE DEVANT LA COUR SUPREME<\/p>\n<p>SA CONFUSION DANS LE DOMAINE NATIONAL<\/p>\n<p>Les pouvoirs civils sont dans la d\u00e9tresse, en voyant que le jugement se tourne contre eux. &#8212; Dans la crainte<\/p>\n<p>et la d\u00e9tresse, ils cherchent \u00e0 s&#8217;allier entre eux, et s&#8217;adressent en vain \u00e0 l&#8217;\u00e9glise qui ne poss\u00e8de plus sa puissance d&#8217;autrefois. \u2014 Ils accroissent leurs arm\u00e9es et leurs marines. \u2014 Pr\u00e9paratifs de guerre actuels. \u2014 Les forces militaires sur terre et sur mer. \u2014 Perfectionnement des engins de guerre, nouvelles d\u00e9couvertes, nouvelles inventions, nouveaux explosifs, etc. \u2014 R\u00e9veillez les h\u00e9ros : Que le faible dise : je suis fort. De vos charrues, forgez des \u00e9p\u00e9es et de vos serpes des lances, etc. \u2014 Les Etats-Unis d&#8217;Am\u00e9rique, uniques dans leur position, sont cependant menac\u00e9s de plus grands maux que l&#8217;Ancien Monde. \u2014 Le cri de Paix ! Paix ! Et il n&#8217;y a point de paix.<\/p>\n<p>\u00ab CAR ce sont l\u00e0 des jours de vengeance, afin que toutes les choses qui sont \u00e9crites soient accomplies&#8230; et sur la terre une angoisse des nations en perplexit\u00e9 devant le grand bruit de la mer et des flots, les hommes rendant l&#8217;\u00e2me de peur et \u00e0 cause de l&#8217;attente des choses qui viennent sur la terre habit\u00e9e : car les puissances des cieux seront \u00e9branl\u00e9es. Et alors on verra le fils de l&#8217;homme venant sur une nu\u00e9e avec puissance et une grande gloire \u00bb.<\/p>\n<p>\u00ab Encore une fois je secouerai non seulement la terre, mais aussi le ciel. Or ces mots \u00ab Encore une fois \u00bb indiquent le changement des choses muables, comme ayant \u00e9t\u00e9 faites, afin que celles qui sont immuables demeurent&#8230; Car aussi notre Dieu est un feu consumant \u00bb. \u2014 Luc 21 : 22, 25, 27 ; H\u00e9b. 12 : 26-29.<\/p>\n<p>Il appara\u00eet tr\u00e8s clairement que les pouvoirs civils de la chr\u00e9tient\u00e9 se rendent compte que le jugement se tourne contre eux et que la stabilit\u00e9 de leur puissance n&#8217;est nullement assur\u00e9e. Disra\u00e9li, alors Premier ministre d&#8217;Angleterre, s&#8217;adressant<\/p>\n<p>(P 114) au Parlement britannique, le 2 juillet 1874 (juste au commencement de cette p\u00e9riode de la moisson ou jour du jugement), d\u00e9clara : \u00ab La grande crise de ce monde est plus proche que certains ne le supposent. Pourquoi la chr\u00e9tient\u00e9 est-elle si menac\u00e9e ? Je crains que la civilisation ne soit sur le point de s&#8217;effondrer \u00bb. Il dit encore : \u00ab De quelque c\u00f4t\u00e9 que nous nous tournions, il y a un sentiment de malaise qui se r\u00e9pand, une d\u00e9tresse des nations, le c\u0153ur des hommes d\u00e9faille de crainte&#8230; Personne ne peut manquer de remarquer ces choses. Quiconque lit un journal ne peut manquer de voir l&#8217;aspect orageux du ciel politique qui nous enveloppe \u00e0 pr\u00e9sent&#8230; Quelque gigantesque explosion doit s\u00fbrement se produire. En Europe, tous les cabinets gouvernementaux sont agit\u00e9s. Tous les rois et gouverneurs ont la main sur la garde de leur \u00e9p\u00e9e&#8230; Nous sommes dans un temps exceptionnellement effrayant. Nous approchons de la fin ! \u00bb.<\/p>\n<p>Si tel \u00e9tait l&#8217;aspect du monde au d\u00e9but m\u00eame du jugement, combien plus mena\u00e7ants sont les signes des temps aujourd&#8217;hui !<\/p>\n<p>D&#8217;un article du London Spectator, intitul\u00e9 \u00ab L&#8217;inqui\u00e9tude de l&#8217;Europe \u00bb, nous tirons l&#8217;extrait suivant :<\/p>\n<p>\u00ab A quoi devrions-nous attribuer l&#8217;inqui\u00e9tude qui pr\u00e9vaut en Europe ? Nous dirions que si elle est due en partie \u00e0 la condition de l&#8217;Italie, elle doit \u00eatre surtout imput\u00e9e \u00e0 la vague de pessimisme qui d\u00e9ferle actuellement sur l&#8217;Europe, caus\u00e9e en partie par les difficult\u00e9s \u00e9conomiques et en partie par l&#8217;apparition soudaine de l&#8217;anarchie comme force dans le monde. Ce dernier ph\u00e9nom\u00e8ne a eu de beaucoup une plus grande influence sur le Continent qu&#8217;en Angleterre. Les hommes d&#8217;\u00e9tat, \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, anticipent toujours le danger qui vient des masses, danger qui se mat\u00e9rialise \u00e0 leurs yeux quand les bombes sont lanc\u00e9es. En fait, ils consid\u00e8rent les anarchistes comme n&#8217;\u00e9tant que l&#8217;avant-garde d&#8217;une arm\u00e9e qui progresse sur la civilisation et qui, si elle ne peut \u00eatre soit gagn\u00e9e, soit mise au d\u00e9fi, pulv\u00e9risera tout ordre existant. Ils se proph\u00e9tisent \u00e0 eux-m\u00eames des maux de l&#8217;avenir int\u00e9rieur du pays, la tranquillit\u00e9 existante reposant, pensent-ils, trop exclusivement sur les ba\u00efonnettes. Jugeant la situation int\u00e9rieure avec si peu d&#8217;espoir, ils sont naturellement enclins \u00e0 \u00eatre m\u00e9lancoliques quant \u00e0 la situation ext\u00e9rieure, et \u00e0 penser que cela ne peut durer, \u00e0 consid\u00e9rer tout mouvement&#8230; comme une preuve que la<\/p>\n<p>(P 115) fin approche rapidement. Ils \u00e9prouvent, en politique, la disposition au pessimisme qui est si manifeste dans la litt\u00e9rature et dans la soci\u00e9t\u00e9. Ce pessimisme est, pour le moment, rendu plus intense par la vague de crise \u00e9conomique \u00bb.<\/p>\n<p>D&#8217;un autre num\u00e9ro du m\u00eame journal, ce qui suit est \u00e9galement en rapport :<\/p>\n<p>\u00ab LE VRAI DANGER CONTINENTAL. \u2014 M. Jules Roche nous a donn\u00e9 un avertissement opportun. Son discours de mardi, qui fut \u00e9cout\u00e9 \u00e0 la Chambre des D\u00e9put\u00e9s avec une profonde attention, a rappel\u00e9 une fois de plus \u00e0 l&#8217;Europe combien est mince la cro\u00fbte qui recouvre encore ses feux volcaniques. Sa th\u00e8se \u00e9tait que la France, apr\u00e8s tous ses sacrifices \u2014 sacrifices qui auraient \u00e9cras\u00e9 n&#8217;importe quelle puissance moins riche \u2014 n&#8217;\u00e9tait pas encore pr\u00e9par\u00e9e \u00e0 la guerre ; qu&#8217;elle doit faire davantage, et, par-dessus tout, d\u00e9penser davantage, avant qu&#8217;elle puisse \u00eatre consid\u00e9r\u00e9e comme \u00e9tant en s\u00e9curit\u00e9 ou pr\u00eate. D&#8217;un bout \u00e0 l&#8217;autre de son discours, il traita l&#8217;Allemagne comme un terrible et imminent ennemi qui, pr\u00e9sentement, \u00e9tait bien plus fort que la France. Pour \u00e9viter l&#8217;invasion par un tel ennemi, la France doit toujours \u00eatre pr\u00e9par\u00e9e. Dans le dernier projet de loi militaire (dit M. Roche), l&#8217;empereur Guillaume II a r\u00e9ussi non seulement \u00e0 enfermer son peuple entier dans l&#8217;\u00e9treinte de la conscription, mais il a \u00e9lev\u00e9 l&#8217;effectif de l&#8217;arm\u00e9e r\u00e9ellement pr\u00eate \u00e0 marcher et \u00e0 combattre \u00e0 cinq cent cinquante mille hommes, bien encadr\u00e9s, bien \u00e9quip\u00e9s, post\u00e9s d&#8217;une mani\u00e8re scientifique, en bref, une arm\u00e9e pr\u00eate pour le jour o\u00f9 des l\u00e8vres de l&#8217;empereur sortira la d\u00e9cision fatale que son grand-p\u00e8re a exprim\u00e9e en deux mots : \u00ab Krieg-Mobil \u00bb. La France, au contraire, bien que le filet de sa conscription soit \u00e9galement vaste, n&#8217;a que quatre cent mille hommes pr\u00eats, et par raison d&#8217;\u00e9conomie, r\u00e9duit m\u00eame fermement cette proportion. Donc, au commencement de la guerre qui, de nos jours, d\u00e9cide habituellement de sa fin, la France, avec des ennemis au moins sur deux de ses fronti\u00e8res, manquerait de cent cinquante mille hommes, et avant que ses ressources totales soient \u00e0 la disposition de ses g\u00e9n\u00e9raux, pourrait subir des calamit\u00e9s terribles et m\u00eame fatales. Bien que loin d&#8217;\u00eatre d\u00e9vou\u00e9s \u00e0 M. Jules Roche, les d\u00e9put\u00e9s ont \u00e9cout\u00e9 presque frapp\u00e9s de frayeur, et M. F\u00e9lix Faure a d\u00e9cid\u00e9 que, pour la premi\u00e8re fois en six ans, il allait exercer une pr\u00e9rogative oubli\u00e9e et qui est accord\u00e9e au Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, et pr\u00e9sider la r\u00e9union du Conseil militaire supr\u00eame qui se tiendrait le 20 mars. Ir a \u00e9videmment l&#8217;intention,<\/p>\n<p>(P 116) en homme d&#8217;affaires exerc\u00e9,* de faire l&#8217;\u00ab inventaire \u00bb de la situation militaire, pour s&#8217;assurer clairement de ce que la France poss\u00e8de en mati\u00e8re de canons, de chevaux et d&#8217;hommes pr\u00eats \u00e0 l&#8217;action en cas d&#8217;alarme, et s&#8217;il trouve le stock de mat\u00e9riel insuffisant pour satisfaire les grands besoins, d&#8217;insister pour en acheter davantage. Riche comme l&#8217;est la firme, il est possible qu&#8217;il trouve son capital insuffisant pour cette entreprise, cette masse de nouveau mat\u00e9riel \u00e9tant extr\u00eamement co\u00fbteuse, mais en tout cas, il a l&#8217;intention de conna\u00eetre l&#8217;exacte v\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab M. Faure est un homme sens\u00e9, mais quelle lumi\u00e8re r\u00e9v\u00e9latrice son action jette sur la situation en Europe, apr\u00e8s les paroles de M. Roche ! On suppose que la paix est garantie par la crainte de la guerre, et pourtant d\u00e8s l&#8217;instant o\u00f9 l&#8217;on parle ouvertement de guerre, on remarque que, maintenant autant qu&#8217;\u00e0 n&#8217;importe quel autre moment depuis 1870, les pr\u00e9paratifs de guerre sont la premi\u00e8re pr\u00e9occupation des hommes d&#8217;\u00e9tat. Nous savons quelle faible r\u00e9sistance l&#8217;empereur d&#8217;Allemagne a rencontr\u00e9e l&#8217;an dernier pour obtenir les changements qui ont tant alarm\u00e9 M. Jules Roche. Les gens les ont difficilement aim\u00e9s, malgr\u00e9 l&#8217;\u00e9norme app\u00e2t d&#8217;une r\u00e9duction du temps de service militaire, et ils n&#8217;ont pas aim\u00e9 payer de tels changements, mais ils en ont reconnu la n\u00e9cessit\u00e9 ; ils se sont soumis, et maintenant l&#8217;Allemagne est pr\u00eate \u00e0 faire la guerre dans les vingt-quatre heures. La France \u00e9galement se soumettra, en d\u00e9sespoir de cause, et nous verrons se faire les pr\u00e9paratifs, voter les fonds n\u00e9cessaires, lesquels auraient \u00e9t\u00e9 rejet\u00e9s avec aversion si ne dominait pas un sens du danger. Les Fran\u00e7ais, plus encore que les Allemands, sont fatigu\u00e9s de payer, mais pour tout cela ils paieront, car ils pensent qu&#8217;\u00e0 n&#8217;importe quel moment, une arm\u00e9e plus forte que la leur, pourrait marcher sur Paris ou sur Lyon. Les philosophes d\u00e9clarent que la \u00ab tension \u00bb entre la France et l&#8217;Allemagne a diminu\u00e9 d&#8217;une fa\u00e7on sensible, les diplomates affirment que la paix r\u00e8gne, les journaux rapportent avec gratitude les civilit\u00e9s du Kaiser ; la France prend m\u00eame part \u00e0 une c\u00e9r\u00e9monie destin\u00e9e \u00e0 honorer l&#8217;Allemagne et sa marine, mais n\u00e9anmoins la nation et ses chefs agissent comme si la guerre \u00e9tait imminente. Ils ne pourraient pas \u00eatre plus impressionnables, ou plus alarm\u00e9s, ou plus pr\u00eats \u00e0 d\u00e9penser leur richesse s&#8217;ils attendaient avec certitude la guerre en moins d&#8217;un mois. Qu&#8217;on se souvienne que rien ne s&#8217;est produit pour accentuer la jalousie des deux nations. Il n&#8217;y a eu aucun \u00ab incident \u00bb de fronti\u00e8re. L&#8217;Empereur n&#8217;a menac\u00e9 personne. Il n&#8217;y a aucun parti, m\u00eame \u00e0<\/p>\n<p>(P 117) Paris, qui se d\u00e9cha\u00eene pour la guerre. En v\u00e9rit\u00e9, Paris semble avoir d\u00e9tourn\u00e9 ses yeux de l&#8217;Allemagne, et para\u00eet lancer des regards tout de suite enflamm\u00e9s de haine et d&#8217;avidit\u00e9, en direction de la Grande-Bretagne. Et, enfin, il n&#8217;y a eu en Russie aucun signe ou l&#8217;ombre d&#8217;un signe que le nouveau tsar souhaite la guerre ; et pourtant la moindre allusion faite \u00e0 la guerre, pr\u00e9sente l&#8217;Allemagne pr\u00e9par\u00e9e au dernier point, et la France alarm\u00e9e, furieuse et tourment\u00e9e de peur de n&#8217;\u00eatre pas pr\u00eate aussi. Ce n&#8217;est pas une \u00ab nouvelle \u00bb quelconque qui est en question ; c&#8217;est la situation permanente qui arrive presque d&#8217;une mani\u00e8re accidentelle, \u00e0 \u00eatre le sujet des discussions ; et l&#8217;on admet de suite, de toutes parts, que cette situation oblige l&#8217;Allemagne et la France \u00e0 \u00eatre pr\u00eates pour une guerre d&#8217;invasion dans les vingt-quatre heures. \u00ab Allemands ! Doublez votre imp\u00f4t sur le tabac \u00bb, proclame cette semaine le Prince Hohenlohe, \u00ab car nous devons avoir les hommes \u00bb. \u00ab Que p\u00e9risse l&#8217;\u00e9conomie \u00bb, s&#8217;\u00e9crie M. Roche, \u00ab car nous manquons de cent cinquante mille hommes \u00bb. Pourtant, observez que ni dans l&#8217;un, ni dans l&#8217;autre de ces pays, ces exhortations ne produisent de panique ou de \u00ab krach \u00bb ou de trouble notable dans le commerce. Le danger est trop chronique, trop clairement compris, trop parfaitement accept\u00e9 comme \u00e9tant une des conditions de la vie, pour produire quoi que ce soit de ce genre ; le danger est toujours l\u00e0, et il n&#8217;est oubli\u00e9 que parce que les hommes se fatiguent \u00e0 toujours entendre le m\u00eame sujet de discours. C&#8217;est l\u00e0 le fait le plus m\u00e9lancolique de toute l&#8217;affaire. Il n&#8217;y a aucune frayeur en Allemagne ou en France au sujet de la guerre, pas plus qu&#8217;il n&#8217;y en a en Torre del Greco au sujet du V\u00e9suve, il n&#8217;y a rien sinon une vague connaissance que le volcan s&#8217;y trouve, qu&#8217;il s&#8217;y est trouv\u00e9, et qu&#8217;il y sera inchang\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 ce que se produise l&#8217;\u00e9ruption.<\/p>\n<p>\u00ab Nous ne supposons pas que quelque chose surviendra imm\u00e9diatement \u00e0 la suite du discours de M. Jules Roche, sauf des imp\u00f4ts suppl\u00e9mentaires, et peut-\u00eatre le d\u00e9veloppement d&#8217;une ride ou deux sur le front du Pr\u00e9sident, car il n&#8217;aimera pas tous les r\u00e9sultats de son inventaire et il a. \u00e9t\u00e9 exerc\u00e9 \u00e0 insister pour que soient fournis les besoins de son affaire, mais il est bien qu&#8217;on rappelle occasionnellement \u00e0 l&#8217;Europe que, pour les dirigeants et les hommes, politiques, et m\u00eame pour les nations, il ne peut y avoir \u00e0 pr\u00e9sent de sommeil s\u00fbr, que les navires se dirigent parmi des icebergs, et que la vigilance ne peut se rel\u00e2cher un seul instant. Une heure de n\u00e9gligence, une catastrophe, et un cuirass\u00e9 peut sombrer. Il semble que ce soit une situation p\u00e9nible pour la partie civilis\u00e9e<\/p>\n<p>(P 118) de l&#8217;humanit\u00e9, d&#8217;\u00eatre \u00e9ternellement sollicit\u00e9e pour plus de labeur forc\u00e9, une plus grande tranche de salaire, un plus grand empressement \u00e0 \u00eatre \u00e9tendu en plein air, les os fracass\u00e9s ; mais o\u00f9 peut-on trouver le rem\u00e8de ? Les peuples bouillent d&#8217;impatience pour en trouver un, les hommes d&#8217;\u00e9tat les aideraient en cela s&#8217;ils le pouvaient, et pour la premi\u00e8re fois dans l&#8217;histoire, consid\u00e8rent la guerre avec une profonde r\u00e9pugnance, comme si elle n&#8217;avait aucune \u00ab chance heureuse \u00bb de compenser ses risques incalculables ; mais tous sont impuissants \u00e0 am\u00e9liorer une position qui, pour eux tous, ne leur apporte que plus de peine, plus de g\u00eane, plus de responsabilit\u00e9. Le seul soulagement pour les peuples, c&#8217;est qu&#8217;ils ne sont pas dans une situation beaucoup pire\u2022 que celle de leurs fr\u00e8res en Am\u00e9rique, o\u00f9 sans la conscription, sans la crainte de la guerre, sans une fronti\u00e8re en fait, les Finances sont \u00e9puis\u00e9es comme si elles \u00e9taient europ\u00e9ennes, les gens sont vol\u00e9s par les fluctuations de, la monnaie autant que s&#8217;ils \u00e9taient en temps de guerre, et tous les hommes sont frapp\u00e9s de soucis, comme s&#8217;ils pouvaient \u00eatre appel\u00e9s \u00e0 tout moment \u00e0 d\u00e9fendre leur foyer. Il n&#8217;y a jamais rien eu comme la situation europ\u00e9enne dans l&#8217;histoire, du moins depuis que la guerre, intestine a cess\u00e9, et si ce n&#8217;est que nous connaissons la mani\u00e8re de faire des humains nous nous \u00e9tonnerions que cela ait \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 leur attention, que les peuples soient toujours int\u00e9ress\u00e9s par des choses insignifiantes, ou qu&#8217;un discours comme celui de M. Jules Roche soit toujours n\u00e9cessaire pour que les hommes ouvrent les yeux. \u00ab Nous, avons deux millions de soldats \u00bb dit M. Jules Roche, \u00ab mais quatre cent mille seulement d&#8217;entre eux sont oisifs dans les casernes, et il nous en manque encore cent cinquante mille \u00bb ; et personne ne pense que cela n&#8217;est qu&#8217;\u00e9tonnamment sens\u00e9 ; les repr\u00e9sentants du peuple paraissent attentifs et graves, et le Chef de l&#8217;Etat profite qu&#8217;une arme a \u00e9t\u00e9 oubli\u00e9e pour obliger les chefs de l&#8217;arm\u00e9e de lui dire ce que les Fran\u00e7ais appellent la \u00ab vraie v\u00e9rit\u00e9 \u00bb. Nous ne faisons pas partie de la Ligue de la Paix, \u00e9tant incapables d\u00e9 croire \u00e0 l&#8217;Utopie, mais cependant nous sommes contraints de penser parfois que le monde est d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9ment stupide, et que n&#8217;importe quoi \u2014 m\u00eame l&#8217;abandon par l&#8217;Allemagne d&#8217;Elsaa-Lothringen ou par la France de l&#8217;Alsace-Lorraine \u2014 serait mieux que cette interminable et inutile hypoth\u00e8que sur l&#8217;avenir pour ob\u00e9ir \u00e0 une crainte que ceux qui agissent sur elle proclament tous \u00e0 l&#8217;unanimit\u00e9 \u00eatre chim\u00e9rique. Elle n&#8217;est pas chim\u00e9rique, et ils ne parlent ainsi que pour \u00eatre courtois ; mais ne pourrait-on pas y mettre fin avant que ne vienne la destruction ? \u00bb.<\/p>\n<p>Voici un extrait du discours de M. J. Beck<\/p>\n<p>(P 119) du Barreau de Philadelphie, publi\u00e9 dans The Christian Statesman. Le sujet du discours \u00e9tait \u00ab La d\u00e9tresse des nations \u00bb, en consid\u00e9rant d&#8217;une mani\u00e8re r\u00e9trospective le si\u00e8cle \u00e9coul\u00e9 :<\/p>\n<p>\u00ab Notre si\u00e8cle, qui a commenc\u00e9 avec le grondement des canons de Napol\u00e9on dans les plaines de Marengo et s&#8217;est \u00e9coul\u00e9 et termin\u00e9 par des \u00e9chos semblables \u00e0 la fois de l&#8217;Orient et de l&#8217;Occident, n&#8217;a pas connu une seule ann\u00e9e de paix. Depuis 1800, l&#8217;Angleterre a eu cinquante-quatre guerres, la France quarante-deux, la Russie vingt-trois, l&#8217;Autriche quatorze, la Prusse neuf, c&#8217;est-\u00e0-dire cent quarante-deux guerres faites par cinq nations dont au moins quatre d&#8217;entre elles ont pour religion d&#8217;\u00e9tat l&#8217;\u00e9vangile de Christ.<\/p>\n<p>\u00ab A l&#8217;aube de l&#8217;\u00e8re chr\u00e9tienne, l&#8217;arm\u00e9e permanente de l&#8217;Empire romain s&#8217;\u00e9levait, selon Gibbon, \u00e0 environ quatre cent mille hommes, et \u00e9tait diss\u00e9min\u00e9e sur une vaste \u00e9tendue de territoire depuis l&#8217;Euphrate jusqu&#8217;\u00e0 la Tamise. Aujourd&#8217;hui, les arm\u00e9es permanentes d&#8217;Europe d\u00e9passent quatre millions, tandis que les r\u00e9serves, form\u00e9es de soldats qui ont servi deux ann\u00e9es ou plus dans les casernes et sont des hommes exerc\u00e9s, d\u00e9passent seize millions, nombre que l&#8217;esprit ne peut ni appr\u00e9cier ni imaginer. Avec un dixi\u00e8me des hommes valides en armes sur le Continent en temps de paix et un cinqui\u00e8me de ses femmes accomplissant le travail p\u00e9nible et parfois r\u00e9pugnant de l&#8217;homme dans les ateliers et dans les champs, on peut, avec tristesse, dire comme Burke : \u00ab L&#8217;\u00e2ge de la chevalerie est pass\u00e9&#8230; La gloire de l&#8217;Europe n&#8217;est plus \u00bb. Dans les vingt derni\u00e8res ann\u00e9es, ces arm\u00e9es ont presque doubl\u00e9 leurs effectifs, et la dette nationale des nations europ\u00e9ennes, contract\u00e9e principalement en vue de guerres, et extorqu\u00e9e \u00e0 la sueur du peuple, a atteint le total inconcevable de vingt trois milliards de dollars. Si l&#8217;on doit mesurer par ses d\u00e9penses ce qui int\u00e9resse un homme, alors il est certain que la passion supr\u00eame de l&#8217;Europe civilis\u00e9e dans ce soir du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle c&#8217;est la guerre, car un tiers de tous les revenus qui sont drain\u00e9s du travail et du capital est consacr\u00e9 \u00e0 payer simplement les int\u00e9r\u00eats du co\u00fbt des guerres pass\u00e9es, un tiers aux pr\u00e9paratifs des guerres futures, et le reste pour tous les autres objets quelconques.<\/p>\n<p>\u00ab Le javelot, la lance, l&#8217;\u00e9p\u00e9e, la hache d&#8217;armes ont \u00e9t\u00e9 mis de c\u00f4t\u00e9 par l&#8217;homme moderne comme des jouets de son enfance. A leur place, nous avons le fusil de guerre<\/p>\n<p>(P 120) capable de tirer dix fois sans \u00eatre recharg\u00e9 et de tuer \u00e0 trois \u00ab miles \u00bb avec des balles plaqu\u00e9es nickel qui peuvent d\u00e9truire trois hommes dans leur trajectoire avant que leur \u0153uvre de destruction ne soit enray\u00e9e. Ces balles \u00e9tant lanc\u00e9es par la poudre sans fum\u00e9e, cela ajoutera aux horreurs pass\u00e9es en d\u00e9truisant un soldat comme avec une d\u00e9charge invisible de la foudre. Son efficacit\u00e9 a pratiquement rendu inutile l&#8217;usage de la cavalerie dans la bataille. Le jour des \u00ab charges magnifiques \u00bb comme celle de Balaklava est pass\u00e9, et les hommes de Pickett, s&#8217;ils devaient renouveler aujourd&#8217;hui leur merveilleuse charge, seraient an\u00e9antis avant qu&#8217;ils aient pu traverser la route d&#8217;Emmitsburg. Les effets destructifs du fusil moderne sont presque incroyables. Des exp\u00e9riences ont montr\u00e9 qu&#8217;il peut r\u00e9duire les muscles en pulpe et les os en poudre. Un membre atteint par une de ces balles est irr\u00e9m\u00e9diablement perdu, et un coup port\u00e9 \u00e0 la t\u00eate ou \u00e0 la poitrine est in\u00e9vitablement fatal. La mitrailleuse d&#8217;aujourd&#8217;hui peut tirer dix-huit cent coups \u00e0 la minute, ou trente \u00e0 la seconde ; c&#8217;est un torrent si continu qu&#8217;il ressemble \u00e0 une ligne de plomb ininterrompue dont le bruit horrible est comme un chant satanique. Le canon moderne de douze pouces est une arme des Titans, qui peut lancer un projectile \u00e0 huit miles et p\u00e9n\u00e9trer une \u00e9paisseur de dix-huit pouces d&#8217;acier, m\u00eame quand cet acier est trait\u00e9 par le proc\u00e9d\u00e9 Harvey par lequel la surface dure de l&#8217;acier est combin\u00e9e au carbone de sorte que le foret de la plus haute qualit\u00e9 ne peut l&#8217;entamer. Des flottes de guerre avec leurs pr\u00e9tendus \u00ab destroyers de commerce \u00bb, il n&#8217;est pas besoin, de parler. De simples navires co\u00fbtent quatre millions de dollars \u00e0 construire, et prot\u00e9g\u00e9s par une cuirasse d&#8217;acier de dix-huit pouces d&#8217;\u00e9paisseur, peuvent se d\u00e9placer dans l&#8217;eau \u00e0 une vitesse de vingt-quatre miles \u00e0 l&#8217;heure, gr\u00e2ce \u00e0 leur force motrice de onze mille chevaux-vapeur. Un seul de ces vaisseaux aurait pu \u00e0 Trafalgar mettre en d\u00e9route tel un vol de pigeons toutes les flottes espagnole, fran\u00e7aise et anglaise r\u00e9unies, dont le nombre de bateaux s&#8217;\u00e9levait \u00e0 plus de cent unit\u00e9s ; ou bien, il aurait pu mettre en fuite l&#8217;Armada espagnole, tel un \u00e9pervier dans un pigeonnier. Cependant, dans la guerre incessante des armes et des armements, ces l\u00e9viathans des oc\u00e9ans ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9truits instantan\u00e9ment comme par un coup de foudre, par une simple torpille charg\u00e9e de dynamite.<\/p>\n<p>\u00ab Si ces pr\u00e9paratifs de guerre, qui couvrent nos mers et assombrissent nos continents, signifient quelque chose, ils indiquent que l&#8217;homme civilis\u00e9 est au bord d&#8217;un \u00e9pouvantable cataclysme dont il semble aussi inconscient que ne l&#8217;\u00e9taient les habitants de<\/p>\n<p>(P 121) Pomp\u00e9i le dernier jour, le jour fatal de la vie de leur ville, lorsqu&#8217;ils regardaient avec indiff\u00e9rence l&#8217;inqui\u00e9tante spirale de fum\u00e9e qui s&#8217;\u00e9chappait de l&#8217;orifice du crat\u00e8re. Notre \u00e9poque, comme nulle autre avant elle, a sem\u00e9 telles des dents du dragon, des arm\u00e9es permanentes, et le grain humain est m\u00fbr pour la moisson de sang. Il suffit d&#8217;un incendiaire comme Napol\u00e9on pour mettre le monde en feu.<\/p>\n<p>\u00ab Nier que telle est l&#8217;\u00e9vidente tendance de ces pr\u00e9paratifs sans pr\u00e9c\u00e9dent serait croire que nous pouvons semer des chardons et r\u00e9colter des figues, ou attendre un beau temps fixe o\u00f9 nous avons sem\u00e9 le tourbillon. Dans la guerre sino-japonaise, on a combattu en partie seulement avec des armes modernes, et avec des hommes qui ne comprenaient qu&#8217;imparfaitement leur emploi; aussi, une telle guerre ne saurait-elle donner une id\u00e9e des possibilit\u00e9s du futur conflit. Le plus grand de tous les correspondants de guerre, Archibald Forbes, a r\u00e9cemment d\u00e9clar\u00e9 : \u00ab Il est virtuellement impossible \u00e0 quelqu&#8217;un de se faire une id\u00e9e pr\u00e9cise et dans toute son ampleur de la sc\u00e8ne que la prochaine grande bataille offrira \u00e0 la vue d&#8217;un monde \u00e9gar\u00e9 et fr\u00e9missant d&#8217;horreur ; nous connaissons les \u00e9l\u00e9ments qui constitueront ces horreurs, mais nous ne les connaissons pour ainsi dire que th\u00e9oriquement. Il reste encore aux hommes \u00e0 \u00eatre saisis par le caract\u00e8re \u00e9trange d&#8217;une mort en masse inflig\u00e9e par des projectiles d\u00e9vers\u00e9s par des armes impossibles \u00e0 rep\u00e9rer puisqu&#8217;on se servira de poudre sans fum\u00e9e \u00bb. Il conclut : e Il est possible qu&#8217;une mort aux d\u00e9g\u00e2ts incalculables puisse pleuvoir comme des cieux m\u00eames \u00bb. Lorsque nous nous souvenons que dans l&#8217;une des batailles autour de Metz l&#8217;emploi de la mitrailleuse abattit 6 000 Allemands en dix minutes, et qu&#8217;\u00e0 Plevna, en 1877, Skobelef f perdit 3 000 hommes dans une br\u00e8ve charge de quelques centaines de m\u00e8tres, et quand nous nous souvenons que la mitrailleuse et le fusil \u00e0. aiguille ont, depuis, quintupl\u00e9 leur capacit\u00e9 de destruction, la perspective est telle que l&#8217;esprit reste frapp\u00e9 de terreur et que le c\u0153ur faiblit. Il suffit de dire que les grands strat\u00e8ges de l&#8217;Europe croient que la future mortalit\u00e9 des batailles sera si grande qu&#8217;il sera impossible de prendre soin des bless\u00e9s ou d&#8217;enterrer les morts, et nombre de ces strat\u00e8ges emporteront avec eux comme partie n\u00e9cessaire de l&#8217;\u00e9quipement militaire, un cr\u00e9matorium mobile afin de br\u00fbler ceux qui sont tomb\u00e9s dans la bataille.<\/p>\n<p>\u00ab Certains pourraient supposer que cette affliction \u00e9pargnera la pacifique Am\u00e9rique, de m\u00eame que l&#8217;ange qui frappa les premiers-n\u00e9s d&#8217;Egypte \u00e9pargna les portails asperg\u00e9s de sang des Isra\u00e9lites. Pl\u00fbt \u00e0 Dieu qu&#8217;il en f\u00fbt ainsi ! Mais, sur quoi fonder notre<\/p>\n<p>(P 122) assurance ? La vapeur et l&#8217;\u00e9lectricit\u00e9 ont si merveilleusement \u00e9tabli entre les hommes une communaut\u00e9 de pens\u00e9es, d&#8217;int\u00e9r\u00eats et de buts, qu&#8217;il est possible, si une grande guerre continentale devait venir, dans laquelle l&#8217;Angleterre serait presque n\u00e9cessairement engag\u00e9e avant la fin de cette guerre, que le monde civilis\u00e9 soit plong\u00e9 dans l&#8217;incendie universel. Ind\u00e9pendamment de ceci, \u00e0 l&#8217;horizon du monde, on peut maintenant discerner un nuage pas plus grand que la main d&#8217;un homme pour le moment, mais qui, un jour, peut obscurcir les cieux. En Orient, il y a deux nations, la Chine et le Japon, qui comptent ensemble le total stup\u00e9fiant de cinq cents millions d&#8217;habitants. Jusqu&#8217;\u00e0 nos jours, ces fourmili\u00e8res grouillantes avaient ignor\u00e9 l&#8217;art de la guerre, car il est \u00e9trangement vrai que les deux seuls pays, qui, depuis la naissance de Christ, ont exp\u00e9riment\u00e9 dans leur isolement une \u00ab paix sur la terre \u00bb relative, sont ces nations jadis ermites sur lesquelles n&#8217;avait jamais lui la lumi\u00e8re de la chr\u00e9tient\u00e9. Mais il y a trente ans, une simple poign\u00e9e d&#8217;Anglais et de Fran\u00e7ais forc\u00e8rent leur entr\u00e9e dans P\u00e9kin, \u00e0 la pointe de la ba\u00efonnette. Tout ceci est chang\u00e9. La civilisation occidentale a apport\u00e9 \u00e0 l&#8217;Orient des Bibles et des balles, des mitres et des mitrailleuses, la pi\u00e9t\u00e9 et des mitrailleuses Gatling, des croix et des canons Krupp, Saint-Pierre et le salp\u00eatre ; et il est possible que l&#8217;Orient dise un jour avec Shylock : e Le crime que vous m&#8217;enseignez, je l&#8217;ex\u00e9cuterai, et ce sera difficile, mais je perfectionnerai l&#8217;enseignement \u00bb. Ils ont d\u00e9j\u00e0 si bien appris la le\u00e7on qu&#8217;ils savent jouer avec des effets meurtriers le terrible diapason de la canonnade. Qu&#8217;un jour, la passion de la guerre qui distingue l&#8217;Occident \u00e9veille l&#8217;opulent Orient de son sommeil s\u00e9culaire, et qui sait si un autre Gengis Khan, suivi de ses hordes barbares, se chiffrant par millions, ne tombera pas sur l&#8217;Europe avec le poids \u00e9crasant d&#8217;une avalanche ?<\/p>\n<p>\u00ab On pourrait cependant arguer que ces pr\u00e9paratifs ne signifient rien et qu&#8217;ils garantissent la paix plut\u00f4t qu&#8217;ils ne provoquent la guerre, qu&#8217;au surplus l&#8217;efficacit\u00e9 extr\u00eame des armes modernes rend la guerre improbable. Si, apparemment, cette suggestion en impose, en pratique elle est contredite par les faits, car les nations qui ont le moins d&#8217;arm\u00e9es ont le plus de paix, et ceux qui ont les plus grandes arm\u00e9es tremblent \u00e0 deux doigts de l&#8217;ab\u00eeme. La Suisse, la Hollande, la Belgique, la Norv\u00e8ge, la Su\u00e8de et les Etats-Unis vivent dans une solide amiti\u00e9 avec le monde, tandis que la France,<\/p>\n<p>(P 123) la Russie, l&#8217;Allemagne, l&#8217;Autriche et l&#8217;Italie, arm\u00e9es jusqu&#8217;aux dents et chancelant sous leurs \u00e9quipements, sont constamment en train de se menacer les unes les autres \u00e0 travers leurs fronti\u00e8res. En elles on peut trouver la vaste poudri\u00e8re d&#8217;esprit belliqueux et de haine internationale dont l&#8217;explosion est \u00e0 la merci de la moindre \u00e9tincelle \u00e0 propos de quelque banal incident. Ainsi, lorsque r\u00e9cemment l&#8217;imp\u00e9ratrice Augusta visita Paris pour son plaisir, sa pr\u00e9sence jeta l&#8217;alarme dans le monde, provoqua la chute des prix dans les Bourses et les Changes et pr\u00e9cipita une s\u00e9rieuse et vigoureuse consultation de tous les cabinets europ\u00e9ens. Une seule insulte qui lui aurait \u00e9t\u00e9 faite par le plus irresponsable des Parisiens aurait amen\u00e9 son fils, le jeune Empereur allemand, \u00e0 tirer son \u00e9p\u00e9e. Il \u00e9tait ainsi au pouvoir d&#8217;un gamin de la rue le plus d\u00e9s\u0153uvr\u00e9 d&#8217;\u00e9branler l&#8217;\u00e9quilibre du monde. Quelle terrible s\u00e9rie de commentaires sur la civilisation que la prosp\u00e9rit\u00e9, et m\u00eame que les vies de millions de nos semblables puissent d\u00e9pendre des sentiments pacifiques d&#8217;un seul homme !<\/p>\n<p>\u00ab Aucun fait ne peut montrer plus clairement que l&#8217;humanit\u00e9 se trouve \u00e0 la crois\u00e9e des chemins. On a atteint le maximum des pr\u00e9paratifs. En Europe, les hommes ne peuvent plus s&#8217;armer davantage. L&#8217;Italie est d\u00e9j\u00e0 tomb\u00e9e sous le fardeau de la faillite occasionn\u00e9e par cela et peut \u00eatre \u00e0 tout moment plong\u00e9e dans le tourbillon de la r\u00e9volution. Beaucoup de publicistes r\u00e9fl\u00e9chis croient que les nations europ\u00e9ennes doivent donc ou bien se battre ou bien d\u00e9sarmer. C&#8217;est avec juste raison que le Ma\u00eetre a pr\u00e9dit : \u00ab Et sur la terre une angoisse des nations en perplexit\u00e9&#8230; les hommes rendant l&#8217;\u00e2me de peur et \u00e0. cause de l&#8217;attente des choses qui viennent sur la terre \u00bb (Luc 21 : 25, 26).<\/p>\n<p>L&#8217;extrait suivant de The New York Tribune du 5 mai 1895, montrait comment certains des souverains qui r\u00e8gnent en Europe consid\u00e8rent la situation :<\/p>\n<p>\u00ab DES ROIS QUI D\u00c9SIRENT RETOURNER A LA VIE PRIV\u00c9E : L&#8217;abdication para\u00eet \u00eatre \u00e0 l&#8217;ordre du jour. A aucun moment depuis les ann\u00e9es fertiles en \u00e9v\u00e9nements de 1848-1849, o\u00f9 l&#8217;on peut dire que l&#8217;ensemble de l&#8217;Europe a \u00e9t\u00e9 en insurrection ouverte contre les tendances autocratiques m\u00e9di\u00e9vales de ses gouvernants, il n&#8217;y a eu autant de souverains r\u00e9gnants qui ont d\u00e9clar\u00e9 \u00eatre sur le point d&#8217;abandonner leur tr\u00f4ne. En 1848, les monarques \u00e9taient pour la plupart des princes n\u00e9s dans le si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent et \u00e9lev\u00e9s sous l&#8217;influence de ses traditions, totalement incapables, par cons\u00e9quent, de saisir des notions toutes nouvelles telles que<\/p>\n<p>(P 124) gouvernement populaire et constitutions nationales. Plut\u00f4t que de pr\u00eater leurs noms \u00e0 l&#8217;une quelconque de ces id\u00e9es subversives, qu&#8217;ils consid\u00e9raient comme synonymes de r\u00e9volution sanguinaire du genre de celle qui conduisit Louis XVI et Marie-Antoinette \u00e0 l&#8217;\u00e9chafaud, ils pr\u00e9f\u00e9raient abdiquer, et ce fut au cours de ces deux ann\u00e9es fertiles en \u00e9v\u00e9nements que les tr\u00f4nes d&#8217;Autriche, de Sardaigne, de Bavi\u00e8re, de France et de Hollande furent abandonn\u00e9s par leurs occupants. Si, aujourd&#8217;hui, soit un demi-si\u00e8cle plus tard, leurs successeurs d\u00e9sirent \u00e0 leur tour, abdiquer, c&#8217;est qu&#8217;eux aussi sont devenus fermement convaincus que la l\u00e9gislation populaire est incompatible avec un bon gouvernement \u2014 du point de vue du tr\u00f4ne \u2014 et qu&#8217;il est impossible de r\u00e9concilier plus longtemps deux institutions aussi diam\u00e9tralement oppos\u00e9es comme la Couronne et le Parlement. Il est possible qu&#8217;en cela ils n&#8217;ont pas tout \u00e0 fait tort, car il n&#8217;y a aucun doute que le d\u00e9veloppement d&#8217;un gouvernement populaire en direction de la d\u00e9mocratie doit naturellement tendre \u00e0 diminuer le pouvoir et le prestige du tr\u00f4ne. Chaque nouvelle pr\u00e9rogative et chaque nouveau droit obtenus par le peuple ou par ses repr\u00e9sentants constitutionnels, le sont aux d\u00e9pens du monarque. Au fur et \u00e0 mesure que s&#8217;\u00e9coule le temps, il devient de plus en plus apparent, du point de vue populaire, que des rois et des empereurs sont superflus, anachroniques, de simples figurants des plus co\u00fbteux dont la faiblesse et le manque de puissance m\u00eames font d&#8217;eux des objets de ridicule plut\u00f4t que de r\u00e9v\u00e9rence, ou qu&#8217;ils constituent de s\u00e9rieux obstacles au d\u00e9veloppement politique, commercial et m\u00eame intellectuel. En v\u00e9rit\u00e9, il semble qu&#8217;il n&#8217;y ait plus pour eux aucune place dans le si\u00e8cle prochain, \u00e0 moins que ce ne soit celle de simples arbitres sociaux, dont le pouvoir se limite \u00e0 d\u00e9cr\u00e9ter les lois de modes ou d&#8217;usages, et dont l&#8217;autorit\u00e9 s&#8217;exerce, non en vertu d&#8217;une loi \u00e9crite quelconque, mais simplement au moyen du tact.<\/p>\n<p>\u00ab Parmi les souverains signal\u00e9s comme \u00e9tant \u00e0 la veille d&#8217;abdiquer, nous avons en premier lieu le Roi Georges de Gr\u00e8ce qui se d\u00e9clare malade et las de son tr\u00f4ne inconfortable, et n&#8217;h\u00e9site pas \u00e0 dire que l&#8217;atmosph\u00e8re m\u00eame de la Gr\u00e8ce, ayant cess\u00e9 de lui convenir, H d\u00e9sire abandonner aussit\u00f4t que possible son sceptre \u00e0 son fils Constantin. Il n&#8217;a plus de contacts avec ses sujets, n&#8217;a aucun ami \u00e0 Ath\u00e8nes, sauf des visiteurs de l&#8217;\u00e9tranger, et il est constamment forc\u00e9 par la politique quelque peu d\u00e9shonorante<\/p>\n<p>(P 125) des Cabinets qui se succ\u00e8dent avec une telle rapidit\u00e9 dans son royaume, de se placer dans une position incommode et embarrassante par rapport \u00e0 ces cours \u00e9trang\u00e8res auxquelles il est li\u00e9 par des liens d&#8217;\u00e9troite parent\u00e9.<\/p>\n<p>\u00ab Le Roi Oscar parle aussi d&#8217;abandonner sa couronne \u00e0 son fils a\u00een\u00e9. Dans ce cas, il y a non pas un mais deux Parlements contre lesquels il doit lutter, et comme celui de Stockholm est toujours en opposition directe avec celui de Christiana, il ne peut, lui, contenter l&#8217;un sans m\u00e9contenter l&#8217;autre ; selon ses propres d\u00e9clarations, le r\u00e9sultat est que, maintenant, la Norv\u00e8ge et la Su\u00e8de sont \u00e0 la veille de la guerre civile. Il est convaincu que le conflit entre les deux pays est destin\u00e9 \u00e0 atteindre son point culminant en une lutte arm\u00e9e plut\u00f4t que dans le calme, ce qui l&#8217;a d\u00e9termin\u00e9 \u00e0 abdiquer. Il d\u00e9clare qu&#8217;il a fait de son mieux, comme le Roi Georges de Gr\u00e8ce, pour vivre conform\u00e9ment aux termes de la constitution en vertu de laquelle il tient son sceptre, mais qu&#8217;il est absolument impossible qu&#8217;il le fasse plus longtemps, et que le probl\u00e8me pour lui est soit de violer le serment fait le jour de son couronnement, soit de descendre de son tr\u00f4ne et de laisser la place \u00e0 son fils.<\/p>\n<p>\u00ab Ensuite, il y a aussi le Roi Christian du Danemark qui, \u00e0 l&#8217;\u00e2ge de quatre-vingts ans, se trouve, apr\u00e8s la r\u00e9cente \u00e9lection g\u00e9n\u00e9rale, face \u00e0 face avec une L\u00e9gislature nationale dans laquelle les Ultra-radicaux et les Socialistes, hostiles au tr\u00f4ne, poss\u00e8dent une \u00e9crasante majorit\u00e9 surpassant en nombre celui des lib\u00e9raux mod\u00e9r\u00e9s et du parti conservateur infinit\u00e9simal dans la proportion de trois \u00e0 un. Il avait \u00e9t\u00e9 longtemps port\u00e9 \u00e0 croire que le conflit acharn\u00e9 qui, depuis pr\u00e8s de vingt ans fait rage entre la Couronne et le Parlement au Danemark, \u00e9tait arriv\u00e9 \u00e0 sa fin l&#8217;\u00e9t\u00e9 dernier, et que, apr\u00e8s qu&#8217;il eut fait de nombreuses concessions dans le dessein d&#8217;aplanir tous les diff\u00e9rends, tout irait d\u00e9sormais sans difficult\u00e9s. Au lieu de cela, il trouve maintenant dress\u00e9e contre lui au Parlement une majorit\u00e9 \u00e9crasante qui a d\u00e9j\u00e0 annonc\u00e9 son intention de faire valoir ce qu&#8217;elle consid\u00e8re comme des droits populaires et d&#8217;exiger le consentement de la part de la Couronne quant \u00e0 la conception qu&#8217;il a des termes de la Constitution. Cass\u00e9 par l&#8217;\u00e2ge et l&#8217;infirmit\u00e9, \u00e9branl\u00e9 par la maladie de sa femme autoritaire qui avait \u00e9t\u00e9 son principal soutien moral durant tout son r\u00e8gne, et priv\u00e9 aussi du puissant soutien de son gendre, feu<\/p>\n<p>(P 126) l&#8217;Empereur Alexandre de Russie, il ne se sent plus capable de faire face \u00e0 la situation, et il annonce qu&#8217;il est sur le point de laisser la place \u00e0 son fils.<\/p>\n<p>\u00ab A ces trois rois, on doit ajouter le nom du Roi Humbert d&#8217;Italie forc\u00e9 de se soumettre \u00e0 un Premier Ministre qui lui r\u00e9pugne personnellement autant \u00e0 lui-m\u00eame qu&#8217;\u00e0 la Reine, et de pr\u00eater son nom \u00e0 une politique que, du fond du c\u0153ur, il d\u00e9sapprouve, mais qui s&#8217;accorde avec les vues de la L\u00e9gislature. Ce n&#8217;est pas un secret que toute sa fortune personnelle est d\u00e9j\u00e0 investie \u00e0 l&#8217;\u00e9tranger, en anticipation de son abandon du tr\u00f4ne italien. Ce n&#8217;est pas un secret non plus qu&#8217;il trouve plus intol\u00e9rable que jamais une situation qui l&#8217;oblige \u00e0 s&#8217;entourer de gens antipathiques et de demeurer envers l&#8217;Eglise, dans une position qui est non seulement diam\u00e9tralement oppos\u00e9e aux sinc\u00e8res sentiments religieux de la Reine et de lui-m\u00eame, mais qui place aussi la maison r\u00e9gnante d&#8217;Italie dans une position tr\u00e8s difficile et embarrassante vis-\u00e0-vis de toutes les autres ,cours du Vieux Monde. Le Roi Humbert est un homme tr\u00e8s sensible ; il ressent profond\u00e9ment les nombreux man-\u201eflues d&#8217;\u00e9gards \u00e0 lui prodigu\u00e9s de la part de toutes ces familles royales \u00e9trang\u00e8res qui, en venant \u00e0 Rome, se sont formellement abstenues de rendre visite au Quirinal de crainte d&#8217;irriter le Vatican.<\/p>\n<p>\u00ab Si ce n&#8217;avait \u00e9t\u00e9 par \u00e9gard pour la Reine Marie Am\u00e9lie du Portugal, femme r\u00e9solue comme sa m\u00e8re la Comtesse de Paris, le Roi Carlos aurait depuis longtemps abandonn\u00e9 son tr\u00f4ne \u00e0 son fils, avec son plus jeune fr\u00e8re comme R\u00e9gent, tandis que le Roi Charles de Roumanie et le Prince R\u00e9gent de Bavi\u00e8re sont, dit-on, \u00e0 la veille de s&#8217;effacer pour laisser place au suivant de leur lign\u00e9e. Enfin, il y a le Prince Ferdinand de Bulgarie qui a \u00e9t\u00e9 fortement press\u00e9\u2022 par ses amis russophiles d&#8217;abdiquer, ces derniers s&#8217;engageant \u00e0 le faire r\u00e9\u00e9lire sous la protection moscovite. Mais jusqu&#8217;ici, il s&#8217;est abstenu d&#8217;acc\u00e9der \u00e0 leurs sollicitations, sachant qu&#8217;il y a loin de la coupe aux l\u00e8vres, et que, si un jour, il venait \u00e0 abandonner volontairement sa couronne, beaucoup de choses pourraient intervenir pour l&#8217;emp\u00eacher de la recouvrer.<\/p>\n<p>\u00ab Ainsi, toutes choses bien consid\u00e9r\u00e9es, de leur propre point de vue, il est peu probable que la cause du peuple puisse en aucune mani\u00e8re \u00eatre am\u00e9lior\u00e9e ou servie par les abdications imminentes,<\/p>\n<p>(P 127) lesquelles au contraire occasionneront une reprise de la lutte des cinquante ann\u00e9es auparavant pour les droits constitutionnels et les privil\u00e8ges. parlementaires \u00bb.<\/p>\n<p>De bruyantes d\u00e9monstrations du Socialisme au Reichstag allemand, au Parlement belge et \u00e0 la Chambre fran\u00e7aise des D\u00e9put\u00e9s n&#8217;ont \u00e9videmment pas eu lieu pour dissiper les craintes de ceux qui sont au pouvoir. Les membres socialistes allemands ont refus\u00e9 de saluer l&#8217;Empereur sur la demande du Pr\u00e9sident, ou m\u00eame de se lever de leurs si\u00e8ges ; les socialistes belges, invit\u00e9s \u00e0 acclamer le roi, dont ils avaient compris la sympathie \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de l&#8217;aristocratie et du capital, s&#8217;\u00e9cri\u00e8rent : \u00ab Vive le peuple ! A bas. les capitalistes ! \u00bb, et des membres fran\u00e7ais de la Chambre des D\u00e9put\u00e9s, d\u00e9\u00e7us par le rejet d&#8217;une proposition qui devait favoriser l\u00e0 cause du socialisme, d\u00e9clar\u00e8rent que la r\u00e9volution accomplirait cependant un jour ce qui avait \u00e9t\u00e9 pacifiquement demand\u00e9, mais refus\u00e9.<\/p>\n<p>Il est significatif, aussi, qu&#8217;un projet de loi tendant \u00e0 entraver la croissance du Socialisme en Allemagne et qui, fut pr\u00e9sent\u00e9 au Reichstag, fut rejet\u00e9 pour les raisons suivantes que rapporta la presse :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le r\u00e9cent rejet par le Reichstag du \u00ab projet de- loi anti-r\u00e9volutionnaire \u00bb, la toute derni\u00e8re mesure \u00e9labor\u00e9e par le gouvernement allemand pour combattre le socialisme, ajoute un chapitre int\u00e9ressant \u00e0 l&#8217;histoire d&#8217;une nation avec laquelle, malgr\u00e9 les diff\u00e9rences de langues et d&#8217;institutions, nous poss\u00e9dons beaucoup de choses en commun.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Il y a de nombreuses ann\u00e9es que l&#8217;attention commen\u00e7a \u00e0 se porter sur la remarquable croissance du parti socialiste en Allemagne. Mais ce ne fut qu&#8217;en 1878, quand deux attentats eurent lieu contre la vie de l&#8217;Empereur, que le gouvernement se d\u00e9termina \u00e0 prendre des mesures de r\u00e9pression. La premi\u00e8re loi contre les socialistes fut vot\u00e9e en 1878 pour une p\u00e9riode de deux ann\u00e9es, et fut renouvel\u00e9e en 1880, en 1882, en 1884, en 1886.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0A ce moment-l\u00e0, une l\u00e9gislation suppl\u00e9mentaire fut jug\u00e9e n\u00e9cessaire, et en 1887, le Chancelier Bismarck proposa au<\/p>\n<p>(P 128) Reichstag une nouvelle loi qui donnait aux autorit\u00e9s le pouvoir d&#8217;enfermer les dirigeants socialistes dans une localit\u00e9 fix\u00e9e, de les priver de leurs droits de citoyens, et de les expulser du pays. Le Parlement refusa d&#8217;accepter les propositions du chancelier et se contenta de renouveler l&#8217;ancienne loi.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0D\u00e9sormais, on pouvait esp\u00e9rer dans certains groupes que l&#8217;occasion d&#8217;avoir recours \u00e0 une l\u00e9gislation r\u00e9pressive suppl\u00e9mentaire ne se pr\u00e9senterait plus. Mais la croissance continue du parti socialiste, la hardiesse de plus en plus grande de sa propagande, en m\u00eame temps que le fait d&#8217;outrages anarchistes en Allemagne et dans d&#8217;autres parties de l&#8217;Europe, pouss\u00e8rent le gouvernement \u00e0 intervenir de nouveau. En d\u00e9cembre 1894, l&#8217;empereur fit savoir qu&#8217;il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre par une nouvelle l\u00e9gislation aux actes de ceux qui \u00e9taient en train d&#8217;essayer de troubler l&#8217;ordre int\u00e9rieur.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Avant la fin de cette ann\u00e9e-l\u00e0, le projet de loi anti-r\u00e9volutionnaire fut d\u00e9pos\u00e9 devant l&#8217;assembl\u00e9e populaire. Il consistait en une s\u00e9rie d&#8217;amendements \u00e0 la loi criminelle ordinaire du pays, et \u00e9tait propos\u00e9 pour devenir partie int\u00e9grante d\u00e9finitive du code criminel. Dans ces amendements, des amendes ou l&#8217;emprisonnement \u00e9taient pr\u00e9vus pour tous ceux qui, d&#8217;une mani\u00e8re qui mettait en danger la paix publique, attaquaient publiquement la religion,la monarchie, le mariage, la famille ou la propri\u00e9t\u00e9 dans des termes injurieux, ou qui publiquement affirmaient ou r\u00e9pandaient des d\u00e9clarations invent\u00e9es ou d\u00e9form\u00e9es qu&#8217;ils connaissaient, ou qui, selon les circonstances, devaient finir par \u00eatre invent\u00e9es ou d\u00e9form\u00e9es, \u00e0 seule fin de rendre m\u00e9prisables les institutions de l&#8217;\u00e9tat ou les d\u00e9crets des autorit\u00e9s.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La nouvelle loi contenait \u00e9galement des dispositions de caract\u00e8re semblable dirig\u00e9es contre la propagande socialiste dans l&#8217;arm\u00e9e et la marine.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Si l&#8217;opposition n&#8217;\u00e9tait venue que des socialistes \u00e0 l&#8217;int\u00e9rieur et \u00e0 l&#8217;ext\u00e9rieur du Parlement, le gouvernement aurait triomphalement fait voter son projet de loi. Mais le caract\u00e8re des offenses sp\u00e9cifi\u00e9es dans le projet, en m\u00eame temps que la libert\u00e9 d&#8217;interpr\u00e9tation de la loi laiss\u00e9e aux fonctionnaires de la police, \u00e9veill\u00e8rent la m\u00e9fiance, et m\u00eame l&#8217;alarme, parmi de larges couches du peuple qui virent dans les dispositions de loi une menace contre les libert\u00e9s d&#8217;expression, d&#8217;enseignement, et de r\u00e9union publique.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0En cons\u00e9quence, lorsque le Reichstag se mit \u00e0 examiner<\/p>\n<p>(P 129) le projet de loi, un mouvement prit naissance, mouvement qui n&#8217;eut pas souvent son pareil dans la patrie. Des p\u00e9titions sign\u00e9es par des auteurs, des \u00e9diteurs, des artistes, des professeurs d&#8217;Universit\u00e9, des \u00e9tudiants et des citoyens furent d\u00e9vers\u00e9es au Parlement jusqu&#8217;\u00e0 ce que, affirme-t-on, plus d&#8217;un million et demi de signatures de protestataires eussent \u00e9t\u00e9 re\u00e7ues.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0De grands journaux tels que le Berliner Tageblatt transmirent au Reichstag des p\u00e9titions de leurs lecteurs et contenant de vingt mille \u00e0 cent mille noms. Pendant ce temps, on enregistra l&#8217;opposition de quatre cent cinquante universit\u00e9s allemandes contre le projet de loi au cours d&#8217;une r\u00e9union publique qui se tint dans la capitale.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Le rejet d&#8217;un projet de loi qui rencontrait une telle opposition \u00e9tait in\u00e9vitable, et c&#8217;est sans nul doute au parti socialiste en grande partie que le gouvernement dut sa d\u00e9faite. Pourtant le Reichstag condamna le projet de loi, non parce qu&#8217;il visait les socialistes, mais parce que tout en frappant des tendances anarchistes, le projet de loi mettait en danger, croyait-on, les droits des gens en g\u00e9n\u00e9ral \u00bb.<\/p>\n<p>On dit qu&#8217;\u00e0 Londres, le socialisme gagne constamment du terrain, tandis qu&#8217;apparemment l&#8217;anarchisme est mort. Le parti travailliste ind\u00e9pendant, qui \u00e9tait la plus grande puissance du travail organis\u00e9e en Angleterre, est maintenant reconnu comme organisation socialiste. Il esp\u00e8re qu&#8217;une r\u00e9volution sanglante viendra sous peu qui \u00e9tablira une r\u00e9publique socialiste sur les ruines de la pr\u00e9sente monarchie.<\/p>\n<p>Notant ces faits et tendances, il n&#8217;est pas surprenant que nous voyions des rois et des dirigeants prendre des pr\u00e9cautions extraordinaires pour prot\u00e9ger leurs personnes et leurs int\u00e9r\u00eats contre les dangers mena\u00e7ants de la r\u00e9volution et de l&#8217;anarchie mondiale. Dans leur frayeur et leur d\u00e9tresse, ils cherchent \u00e0 s&#8217;allier entre eux, quoique leur m\u00e9fiance mutuelle soit si grande qu&#8217;ils esp\u00e8rent peu de chose de n&#8217;importe quelle alliance. L&#8217;attitude de chaque nation \u00e0 l&#8217;\u00e9gard de n&#8217;importe quelle autre nation est celle d&#8217;animosit\u00e9, de jalousie, de vengeance et de haine, et leurs rapports entre elles ne sont bas\u00e9s que sur des principes d&#8217;int\u00e9r\u00eat personnel. C&#8217;est pourquoi leurs alliances les unes avec les autres, ne peuvent durer qu&#8217;aussi longtemps que leurs plans et politiques \u00e9go\u00efstes semblent<\/p>\n<p>(P 130) marcher de pair. Il n&#8217;y a ni amour ni bienveillance dans de telles alliances, et la presse quotidienne est t\u00e9moin constant de l&#8217;incapacit\u00e9 des nations de trouver la base politique qui les ferait converger vers une coop\u00e9ration harmonieuse. Il est donc vain d&#8217;esp\u00e9rer quoi que ce soit d&#8217;une coalition quelconque des puissances.<\/p>\n<p>L&#8217;ECCL\u00c9CIASTICISME N&#8217;EST PLUS UN REMPART !<\/p>\n<p>Les puissances, discernant tout ceci, comme elles le font, au moins dans une certaine mesure, nous les voyons se tourner anxieusement vers l&#8217;\u00e9glise (non pas le petit nombre des saints fid\u00e8les reconnus par Dieu comme son Eglise mais la grande \u00e9glise qui se pr\u00e9tend telle, l&#8217;\u00e9glise nominale, que seul le monde reconna\u00eet) pour voir par quelle persuasion morale ou autorit\u00e9 eccl\u00e9siastique les grandes questions en litige pourraient \u00eatre r\u00e9solues entre les gouvernants et les peuples. L&#8217;\u00e9glise aussi est d\u00e9sireuse d&#8217;entrer dans la br\u00e8che et aiderait avec plaisir au r\u00e9tablissement de relations amicales entre princes et peuples, car les int\u00e9r\u00eats de l&#8217;aristocratie eccl\u00e9siastique et ceux de l&#8217;aristocratie civile sont \u00e9troitement li\u00e9s. Mais il est vain d&#8217;attendre du secours de cette source, car les masses \u00e9veill\u00e9es n&#8217;ont plus gu\u00e8re de respect pour les intrigues des pr\u00eatres ou de politiciens. N\u00e9anmoins, l&#8217;opportunit\u00e9 de solliciter l&#8217;aide de l&#8217;\u00e9glise est en train d&#8217;\u00eatre mise \u00e0 l&#8217;\u00e9preuve. Le Reichstag allemand, par exemple, qui, sous l&#8217;influence du prince Bismarck, avait banni les J\u00e9suites de l&#8217;Allemagne en 1870, les consid\u00e9rant comme hostiles \u00e0 la prosp\u00e9rit\u00e9 de l&#8217;Allemagne, rappela plus tard la mesure dans l&#8217;espoir de se concilier ainsi le parti catholique et gagner son influence pour soutenir les projets de loi militaires. A l&#8217;occasion du d\u00e9bat sur la question, on fit une remarque significative qui, si elle se prouvera \u00eatre des plus vraies comme proph\u00e9tie, ne servit \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu&#8217;\u00e0 faire tordre la Chambre de rire. On fit en effet la remarque que le rappel des J\u00e9suites ne serait pas dangereux, \u00e9tant donn\u00e9, que le d\u00e9luge (le socialisme \u2014 l&#8217;anarchie) viendrait s\u00fbrement et les noierait tous \u00e9galement.<\/p>\n<p>(P 131)<\/p>\n<p>Dans les essais de r\u00e9conciliation du roi et du gouvernement d&#8217;Italie avec l&#8217;\u00e9glise de Rome, il est \u00e9vident que le mobile en \u00e9tait la crainte de voir se r\u00e9pandre l&#8217;anarchie et les perspectives de guerre sociale. A ce propos, le premier ministre italien Crispi fit un discours remarquable, en commen\u00e7ant par faire une revue historique de la politique italienne en cours, et en terminant par une d\u00e9claration concernant les probl\u00e8mes sociaux du jour, en particulier celui du mouvement r\u00e9volutionnaire. Il d\u00e9clara :<\/p>\n<p>\u00ab Le syst\u00e8me social traverse actuellement une crise de tr\u00e8s grande importance. La situation est devenue si d\u00e9licate qu&#8217;il semble absolument n\u00e9cessaire pour l&#8217;autorit\u00e9 civile et l&#8217;autorit\u00e9 religieuse de s&#8217;unir et de travailler en harmonie contre cette bande inf\u00e2me dont le drapeau porte : \u00ab Ni Dieu, ni Roi ! \u00bb. Cette bande, dit-il, avait d\u00e9clar\u00e9 la guerre \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9. Que la soci\u00e9t\u00e9 accepte cette d\u00e9claration et r\u00e9ponde par le cri de guerre \u00ab Pour Dieu, pour le roi et pour le pays ! \u00bb.<\/p>\n<p>C&#8217;est ce m\u00eame terrible pr\u00e9sage de la part des pouvoirs civils \u00e0 travers toutes les nations civilis\u00e9es qui explique l&#8217;attitude conciliante r\u00e9cente de toutes les puissances civiles de l&#8217;Europe \u00e0 l&#8217;\u00e9gard du Pape de Rome, attitude qui commence \u00e0 pr\u00e9sent \u00e0 para\u00eetre tr\u00e8s favorable \u00e0 l&#8217;espoir papal caress\u00e9 depuis longtemps de regagner une grande partie de son pouvoir temporel perdu. Cette attitude des nations a \u00e9t\u00e9 remarquablement illustr\u00e9e par les cadeaux de grande valeur qui ont \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9s au Pape, il y a quelques ann\u00e9es, \u00e0 l&#8217;occasion du Jubil\u00e9 papal, par les chefs de tous les gouvernements de la chr\u00e9tient\u00e9. Sentant leur propre incomp\u00e9tence pour affronter la puissance consid\u00e9rable du monde qui s&#8217;\u00e9veille, les autorit\u00e9s civiles, dans le d\u00e9sespoir complet, se souviennent de la puissance qu&#8217;avait jadis la papaut\u00e9, le tyran, qui avait tenu toute la chr\u00e9tient\u00e9 dans son \u00e9treinte ; et bien qu&#8217;ils ha\u00efssent le tyran, ils veulent faire de larges concessions, afin&#8217; que par ce moyen, ils puissent si possible r\u00e9ussir \u00e0. tenir en \u00e9chec les peuples m\u00e9contents.<\/p>\n<p>Beaucoup admettent la pr\u00e9tention proclam\u00e9e si ardemment par 1&#8217;Eglise catholique romaine, \u00e0 savoir qu&#8217;elle sera le seul<\/p>\n<p>(P 132) bouclier valable contre la mar\u00e9e montante du socialisme et de l&#8217;anarchisme. Se rapportant \u00e0 cette illusion, un ancien membre de l&#8217;ordre des J\u00e9suites, maintenant converti au protestantisme, le comte Paul von Hoensbrouck, prend comme exemple la Belgique catholique et le progr\u00e8s qu&#8217;y fait la d\u00e9mocratie sociale, pour d\u00e9montrer qu&#8217;il n&#8217;y a aucun espoir \u00e0 esp\u00e9rer de ce c\u00f4t\u00e9. Dans l&#8217;article qu&#8217;il fit para\u00eetre dans le Preussische Jahr\u00adbuch \u00e0 Berlin, en 1895, il d\u00e9clarait :<\/p>\n<p>\u00ab La Belgique est, depuis des si\u00e8cles, un pays profond\u00e9ment catholique et ultramontain. Elle a plus de six millions d&#8217;habitants dont quinze mille seulement sont protestants et trois mille juifs. Tout le reste est catholique. C&#8217;est l\u00e0 un exemple de puissance confessionnelle. L&#8217;\u00e9glise catholique a \u00e9t\u00e9 le facteur directeur et la force dirigeante dans la vie et l&#8217;histoire de la Belgique, et elle y a c\u00e9l\u00e9br\u00e9 ses plus grands triomphes dont elle s&#8217;est, \u00e0 maintes reprises, vant\u00e9. A quelques exceptions pr\u00e8s, elle a eu la haute main sur le syst\u00e8me d&#8217;enseignement du pays, et en particulier les \u00e9coles \u00e9l\u00e9mentaires et publiques&#8230;<\/p>\n<p>\u00ab Or, comment s&#8217;est trouv\u00e9e la D\u00e9mocratie sociale dans la catholique Belgique ? C&#8217;est ce qu&#8217;ont montr\u00e9 les derni\u00e8res \u00e9lections. A peu pr\u00e8s un cinqui\u00e8me de tous les votes exprim\u00e9s sont all\u00e9s aux sociaux-d\u00e9mocrates, et nous devons nous souvenir que du c\u00f4t\u00e9 des candidats non socialistes, on trouve un bien plus grand nombre de \u00ab votes multiples \u00bb (\u00ab plural votes \u00bb) que du c\u00f4t\u00e9 des sociaux: d\u00e9mocrates, la r\u00e8gle \u00e9tant en Belgique que les gens, riches et instruits exercent le droit de vote \u00ab multiple \u00bb, c&#8217;est-\u00e0-dire que leur vote est compt\u00e9 deux ou trois fois. Les ultramontains pr\u00e9tendent en fait que cette augmentation dans les votes socialistes doit \u00eatre attribu\u00e9e \u00e0 la croissance du Parti lib\u00e9ral. Dans une certaine mesure, tel est bien le cas, mais les pr\u00e9tentions avanc\u00e9es par les cl\u00e9ricaux, que c&#8217;est l\u00e0 le rempart contre le Socialisme, l&#8217;irr\u00e9ligion et la d\u00e9cadence morale par ce moyen n&#8217;en deviennent pas moins absurdes. D&#8217;o\u00f9 viennent donc ces Lib\u00e9raux si l&#8217;\u00e9glise catholique est le m\u00e9decin pour toutes les maladies dont l&#8217;\u00e9tat et la soci\u00e9t\u00e9 ont h\u00e9rit\u00e9 ?<\/p>\n<p>\u00ab Le catholicisme peut aussi peu sauver les gens du \u00ab lib\u00e9ralisme ath\u00e9e \u00bb qu&#8217;il peut le faire de la d\u00e9mocratie sociale. En l&#8217;an 1886, une lettre circulaire fut exp\u00e9di\u00e9e \u00e0 des repr\u00e9sentants<\/p>\n<p>(P 133) des diverses conditions sociales, posant des questions sur la condition des travailleurs. Les trois-quarts des r\u00e9ponses d\u00e9clar\u00e8rent que du point de vue religieux, les gens \u00ab d\u00e9choyaient \u00bb, ou \u00ab avaient enti\u00e8rement disparu \u00bb, ou \u00ab le catholicisme perdait de plus en plus son influence \u00bb. Li\u00e8ge, avec ses trente-huit \u00e9glises et ses trente-cinq clo\u00eetres a renvoy\u00e9 une r\u00e9ponse d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e ; Bruxelles a d\u00e9clar\u00e9 que \u00ab les neuf dixi\u00e8mes des enfants sont ill\u00e9gitimes, et que l&#8217;immoralit\u00e9 est indescriptible \u00bb. Et la situation est ainsi, bien que le social d\u00e9mocrate belge, pour autant qu&#8217;il ait fr\u00e9quent\u00e9 une \u00e9cole, a \u00e9t\u00e9 un \u00e9l\u00e8ve des \u00e9coles publiques catholiques ultramontaines, et dans un pays o\u00f9, chaque ann\u00e9e, on entend plus d&#8217;un demi-million de sermons catholiques et de le\u00e7ons de cat\u00e9chisme. Le pays qui, avec raison, a \u00e9t\u00e9 appel\u00e9 la \u00ab terre du clo\u00eetre et du clerg\u00e9 \u00bb, est devenu l&#8217;eldorado de la R\u00e9volution sociale \u00bb.<\/p>\n<p>EXTRAVAGANTS PR\u00c9PARATIFS DE GUERRE<\/p>\n<p>La crainte d&#8217;une r\u00e9volution imminente pousse toutes les nations de la \u00ab chr\u00e9tient\u00e9 \u00bb \u00e0 faire des pr\u00e9paratifs de guerre insens\u00e9s. Un journal de la m\u00e9tropole d\u00e9clare : \u00ab Cinq des principales nations de l&#8217;Europe ont immobilis\u00e9, dans des fonds sp\u00e9ciaux, 6 525 000 000 de F dans le dessein de d\u00e9truire des hommes et du mat\u00e9riel en temps de guerre. L&#8217;Allemagne fut la premi\u00e8re des nations \u00e0 se constituer un fonds de r\u00e9serve pour ce dessein meurtrier. Elle a 1 500 000 000 de F, la France 2 000 000 000 de F, la Russie 2 125 000 000 de F malgr\u00e9 les ravages du chol\u00e9ra et de la famine, l&#8217;Autriche 750 000 000 de F, l&#8217;Italie, la plus pauvre de toutes, moins de 250 000 000 de F. Ces immenses sommes d&#8217;argent restent improductives. On ne peut y toucher ou l&#8217;on n&#8217;y touchera pas sauf en cas de guerre. L&#8217;Empereur d&#8217;Allemagne, Guillaume, a d\u00e9clar\u00e9 qu&#8217;il pr\u00e9f\u00e9rerait que le nom de l&#8217;Allemagne soit d\u00e9shonor\u00e9 financi\u00e8rement plut\u00f4t que de toucher un seul mark au fonds de guerre \u00bb.<\/p>\n<p>D\u00e9j\u00e0, en 1895, les chiffres pr\u00e9par\u00e9s par le minist\u00e8re de la guerre des E.U. montraient les effectifs des arm\u00e9es des pays \u00e9trangers comme suit : l&#8217;Autriche-Hongrie : 1 794 175 hommes ; la Belgique : 140 000 ; la Colombie : 30 000 ; l&#8217;Angleterre : 662 000 ; la France : 3 200 000 ; l&#8217;Allemagne : 3 700 000 ; l&#8217;Italie : 3 155 036 ; le Mexique : 162 000 ;<\/p>\n<p>(P 134) la Russie : 13 014 865 ; l&#8217;Espagne : 400 000 ; la Suisse : 486 000. Les d\u00e9penses pour entretenir ces troupes s&#8217;\u00e9l\u00e8vent annuellement \u00e0 631 226 825 dollars.<\/p>\n<p>La force de la milice des Etats-Unis en cette m\u00eame ann\u00e9e, d&#8217;apr\u00e8s le rapport du secr\u00e9taire de la guerre \u00e0 la Maison des Repr\u00e9sentants, est form\u00e9e d&#8217;un corps de 141 846 hommes, tandis que sa force militaire, disponible mais inorganis\u00e9e, ou ce que dans les pays europ\u00e9ens on appelle l&#8217;arm\u00e9e sur \u00ab le pied de guerre \u00bb comprendrait, d&#8217;apr\u00e8s ce secr\u00e9taire, 9 582 806 hommes.<\/p>\n<p>Un correspondant du New York Herald, qui vient de rentrer d&#8217;une tourn\u00e9e en Europe, dit<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La prochaine guerre en Europe, quel que soit le moment o\u00f9 elle aura lieu, sera d&#8217;une violence destructive inconnue jusqu&#8217;\u00e0 ce jour. Toutes les sources de revenus ont \u00e9t\u00e9 pressur\u00e9es sinon \u00e9puis\u00e9es en vue de la guerre. Inutile de dire que le monde n&#8217;a pas encore vu de chose semblable, car jamais auparavant, il n&#8217;y avait eu de tels moyens militaires de destruction. L&#8217;Europe est un grand camp militaire. Les principales puissances sont arm\u00e9es jusqu&#8217;aux dents. Ce r\u00e9sultat est d\u00fb aux efforts combin\u00e9s de toutes les nations ; ce ne sont pas des pr\u00e9paratifs de parade ou d&#8217;amusement. De gigantesques arm\u00e9es, dans la condition la plus \u00e9lev\u00e9e de discipline et arm\u00e9es \u00e0 la perfection, l&#8217;arme au pied ou la bride en main, attendent dans le camp ou dans le champ le signal du d\u00e9part pour marcher l&#8217;une contre l&#8217;autre. En Europe, une guerre ne r\u00e8gle qu&#8217;une seule chose pr\u00e9cise, et cela rend n\u00e9cessaire une autre guerre.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0On dit que de fortes arm\u00e9es permanentes sont des garanties de paix ; cela est peut-\u00eatre possible pour un temps, mais ne saurait durer toujours, car l&#8217;inactivit\u00e9 continuelle d&#8217;arm\u00e9es aussi consid\u00e9rables entra\u00eene avec elle trop de sacrifices, et les lourds fardeaux pousseront in\u00e9vitablement \u00e0 l&#8217;action \u00bb.<\/p>\n<p>LES ENGINS DE GUERRE MODERNES<\/p>\n<p>Un correspondant du Pittsburg Dispatch \u00e9crit de Washington (D.C.) :<\/p>\n<p>Quel hideux magasin de curiosit\u00e9s que sont les d\u00e9p\u00f4ts d&#8217;armes et de projectiles et de mod\u00e8les de guerre de toutes sortes dans les divers coins et recoins des Minist\u00e8res de la Guerre et de la Marine ! Ils sont \u00e9pars et, comparativement,<\/p>\n<p>(P 135) en quantit\u00e9s r\u00e9duites, bien s\u00fbr, mais cela suffit pour faire r\u00e9fl\u00e9chir les plus insouciants sur la fin de cette prodigieuse pouss\u00e9e dans le domaine des inventions d&#8217;engins pour la destruction du genre humain. Tout ce que nous poss\u00e9dons jusqu&#8217;\u00e0 ce jour, dans notre pays qui est nouveau, en fait de ces engins, ne saurait \u00eatre compar\u00e9 en int\u00e9r\u00eat ni en volume avec une seule des salles de la vaste collection que contient la Tour de Londres, mais cela suffit pour conna\u00eetre toute l&#8217;histoire. En consid\u00e9rant tous ces engins meurtriers, on arrive \u00e0 penser que les gouvernants du monde s&#8217;appliquent \u00e0 l&#8217;extermination de la race humaine, au lieu de son am\u00e9lioration et de sa pr\u00e9servation.<\/p>\n<p>\u00ab De conserve avec les inventions modernes qui permettent \u00e0 un seul homme d&#8217;en tuer 1 000 en un clin d&#8217;\u0153il, nous avons les armes grossi\u00e8res des jours plus simples alors que les hommes luttaient corps \u00e0 corps dans la bataille. Mais il n&#8217;est pas besoin de nous reporter \u00e0 ces arm\u00e9s-l\u00e0 pour juger des progr\u00e8s accomplis dans l&#8217;art de la guerre. M\u00eame le mat\u00e9riel employ\u00e9 dans la derni\u00e8re des grandes guerres est maintenant pi\u00e8ce d&#8217;antiquit\u00e9. Si une nouvelle guerre civile devait \u00e9clater demain aux Etats-Unis, ou si nous devions \u00eatre engag\u00e9s dans une guerre avec un pays \u00e9tranger, nous penserions autant \u00e0 prendre des ailes et \u00e0 nous battre dans les airs qu&#8217;\u00e0 combattre avec des armes datant d&#8217;un quart de si\u00e8cle. On pourrait employer dans certaines conditions certains des canons et des bateaux en vogue vers la fin de la guerre, en les modifiant et en les am\u00e9liorant au point de leur donner une nouvelle forme, mais la grande masse des engins meurtriers serait supplant\u00e9e par des inventions enti\u00e8rement nouvelles, en comparaison desquelles les meilleurs des engins anciens seraient faibles ou totalement inefficaces. Je n&#8217;ai jamais \u00e9t\u00e9 plus fortement frapp\u00e9 par ce progr\u00e8s dans le domaine de l&#8217;horrible qu&#8217;hier, quand, faisant une course au Minist\u00e8re de la Marine, on me montra le mod\u00e8le et les plans de la nouvelle mitrailleuse automatique Maxim. Elle (et le canon Maxim sous d&#8217;autres noms) est certainement la plus ing\u00e9nieuse et la plus terrible de toutes les armes surprenantes de guerre r\u00e9cemment invent\u00e9es. Il est question de les fabriquer jusqu&#8217;au calibre de six pouces permettant un tir automatique de 600 salves \u00e0 la minute. Ceci, bien entendu, a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pass\u00e9 par le canon Gatling et par d&#8217;autres, tirant de tr\u00e8s petits projectiles, mais ces canons, compar\u00e9s au Maxim, sont difficiles \u00e0 manier, exigent plus de personnel, sont plus<\/p>\n<p>(P 136) lourds et beaucoup moins pr\u00e9cis. Au contraire, un seul homme, ou une seule femme, ou un seul enfant, peut man\u0153uvrer le canon Maxim, et apr\u00e8s l&#8217;avoir mis en route, peut aller faire un petit tour pour manger un morceau, tandis que son canon est occup\u00e9 \u00e0 tuer quelques centaines de personnes. Le canonnier est assis sur un si\u00e8ge \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re de sa pi\u00e8ce et derri\u00e8re son bouclier pare-balles s&#8217;il d\u00e9sire en employer un. Lorsqu&#8217;il veut faucher une arm\u00e9e en quelques minutes, il attend simplement que ladite arm\u00e9e vienne occuper une position favorable \u00e0 son travail. Alors, il tourne une manivelle qui fait partir la premi\u00e8re cartouche, et le m\u00e9canisme automatique se d\u00e9clenche. L&#8217;explosion de la premi\u00e8re cartouche provoque un recul qui \u00e9jecte la douille vide hors de la culasse, met en place une autre cartouche et fait feu. Le recul de cette explosion fait un service semblable, et ainsi de suite \u00e0 l&#8217;infini. C&#8217;est le meurtre en mouvement perp\u00e9tuel.<\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;une des inventions de M. Maxim s&#8217;appelle le \u00ab canon pour \u00e9meute \u00bb ; c&#8217;est un petit appareil l\u00e9ger que l&#8217;on peut transporter dans ses bras avec assez de munitions pour chasser des rues n&#8217;importe quelle populace ou la d\u00e9truire compl\u00e8tement. Il est curieux de constater que toutes, les inventions les plus r\u00e9centes dans ce domaine manifestent qu&#8217;on s&#8217;attend avec certitude \u00e0 des \u00e9meutes. Depuis quand l&#8217;inventeur se transforme-t-il en proph\u00e8te ? Eh bien ! ce \u00ab canon pour \u00e9meute \u00bb peut fonctionner \u00e0 raison de dix coups meurtriers par seconde, le canonnier restant cach\u00e9 et tout le temps en parfaite s\u00e9curit\u00e9, m\u00eame devant une bande d&#8217;\u00e9meutiers arm\u00e9s de fusils ou m\u00eame de pistolets, \u00e0 condition que cette m\u00eame bande ne se d\u00e9cide \u00e0 passer \u00e0 l&#8217;assaut et \u00e0 capturer canon et canonnier. Il semble que les inventeurs comme M. Maxim esp\u00e8rent que les \u00e9meutiers modernes resteront dans les rues pour \u00eatre abattus sans agir soit pour se d\u00e9fendre, soit pour attaquer, et qu&#8217;ils ne se mettront pas \u00e0 l&#8217;abri dans des coins en portant des bombes, et qu&#8217;ils ne feront pas sauter ou br\u00fbler une ville dans leur fr\u00e9n\u00e9sie. De quelque fa\u00e7on que cela puisse se produire, il a fait tout ce qu&#8217;il pouvait en mati\u00e8re de \u00ab canon pour \u00e9meute \u00bb. Ce petit engin peut transporter avec lui assez de munitions pour nettoyer une rue \u00e0 la premi\u00e8re salve et en quelques secondes, et il peut tirer \u00e0 partir de murs ou de fen\u00eatres avec autant de facilit\u00e9 qu&#8217;en pleine rue. Par des mouvements de poignet, on peut le pointer vers le haut ou vers le bas, et tirer \u00e0 bout portant au-dessus ou au-dessous du canonnier sans tuer ou blesser ce fervent de ce \u00ab bel \u00bb art de tuer.<\/p>\n<p>\u00ab Mais s&#8217;il s&#8217;agit l\u00e0 d&#8217;une des derni\u00e8res et des plus destructives des<\/p>\n<p>(P 137) inventions r\u00e9centes, il ne s&#8217;ensuit nullement qu&#8217;en n&#8217;en inventera pas d&#8217;autres et de plus efficaces. Celui dont l&#8217;attention se porte sur ce sujet en vient graduellement \u00e0 se rendre compte que nous ne faisons que commencer. Nous avons essay\u00e9, en mati\u00e8re de d\u00e9fense, de suivre les progr\u00e8s des moyens offensifs, mais en vain. On ne peut construire aucun navire qui puisse soutenir une explosion de torpille moderne. Aucune nation n&#8217;est assez riche pour b\u00e2tir des forts qui ne puissent \u00eatre d\u00e9truits en peu de temps par le type de projectile \u00e0 la dynamite le plus r\u00e9cent et le plus abominable. On peut maintenant diriger des ballons avec presque autant de facilit\u00e9 qu&#8217;un navire sur l&#8217;eau, et on les emploiera largement, dans les guerres qui se produiront bient\u00f4t, pour d\u00e9truire des arm\u00e9es et des places fortifi\u00e9es. L&#8217;appareil \u00e0 donner la mort est si simple et si bon march\u00e9 qu&#8217;un seul homme peut d\u00e9truire une arm\u00e9e. S&#8217;il est vrai que les forts sont plus compl\u00e8tement \u00e9quip\u00e9s pour d\u00e9truire les faibles, d&#8217;un autre c\u00f4t\u00e9 les faibles peuvent \u00eatre rendus suffisamment forts pour d\u00e9truire les plus forts. Des deux c\u00f4t\u00e9s, la guerre signifiera l&#8217;annihilation. Les arm\u00e9es de terre, les monstres de la mer et les \u00ab croiseurs \u00bb de guerre a\u00e9riens s&#8217;an\u00e9antiront les uns les autres si tant est qu&#8217;ils en viennent aux \u00ab coups \u00bb.<\/p>\n<p>Pourtant il y a un perfectionnement plus r\u00e9cent encore. Le New York World donne du canon et de la poudre le compte rendu suivant :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Maxim, le fabricant de canon, et le Dr Schupphaus, l&#8217;expert en poudre \u00e0 canon, ont invent\u00e9 un nouveau canon et une nouvelle poudre \u00e0 torpille qui lancera \u00e0 dix \u00ab miles \u00bb un obus \u00e9norme plein d&#8217;explosif, et l\u00e0 o\u00f9 il tombera il r\u00e9duira en \u00ab allume-feu \u00bb tout ce qui se trouvera dans un rayon de centaines de pieds.<\/p>\n<p>\u00ab La d\u00e9couverte s&#8217;appelle : \u00ab Syst\u00e8me Maxim-Schupphaus de lancement de torpilles a\u00e9riennes \u00e0 l&#8217;aide de canon au moyen d&#8217;une poudre sp\u00e9ciale qui lance le projectile d&#8217;abord avec une faible pouss\u00e9e et augmente sa vitesse en maintenant cette pouss\u00e9e sur toute la longueur du canon \u00bb. Des brevets de ce syst\u00e8me ont \u00e9t\u00e9 pris aux Etats-Unis et dans les pays europ\u00e9ens.<\/p>\n<p>\u00ab La poudre sp\u00e9ciale employ\u00e9e est du coton \u00e0 canon presque pur, compos\u00e9e d&#8217;un si faible pourcentage de nitroglyc\u00e9rine qu&#8217;elle ne poss\u00e8de aucun des inconv\u00e9nients des poudres \u00e0 la<\/p>\n<p>(P 138) nitroglyc\u00e9rine, et qu&#8217;elle est pr\u00e9serv\u00e9e contre la d\u00e9composition gr\u00e2ce \u00e0 une l\u00e9g\u00e8re addition d&#8217;ur\u00e9e. Il n&#8217;y a absolument aucun danger \u00e0 la manipuler, et on peut la battre sur une enclume avec un lourd marteau sans qu&#8217;elle explose. Le secret de sa puissance, remarquable repose sur une simple v\u00e9rit\u00e9 math\u00e9matique \u00e0 laquelle personne n&#8217;avait jamais pens\u00e9. La poudre extr\u00eamement explosible est maintenant charg\u00e9e dans le canon sous la forme de lamelles plates, de petits cubes ou de b\u00e2tonnets cylindriques solides d&#8217;un demi ou des trois quarts d&#8217;un pouce de diam\u00e8tre, de plusieurs \u00ab pieds \u00bb de long \u00e0 l&#8217;apparence d&#8217;une botte de baguettes de cire noire. Lorsque la poudre est mise \u00e0 feu, les extr\u00e9mit\u00e9s et la circonf\u00e9rence de chaque b\u00e2tonnet de poudre s&#8217;enflamment instantan\u00e9ment et br\u00fblent vers le centre.<\/p>\n<p>\u00ab Le volume des gaz d\u00e9gag\u00e9s par la combustion augmente constamment de moins en moins, parce que la surface en combustion est moindre, et comme c&#8217;est le volume de gaz qui donne la vitesse au projectile lanc\u00e9 du canon, il en r\u00e9sulte in\u00e9vitablement une perte de vitesse. Le projectile ne va pas aussi loin qu&#8217;il le ferait si la pression des gaz avait augment\u00e9 ou, tout au moins, si elle s&#8217;\u00e9tait maintenue.<\/p>\n<p>\u00ab Dans chaque pi\u00e8ce de la poudre de Maxim et Schupphaus se trouve une quantit\u00e9 de petits trous perc\u00e9s sur toute la longueur du b\u00e2tonnet. Lorsque la poudre est enflamm\u00e9e, la flamme se r\u00e9pand instantan\u00e9ment non seulement sur la circonf\u00e9rence de chaque b\u00e2tonnet, mais \u00e0 travers m\u00eame des perforations. Ces petits trous sont d\u00e9vor\u00e9s par la flamme si rapidement que la diff\u00e9rence entre le volume des gaz explosifs engendr\u00e9 au d\u00e9but et celui \u00e0 la fin de l&#8217;\u00e2me du canon est environ dans la proportion de seize \u00e0 un.<\/p>\n<p>\u00ab Le projectile quitte donc le canon avec une vitesse terrifiante, et chaque petit trou dans les b\u00e2tonnets de la poudre prend sa part en le pr\u00e9cipitant dans sa mission de destruction \u00e0 des \u00ab miles \u00bb de son point de d\u00e9part. Avec un gros canon, les ravages caus\u00e9s par ce nouveau prodige d&#8217;artillerie moderne seraient incalculables. Cette nouvelle poudre \u00e0 semer la mort a \u00e9t\u00e9 mise \u00e0 feu \u00e0 Sandy Hook dans des canons de campagne et dans les lourds fusils de la d\u00e9fense des c\u00f4tes, avec des r\u00e9sultats surprenants. D&#8217;un canon de dix \u00ab pouces \u00bb, charg\u00e9 avec 128 livres de cette poudre, un projectile pesant 571 livres a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 \u00e0 8 miles vers la mer. Les pressions sur les baguettes de poudre \u00e9taient plus uniformes que celles d\u00e9j\u00e0 enregistr\u00e9es, ce qui est un point important dans l&#8217;estimation de la<\/p>\n<p>(P 139) valeur d&#8217;une poudre explosive de haute puissance. Sans pressions uniformes, la pr\u00e9cision de tir est impossible.<\/p>\n<p>\u00ab Le gros canon que MM. Maxim et Schupphaus se proposent de construire sera un canon de vingt \u00ab pouces \u00bb, sp\u00e9cialement adapt\u00e9 pour la d\u00e9fense des c\u00f4tes. Ce canon pr\u00e9sentera certaines particularit\u00e9s. Il ne sera pas mont\u00e9 par pi\u00e8ces d\u00e9tach\u00e9es d&#8217;acier, mais il consistera en un seul tube fin en acier d&#8217;environ trente \u00ab pieds \u00bb de long, dont les parois n&#8217;auront pas plus de deux \u00ab pouces \u00bb d&#8217;\u00e9paisseur en contraste notable avec les mortiers dont les parois ont de huit \u00e0 dix \u00ab pouces \u00bb d&#8217;\u00e9paisseur afin de r\u00e9sister \u00e0 la pression de la d\u00e9charge. Le recul du canon sera compens\u00e9 par des tampons hydrauliques souterrains, contenant de l&#8217;eau et de l&#8217;huile. Un canon de ce type, de vingt \u00ab pouces \u00bb, employant la nouvelle poudre, pourrait \u00eatre mis en place \u00e0 l&#8217;entr\u00e9e du port de New York, soit au Ft. Washington, soit au Ft. Wadsworth et commanderait la mer enti\u00e8re dans un rayon de dix \u00ab miles \u00bb Les pressions et les vitesses obtenues sont si uniformes qu&#8217;il est possible d&#8217;avoir une prodigieuse pr\u00e9cision de tir. Il ne serait n\u00e9cessaire seulement que de pointer le canon sur n&#8217;importe quel navire rep\u00e9r\u00e9 par le pointeur dans son champ de tir pour assurer sa destruction compl\u00e8te. La quantit\u00e9 d&#8217;explosifs lanc\u00e9s serait suffisante pour couler un vaisseau de guerre si le projectile explosait \u00e0 moins de cinquante \u00ab pieds \u00bb [15,24 m] environ de lui. A cent cinquante \u00ab pieds \u00bb, le choc d&#8217;un projectile de cinq cents \u00ab livres \u00bb serait assez violent pour provoquer des voies d&#8217;eau dangereuses et d\u00e9semparer un navire \u00bb.<\/p>\n<p>Le Dr R. J. Gatling, l&#8217;inventeur de la stup\u00e9fiante machine qui porte son nom, d\u00e9clara \u00e0 propos de la nouvelle invention de la poudre sans fum\u00e9e :<\/p>\n<p>\u00ab Les gens ne sont pas encore au courant pour appr\u00e9cier l&#8217;extraordinaire r\u00e9volution que l&#8217;invention de la poudre sans fum\u00e9e apportera dans une guerre future. D\u00e9j\u00e0, elle a rendu d\u00e9suets en. Europe, entre 3 000 000 et 4 000 000 de fusils qui ont \u00e9t\u00e9 fabriqu\u00e9s pour tirer \u00e0 la poudre noire, sans parler des millions de cartouches dont les pays qui en poss\u00e8dent voudraient se d\u00e9barrasser pour une bouch\u00e9e de pain. C&#8217;est l\u00e0 un montant consid\u00e9rable de capital perdu, mais c&#8217;est le r\u00e9sultat in\u00e9vitable du progr\u00e8s. Nos fusils de l&#8217;arm\u00e9e dans ce pays seront bient\u00f4t \u00e0 mettre au rebut, car pour garder le pas avec le reste du monde, nous devrons adopter aussi la poudre sans fum\u00e9e.\u00a0Un fusil charg\u00e9 avec<\/p>\n<p>(P 140) elle lancera une balle \u00e0 une distance double de celle franchie par une balle lanc\u00e9e par la poudre noire. De m\u00eame, la nouvelle invention change enti\u00e8rement la tactique militaire, car dans les batailles futures, les troupes ne se pr\u00e9senteront jamais en masse \u00e0 l&#8217;ennemi. Le combat \u00e0 d\u00e9couvert, comme ce fut la coutume \u00e0 travers les \u00e2ges, est chose du pass\u00e9, car il signifierait l&#8217;an\u00e9antissement complet. Si la poudre sans fum\u00e9e avait \u00e9t\u00e9 en usage dans la derni\u00e8re lutte civile, la guerre entre les Etats n&#8217;aurait pas dur\u00e9 quatre-vingt-dix jours.<\/p>\n<p>\u2014 \u00ab Quelle est la diff\u00e9rence entre un canon \u00e0 tir rapide et une mitrailleuse ?<\/p>\n<p>\u00ab Un canon \u00e0 tir rapide ne commence pas son tir avec la rapidit\u00e9 d&#8217;une mitrailleuse. Il ne se compose g\u00e9n\u00e9ralement que d&#8217;un seul tube et on le charge avec des obus. C&#8217;est un grand canon destin\u00e9 aux torpilleurs, mais son tir de quinze coups \u00e0 la minute para\u00eet \u00eatre son maximum. Une mitrailleuse du type Gatling a de six \u00e0 douze tubes, et avec trois hommes pour op\u00e9rer, elle ne cesse pratiquement pas de fonctionner, une rafale succ\u00e9dant \u00e0 l&#8217;autre \u00e0 la cadence de 1200 coups \u00e0 la minute. Ces trois hommes peuvent faire un travail destructeur plus que n&#8217;en peut faire une brigade enti\u00e8re arm\u00e9e de mousquetons \u00bb.<\/p>\n<p>Un journaliste \u00e9crit dans le Cincinnati Enquirer :<\/p>\n<p>\u00ab La physionomie de la prochaine guerre, si jamais elle se produit, prendra des aspects enti\u00e8rement nouveaux, et si horribles qu&#8217;elle laissera \u00e0 jamais grav\u00e9 sur le front de la civilisation, le reproche de barbarie. Les nouvelles organisations militaires qui ont quadrupl\u00e9 les arm\u00e9es, la terrible nouvelle poudre sans fum\u00e9e \u00e0 laquelle rien ne peut r\u00e9sister, l&#8217;actuelle artillerie foudroyante et le fusil \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition qui faucheront les arm\u00e9es comme un ouragan fait tomber les pommes en secouant un arbre, les ballons-observatoires et les batteries des ballons qui d\u00e9verseront des masses de poudre sur les villes et les forteresses, les ravageant en tr\u00e8s peu de temps et bien plus effectivement qu&#8217;un bombardement, l&#8217;artillerie sur rails, la lumi\u00e8re \u00e9lectrique et le t\u00e9l\u00e9phone, etc., ont boulevers\u00e9 toutes les tactiques de la guerre. La prochaine guerre sera conduite d&#8217;apr\u00e8s un syst\u00e8me enti\u00e8rement diff\u00e9rent, inexp\u00e9riment\u00e9 jusqu&#8217;ici, et duquel surgiront de grandes surprises. \u00ab Nous armons pour la d\u00e9fensive et non pour l&#8217;offensive \u00bb, d\u00e9clare chaque puissance ; \u00ab notre s\u00e9curit\u00e9 est dans notre force : elle impose la paix \u00e0 nos voisins et inspire \u00e0 tous le respect qui nous est d\u00fb \u00bb.<\/p>\n<p>(P 141)<\/p>\n<p>\u00ab Mais chaque puissance poursuit la m\u00eame politique qui \u00e9quivaut \u00e0 dire que tout ce formidable, ce meurtrier d\u00e9ploiement n&#8217;est dirig\u00e9 que pour prot\u00e9ger la paix des griffes de la guerre. Bien que ceci soit le comble de l&#8217;ironie, je le crois sinc\u00e8rement, parce que c&#8217;est \u00e9vident, et je pense que la paix est bien gard\u00e9e contre la guerre par les instruments m\u00eames de la guerre, ou plut\u00f4t par l&#8217;appr\u00e9hension caus\u00e9e par leur importance et leur laideur. Mais ces armements implacables sont semblables \u00e0 un tourbillon toujours absorbant dans lequel est entra\u00een\u00e9e la fortune publique qui va, pour ainsi dire, combler un volcan insondable sous la forme d&#8217;une substance explosive. Si \u00e9trange que cela puisse \u00eatre, telle est bien la vraie situation. L&#8217;Europe se trouve sur un immense volcan qu&#8217;elle s&#8217;est creus\u00e9 elle-m\u00eame, et qu&#8217;elle remplit laborieusement avec l&#8217;\u00e9l\u00e9ment le plus dangereux. Mais consciente de son danger, elle \u00e9carte diligemment tous les brandons loin du crat\u00e8re. Mais toutes les fois que sa prudence se rel\u00e2che et que l&#8217;explosion se produit, retenez ceci, le monde entier sent le choc, et frissonne. La barbarie manifestera tant de laideur qu&#8217;une mal\u00e9diction universelle se r\u00e9pandra d&#8217;une nation \u00e0 l&#8217;autre, et am\u00e8nera les peuples \u00e0 chercher quelque moyen digne de notre temps pour r\u00e9gler des affaires internationales, et la guerre sera enterr\u00e9e par ses propres \u00ab mains \u00bb sous les ruines qu&#8217;elle aura dress\u00e9es \u00bb.<\/p>\n<p>UN AUTRE CANON QUI FORCE A LA PAIX<\/p>\n<p>R\u00e9veillez les hommes forts. Qu&#8217;ils approchent, tous les hommes de guerre. Qu&#8217;ils se rassemblent dans la Vall\u00e9e de Josaphat (la vall\u00e9e de la mort). Que le faible dise : je suis fort ! De vos socs forgez des \u00e9p\u00e9es, et de vos serpes, des javelines. \u2014 Jo\u00ebl 3 : 10.<\/p>\n<p>Ce que signifiera bient\u00f4t aller \u00e0 la guerre, on peut le deviner d&#8217;apr\u00e8s la description du fusil faite ci-dessous. A propos de la pr\u00e9paration \u00e0 la guerre entre des nations, ne n\u00e9gligeons pas le fait que des gouvernements et des g\u00e9n\u00e9raux commencent \u00e0 craindre leurs troupes. De m\u00eame que, dans l&#8217;Ohio, la milice a refus\u00e9 de servir lors des troubles de gr\u00e8ve, que les marins se sont rebell\u00e9s au Br\u00e9sil contre le gouvernement, et les soldats du Portugal contre leurs g\u00e9n\u00e9raux, ainsi peut-il en \u00eatre de m\u00eame dans chaque pays du monde.<\/p>\n<p>Avec sa grande arm\u00e9e, l&#8217;Allemagne s&#8217;effraie parce que<\/p>\n<p>(P 142) le Socialisme s&#8217;introduit graduellement parmi les soldats. M\u00eame en Grande-Bretagne, on a trouv\u00e9 r\u00e9cemment n\u00e9cessaire de d\u00e9sarmer certains membres de la milice ou \u00ab yeomanry \u00bb. Le secret de toute cette insubordination est la connaissance, et derri\u00e8re la connaissance r\u00e9side l&#8217;instruction, et derri\u00e8re l&#8217;instruction l&#8217;imprimerie et la merveilleuse puissance divine d&#8217;illumination, levant le voile de l&#8217;ignorance et pr\u00e9parant le genre humain pour le grand jour du Messie avec son pr\u00e9lude de ou d\u00e9tresse.<\/p>\n<p>Il y a quelque temps, nous nous demandions comment l&#8217;insurrection, telle que les \u00c9critures semblent l&#8217;impliquer, pourrait jamais balayer toute la terre, comment l&#8217;anarchie pourrait s&#8217;exercer malgr\u00e9 la puissance et l&#8217;influence combin\u00e9es du capital et de la civilisation qui s&#8217;y opposent. Mais maintenant, nous comprenons que l&#8217;instruction (la connaissance) est en train de pr\u00e9parer la voie pour le grand d\u00e9sastre du monde que les \u00c9critures semblent indiquer comme pouvant venir dans les quelques ann\u00e9es prochaines. Maintenant, nous pouvons discerner que les hommes m\u00eames qui ont \u00e9t\u00e9 entra\u00een\u00e9s \u00e0 employer l&#8217;appareil \u00ab dernier cri \u00bb pour d\u00e9truire la vie humaine peuvent \u00eatre trouv\u00e9s parmi ceux qui ont la charge et le soin des fabriques d&#8217;armes et des munitions de guerre. Voici l&#8217;article annonc\u00e9 plus haut : \u00ab Ce fusil, pesant moins de vingt livres, et mani\u00e9 comme une canardi\u00e8re ordinaire, d\u00e9verse un flot de balles quand il est en action \u00e0 la cadence de 400 coups par minute. On appelle cette nouvelle arme la Benet-Mercier, et elle est une invention fran\u00e7aise. Elle a une crosse qui se place contre l&#8217;\u00e9paule. En action, le soldat est allong\u00e9 au sol, appuyant le fusil sur deux supports. Ceci donne un avantage de s\u00e9curit\u00e9 sur le mod\u00e8le \u00e0 tir rapide d&#8217;Hiram Maxim, \u00e9tant donn\u00e9 que celui qui se sert de ce dernier fusil est oblig\u00e9 de se tenir debout pour l&#8217;amunitionner. Cela le d\u00e9couvre \u00e0 l&#8217;ennemi, ou plut\u00f4t cela d\u00e9couvre trois hommes \u00e0 l&#8217;ennemi, car il en faut trois pour manier cette arme lourde \u00bb.<\/p>\n<p>La proph\u00e9tie de Jo\u00ebl (3 : 9-11) est s\u00fbrement en train de s&#8217;accomplir dans les stup\u00e9fiants pr\u00e9paratifs de guerre qui ont lieu actuellement parmi les nations. Proph\u00e9tiquement, il exprime les sentiments de cette \u00e9poque, disant : \u00ab Proclamez ceci parmi les nations : pr\u00e9parez la guerre, r\u00e9veillez les hommes forts, qu&#8217;ils approchent, qu&#8217;ils montent, tous les hommes de guerre !<\/p>\n<p>(P 143) De vos socs forgez des \u00e9p\u00e9es, et de vos serpes, des javelines. Que le faible dise : Je suis fort ! Accourez et venez, vous, toutes les nations, de toute part, et rassemblez-vous ! \u00bb. Est-ce que ce n&#8217;est pas l\u00e0 la proclamation universelle du temps actuel ? Est-ce que puissants et faibles, tous ne s&#8217;encouragent pas pour le prochain conflit ? Est-ce que la pr\u00e9tendue \u00e9glise de Christ elle-m\u00eame n&#8217;embrigade pas les jeunes gar\u00e7ons et ne leur insuffle pas l&#8217;esprit de guerre ? Est-ce que les hommes qui, autrement, seraient en train de suivre la charrue et d&#8217;\u00e9laguer les arbres, ne forgent pas et ne manient pas \u00e0 la place les armes de guerre ? Et les nations ne rassemblent-elles pas leurs puissantes arm\u00e9es et n&#8217;\u00e9puisent-elles pas leurs ressources financi\u00e8res au-del\u00e0 de leurs facult\u00e9s d&#8217;une longue endurance, afin de se pr\u00e9parer ainsi aux exigences de la guerre, la grande d\u00e9tresse qu&#8217;ils voient s&#8217;approchant tr\u00e8s vite ?<\/p>\n<p>LES \u00c9TATS-UNIS, UNIQUES DANS LEUR POSITION, SONT CEPENDANT MENAC\u00c9S DE PLUS GRANDS MALHEURS QUE LE VIEUX MONDE<\/p>\n<p>A peu pr\u00e8s \u00e0 tous \u00e9gards, les Etats-Unis d&#8217;Am\u00e9rique occupent une position unique parmi les nations ; et cela est si vrai que certains sont enclins \u00e0 consid\u00e9rer ce pays comme l&#8217;enfant sp\u00e9cial de la providence divine, et \u00e0 penser qu&#8217;en cas de r\u00e9volution mondiale, il sera \u00e9pargn\u00e9. Cependant, il n&#8217;est pas logique, pour qui a un jugement sain, d&#8217;imaginer une telle s\u00e9curit\u00e9, \u00e9tant donn\u00e9 soit les signes des temps, soit l&#8217;application certaine de ces justes lois de r\u00e9tribution par lesquelles les nations, aussi bien que les individus, sont jug\u00e9es.<\/p>\n<p>Quiconque est r\u00e9fl\u00e9chi et impartial ne peut douter que les circonstances particuli\u00e8res de la d\u00e9couverte de ce continent et l&#8217;installation de cette nation sur son sol vierge afin d&#8217;y respirer l&#8217;air de la libert\u00e9 et de d\u00e9velopper ses ressources merveilleuses furent une \u00e9tape dans le cours de la providence divine. Le temps et les circonstances<\/p>\n<p>(P 144) l&#8217;indiquent tous. Emerson dit un jour : \u00ab Toute notre histoire semble \u00eatre le dernier effort accompli par la Providence divine en faveur des humains \u00bb. Pourtant, il n&#8217;e\u00fbt pas dit cela s&#8217;il avait compris le plan divin des Ages, \u00e0 la lumi\u00e8re duquel il est tout \u00e0 fait clair que ce n&#8217;est pas l\u00e0 un \u00ab dernier effort de la providence divine \u00bb, mais un maillon bien d\u00e9termin\u00e9 dans la cha\u00eene des circonstances providentielles pour l&#8217;accomplissement du dessein divin. Ici, l&#8217;on a offert un refuge \u00e0 tous les opprim\u00e9s de tous les pays contre la tyrannie du despotisme civil et eccl\u00e9siastique. Ici, s\u00e9par\u00e9 des vieux despotismes par l&#8217;immense d\u00e9sert de l&#8217;oc\u00e9an, l&#8217;esprit de libert\u00e9 a trouv\u00e9 un lieu pour respirer, et l&#8217;exp\u00e9rience d&#8217;un gouvernement populaire devint une r\u00e9alit\u00e9. En raison de ces circonstances favorables, la grande \u0153uvre de l&#8217;Age de l\u2019\u00c9vangile \u2014 le choix de la vraie Eglise \u2014 a \u00e9t\u00e9 grandement facilit\u00e9e, et nous avons tout lieu de croire que c&#8217;est ici que la plus grande moisson de l&#8217;Age sera rassembl\u00e9e.<\/p>\n<p>En aucun autre pays le message b\u00e9ni de la moisson (le plan des Ages, ses temps et saisons et ses privil\u00e8ges) n&#8217;aurait pu, sans entraves, \u00eatre proclam\u00e9 aussi librement et aussi largement. Et nulle part ailleurs, si ce n&#8217;est sous les libres institutions de ce pays favoris\u00e9, il ne se trouve autant d&#8217;esprits assez affranchis des liens de la superstition et du dogmatisme religieux pour \u00eatre capables de saisir la v\u00e9rit\u00e9 du temps convenable, et ensuite, pour r\u00e9pandre partout la bonne nouvelle. C&#8217;est, croyons-nous, dans ce dessein m\u00eame que la providence de Dieu a favoris\u00e9 jusqu&#8217;\u00e0 un certain point, ce pays. Il y avait ici pour son peuple une \u0153uvre \u00e0 faire qui n&#8217;aurait pu l&#8217;\u00eatre aussi bien nulle part ailleurs ; c&#8217;est pourquoi, quand la main de l&#8217;oppression voulut \u00e9touffer l&#8217;esprit de v\u00e9rit\u00e9, un Washington fut suscit\u00e9 pour conduire \u00e0 l&#8217;ind\u00e9pendance nationale le peuple appauvri mais \u00e9pris de libert\u00e9. Et de nouveau, quand la rupture mena\u00e7a la nation et quand vint le temps d&#8217;affranchir quatre millions d&#8217;esclaves, Dieu<\/p>\n<p>(P 145) suscita un autre brave et noble esprit en la personne d&#8217;Abraham Lincoln qui brisa les cha\u00eenes des esclaves et pr\u00e9serva l&#8217;unit\u00e9 de la nation.<\/p>\n<p>Cependant la nation, en tant que nation, n&#8217;a pas et n&#8217;a jamais eu le droit de pr\u00e9tendre \u00e0 la providence divine. Les directions `providentielles dans quelques-unes de ses affaires ne l&#8217;ont \u00e9t\u00e9 que dans l&#8217;int\u00e9r\u00eat du peuple de Dieu. La nation, comme nation, est sans Dieu et sans espoir de perp\u00e9tuit\u00e9 lorsque, par elle, Dieu aura servi ses propres sages desseins pour son peuple : jusqu&#8217;\u00e0 ce qu&#8217;il ait rassembl\u00e9 \u00ab ses \u00e9lus \u00bb. Alors, les vents de la grande tribulation pourront souffler sur elle, comme sur les autres nations ; parce que, comme elles, elle est l&#8217;un des \u00ab royaumes de ce monde \u00bb qui doit faire place au Royaume du cher Fils de Dieu.<\/p>\n<p>Tandis que les conditions des masses de la population sont ici beaucoup plus favorables que dans n&#8217;importe quel autre pays, il y a ici parmi les classes plus pauvres une appr\u00e9ciation du confort et des droits et des privil\u00e8ges individuels qui n&#8217;existe pas au m\u00eame degr\u00e9 dans aucun autre pays. Dans ce pays, du milieu de ses plus humbles citoyens, imbus de l&#8217;esprit de ses institutions (l&#8217;esprit de libert\u00e9, d&#8217;ambition, de travail et d&#8217;intelligence) sont sortis nombre des hommes d&#8217;\u00e9tat les plus sages et les meilleurs : pr\u00e9sidents, l\u00e9gislateurs, hommes de loi, juristes et hommes distingu\u00e9s de tous postes. Ici, aucune aristocratie h\u00e9r\u00e9ditaire n&#8217;a joui du monopole des postes de confiance ou de profit, mais l&#8217;enfant du plus humble voyageur peut aspirer aux prix d&#8217;honneur, \u00e0 la richesse et \u00e0 la promotion et les obtenir. A quel \u00e9colier am\u00e9ricain n&#8217;a-t-on pas fait allusion \u00e0 la possibilit\u00e9 de devenir un jour le pr\u00e9sident du pays ? En fait, on a consid\u00e9r\u00e9 qu&#8217;il \u00e9tait possible \u00e0 la jeunesse am\u00e9ricaine de parvenir dans son avenir \u00e0 tous les talents acquis des grands hommes, de tout rang et de toute condition. Rien dans l&#8217;esprit de ses institutions n&#8217;a jamais r\u00e9fr\u00e9n\u00e9 une telle ambition, mais, au contraire, pareille ambition<\/p>\n<p>(P 146) a toujours \u00e9t\u00e9 stimul\u00e9e et encourag\u00e9e. Le fait d&#8217;avoir ces voies d&#8217;acc\u00e8s ouvertes aux postes les plus \u00e9lev\u00e9s comme \u00e0 toutes les positions interm\u00e9diaires d honneur et de confiance dans la nation a eu comme influence l&#8217;\u00e9l\u00e9vation du peuple tout entier, de la couche sociale la plus basse \u00e0 celle la plus \u00e9lev\u00e9e. Cette influence a stimul\u00e9 le d\u00e9sir de s&#8217;instruire et de se cultiver aussi bien que les exigences de l&#8217;instruction et de la culture. Le syst\u00e8me d&#8217;\u00e9cole publique a largement r\u00e9pondu \u00e0 cette exigence, en amenant toutes les classes de la nation en communication intelligente au moyen de la presse quotidienne, des livres, des p\u00e9riodiques, etc., les rendant ainsi capables, en tant qu&#8217;individus, de comparer des notes et de juger eux-m\u00eames sur toutes les questions d&#8217;int\u00e9r\u00eat, et en cons\u00e9quence, d&#8217;exercer leur influence dans les affaires nationales par l&#8217;usage de leur vote.<\/p>\n<p>Un peuple souverain, \u00e9lev\u00e9 ainsi \u00e0 la dignit\u00e9 et amen\u00e9 \u00e0 appr\u00e9cier les droits de l&#8217;homme, est naturellement l&#8217;un des premiers \u00e0 r\u00e9sister, et cela de la mani\u00e8re la plus d\u00e9termin\u00e9e, \u00e0 toutes tendances apparentes de r\u00e9fr\u00e9ner son ambition ou \u00e0 restreindre ses actions. M\u00eame maintenant, malgr\u00e9 l&#8217;esprit lib\u00e9ral de ses institutions et les avantages consid\u00e9rables qu&#8217;elles ont conf\u00e9r\u00e9s \u00e0 toutes les classes de la nation, l&#8217;intelligence des masses commence \u00e0 discerner les influences qui sont \u00e0 l&#8217;\u0153uvre pour les amener avant longtemps \u00e0 l&#8217;asservissement, pour les d\u00e9pouiller de leurs droits d&#8217;hommes libres et pour les priver des b\u00e9n\u00e9dictions de la nature f\u00e9conde.<\/p>\n<p>Le peuple am\u00e9ricain est en train de se rendre compte du danger qui menace ses libert\u00e9s, et, \u00e0 cause d&#8217;un tel danger, de l&#8217;action \u00e0 mener avec l&#8217;\u00e9nergie qui l&#8217;a toujours caract\u00e9ris\u00e9 d&#8217;une mani\u00e8re marquante dans chaque branche de l&#8217;industrie et du commerce, bien que les causes r\u00e9elles de ce danger ne soient pas assez clairement discern\u00e9es par les masses pour diriger leur \u00e9nergie avec sagesse. Il voit seulement que la concentration des richesses appauvrit la masse, exerce son influence sur la l\u00e9gislation de mani\u00e8re \u00e0 accumuler davantage encore la richesse et le pouvoir entre les mains d&#8217;une minorit\u00e9 dont le pouvoir<\/p>\n<p>(P 147) se prouvera t\u00f4t ou tard aussi despotique et aussi implacable que n&#8217;importe quel despotisme du Vieux Monde. Tandis que ceci n&#8217;est que trop vrai, h\u00e9las ! il existe un autre danger. Un despotisme religieux, dont la tyrannie odieuse peut \u00eatre jug\u00e9e le mieux par les r\u00e9cits des jours pass\u00e9s de sa puissance, menace \u00e9galement ce pays. Ce danger est le \u00ab Romanisme \u00bb (<em>Vol. II, chapitre 10.<\/em>). Pourtant, ce danger n&#8217;est pas discern\u00e9 en g\u00e9n\u00e9ral, car Rome op\u00e8re ses conqu\u00eates par ruse et par basses flatteries. Elle professe une grande admiration pour les libres institutions et l&#8217;autonomie des Etats-Unis ; elle courtise et flatte les \u00ab h\u00e9r\u00e9tiques \u00bb protestants qui forment une si grande proportion de la population intellectuelle, et les appelle maintenant ses \u00ab fr\u00e8res s\u00e9par\u00e9s \u00bb, pour qui elle a une \u00ab affection imp\u00e9rissable \u00bb, et, cependant, au m\u00eame moment, elle \u00e9tend sa main gluante sur le syst\u00e8me d&#8217;\u00e9cole publique dont elle voudrait ardemment faire son agent pour propager ses doctrines et \u00e9tendre son influence. Elle est en train de faire sentir son influence dans les cercles \u00e0 la fois politiques et religieux, et l&#8217;incessante mar\u00e9e de l&#8217;immigration vers ce pays est en majorit\u00e9 compos\u00e9e de ses sujets.<\/p>\n<p>Le danger du Romanisme pour ce pays avait d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu par La Fayette qui, bien que lui-m\u00eame catholique romain, aida \u00e0 gagner la libert\u00e9 de ce pays, libert\u00e9 qu&#8217;il admirait grandement. Il d\u00e9clara : \u00ab Si jamais les libert\u00e9s du peuple am\u00e9ricain sont d\u00e9truites, elles le seront par les mains du clerg\u00e9 catholique romain \u00bb. Ainsi discernons-nous de graves dangers provenant de la concentration des richesses, du \u00ab romanisme \u00bb et de l&#8217;immigration.<\/p>\n<p>Mais, h\u00e9las ! le rem\u00e8de que les masses appliqueront \u00e9ventuellement sera pire que le mal. Lorsque la r\u00e9volution sociale \u00e9clatera dans ce pays, elle se manifestera avec toute la violence que l&#8217;\u00e9nergie des Am\u00e9ricains et leur amour de la libert\u00e9 peuvent d\u00e9ployer. C&#8217;est pourquoi il n&#8217;est en aucune fa\u00e7on raisonnable d&#8217;esp\u00e9rer que ce pays-ci \u00e9chappera au sort<\/p>\n<p>(P 148) de toutes les nations de la chr\u00e9tient\u00e9. Comme tout le reste, il est destin\u00e9 \u00e0 s&#8217;effondrer dans la dislocation, le renversement et l&#8217;anarchie. Il fait aussi partie de Babylone. L&#8217;esprit de libert\u00e9, favoris\u00e9 ici depuis plusieurs g\u00e9n\u00e9rations, menace d\u00e9j\u00e0 de provoquer des \u00e9meutes avec une violence et une rapidit\u00e9 inconnues dans le vieux monde, et qui ne seraient pas r\u00e9prim\u00e9es par des gouvernements monarchiques aux moyens plus puissants.<\/p>\n<p>Beaucoup de riches discernent cela, et dans une certaine mesure, craignent que les troubles mena\u00e7ants puissent culminer ici d&#8217;abord. Cela est manifeste comme le montre par exemple l&#8217;extrait de The Sentinel de Washington (D.C.) paru il y a quelques ann\u00e9es :<\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;EMIGRATION DES ETATS-UNIS : M. James Gordon Bennett, propri\u00e9taire de The New York Tribune, dit le National Watchman, a v\u00e9cu si longtemps en Europe qu&#8217;on le consid\u00e8re comme un \u00e9tranger. M. Pulitzer, propri\u00e9taire du New York World, dit-on, a \u00e9tabli sa r\u00e9sidence permanente en France. Andrew Carnegie, le roi millionnaire du fer, a achet\u00e9 un ch\u00e2teau en Ecosse et en fait sa demeure. Henri Villard, le magnat du Chemin de fer du Nord, a vendu ses propri\u00e9t\u00e9s et il est parti d&#8217;une mani\u00e8re d\u00e9finitive en Europe avec environ 8 000 000 de dollars. W.W. Astor a d\u00e9m\u00e9nag\u00e9 de New York \u00e0 Londres, o\u00f9 il a achet\u00e9 une magnifique r\u00e9sidence, et il a fait les d\u00e9marches pour devenir sujet britannique. M. Van Alen, qui s&#8217;est assur\u00e9 r\u00e9cemment l&#8217;ambassade en Italie en versant une contribution de 50 000 $ au fonds de la campagne d\u00e9mocratique, est un \u00e9tranger \u00e0 toutes fins utiles, et il d\u00e9clare que ce pays-ci ne convient pas \u00e0 la vie d&#8217;un gentleman \u00bb.<\/p>\n<p>Pourtant, c&#8217;est en vain que l&#8217;on cherchera protection et s\u00e9curit\u00e9 dans l&#8217;un quelconque des royaumes de ce monde. Tous tremblent maintenant de peur et de crainte, et se rendent compte de leur incapacit\u00e9 de faire face aux puissantes forces contenues avec lesquelles ils auront affaire lorsque arrivera la terrible crise. Alors vraiment : \u00ab La hauteur de l&#8217;homme sera humili\u00e9e, et l&#8217;\u00e9l\u00e9vation des hommes sera abaiss\u00e9e \u00bb. \u00ab En ce jour [maintenant si proche \u2014 \u00e0 la porte m\u00eame] l&#8217;homme jettera ses idoles d&#8217;argent et ses idoles d&#8217;or&#8230; aux taupes [Darby : \u00ab rats \u00bb] et<\/p>\n<p>(P 149) aux chauves-souris, pour entrer dans les fentes des rochers et dans les creux des escarpements, de devant la terreur de l\u2019\u00c9ternel et de devant la magnificence de sa majest\u00e9, quand il se l\u00e8vera pour frapper d&#8217;\u00e9pouvante la terre \u00bb \u2014 Esa\u00efe 2 : 17-21.<\/p>\n<p>Alors \u00ab toutes les mains deviendront faibles, et tous les genoux se fondront en eau. Ils se ceindront de sacs, et le frisson les couvrira ; la honte sera sur tous les visages, et toutes leurs t\u00eates seront chauves. Ils jetteront leur argent dans les rues, et leur or sera rejet\u00e9 comme une impuret\u00e9 ; leur argent ni leur or ne pourra les d\u00e9livrer au jour de la fureur de l\u2019\u00c9ternel \u00bb. \u2014 Ez\u00e9ch. 7 : 17-19.<\/p>\n<p>La protection que n&#8217;importe quel gouvernement peut offrir, sera de peu d&#8217;utilit\u00e9 lorsque les jugements de l\u2019\u00c9ternel et les fruits de leur folie seront pr\u00e9cipit\u00e9s sur eux tous. Dans l&#8217;orgueil de leur puissance, ils ont \u00ab amass\u00e9 la col\u00e8re dans le jour de la col\u00e8re \u00bb ; ils ont \u00e9go\u00efstement recherch\u00e9 l&#8217;\u00e9l\u00e9vation de quelques-uns, et ont \u00e9t\u00e9 sourds aux cris des pauvres et des mis\u00e9reux, et leurs cris sont parvenus aux oreilles du Seigneur des arm\u00e9es qui a \u00e9pous\u00e9 leur cause et d\u00e9clare : \u00ab Je punirai le monde pour sa malice, et les m\u00e9chants pour leur iniquit\u00e9 ; et je ferai, cesser l&#8217;orgueil des arrogants et j&#8217;abattrai la hauteur des hommes fiers. Je ferai qu&#8217;un mortel sera plus pr\u00e9cieux que l&#8217;or fin, et un homme plus que l&#8217;or d&#8217;Ophir \u00bb. \u2014 Es. 13 : 11, 12.<\/p>\n<p>Ainsi sommes-nous assur\u00e9s que la providence de l\u2019\u00c9ternel qui gouverne tout, apportera dans la catastrophe finale la d\u00e9livrance aux opprim\u00e9s. La vie des masses ne sera plus alors sacrifi\u00e9e, et les in\u00e9galit\u00e9s sociales d&#8217;aujourd&#8217;hui n&#8217;existeront plus.<\/p>\n<p>En v\u00e9rit\u00e9, notre \u00e9poque est bien le temps pr\u00e9dit de la d\u00e9tresse des nations dans la perplexit\u00e9. La voix des masses m\u00e9contentes est bien symbolis\u00e9e par le mugissement de la mer,<\/p>\n<p>(P 150) et les hommes r\u00e9fl\u00e9chis rendent l&#8217;\u00e2me de frayeur \u00e0 cause de l&#8217;effroyable calamit\u00e9 que, maintenant, tous peuvent voir s&#8217;avancer avec rapidit\u00e9, car les puissances des cieux (les pouvoirs dirigeants actuels) sont terriblement \u00e9branl\u00e9es. A vrai dire, certains, instruits par ces signes, et se rappelant ce passage biblique : \u00ab Voici, il vient avec les nu\u00e9es \u00bb, commencent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 sugg\u00e9rer que le Fils de l&#8217;homme est pr\u00e9sent, bien qu&#8217;ils se m\u00e9prennent grandement sur le sujet et sur le rem\u00e8de de Dieu.<\/p>\n<p>Le Professeur Herron, dans une conf\u00e9rence donn\u00e9e \u00e0 San Francisco sur \u00ab Le R\u00e9veil chr\u00e9tien de la Nation \u00bb \u00add\u00e9clara : \u00ab CHRIST EST ICI ! ET LE JUGEMENT A LIEU AUJOURD&#8217;HUI ! Notre conviction sociale du p\u00e9ch\u00e9 \u2014 la main pesante de Dieu sur la conscience \u2014 le montre ! Les hommes et les institutions sont jug\u00e9s par ses enseignements !<\/p>\n<p>Cependant, au milieu de tout cet \u00e9branlement de la terre (la soci\u00e9t\u00e9 organis\u00e9e) et des cieux (les puissance eccl\u00e9siastiques), ceux qui, dans cette secousse, discernent l&#8217;ex\u00e9cution du plan divin des Ages, se r\u00e9jouissent, assur\u00e9s qu&#8217;ils sont que cet \u00e9branlement terrible sera le dernier que la terre aura jamais eu, ou .dont elle aura jamais besoin. Comme l&#8217;Ap\u00f4tre nous l&#8217;assure, ce terrible \u00e9branlement signifie la disparition de toutes ces choses qui sont \u00e9branl\u00e9es, secou\u00e9es \u2014 le renversement total de l&#8217;ordre de choses actuel \u2014 afin que ces choses qui ne peuvent \u00eatre \u00e9branl\u00e9es \u2014 le Royaume de Dieu, le Royaume de lumi\u00e8re et de paix \u2014 puisse subsister. Car notre Dieu est un feu consumant. Dans sa col\u00e8re, il consumera tous les syst\u00e8mes d&#8217;iniquit\u00e9 et d&#8217;oppression, et il \u00e9tablira fermement la v\u00e9rit\u00e9 et la droiture sur la terre.<\/p>\n<p>LE CRI DE \u00ab PAIX ! PAIX ! QUAND IL N&#8217;Y A PAS DE PAIX \u00bb<\/p>\n<p>Malgr\u00e9 le jugement manifeste de Dieu sur toutes les nations, malgr\u00e9 le fait que l&#8217;ampleur de la d\u00e9position d&#8217;une foule de t\u00e9moins exerce une pression avec une<\/p>\n<p>(P 151) logique irr\u00e9sistible contre le pr\u00e9sent ordre de choses tout entier, et que le verdict et le ch\u00e2timent sont anticip\u00e9s avec une \u00e9pouvante presque universelle, il en est qui dissimulent mal leurs craintes par les cris de \u00ab Paix ! Paix ! \u00bb quand il n&#8217;y a pas de paix.<\/p>\n<p>Une telle proclamation, entonn\u00e9e par toutes les nations de la chr\u00e9tient\u00e9, r\u00e9sulta de le grande parad\u00e9 navale \u00e0 l&#8217;occasion de l&#8217;inauguration du Canal de la Baltique. L&#8217;id\u00e9e du canal fut lanc\u00e9e par le grand-p\u00e8re de l&#8217;actuel Empereur allemand, et les travaux furent commenc\u00e9s par son p\u00e8re, tant au profit du commerce de l&#8217;Allemagne qu&#8217;\u00e0 celui de sa marine. L&#8217;Empereur actuel a foi en l&#8217;\u00e9p\u00e9e comme d&#8217;un rem\u00e8de infaillible pour garantir la paix, et il a \u00e9galement confiance dans les canons et la poudre-\u00e0 canon qui soutiennent cette \u00e9p\u00e9e. Aussi a-t-il pris la d\u00e9cision de profiter de l&#8217;inauguration du canal achev\u00e9-pour faire une \u00e9clatante proclamation internationale de paix, et un d\u00e9ploiement grandiose des forces sur lesquelles elle doit reposer. En cons\u00e9quence, il invita toutes les nations \u00e0 se faire repr\u00e9senter par des navires de guerre (des pacificateurs) \u00e0 la grande revue navale du Canal de la Baltique, le 20 juin 1895.<\/p>\n<p>R\u00e9pondant \u00e0 cette invitation, plus de cent forteresses flottantes d&#8217;acier s&#8217;y rendirent ; une vingtaine d&#8217;entre elles \u00e9taient des \u00ab cuirass\u00e9s \u00bb (techniquement ainsi appel\u00e9s) g\u00e9ants, tous compl\u00e8tement arm\u00e9s et tous capables de filer \u00e0 une vitesse d&#8217;au moins dix-sept \u00ab miles \u00bb \u00e0 l&#8217;heure. Le Spectator de Londres d\u00e9clara : \u00ab Il est difficile de se faire une id\u00e9e d&#8217;une telle concentration de forces qui aurait pu, en quelques heures, an\u00e9antir le plus grand port du monde, ou envoyer toutes les flottes de commerce du monde r\u00e9unies au fond de l&#8217;oc\u00e9an. En r\u00e9alit\u00e9, il n&#8217;y a rien sur les c\u00f4tes du monde qui puisse m\u00eame pr\u00e9tendre \u00e0 r\u00e9sister \u00e0 une telle force, et l&#8217;Europe consid\u00e9r\u00e9e comme un tout, peut r\u00e9ellement se d\u00e9clarer \u00e0 la fois inattaquable en mer et irr\u00e9sistible&#8230; La flotte concentr\u00e9e \u00e0 Kiel repr\u00e9sentait probablement au plus haut point la force combattante la plus puissante, pourvu que le combat ne dur\u00e2t jamais plus longtemps que ses r\u00e9serves d&#8217;explosifs \u00bb.<\/p>\n<p>(P 152)<\/p>\n<p>Le co\u00fbt de ces navires de guerre et de leurs armements s&#8217;\u00e9tait mont\u00e9 \u00e0 des centaines de millions de dollars. Une seule salve, tir\u00e9e simultan\u00e9ment par 2 500 canons, consuma en un instant, en poudre, la valeur de milliers de dollars, et la r\u00e9ception des distingu\u00e9s invit\u00e9s co\u00fbta au peuple allemand 2 000 000 de dollars. Le discours de l&#8217;Empereur allemand et ceux des repr\u00e9sentants \u00e9trangers port\u00e8rent sur \u00ab la nouvelle \u00e8re de paix \u00bb introduite par l&#8217;ouverture du grand canal et par la coop\u00e9ration des nations dans la revue navale. Cependant, les beaux discours, et le puissant grondement du canon par lesquels rois et empereurs proclamaient \u00ab Paix ! Paix ! \u00bb tout en mena\u00e7ant de repr\u00e9sailles quiconque la refuserait sous leurs conditions, ne furent pas interpr\u00e9t\u00e9s par le peuple comme \u00e9tant l&#8217;accomplissement du message proph\u00e9tique de \u00ab Paix sur la terre et bonne volont\u00e9 envers les hommes \u00bb. Cela n&#8217;eut, aucun effet apaisant sur les \u00e9l\u00e9ments socialistes, ne sugg\u00e9ra aucune panac\u00e9e pour apaiser les d\u00e9sordres sociaux, pour all\u00e9ger les soucis ou diminuer les fardeaux des masses des pauvres et des malheureux ; cela ne donna aucune assurance de bonne volont\u00e9 sur la terre, ni n&#8217;indiqua comment on pouvait s&#8217;assurer et maintenir cette bonne volont\u00e9, soit entre les nations, soit entre gouvernements et peuples. Ce fut dis lors une grande com\u00e9die \u2014 un grand mensonge national impudent, et c&#8217;est ainsi que le consid\u00e9ra le peuple.<\/p>\n<p>Le Spectator de Londres exprima les sentiments des gens r\u00e9fl\u00e9chis \u00e0 propos de ce d\u00e9ploiement dans le commentaire suivant :<\/p>\n<p>\u00ab L&#8217;ironie de la situation est tr\u00e8s am\u00e8re. Ce fut un grandiose festival de paix et d&#8217;industrie constructive, mais son titre de gloire le plus \u00e9lev\u00e9 fut la pr\u00e9sence des flottes pr\u00e9par\u00e9es au prix des plus grands sacrifices d&#8217;argent et d&#8217;\u00e9nergie, uniquement pour la guerre et la destruction. Un cuirass\u00e9 n&#8217;a aucun sens, sauf celui d&#8217;\u00eatre un puissant engin de carnage. Une seule phrase peut d\u00e9crire pleinement la grandeur de cette flotte \u00ab pacifique \u00bb : c&#8217;est qu&#8217;elle pourrait d\u00e9truire en un jour n&#8217;importe quel port sur la terre ou couler au fond de la mer les navires marchands du monde<\/p>\n<p>(P 153) qui seraient rassembl\u00e9s devant ce port. Et quels ab\u00eemes de haine humaine se cachaient sous toute cette belle manifestation d&#8217;amiti\u00e9 humaine ! L&#8217;une des escadres \u00e9tait fran\u00e7aise, et ses officiers aspiraient \u00e0 venger sur l&#8217;Empereur exultant le d\u00e9membrement de leur pays. Une autre \u00e9tait russe, et ses amiraux ont d\u00fb \u00eatre conscients que leur grand ennemi et rival \u00e9tait la Puissance qu&#8217;ils \u00e9taient en train d&#8217;honorer d&#8217;une mani\u00e8re si ostensible et que, la veille seulement, ils avaient viol\u00e9 des r\u00e8glements touchant la marine pour complimenter le plus tenace et le plus dangereux adversaire de l&#8217;Empereur. Une troisi\u00e8me \u00e9tait autrichienne ; son ma\u00eetre avait \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 du territoire qui a servi \u00e0 faire le canal, et il a \u00e9t\u00e9 dup\u00e9 sur son demi-droit dans la province \u00e0\\ travers laquelle le canal serpente dans toute sa longueur. Il y avait aussi des bateaux du Danemark duquel Holstein avait \u00e9t\u00e9 arrach\u00e9 par ses propri\u00e9taires actuels, et de la Hollande o\u00f9 chaque homme craint qu&#8217;un jour ou l&#8217;autre l&#8217;Allemagne, par une autre conqu\u00eate, s&#8217;empare, d&#8217;un seul coup, des colonies, du commerce et d&#8217;un avenir outre-mer. L&#8217;Empereur a parl\u00e9 de paix, les amiraux ont esp\u00e9r\u00e9 en la paix, les journaux dans le monde ont d\u00e9clar\u00e9 en ch\u0153ur que c&#8217;est la paix, mais tout dans ce d\u00e9ploiement parle de la guerre \u00e0 peine termin\u00e9e, ou, dans un avenir assez rapproch\u00e9,- de la guerre \u00e0 venir. Jamais il n&#8217;y eut dans ce monde un c\u00e9r\u00e9monial aussi grandiose, ou aussi compl\u00e8tement p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 d&#8217;insinc\u00e9rit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n<p>Voici ce qu&#8217;en dit l&#8217;Evening Post de New York :<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Dans ce rassemblement m\u00eame de navires de guerre, se manifeste un esprit qui n&#8217;a certes rien de pacifique. Chaque puissance envoie ses plus grands vaisseaux de guerre et ses canons les plus lourds, non pas simplement pour faire acte de courtoisie, mais \u00e9galement pour \u00ab montrer les dents \u00bb sur la sc\u00e8ne internationale. La marine britannique envoie dix de ses plus puissants vaisseaux simplement comme un sp\u00e9cimen de ce qu&#8217;elle a en r\u00e9serve, avec l&#8217;air de quelqu&#8217;un disant : \u00ab Ecoutez \u00e0 temps l&#8217;avertissement, O nations, et ne provoquez pas la ma\u00eetresse des mers \u00bb. Les escadres, fran\u00e7aise et russe, font de mani\u00e8re semblable, leur \u00ab froncement de sourcils \u00bb le plus vilain possible, de crainte que l&#8217;h\u00f4te Guillaume, abusant de la partie de plaisir ne fasse trop d&#8217;avances amicales. Nos propres navires am\u00e9ricains se joignent \u00e0 la flotte avec le sentiment animant sans doute plus d&#8217;un officier et plus d&#8217;un marin \u00e0 bord qu&#8217;il est temps que les Europ\u00e9ens hautains apprennent qu&#8217;il y a, de l&#8217;autre c\u00f4t\u00e9 de la mer, une puissance navale qui s&#8217;\u00e9l\u00e8ve et avec laquelle ils feraient bien de ne pas jouer.<\/p>\n<p>(P 154)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Un air sp\u00e9cial d&#8217;\u00ab op\u00e9ra bouffe\u00bb s&#8217;attache \u00e0 la pr\u00e9sence des Fran\u00e7ais et des Russes. Comme grands amateurs de paix internationale, et en particulier comme \u00ab amis \u00bb de l&#8217;Allemagne, ils sont vraiment comiques. Dans certaines r\u00e9gions de France, la fureur est grande \u00e0 ce sujet&#8230;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Cependant, l&#8217;insinc\u00e9rit\u00e9 la plus frappante de toutes doit \u00eatre trouv\u00e9e dans l&#8217;inauguration du Canal de Kiel m\u00eame&#8230; Il est d\u00e9di\u00e9 au \u00ab commerce mondial \u00bb, d&#8217;o\u00f9 sa signification internationale, d&#8217;o\u00f9 toute cette r\u00e9jouissance et cette glorification. Mais que pensent r\u00e9ellement du commerce mondial l&#8217;Allemagne et la France et toutes les autres puissances continentales ? Pourquoi, en ce moment m\u00eame, comme depuis vingt ans, font-elles alors tous leurs efforts pour g\u00eaner, emp\u00eacher et r\u00e9duire autant que possible les libres relations commerciales des nations ?<\/p>\n<p>&#8230; Tant que cet esprit prohibitif d&#8217;hostilit\u00e9 et de jalousie commerciales durera, \u00e0 moins qu&#8217;il ne se d\u00e9truise lui-m\u00eame gr\u00e2ce \u00e0 une absurdit\u00e9 compl\u00e8te, vous pouvez ouvrir autant de canaux inter-oc\u00e9aniques que vous voulez, mais vous ne pouvez persuader des gens sens\u00e9s qu&#8217;il s&#8217;agit d&#8217;autre chose que d&#8217;un manque total de sinc\u00e9rit\u00e9 lorsque vous leur d\u00eetes que ces canaux signifient de bonnes dispositions internationales et l&#8217;amour g\u00e9n\u00e9ral de la paix \u00bb.<\/p>\n<p>The Chicago Chronicle d\u00e9clara :<\/p>\n<p>C&#8217;est barbarie la plus pure que ce grand spectacle de Kiel. Donn\u00e9 pour c\u00e9l\u00e9brer une \u0153uvre de paix, il prend la forme d&#8217;une apoth\u00e9ose de la guerre. Des ennemis mortels s&#8217;y rassemblent, d\u00e9ployant leurs armes, tandis qu&#8217;ils cachent leur inimiti\u00e9 derri\u00e8re une amiti\u00e9 forc\u00e9e. On tire par courtoisie des canons destin\u00e9s \u00e0 la guerre. L&#8217;Empereur lui-m\u00eame fait l&#8217;\u00e9loge de ce d\u00e9ploiement d&#8217;armements. \u00ab La force arm\u00e9e qui se trouve concentr\u00e9e dans le port de Kiel \u00bb, dit-il, \u00ab devrait en m\u00eame temps servir comme symbole de la paix et de la coop\u00e9ration de tous les peuples europ\u00e9ens pour le progr\u00e8s et la d\u00e9fense de la mission civilisatrice de l&#8217;Europe \u00bb. L&#8217;exp\u00e9rience met en doute cette conception. Celui qui poss\u00e8de un fusil d\u00e9sire s&#8217;en servir. La nation qui est pr\u00eate pour la guerre d\u00e9sire faire la guerre. La seule menace s\u00e9rieuse pour la paix en Europe aujourd&#8217;hui est le fait que toutes les nations europ\u00e9ennes sont pr\u00e9par\u00e9es pour la guerre.<\/p>\n<p>Le creusement du Canal de Kiel fut un service \u00e9vident rendu \u00e0 la civilisation ; la mani\u00e8re de le c\u00e9l\u00e9brer est un tribut \u00e0 la barbarie. En th\u00e9orie, ce canal fut creus\u00e9 pour encourager le commerce maritime, et la plupart des vaisseaux rassembl\u00e9s pour<\/p>\n<p>(P 155) c\u00e9l\u00e9brer son ach\u00e8vement \u00e9taient du type connu sous le nom de destructeurs de commerce \u00bb.<\/p>\n<p>D&#8217;apr\u00e8s The Saint-Paul Globe, ce sont la royaut\u00e9 et le privil\u00e8ge plut\u00f4t que l&#8217;industrie qui furent d\u00e9ploy\u00e9s \u00e0 Kiel. Il d\u00e9clara :<\/p>\n<p>Que vient faire aujourd&#8217;hui une flotte de cuirass\u00e9s pour faire progresser la civilisation ? Quelles sont les flottes-pirates qui doivent \u00eatre balay\u00e9es des hautes mers ? Existe-t-il une nation inf\u00e9rieure et sauvage \u00e0 laquelle nous pourrions transmettre une influence de la &#8216;civilisation moderne qui l&#8217;\u00e9claire, en braquant sur elle les projecteurs d&#8217;une escadre de navires de guerre ? Il n&#8217;y a en ce moment qu&#8217;une seule agression dans laquelle les nations pourraient de tout c\u0153ur unir leurs forces sous le pr\u00e9texte qu&#8217;elles travailleraient ainsi au b\u00e9n\u00e9fice de la civilisation moderne. Cependant, aucun des gouvernements repr\u00e9sent\u00e9s \u00e0 Kiel n&#8217;oserait proposer une alliance arm\u00e9e avec les autres gouvernements dans le dessein de bouter hors d&#8217;Europe le Turc affreux et cruel.<\/p>\n<p>\u00ab Est-ce qu&#8217;un conflit entre les splendides cuirass\u00e9s, ou entre deux des nations quelconques repr\u00e9sent\u00e9es \u00e0 Kiel, aiderait d&#8217;une mani\u00e8re quelconque la cause de la civilisation ? Est-ce qu&#8217;au contraire, ces armements ne sont pas les reliques et les vestiges d&#8217;un reste de barbarie ? Les traits caract\u00e9ristiques les plus barbares de n&#8217;importe quelle nation sont ses munitions de guerre. Le dessein de la plupart des munitions que l&#8217;Europe fournit avec une telle profusion gr\u00e2ce \u00e0 des imp\u00f4ts support\u00e9s par un peuple surcharg\u00e9, est de maintenir ce peuple lui-m\u00eame dans une humble soumission aux pouvoirs qui les dominent \u00bb.<\/p>\n<p>Le \u00ab Grand spectacle de l&#8217;oppression \u00bb, c&#8217;est ainsi que The Minneapolis Times appela la d\u00e9monstration navale de Kiel, ajoutant les commentaires suivants :<\/p>\n<p>\u00ab Le fait que l&#8217;ouverture de cette magnifique voie d&#8217;eau est estim\u00e9e davantage pour sa valeur militaire que pour ses avantages commerciaux, et qu&#8217;elle fut c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par le grondement d&#8217;artillerie des flottes de guerre du monde qui y \u00e9taient rassembl\u00e9es, est une mise en accusation de la civilisation. Car, en effet, si les pr\u00e9tendues nations \u00ab civilis\u00e9es \u00bb du monde ont besoin de pareilles \u00e9normes entreprises pour des op\u00e9rations militaires et de telles formidables flottes qui sont maintenues de nos jours aux d\u00e9pens du peuple, alors la nature humaine de la race caucasienne ne s&#8217;est am\u00e9lior\u00e9e en aucune fa\u00e7on depuis l&#8217;\u00e9poque de Colomb ou par la grande d\u00e9couverte qu&#8217;il a faite. Si de telles flottes sont n\u00e9cessaires, alors la libert\u00e9 est impossible et le despotisme est une condition n\u00e9cessaire pour la race humaine \u00bb.<\/p>\n<p>(P 156)<\/p>\n<p>Cette clameur qui s&#8217;\u00e9l\u00e8ve de toutes les nations, par la bouche de leurs repr\u00e9sentants \u2014 \u00ab Paix ! Paix ! Quand il n&#8217;y a point de paix \u00bb, rappelle avec force \u00e0 notre m\u00e9moire la parole de l&#8217;Eternel par le proph\u00e8te J\u00e9r\u00e9mie, disant :<\/p>\n<p>\u00ab Depuis le petit d&#8217;entre eux jusqu&#8217;au grand, ils sont tous adonn\u00e9s au gain d\u00e9shonn\u00eate, et, depuis le proph\u00e8te jusqu&#8217;au sacrificateur, tous usent de fausset\u00e9. Et ils ont pans\u00e9 la plaie de la fille de mon peuple l\u00e9g\u00e8rement, disant : Paix ! Paix ! et il n&#8217;y avait point de paix. Avaient-ils honte parce qu&#8217;ils avaient commis l&#8217;abomination ? Ils n&#8217;ont eu m\u00eame aucune honte, ils n&#8217;ont m\u00eame pas connu la confusion ; c&#8217;est pourquoi ils tomberont parmi ceux qui tombent ; au temps o\u00f9 je les visiterai, ils tr\u00e9bucheront, dit l\u2019\u00c9ternel \u2014 J\u00e9r. 6 : 13-15.<\/p>\n<p>Cette grande proclamation internationale de la paix, qui porte de toute \u00e9vidence la marque de l&#8217;insinc\u00e9rit\u00e9, nous rappelle avec force les paroles du po\u00e8te John G. Whittier qui d\u00e9crivent d&#8217;une mani\u00e8re si imag\u00e9e les conditions actuelles de paix :<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0La paix est grande en Europe ! L&#8217;ordre r\u00e8gne<br \/>\nDes collines du Tibre aux plaines du Danube ! \u00bb<br \/>\nAinsi disent ses rois et ses pr\u00eatres ; ainsi<br \/>\nD\u00e9clarent de nos jours les proph\u00e8tes menteurs.<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Appliquez sur le sol une oreille attentive :<br \/>\nOyez ! Des marches le bruit qui se rapproche,<br \/>\nDu tir des fusils le claquement meurtrier,<br \/>\nL&#8217;alerte de nuit, l&#8217;appel de la sentinelle,<br \/>\nL&#8217;espion \u00e0 l&#8217;oreille prompte, ici et l\u00e0,<br \/>\nDes exil\u00e9s les derni\u00e8res plaintes qui montent<br \/>\nDe la mer polaire et du tropical marais,<br \/>\nCellule verrouill\u00e9e, cha\u00eenes de la gal\u00e8re,<br \/>\nL&#8217;\u00e9chafaud tout fumant de ses taches de sang !<br \/>\nL&#8217;Ordre !&#8230; le silence des esclaves qu&#8217;on endort !<br \/>\nLa paix !&#8230; celle du noir cachot, et des tombeaux !<br \/>\nParlez donc, vous, Prince et Kaiser, Pr\u00eatre et Tsar !<br \/>\nSi telle est la paix, dites, qu&#8217;est-ce que la guerre ?<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Aust\u00e8re messager de Ton grand jour meilleur,<br \/>\nPour pr\u00e9parer ton chemin avant Ta venue,<br \/>\nDe la libert\u00e9 l&#8217;ombre du \u00ab Jean-Baptiste \u00bb,<br \/>\nGrise, bless\u00e9e, et v\u00eatue de peaux de b\u00eates<br \/>\nDoit fouler le d\u00e9sert de ses pieds tout saignants !<br \/>\nOh ! Puisse sa voix puissante percer l&#8217;oreille<br \/>\nDes pr\u00eatres et des princes tandis qu&#8217;ils entendent<br \/>\nUn cri semblable \u00e0 celui du voyant h\u00e9breu :<br \/>\n\u00ab Repentez-vous ! Le Royaume est proche ! \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>(P 113) ETUDE V BABYLONE DEVANT LA COUR SUPREME SA CONFUSION DANS LE DOMAINE NATIONAL Les pouvoirs civils sont dans la d\u00e9tresse, en voyant que le jugement se tourne contre eux. &#8212; Dans la crainte et la d\u00e9tresse, ils cherchent &hellip; <a href=\"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/la-bataille-darmaguedon\/chapitre-5\/\">Continue reading <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"parent":890,"menu_order":5,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","template":"","meta":[],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/929"}],"collection":[{"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/pages"}],"about":[{"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/page"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=929"}],"version-history":[{"count":4,"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/929\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":1117,"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/929\/revisions\/1117"}],"up":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/pages\/890"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/frenchbiblestudents.org\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=929"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}